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Récits de vie et qualité paysagère : le point de vue de jardiniers

Gardener's life account

30/12/2008

Résumé

La qualité paysagère peut s'appréhender selon deux niveaux d'analyse. Le premier serait investi dans les projets de paysage et supposerait la mobilisation d'une subjectivité partagée entre les acteurs de l'aménagement. Les critères d'évaluation retenus renvoient aux composantes matérielles du territoire ou aux motifs référant aux structures agraires anciennes. Ces postures contemporaines témoigneraient d'une volonté de valoriser de nouvelles typologies d'espaces, aux critères d'appréciation empreints de valeurs écologiques. Un deuxième niveau d'analyse, individuel et subjectif, invite à porter au lieu un regard qui révèlerait la dimension sensible d'un territoire à travers le discours d'une catégorie d'acteurs. À partir d'entretiens réalisés au sein des services Espaces verts de villes bretonnes, les récits de vie de jardiniers apportent un témoignage intéressant sur les critères mobilisés pour évaluer et juger la qualité paysagère des espaces alternatifs désormais nombreux en ville. Il en ressort que l'identité du métier et les préoccupations environnementales sont mises en tension dans les schèmes perceptifs de la qualité paysagère. Le concept de « travail bien fait » trouverait un remploi et conserverait toute sa valeur.
Environmental quality can be grasped in two different analyses. The first one would be implemented in landscape projects and call for the mobilization of a shared subjectivity among all the parties involved in planning. Material elements of the country or environmental patterns making reference to rural structures would be used as criteria for assessment. These contemporary views would show the willingness to enhance new types of areas, with standards of assessment deeply marked by environmental values. The second one, individual and subjective, asks to face, of one's own, a place, to understand the sensitive aspect of a territory, through a particular actor's speech. From interviews made in Breton Departments of open spaces, gardeners' life accounts give an interesting account on the used criteria, to assess and judge the environmental quality of alternative areas which, henceforth, are spread in town. It would seem that the job perception and the environmental concerns are in conflict on perceptual schemata of the environmental quality. The concept of «a well-done job» would remain one of the main filters of analysis.

Texte

Les collectivités locales impulsent depuis deux décennies de nouvelles façons de composer avec la nature. Des principes écologiques convoqués dans les postures contemporaines de conception réorientent les pratiques de maintenance des morceaux de verdure au sein de la matrice urbaine. De nouvelles physionomies d'espaces en résultent et interpellent les règles académiques d'un entretien plus horticole. Dès lors, les agents territoriaux en poste au sein des services espaces verts (SEV) vivent de profonds changements de pratiques. La façon dont ils appréhendent et vivent les mutations induit une appréciation particulière des espaces plus « ensauvagés ». Pour comprendre la dynamique contemporaine déployée au sein des organisations SEV,  la première partie de cette communication s'emploiera à démontrer qu'un nouveau paradigme conceptuel a pris vigueur dans les politiques d'aménagement, conduisant à intégrer des préoccupations et prétentions paysagères rénovatrices à la problématique du développement des territoires. La révélation des potentialités des sites et la façon de les donner à voir refléteraient, en effet, une grille de lecture objective de la qualité paysagère attendue. Ce contexte force le renouvellement des références et questionne la qualité paysagère dans sa dimension sensible et individuelle.
Le travail consiste alors à croiser un regard et une conception reposant sur des objectifs d'ordre écologique. Cette démarche renvoie à la perception paysagère des individus et aux représentations sociales des lieux. La deuxième partie de la communication s'inscrit dans cette veine : elle se propose d'interroger la sensibilité perceptive d'un groupe social, celui des jardiniers, à partir d'entretiens menés dans les services espaces verts de villes bretonnes. Le concept de diversité emprunté à l'écologie et importé dans les nouvelles commandes publiques rend le territoire de la ville plus perméable à la nature. De fait, dans l'exercice de leur métier, les jardiniers se trouvent confrontés à l'évolution du processus social de production/gestion des espaces publics naturels et à la mise en œuvre de techniques opératoires non-conventionnelles au regard d'un modèle horticole. Leurs propos apportent alors un éclairage sur le sens et les valeurs accordés à la nouvelle grammaire paysagère.

