Shigemori Mirei : un regard créatif sur l'art des jardins

Shigemori Mirei: a creative Reinterpretation of the Art of Gardening

08/07/2012

Résumé

Shigemori Mirei (1896-1975) créateur, paysagiste et historien de l'art des jardins joue un rôle déterminant dans la création et la réinvention des jardins japonais à l'orée du XXe siècle. Shigemori effectue une vaste campagne de relevés sur l'ensemble de l'archipel nippon à un moment où certains de ces jardins, aujourd'hui considérés comme « patrimoines nationaux », tombent à l'abandon. Ces relevés, ainsi que tout son travail de restauration et de création, vont grandement contribuer à la valorisation de tout ce patrimoine fragile et éphémère que constitue l'art des jardins. Or, parallèlement à l'élaboration de cette gigantesque encyclopédie, Shigemori Mirei a incontestablement été un créateur : son apport créatif s'appuie sur une profonde connaissance du passé pour aboutir à une création résolument novatrice.
As a landscape designer as well as a garden historian, Shigemori Mirei (1896-1975) played a major part in the new creation and reinvention of the Japanese gardens design, at the dawn of the twentieth century. Shigemori supervised an extensive survey throughout the whole Japanese archipelago at a time during which some of these gardens were falling into disrepair, or even disappear, whereas they are now considered as "National Treasures". These surveys, and especially the huge work of restoration and creation of new gardens conducted by Shigemori, greatly contributed to the enhancement and renewal of this very fragile and ephemeral heritage of garden design. Furthermore, in parallel with the development of this gigantic encyclopaedia focused on gardens, Shigemori Mirei has also been a famous garden designer whose work relies on a deep knowledge of the past to achieve a highly innovative creation.

Texte

À la fois créateur, paysagiste et historien de l'art des jardins, Shigemori Mirei 重森三玲 (1896-1975) joue incontestablement un rôle déterminant dans la réinvention du paysage et des jardins japonais à l'orée du XXe siècle. Ce double aspect de son approche à la fois basée sur l'histoire et sur la conception de jardins qui sont autant de créations autonomes, tout autant représentatives d'un « style japonais » que d'une création « moderne », donne à ce personnage un caractère exceptionnel. Tout autant que ses contemporains, tels que l'architecte et créateur de jardins Horiguchi Sutemi (堀口捨己 1895-1984), ou le designer japono-américain, Noguchi Isamu (野口勇 1904-1988), Shigemori a fondamentalement transformé le paysage et la création des jardins japonais imprimant une marque indélébile à l'émergence de la modernité, non seulement au Japon, mais aussi à une échelle internationale.

Le parcours de ce personnage singulier, qualifié de « rebelle » dans l'ouvrage de Christian Tschumi1 est particulièrement remarquable. Shigemori a consacré sa vie entière à l'art des jardins avec une œuvre incontestablement abondante et novatrice : près de 200 créations de jardins, 81 ouvrages dont la monumentale Encyclopédie historique des jardins japonais (Nihon teienshi zukan 日本庭園史図鑑) publiée en 26 volumes2. Le travail de réinterprétation des classiques auquel se livre Shigemori est étayé par ses connaissances sur l'histoire de la création des jardins ; la publication de cette monumentale encyclopédie est accompagnée du relevé systématique de tous les jardins du Japon : une véritable analyse de terrain accompagnée de plans, de dessins, et de photographies à l'aide de plaques photographiques et d'étude systématique des sources anciennes3. Shigemori effectue cette vaste campagne de relevés systématiques sur l'ensemble de l'archipel nippon à un moment où certains de ces jardins - aujourd'hui considérés comme de véritables « patrimoines nationaux » - tombent à l'abandon. Ces relevés, puis surtout tout son travail de restauration et de création, vont grandement contribuer à la valorisation de tout ce patrimoine fragile et éphémère que constitue l'art des jardins. Or, parallèlement à l'élaboration de cette gigantesque encyclopédie et à son travail de rénovation et de préservation des jardins historiques, Shigemori Mirei a aussi été incontestablement un créateur de jardins : il s'appuie sur la connaissance du passé pour aboutir à une création résolument novatrice. Ainsi, à sa manière, Shigemori suit le chemin tracé par l'injonction du proverbe chinois : « Partir de la connaissance du passé pour reconstruire le nouveau » (温故知新 ch. wen gu zhi xin, en jp. onko-chishin). Or, cette notion d'une renaissance créatrice construite de manière consciente sur une réinterprétation des sources du passé apparaît comme une constante de l'esthétique japonaise4, basée sur le respect non seulement des sources mais aussi des maîtres du passé, comme dans toute la tradition confucéenne, bouddhique et taoïste, d'une manière générale.