La qualité paysagère : les critères tangibles de l'évaluation contemporaine

L'appréhension du paysage selon ses composantes matérielles et intrinsèques permet d'accéder à une analyse objectivée de la qualité paysagère. Désormais, de nombreux projets d'aménagement - favorisés par les dispositifs de la loi paysage de 1993, du plan paysage ou des chartes paysagères établis à l'échelle communale ou intercommunale - ambitionnent de révéler la qualité paysagère des lieux. La démarche fondée sur la révélation des motifs paysagers porteurs d'aménités s'appuie sur des critères tangibles ; cela suppose une évaluation des potentialités des sites, à savoir une appréciation, un jugement : « L'évaluation c'est regarder comment, à un moment donné, l'action, [qu'elle soit publique ou privée] a été guidée par la perception d'enjeux particuliers1. » Ces enjeux font écho aux modes de raisonnement et à l'état des connaissances. Ils se traduisent en programme d'action et  convoquent dans leurs jugements des critères d'évaluation reconnus. Dès lors, les projets de paysage s'appuient sur une « subjectivité partagée2 », permettant de transcender les « subjectivités individuelles » et de trouver un consensus entre acteurs du paysage. C'est selon cette dynamique que de nouveaux projets de territoire se formalisent et que des motifs paysagers, ignorés et ensevelis hier, sont mis en valeur aujourd'hui, dans un souci de cohérence territoriale, d'harmonie paysagère, mais aussi de repères identitaires. Ces entités ou motifs, composantes matérielles du territoire, sont traduits comme des marqueurs de paysage au sein des documents d'urbanisme tels que les SCOT3 et les PLU4 et participent à la constitution de la « charpente paysagère5 » en tant qu'éléments structurants. Il s'agit en quelque sorte de proposer une nouvelle conception des territoires urbains et ruraux, non plus selon une logique d'antinomie, mais selon une recherche de complémentarité. Leur articulation favorisée selon cette nouvelle logique interroge les potentialités de métissage. Mondes rural et urbain sont porteurs de nouveaux projets de gestion, suggérés, pour les premiers, par la loi d'orientation agricole de 19996 et impulsés pour les seconds par les objectifs de « ville durable7 ». Les expérimentations menées en ce domaine révèlent  la multifonctionnalité cachée des territoires, tant pour « les campagnes urbaines8 » que pour les espaces de verdure insérés dans la ville. Devenus éléments structurants à l'instar du bâti, ces morceaux de nature s'articulent, s'interconnectent à l'échelle du territoire urbain, entre espaces urbains et ruraux. Pour appuyer ces propos,  nous pouvons interroger la qualité paysagère des espaces verts contemporains, dont la physionomie s'est modifiée sous l'influence d'une idéologie écologique. À l'aune de quels critères apprécie-t-on désormais ces artefacts de nature en ville ?  De façon objective, nous pouvons prétendre à une panoplie de critères, conciliant à la fois des préoccupations environnementales, sociales, culturelles et économiques. Arrêtons-nous sur la qualité paysagère prétendue des espaces de nature en ville, en les passant au crible de critères écologiques.