Traditionnel et résolument moderne

Alliant une œuvre de terrain et une pratique extrêmement érudite, Shigemori réinterprète le style caractéristique du jardin japonais, notamment celui du jardin zen ou jardin sec (karesansui 枯山水), sur lequel il nous livre une des études les plus innovantes5. Shigemori allie une connaissance profonde et érudite de la tradition japonaise, avec une volonté d'entrer dans la modernité la plus radicale : en combinant notamment les pierres et graviers avec des formes curvilignes dans un matériau nouveau qu'était le béton. Ce qui était fondamental pour lui, c'était une forme de création résolument ancrée dans le présent.
Dès le début de sa carrière, son œuvre est marquée par la volonté de dépasser les frontières entre les arts : peinture (nihon-ga 日本画), arrangement de fleur (ikebana 生花), cérémonie du thé (chadō 茶道), calligraphie (shodō 書道), mais également histoire de l'art, esthétique et philosophie6. Shigemori publie de nombreux essais sur la spécificité des arts japonais qui, fondamentalement, sont basés sur l'apprentissage de la « voie » ou du « chemin » ( 道). Imprégnés par ces ars du faire (geidō 芸道) et par la connaissance de gestes artisanaux, Shigemori œuvre pour un profond renouvellement du vocabulaire de l'art des jardins basé sur la modernité7.

Shin-Sakuteiki

Or, à la fin de sa vie, Shigemori nous livre en partie les clés de son art. Dans un court essai intitulé Shin-Sakuteiki (新作庭記)8, publié entre 1973 et 1974, Shigemori s'exerce à un jeu jusqu'alors inédit : une réinterprétation du plus ancien manuel sur l'art de la composition des jardins nommé le Sakuteiki (作庭記)9 compilé par Tachibana Toshitsuna 橘俊綱 (1028-94)10. Le titre de Shin-Sakuteiki - ou « nouveau traité sur l'art de la composition des jardins » - fait directement écho au fameux traité sur l'art des jardins, le Sakuteiki. Or, selon l'adage d'origine chinoise que j'ai cité en introduction11, il était fondamental de s'appuyer sur la tradition (la connaissance des choses anciennes ko 故) puis de s'en détacher pour pouvoir créer la modernité (ou la nouveauté shin 新). Fonder un nouveau traité des jardins, basé sur le modèle du Sakutei-ki, requiert une double strate d'écriture et d'interprétation : la première strate est basée sur une connaissance intime du texte original et la deuxième - écriture palimpseste - résolument inscrite d'un point de vue sociologique, artistique et historique répond au contexte de son époque.

Réduction et citation de paysages célèbres

Shigemori développe les concepts clés de « réduction du paysage » (shukukei 宿景) - transposition de paysages célèbres à l'échelle réduite à d'« emprunt de paysage » (shakkei 借景). Cette abstraction de la nature se retrouve dans le jardin zen (karesansui 枯山水), mais aussi l'idée de représentation de la grande Nature (daishizen 大自然). Cette reproduction de la nature ne doit jamais se faire de manière directe mais il s'agit toujours d'un transfert : ainsi pour reproduire la nature à l'intérieur des jardins, il faut savoir lui redonner « vie » (seikatsu 生活). Néanmoins, « il [serait] inutile d'oser imiter la nature ; l'imitation ne serait de toute façon qu'artificielle12 ».
Pourquoi alors avoir voulu créer cette entité autonome qu'est le jardin ? Pourquoi l'homme ne s'est-il pas contenté de la nature telle qu'elle existait, déjà, dans sa présence essentielle ? Or, selon Shigemori, dans le Shin-Sakuteiki - que je paraphrase ici - la nécessité primordiale de la création du jardin ne pouvait apparaître qu'au moment où l'homme commence « à se séparer en partie de la nature ».