Le nouveau regard porté sur la ville offre l'occasion de dénoncer l'anathème jeté sur ce territoire, symbole de l'anti-nature. Cet espace, le plus artificialisé qui soit, se révèle désormais porteur de valeurs et ouvert à « l'invention de nouveaux espaces civilisationnels9 » au sein desquels les parcs et jardins champêtres trouveraient toute leur place. L'ambition paysagère de l'écologie interroge alors les rôles que ces derniers sont appelés à jouer. Le contact avec la nature semble se présenter moins en termes de rapport de forces que d'harmonie ou d'alliance, et le sentiment de nature chez le citadin contemporain s'infléchit dans sa forme moderne, face aux inquiétudes écologiques. Le recours à l'ingénierie écologique pour concevoir et gérer les espaces verts des villes est une orientation récente, que l'on peut dater à moins d'une vingtaine d'années en France10. Les services espaces verts, gestionnaires et acteurs principaux de la diffusion de ce génie écologique en ville, s'appuient de plus en plus sur les compétences scientifiques des chercheurs (écologues, ornithologues, botanistes...) pour asseoir leurs actions dans une logique de gestion raisonnée. Ces nouveaux parcs et jardins traduisent des valeurs émergentes, chez les élus et les citadins. Ils résultent d'un changement des techniques opérationnelles, mieux raisonnées, plus respectueuses de l'environnement et visant à réduire l'empreinte écologique sur le milieu. Fortes de leurs rôles de prescripteurs et de « vitrine » de bonnes pratiques, les collectivités locales promeuvent ces nouveaux espaces de nature, en invitant les citadins à adhérer à ce changement stratégique et - pourquoi pas ? -, à les accompagner dans ce sens. « La réhabilitation nécessaire de la notion d'espaces verts, les nouvelles fonctions des parcs, jardins et promenades vertes mais surtout l'acte de jardiner, avec tout ce que cela comporte en terme de production économique, de loisirs, d'identité, de valorisation individuelle, de capacité d'intégration sont aujourd'hui au cœur de nouvelles interrogations et des nouvelles préoccupations des acteurs de l'aménagement urbain et de la gestion de la cité11. »  Ainsi, les espaces champêtres sont revendiqués par l'image de gestionnaires responsables qu'ils véhiculent, par l'ouverture à l'écocitoyenneté qu'ils offrent et par une nouvelle valeur paysagère appréciée au regard de critères écologiques. Les pratiques jardinières elles-mêmes s'envisagent alors différemment : la position excentrée de l'homme, au-dessus de la nature et non élément de nature, n'est plus défendue de nos jours où l'on tend vers une réflexion écocentrée. Les parcs et jardins champêtres ne seraient en somme que des produits hybrides, à l'entrelacs de la nature, ou de l'image de nature que nous souhaitons faire renaître, de la culture et de la technique. Ce changement paradigmatique serait lié au renoncement d'une vision dichotomique des rapports entre l'homme et la nature, et à une révision des fins assignées à la végétation, qu'elle soit urbaine ou non.