Le jeu (asobi 遊び)

Dès la 1re section, Shigemori explore les origines de la création des jardins issue d'un désir de création d'entités autonomes. Le jeu asobi (遊び) lui apparaît comme un élément essentiel :
« Du jeu (asobi 遊び) se dégage d'abord la lettre a ア qui signifie étymologiquement la hauteur. Dans tous les mots tels que ama (le ciel 天), ame (la pluie 雨), atama (la tête 頭), aki (l'automne 秋), dont la lettre initiale se prononce a, la connotation se rapporte à un lieu élevé ou à quelque chose d'élevé. Puis vient le so ソ, de so.u (accompagner, assister 副), soeru (joindre 添), soru (se courber 反る), sode (manche 袖), soto (dehors 外), sonemu (jalouser, envier 妬), et ainsi de suite... qui signifie accompagner une substance. Le sens originel du jeu signifie donc « accompagner quelque chose d'élevé ». Le jeu, d'abord instinct primaire, est, en conséquence, un désir élevé. C'est l'acte qui s'exerce en vue d'accéder au plaisir du degré le plus élevé. Et par ailleurs, le jeu signifie le fait d'aller à l'extérieur. Plus nous vivons à l'intérieur de l'habitation plus, par contraste, nous désirons quelque chose d'extérieur : c'est le jeu13. »

Autrement dit, dans l'esprit de Shigemori, la fonction élevée du jeu prédispose l'être humain à rechercher la beauté sublime de la nature (sūkōna shizen 崇高な自然)14 et à s'installer à l'extérieur de la maison : c'est ce qui va conditionner la naissance de la création du jardin comme source de plaisir. Shigemori n'évoque pas ici, en tant que telle, la notion de plaisir esthétique, ni même la notion de distanciation, mais, plus prosaïquement, il parle de rechercher l'esprit du « jeu » comme source et moteur de la création.


Figures 1 et 2.  Jardin du temple Tōfuku-ji 東福寺 conçu en 1939 par Shigemori Mirei 重森三玲 (1896-1975).
© Tōfuku-ji Temple


Recyclage, transformation et transposition

Le très célèbre jardin du Tōfuku-ji 東福寺, conçu par Shigemori en 1939, une de ses premières créations, recevra presque immédiatement une réception internationale15. Le jardin est empreint des préceptes de la philosophie zen. Le moine qui dirige le temple, commanditaire du projet, laisse alors à Shigemori une entière liberté avec pour unique contrainte de réutiliser les anciens pavements. En effet, toute la philosophie zen est empreinte de réduction et de minimalisme. Le recyclage consistera à détourner cette contrainte dans une approche créative : avec une grille où sont disséminés d'une manière aléatoire les anciens pavements, créant une structure à la fois rigide et souple qui alterne les pavés (les restes de l'ancien temple) et la mousse. L'image de ce nouveau jardin de mousse - un fragment moderne de damier végétal - deviendra presque une « icône » : un classique de l'histoire des jardins.

Figure 3. Jardin nord du temple Tōfuku-ji 東福寺. Dialogue entre les formes géométriques.
©Tōfuku-ji Temple


Enfin, dans sa dernière œuvre en 1975, le jardin attenant au sanctuaire shintō de Matsuo taisha 松尾大社, situé au sud-ouest de Kyōto16, Shigemori fait preuve d'une virtuosité exemplaire dans l'art de dresser les pierres. La force de la composition est telle qu'on a, littéralement, l'impression que les pierres vont se mettre à bouger. Elles semblent prêtes à tomber ou à se poursuivre entre elles. La création s'articule entre, d'un côté, les éléments traditionnels - réduction des paysages célèbres (shukukei 宿景) ou emprunt de paysage (shakkei 借景) - et, de l'autre, les éléments modernes : ajouts de formes géométriques pures, lignes de béton rectilignes ou curvilignes, ou jeux graphiques en utilisant différentes couleurs de sable. En une formule parfaitement concise dont il a le secret, Günter Nitschke qualifie l'œuvre de Shigemori de « mindscapes17 » : « paysages mentaux ».