Selon la pratique traditionnelle, les plantes sont choisies pour constituer une mise en scène, un décor. Elles sont juxtaposées de façon que chacune d'elles participe à une mise en valeur mutuelle. L'objectif premier est de réaliser un impact visuel fort, en jouant sur des contrastes de ports, de formes, de couleurs. Toute la pratique jardinière est historiquement ancrée en opposition artificielle à la dynamique naturelle de la végétation. L'aménagement de l'espace vert (qu'il soit gazon, massif fleuri ou arbustif, plate-bande, zone boisée) implique dans sa mise en œuvre un appauvrissement du milieu en espèces végétales et animales naturellement présentes. La tradition horticole a conduit à faire des espaces verts urbains des écosystèmes de plus en plus artificialisés. Deux caractéristiques inéluctables en découlent alors : premièrement, une consommation d'énergie considérable, pouvant même dépasser la production du système ; deuxièmement, une instabilité du milieu, conduisant à une exigence accrue en matière de soins et d'entretien à prodiguer : traitements phytosanitaires réguliers, tontes chaque quinzaine, apports d'engrais et d'eau... La banalisation de la conception des espaces verts et leur manque de diversité s'opposent à leur aptitude aux changements. La résilience de tels écosystèmes, c'est-à-dire leur capacité à faire face aux contraintes du milieu,  décroît avec le manque de diversité variétale. « Mal armés », les écosystèmes sont alors plus dépendants d'intrants extérieurs (eau, nutriments). L'équilibre du milieu est toujours précaire ; il ne se maintient qu'à la faveur d'une intensité de travail et de consommation d'énergie énorme, qui, sur le long terme, s'avère irrationnelle.
Grâce aux apports de la phytosociologie, les espaces verts soigneusement peignés, souvent géométriques, cèdent le pas à une conception moins formelle, où les végétaux s'offrent aux regards sous un angle plus dynamique. En cherchant à imiter la nature, à respecter l'écologie des plantes, le végétal n'est plus cantonné dans une place assignée dès la conception : par son mouvement, il participe à la dynamique de l'espace. Les processus naturels eux-mêmes sont mis en scène, « artialisés » par endroit, invitant à un changement de regard. À travers ces nouvelles postures de conception, la qualité paysagère s'apprécie alors sur d'autres critères : connectivité spatiale et fonctionnelle des espaces de verdure12, superficie et  éloignement, typologie de la végétation, participation au maintien d'une biodiversité qu'elle soit génétique ou écosystémique. Depuis les années 1990, cette dimension nouvelle de la biodiversité laisse une large place à des espaces alternatifs. Participant de la diversité paysagère par la physionomie nouvelle qu'ils proposent, ils marient une  gamme variétale élargie à des techniques de gestion rénovatrices, rappelant les techniques agropastorales ou forestières traditionnelles. La qualité paysagère appréciée par la déclinaison de la biodiversité au sein des aménagements s'érige désormais en  « norme positive13 » : depuis la biodiversité « contrôlée, dirigée, manipulée14 »  - à l'image des parcs et jardins horticoles - jusqu'à celle spontanée, où le végétal ordinaire trouve sa place dans des espaces plus « ensauvagés ». Cette mosaïque de territoires végétalisés répond bien au sens actuel donné à la biodiversité, selon trois niveaux d'organisation du vivant : biodiversité génétique, biodiversité spécifique, biodiversité écosystémique. La diversité des motifs paysagers favorise les enchaînements et le métissage des territoires. La charte paysagère des axes routiers, mise en place par le conseil général du Finistère, répond à ce souci de favoriser un maillage entre la diversité des espaces. La mise en valeur de la vallée de l'Élorn intègre cette préoccupation par un choix d'espèces bocagères non-ornementales, conférant une identité au territoire traversé. La nature devient alors structurante et innerve le canevas urbain par des continuums ou des corridors biologiques. La nouvelle rhétorique de la nature, mise en œuvre dans les projets d'aménagement, opère un  dépassement du regard au-delà des seuls éléments « verts » : prise en compte de la présence animale, des réseaux hydrographiques et des données géomorphologiques des sites. Ainsi, le projet d'aménagement et de développement durable de Brest métropole océane envisage l'aménagement du nord-est de la ville (Brest-Guipavas) en valorisant un réseau de vallons15 et une trame bocagère existante. « Ces éléments serviront de point d'appui à l'aménagement : passage de réseaux lents en relation avec la trame verte et bleue, utilisation de la trame bocagère dans l'organisation de plan masse et la gestion des eaux pluviales16. » Le foisonnement de projets de réhabilitation de berges et de coulées vertes témoigne de cette volonté de laisser s'exprimer les éléments forts du paysage auxquels les citadins s'identifient et accordent du sens. Des textures végétales différentes participent de l'identité des quartiers tout en privilégiant des espèces adaptées au site et distribuées selon un dispositif étagé, depuis la strate herbacée - voire humifère -,  jusqu'à la strate arborée. La réhabilitation des milieux et l'emprunt de références agropastorales témoigneraient presque d'une volonté de ruraliser ces nouveaux morceaux de ville.

Nouvelles pratiques jardinières et dynamique de la végétation (Vallon Saint-Laurent, Quimper).