Distance critique et jeu des allers-retours entre Orient et Occident

Shigemori a été l'initiateur d'un renouvellement de l'art des jardins, son œuvre a eu une grande influence non seulement au Japon mais aussi dans toute la filiation de ces jardins, dénommés « jardins japonais18 », archétypiques aussi bien en Europe qu'aux États-Unis. Dans ce jeu des échanges en miroir entre l'Est et l'Ouest, la rencontre de Shigemori avec Noguchi Isamu 野口勇 (1904-1988)19 a également été décisive. Tous deux ont très fortement marqué toute une génération, et ont servi incontestablement de modèle pour les générations postérieures.
Se pose alors la question du « regard de l'autre », de la distance et des influences qui s'exercent de part et d'autre dans l'histoire de la réception. Sans jamais avoir quitté le Japon, Shigemori avait acquis une connaissance très approfondie de la peinture et de la littérature occidentales. Ses lectures se retrouvent dans les prénoms aux étranges sonorités de ses cinq enfants : Kant, Cohen, Hugo, Goethe et Byron - Kantō 完途 (1923-1992), son fils aîné, collaborant en partie avec son père pour la rédaction de ses derniers ouvrages, sera à son tour paysagiste et historien des jardins ; Kōen 弘淹 (1926-1992), photographe ; Yūgo 由郷 (1930- ), danseuse et fondatrice de l'école « Shigemori » ; Geite 埶氐 (1935-2010), directeur d'un centre d'art et Bairon 貝崙 (1938- ), cinéaste.
Fondamentalement, à regarder de l'autre côté du monde et, en même temps, à se plonger au plus profond de ses propres racines, il y avait beaucoup d'expériences et d'originalité à en tirer : l'œuvre de Shigemori en est la démonstration vivante. Avec la redécouverte des jardins - et la délicate question de leur conservation - Shigemori apparaît donc comme une figure majeure dans la transmission et la transposition d'un savoir culturel. Laissant une œuvre singulière, alliant le coté académique et la création : avec d'un côté, une connaissance profonde de l'histoire des jardins et, en même temps, d'un autre côté, Shigemori a définitivement été un homme de terrain avec les relevés et la conservation de sites historiques, ainsi que la création autonome de jardins ancrés dans leur temps et leur époque. Le caractère singulier et innovant (voire, protéiforme !) de son œuvre est indéniable. Il y a des époques où ce caractère « touche-à-tout » a été apprécié et valorisé tandis qu'à d'autres périodes - au Japon aussi le savoir est parfois segmenté - Shigemori a été quelque peu marginalisé par rapport au monde académique. En suivant sa filiation, ses enfants et petits-enfants reprennent tous une fibre paysagère ou artistique ; enfin l'un de ses petits-fils Shigemori Matsuaki 重森三明, qui a réussi à préserver les archives de son grand-père, ainsi que sa demeure avec son jardin attenant, est aujourd'hui le président de la Fondation Shigemori, à Kyōto20. Certaines époques, plus que d'autres, sont propices aux expérimentations et aux « passeurs de frontières », aux différentes formes de transgressions et de réflexions au-delà des limites et des différences entre les arts : Shigemori Mirei, incontestablement, a fait partie de ces passeurs entre les arts, entre le dedans et le dehors, et surtout entre l'Orient et l'Occident.
Si l'importance de son œuvre a bien naturellement été très largement reconnue au Japon, la republication récente de certains de ses ouvrages montre un intérêt renouvelé pour ses écrits. En Occident, également, son œuvre mériterait d'être à nouveau analysée et commentée. Porteuse d'un fort potentiel de créativité, elle est représentative du sentiment de la nature, tel qu'il a été développé, senti et chanté, non seulement dans les jardins mais aussi dans la poésie, la peinture et dans une architecture sensible aux passages des saisons. C'est vers cette essence des choses, et cette imbrication entre « nature et architecture21 » que nous devrions fondamentalement nous pencher à nouveau.

Mots-clés

Paysage, jardins, Japon, Kyōto, conservation, création de jardins modernes
Landscape, gardens, Japan, Kyōto, conservation, creation of modern gardens

Bibliographie

Berque,  Augustin, Le Sauvage et l'Artifice. Les japonais devant la nature, Paris, Gallimard, 1986.

Hladik, Murielle, Traces et fragments dans l'esthétique japonaise, Wavres, Mardaga, 2008.

Hladik, Murielle, « Isamu Noguchi. Sculptural design », L'Architecture d'aujourd'hui, n  342, sept.-oct. 2002, p. 16.

Masuda, Tomoya 増田友也, « Saihō-ji Shōnan-tei 西芳寺湘南亭 » (Le pavillon Shōnan-tei du jardin Saihô-ji), Shinkenchiku 新建築, février 1957 ; réimprimé dans Masuda Tomoya, Masuda Tomoya chosakushū 増田友也著作集 (Œuvres complètes), Maekawa K. 前川道郎編 (ed.), Kyōto, Ed. Nakanishiya ナカニシヤ出版, 1999, p. 89- 98.

Masuda, Tomoya 増田友也, « Sansui to kasansui 山水と仮山水 (Paysages et paysages éphémères ) », dans Jūtaku-teien, chatei. Kūkan to dezain 住宅庭園・茶庭―空間とデザイン (Habitation-jardin, jardin de thé - Espace et design, Tōkyō, Seibundō shinkōsha 誠文堂新光社, 1970 ; réimprimé dans Masuda Tomoya. Œuvres complètes, op.cit., p. 184- 201.

Nitschke, Günter, Jardins japonais (1991), traduit du français par Wolf Fruhtrunk, Köln, Taschen, 2007.

Ono, Masaaki 小埜 雅章, Teishi ga yomitoku Sakutei-ki 庭師が読みとく作底記 (Lire le Sakutei-ki pour les paysagistes), Kyōto, Gakugei 学芸, 2008.

Rambach, Pierre et Suzanne, Jardins de longévité. Chine, Japon : l'art des dresseurs de pierres, Genève, Skira, 1987.

Shigemori, Mirei 重森三玲, Nihon teienshi zukan 日本庭園史図鑑 全26巻 (Encyclopédie historique des jardins japonais), Tōkyō, Yūkōsha 有光社, publiée en 26 volumes de 1936 à 1939. Également disponible sous forme de cédérom, 1998. Voir : http://www.hayasoft.com/ystec/hps/shakaishisou/cat/ISBN4-390-50200-X.htm.

Shigemori, Mirei 重森三玲, Karesansui 枯山水, Kyōto, Kawarashōten 河原書店, 1965 ; Reprint : Tōkyō, Chuō kōron 中央公論,  2008.

Shigemori, Mirei 重森三玲, Shin-sakuteiki 新作底記, publication mensuelle dans le Nihon teienshi taikei 日本庭園体系 (Panorama sur l'histoire des jardins japonais), Tōkyō, Shakai-shisō-sha 社会思想社, publié de mai 1973 à septembre 1974 ; réédition complétée du Nihon teienshi zukan 日本庭園史図鑑 全26巻 (Encyclopédie historique des jardins japonais), op. cit.

Tschumi, Christian, Mirei Shigemori, Rebel in the Garden. Modern Japanese Landscape Architecture (photographies Christian Lichtenberg), Basel-Boston-Berlin, Birkhäuser, 2007.

Tschumi, Christian, « Studies of Mirei Shigemori's Approach to the Renewal of the Japanese Garden Culture » (重森三玲による日本庭園文化の革新へのアプローチに関する研究), Kyōto University, Laboratory of Landscape Architecture, mars 2004. Voir en particulier sa traduction en anglais très documentée du Shinsakuteiki : «  Shinsakuteiki - An Annotated Translation of the Essay by Shigemori Mirei », chapter 3, p. 30-81).

作底記/Traductions

De la création des jardins. Traduction du Sakutei-ki (1997), texte présenté, traduit et annoté par Michel Vieillard-Baron, Tōkyō, Maison franco-japonaise, 2003 (seconde édition révisée).