La  démarche écologique mise au service d'un renouveau dans l'art paysager, rompt avec la tradition séculaire du fleurissement horticole. Une remise en cause de la société de consommation s'exprime alors au travers de nouvelles combinaisons productives suggérées dans les propos novateurs, progressivement globalisés sous l'appellation de « gestion différenciée ». Les réflexions engagées autour de ce concept permettent de nourrir des discours stimulants et d'élargir le champ des perceptions et représentations de la nature en ville. Les exemples de parcs et jardins publics présentés en modèles du nouveau savoir-faire expriment le désir de composer davantage avec la nature sous toutes ses formes, plutôt que de chercher à la façonner selon un modèle stéréotypé. Allant au-delà d'une approche technicienne de maintenance des espaces verts, la gestion différenciée ouvre sur de nouveaux questionnements et change les références jardinières. Ainsi, une grande partie des services espaces verts prétend aujourd'hui s'adonner à la « gestion différenciée », en usant d'une palette d'espaces jardinés, du plus naturel au plus sophistiqué. Cet élargissement du « portefeuille d'activités » des SEV offre l'opportunité aux citadins d'accéder à une diversité de parcs et de jardins publics.

La qualité paysagère des espaces de nature en ville : le point de vue de jardiniers

L'insertion de véritables morceaux de nature au sein de l'espace urbain participe d'une réflexion et d'une compréhension scientifique, assorties à une volonté d'ancrage écologique. Cette « subjectivité partagée » permet d'accéder à un renouveau de l'art paysager dans les projets de territoire et suppose que les aménités attendues du paysage urbain se traduisent par de nouvelles relations jardinières : souci d'intégration au site à aménager, choix des variétés proches des écotypes, raisonnement des interventions jardinières selon un gradient de pression en accord avec le parti d'aménagement. Cette conception impose un renouvellement des références et, comme de nombreux écrits en témoignent, implique une évolution des façons de travailler et d'appréhender les métiers fortement ancrés dans une tradition horticole. En effet, les partis retenus induisent à la fois de nouvelles postures de conception et de maintenance : les masses végétales sont accompagnées dans leur croissance par une taille plus douce, l'herbe se fauche et n'est plus systématiquement tondue selon un calendrier d'interventions prédéfini, les plantes « ordinaires », voire spontanées, acquièrent même un droit de cité. L'introduction d'une nature moins policée, la recherche d'une biodiversité floristique et faunistique revendiquée au cœur même de l'espace urbain modifient la perception de l'espace. L'aspect visuel de ces morceaux de nature questionne, suscite le jugement et vient parfois brouiller les repères des citadins, tout comme ceux des agents d'entretien des collectivités locales. Aborder la qualité paysagère d'un point de vue subjectif devient alors un exercice plus délicat. La démarche conduit à appréhender la dimension sensible d'un territoire à travers le discours d'un acteur. Généralement, l'acteur interrogé est celui pour qui la commande est ou a été réalisée : élu, habitant, touriste. Plus rarement, la problématique de la qualité paysagère d'un territoire est soumise à ceux qui en assurent la maintenance. C'est pourtant le parti qui sera retenu dans la suite de ce travail. Ce sont les agents d'entretien, plus communément appelés jardiniers, qui sont interrogés et qui au travers de leurs récits d'expériences, livrent un témoignage sur la qualité paysagère du territoire communal, tel qu'ils la perçoivent dans l'exercice de leur métier. Cette contribution propose une présentation d'une partie des travaux de recherche entrepris auprès de jardiniers des services espaces verts de villes bretonnes17, et vient éclairer le questionnement sur la qualité paysagère appréhendée dans son sens subjectif.