Sakutei-ki. La composition des jardins japonais, traduction et notes par M. Haussy et M. Arisawa, Osaka, Ichiyosha, 1980 (texte ronéotypé).

Auteur

Murielle Hladik

Architecte DPLG et docteur en philosophie, elle est actuellement chercheur associée à la Maison des sciences de l'homme Paris Nord et membre du réseau Japarchi.
Email : murielle.hladik@gmail.com

Pour référencer cet article

Murielle Hladik
Shigemori Mirei : un regard créatif sur l'art des jardins
publié dans Projets de paysage le 08/07/2012

URL : http://www.projetsdepaysage.fr/fr/shigemori_mirei_un_regard_creatif_sur_l_art_des_jardins

  1. Tschumi, Christian, Mirei Shigemori, Rebel in the Garden. Modern Japanese Landscape Architecture (photographies C. Lichtenberg), Basel-Boston-Berlin, Birkhäuser, 2007.
  2. Shigemori, Mirei 重森三玲, Nihon teienshi zukan 日本庭園史図鑑 全26巻 (Encyclopédie historique des jardins japonais), Tōkyō, Yūkōsha 有光社, publiée en 26 vol. de 1936 à 1939.
  3. Shigemori, littéralement consumé par le travail, parcourt toutes les provinces du Japon, photographie, fait des relevés, puis restant enfermé dans son studio encombré de livres - une pièce de 4 tatamis, soit environ les dimensions d'un pavillon de thé - de l'aube jusqu'au soir, il met à plat de manière systématique tous ces relevés et dessine au crayon tous les plans de ces jardins historiques. Les 26 volumes seront publiés en l'espace d'à peine 4 années.
  4. Voir Murielle  Hladik, Traces et Fragments dans l'esthétique japonaise, Wavres, Mardaga, 2008.
  5. Shigemori Mirei 重森三玲, Karesansui 枯山水, Kyōtō, Kawarashōten 河原書店, 1965 ; reprint : Tōkyō, Ed. Chūō kōron 中央公論, 2008.
  6. Ce désir d'une formation plurielle ira même jusqu'à déboucher sur le projet d'une université de tous les arts : l'université de la Culture (Bunka daigaku 文化大学). Ce vaste projet est déjà presque sur le point de se réaliser - Shigemori est alors seulement âgé de 26 ans - mais ne pourra finalement pas aboutir en raison du grand tremblement de terre du Kantō en 1923.
  7. J'emploie à dessein la terminologie latine, « ars », pour indiquer cette spécificité des arts japonais, qui sont restés beaucoup plus proches de la haute technicité et de l'artisanat. Pour simplifier, on peut dire qu'à la différence de l'Occident, le Japon (comme toute la sphère d'influence orientale) n'a pas connu le même développement des notions d'« art » ou de « génie ». Les ars restant plus proche de l'artisanat (savoir-faire, gestes et apprentissage), la brutale confrontation avec la modernité naissante oblige à un repositionnement par rapport aux divisions classiques entre « art » et « artisanat ». Distinction importante également dans le monde anglo-saxon avec une revalorisation de l'artisanat et de l'artisan (Craft/Craftsmen).
  8. Shigemori Mirei 重森三玲 Shin-Sakuteiki 新作底記, publication mensuelle dans la revue Nihon teienshi taikei 日本庭園史体系 (Panorama sur l'histoire des jardins japonais), Tōkyō, Shakai-shisō-sha 社会思想社, publié de mai 1973 à septembre 1974. Je remercie ici Philippe Nys, qui m'a fait part de ce texte très particulier et central pour une compréhension d'un regard renouvelé et innovant, celui de Shigemori, sur la tradition de l'art des jardins au Japon.
  9. Il existe plusieurs traductions françaises du Sakutei-ki 作底記 :
    - De la création des jardins. Traduction du Sakutei-ki (1997), texte présenté, traduit et annoté par Michel Vieillard-Baron. Tōkyō, Maison franco-japonaise, 2003 (seconde édition révisée). Il s'agit de la traduction la plus philologique.
    Sakutei-ki. La composition des jardins japonais, traduction et notes par M. Haussy et M. Arisawa, Osaka, Ichiyosha, 1980 (texte ronéotypé).
    Rambach, Pierre et Suzanne, Jardins de longévité. Chine, Japon : l'art des dresseurs de pierres, Genève, Skira, 1987 (en partie d'après la traduction et les commentaires de Masuda Tomoya 増田友也 (1914-1981).
  10. Cette attribution à Tachibana Toshitsuna 橘俊綱 (1028-1094) reste toutefois sujette à caution. C'est en tout cas la théorie la plus communément admise. Tachibana Toshitsuna 橘俊綱 (1028-94) serait le fils naturel du régent Fujiwara no Yorimichi 藤原頼通 (992-1074). Tachibana Toshitsuna, directeur de la maintenance et de la conservation des palais, aurait été célèbre pour la beauté de son jardin à Fushimi au sud de Kyōtō, et serait aussi connu sous l'appellation de « Fushimi no Toshitsuna ».
  11. « Partir de la connaissance du passé pour reconstruire le nouveau » (温故知新). Ce thème de la transposition et de la réinterprétation apparaît de manière récurrente dans toute l'histoire de l'esthétique japonaise. Hladik, Murielle, Traces et Fragments dans l'esthétique japonaise, op. cit., p. 13.
  12. Shigemori Mirei 重森三玲, Shin-Sakuteiki 新作底記, 1re section, mai 1973, p. 7. (不自然 fushizen, « artificiel », serait l'opposé de la nature : tout ce qui est factice, affecté, forcé, en un mot, le non-naturel).
  13. Ibid., 1re section, mai 1973, p. 7, traduction du japonais par Murielle Hladik et Shigematsu Takehito, texte non publié.
  14. Ibid., 2e section, juin 1973, p. 5.
  15. Le projet est immédiatement reconnu avec une audience internationale et publié, à l'époque, notamment dans les pages de L'Architecture d'aujourd'hui.
  16. Une grande majorité des temples bouddhiques et des sanctuaires shintō est située à la périphérie de l'ancienne capitale impériale, au pied des montagnes environnantes qui encadrent le bassin de Kyōto ; cette localisation très spécifique leur confère une vertu : celle de lieux de « passage » ou lieux intermédiaires, faisant la médiation entre l'espace civilisé (la ville, le construit) et la nature considérée comme « sauvage » (et le plus souvent associée aux monde des dieux). Plus fondamentalement les temples et sanctuaires, positionnés en fonction des règles anciennes de la géomancie, ont pour fonction de protéger les humains.
  17. Dans Tschumi, Christian, Mirei Shigemori, Rebel in the Garden. Modern Japanese Landscape Architecture, op. cit., préface de Günter Nitschke.
  18. Voir colloque « Les jardins japonais d'Europe », organisé par Philippe Nys, musée départemental Albert Kahn, Boulogne/Collège international de philosophie, Paris, Octobre 1997 (actes non publiés).
  19. La création des jardins de l'Unesco sera, dans les années 1960, l'occasion d'une rencontre à Kyōto entre le maître jardinier Shigemori Mirei et le sculpteur paysagiste Noguchi Isamu. Shigemori le conduisit ensuite sur l'île de Shikoku pour choisir les pierres nommées « les pierres bleues d'Iyo » (iyo ao ishi 伊予青石) ; c'est sur cette île que Noguchi établira ensuite son atelier, transformé aujourd'hui en musée, http://www.noguchi.org/museum/japan
  20. 重森三玲庭園美術館館長 http://www.est.hi-ho.ne.jp/shigemori/association-jp.html
  21. C'était là le sens du colloque que j'ai coorganisé récemment sur le thème « Architecture et Nature : renaissance » (avril 2012, Institut franco-japonais) ; organisation scientifique : Murielle Hladik, en collaboration avec Benoit Jacquet (EFEO) et Oussouby Sacko (université de Seika). Shigemori Mitsuaki est également intervenu lors de ce symposium. Voir, http://www.latitudefrance.org/Architecture-et-Nature-Renaissance-a-Kyoto.html.