Démarches de la recherche et conjectures théoriques

L'investigation a nécessité des entrevues centrées, avec pour finalité de comprendre comment les nouvelles pratiques sont intégrées au savoir et savoir-faire des jardiniers de ville. Les entretiens ont eu pour objectif de révéler le sens accordé par les agents de collectivités locales à la nouvelle philosophie de gestion, au regard des repères normatifs qui sont les leurs. Deux séquences thématiques de questionnement structurent la conduite des entretiens :
  • interroger les agents de collectivités locales sur leurs pratiques d'entretien des espaces verts municipaux, leurs expériences, la façon dont ils exercent leur métier ;
  • interroger les agents sur les représentations construites autour des nouvelles pratiques d'entretien.
Plusieurs questions sont sous-jacentes dans la problématique étudiée :
  • quel sens les agents donnent-ils à leurs pratiques, aux événements dont ils sont les témoins actifs
  • comment les changements sont-ils intégrés dans les pratiques ?
  • comment sont-ils vécus ? Influencent-ils le rapport au métier ?
Les entretiens semi-directifs sont menés auprès des fonctionnaires territoriaux de la filière technique des SEV. Les cadres d'emplois visés prioritairement sont ceux des agents techniques et agents techniques qualifiés (catégorie C) ainsi que des agents de maîtrise (catégorie C). Ce personnel d'exécution est celui qui est confronté dans la pratique aux changements de techniques opératoires et qui est donc le mieux placé pour exprimer ses sentiments à l'égard du travail accompli. Cependant, sont pris également en considération les agents d'encadrement, constituant les cadres d'emplois de contrôleurs de travaux (catégorie B) et de techniciens (catégorie B). Ces informateurs sont en effet des relais entre la direction du SEV et les agents d'exécution. Leur positionnement au regard des changements de pratiques peut être un élément révélateur sur le sens que les agents de catégorie C accordent aux pratiques jardinières actuelles. Par ailleurs, certains d'entre eux ont accédé à ces postes par promotion interne et ont pu être témoins directs des changements opérés. Les consignes de sélection des agents reposent sur la constitution d'un échantillonnage représentatif, prenant en considération le cadre d'emploi, le territoire communal à entretenir, l'ancienneté dans le service. Les enquêtes sont menées pendant le temps de travail des agents et durent environ une heure.
Des conjectures théoriques ont été posées après un premier travail par questionnaires préopératoires auprès de 28 jardiniers des SEV de Quimper, Rennes et Chartre-de-Bretagne. On a ainsi constaté que les nouvelles méthodes d'entretien des espaces verts influent sur la représentation que les jardiniers de ville se font de leur métier. Plus précisément, ces premiers résultats laissent supposer qu'ils associeraient la physionomie de l'espace vert à la qualité professionnelle du travail réalisé. Un sentiment de dévalorisation du travail d'agent d'entretien des espaces verts découlerait du changement stratégique de gestion introduit dans le service. L'approche retenue présente un caractère herméneutique, dans la mesure où elle s'attache à la compréhension du sens de l'action par l'acteur. Les jardiniers sont interrogés sur le sens qu'ils donnent aux faits et aux gestes, selon le cadre théorique défini par Raymond Boudon18 : l'individualisme méthodologique et les raisons fortes sur lesquelles reposent les croyances. Les concepts d'identité professionnelle, de pratiques et de métier seront également éprouvés dans le cadre de ce travail car la notion de « sens » interroge la légitimité des pratiques, leurs représentations et la valeur qui leur est attribuée.

Hypothèses retenues

Les pratiques contemporaines de jardinage participent de l'évolution du sens du métier de jardinier. Elles n'auraient de valeur que dans la mesure où elles seraient comprises et  justifiées dans le métier et se trouveraient en adéquation avec les images et représentations qu'il suscite et véhicule. Ainsi, dans une première phase, les pratiques dites de « gestion différenciée » perturberaient le sens que les jardiniers donnent à leurs pratiques. Ces raisons fortes ne seraient pas en accord avec les pratiques actuelles.
Hypothèse générale : Le sens repose sur la compréhension des actions et une adéquation aux images et représentations du métier.
Hypothèse 1 : Plus les pratiques de gestion sont empreintes d'une culture horticole, plus elles s'accordent au sens du métier de jardinier.
Hypothèse 2 : Moins les pratiques sont empreintes de culture horticole, moins elles s'accordent au métier de jardinier.
Les premiers  résultats de cette recherche apportent des éléments sur la façon dont les jardiniers abordent la perception des paysages urbains façonnés par les nouvelles techniques de gestion. L'analyse des récits d'expérience permet de faire entrer en résonance la qualité paysagère et l'image que l'agent a de son métier. La qualité paysagère des espaces végétalisés, résultat des nouvelles pratiques, serait jugée par l'entremise d'un filtre particulier : celui de la représentation du métier et de la notion de « travail bien fait ».

Qualité paysagère et systèmes de valeurs

En acceptant de nouvelles façons de concevoir, d'aménager et de gérer les espaces jardinés, les collectivités locales ont favorisé la construction de nouvelles argumentations permettant d'attribuer une valeur aux aménagements et,  par là-même, ont modifié les critères d'appréciation à partir desquels se fondent les jugements. On peut émettre l'hypothèse qu'en période de changement social, il y a heurt entre deux systèmes d'argumentation. Dès lors, chaque individu doit trouver des raisons fortes pour choisir entre deux systèmes de raisons concurrentes. Les agents hésitent à abandonner un système au profit d'un autre, car la reconstruction et l'assimilation d'une argumentation ne sont pas immédiates. Les jardiniers des collectivités locales, confrontés aux changements de modèle d'aménagement, seraient dans cette phase transitionnelle, placés dans un conflit de raisons fortes, les unes visant à maintenir des pratiques traditionnelles et à perpétuer les valeurs qu'elles véhiculent, les autres poussant à envisager autrement les pratiques de maintenance des espaces de nature. Ainsi, les jardiniers pourraient préférer maintenir des pratiques traditionnelles, dont le résultat visuel se juge par l'absence d'herbes indésirables, une tonte nette et régulière, un agencement harmonieux, des camaïeux de couleurs, des bordures bien taillées... Ici, les principes s'effaceraient au profit des résultats qui resteraient primordiaux dans l'appréciation d'un travail bien fait. Les raisons fortes basées sur les règles académiques de l'aménagement perdureraient, ou vivraient un conflit avec les nouvelles raisons fortes bâties sur des principes de respect de l'environnement et d'économie des ressources. L'individu amené à conceptualiser la situation dans laquelle il se trouve émet des jugements de valeur sous-tendus par des sentiments intériorisés (honte, indignation...), car ces jugements « accompagnent dans son esprit une théorisation du comportement d'autrui ou selon les cas de son propre comportement, théorisation qui ne peut avoir de sens pour lui que s'il la perçoit comme fondée, c'est-à-dire acceptable par autrui19». De ce fait, les jugements de valeur et les sentiments de l'individu se mesurent à l'acceptation de certaines règles qu'il trouve fondées, approuve et endosse. Selon une posture individualiste au sens méthodologique et non atomique, telle que l'envisage Boudon, les individus n'accorderaient de la valeur à leurs raisons que dans la mesure où ils pressentent qu'elles ont potentiellement une valeur pour l'Autre généralisé, c'est-à-dire intrinsèquement liée à une validité interpersonnelle : « La signification normative de l'idée de rationalité correspond à une capacité d'exigence, de reconnaissance universelle d'un certain type de choix (par exemple en matière de proposition se voulant vraie) sur la base de critères qui le sont forcément, d'un point de vue cognitif, acceptables d'un point de vue interpersonnel, même si les individus sont amenés, en fonction de situations diverses, à ne pas reconnaître immédiatement cette acceptabilité20. » Les nouveaux préceptes d'aménagements ne sont pas perçus de manière claire et immédiate par tous, car cela suppose de changer les filtres de compréhension du monde qui nous entoure. Pour que les innovations aient un sens, encore faut-il qu'elles soient perçues à travers des « cadres » adéquats. Tant que les acteurs sociaux n'ont pas de bonnes raisons de remettre en cause les cadres d'interprétation réputés obsolètes, les innovations demeurent mal perçues. Une fois que le consensus apparaît, on peut alors considérer qu'il repose sur un fondement de raisons fortes. L'individu adhère à un jugement de valeur parce qu'il fait « sens » pour lui, c'est-à-dire qu'il a de bonnes raisons d'y adhérer, raisons qui, pour Raymond Boudon, « [peuvent] en principe être énoncées, [ont] vocation à être tenues pour objectivement valides, et par suite à être partagées21».

Le poids de la sémantique

À travers quel cadre de perception les nouveaux espaces plus ensauvagés sont-ils appréhendés ? S'agissant de comprendre sur quels critères les jardiniers interrogent leur sensibilité paysagère, il peut être intéressant d'analyser l'outil de gestion élaboré au sein des services municipaux, pour accompagner les changements de pratiques. En effet, la mise en place de la gestion différenciée a été suivie de la rédaction d'un guide, vulgarisé dans l'ensemble des services espaces verts français, sous le nom de Code qualité. Dès lors que la pratique horticole n'était plus la seule règle, il devenait important de cartographier les espaces à entretenir et de leur  attribuer un Code qualité, c'est-à-dire de leur fixer un objectif d'entretien selon leur positionnement dans la ville, leurs usages et bientôt selon leur potentiel de contribution au maintien de la biodiversité. Cet outil était sensé accompagner le changement, c'est-à-dire faire accepter de nouvelles pratiques et les nouvelles physionomies des espaces. À Rennes, ce travail fut mené dès 198422, mais à Quimper il fallut attendre dix ans de plus. Répartis par catégorie, les espaces se sont vu attribuer des codes, correspondant à une classe d'entretien, du plus soigné au plus sommaire. Parallèlement, sur le terrain une distinction s'opérait entre les espaces dits « naturels » et ceux de « prestige ». La pratique jardinière horticole s'applique toujours à ces derniers : tontes régulières, absence de mauvaises herbes, floraison importante. L'appellation Code qualité a induit des confusions dans l'esprit des agents et le doute persiste au travers des entretiens : la sémantique utilisée contribue à l'incertitude des agents. Prenons un extrait du « Code Qualité » tel qu'il est proposé dans un des SEV bretons :

Codes   Surface engazonnéeSurface d'arbustes
Massifs floraux
      Jardinières
   Allées
Qualité 1Gazon court, sans mauvaise herbe, mousse ou papier (*)Toujours propres, pas de papier, bien taillés, bonne tenueSans mauvaises herbes ni parasites, plantes vigoureuses, découpes nettes, pas de fleurs fânées, conception de très bonne qualité et en relation avec l'espace environnant (thème) 
Sans mauvaises herbes ni parasites, plantes vigoureuses, découpes nettes, pas de fleurs fânées, conception de très bonne qualité et en relation avec l'espace environnant (thème)
Sans mauvaises herbes ni déchets divers, pas de nids de poules, caniveaux toujours propres
Qualité 3Tolérance d'un gazon plus haut, mauvaises herbes et mousses acceptées 
Zone champêtre : mauvaises herbes acceptéesGazons fleuris
Zones boisées, mauvaises herbes acceptées

(*) Éléments caractéristiques des différentes zones, en italique dans le document.


Toute la difficulté pour les directeurs de ces services est de se soustraire du référentiel horticole : les mots mis sur les pratiques ne se détachent que lentement de LA référence. Le vocabulaire choisi pour qualifier les espaces s'éloignant de l'horticulture classique n'évoque aucune aménité : « espace moins sophistiqué », « entretien sommaire », « entretien réduit », « espaces sommaires peu entretenus ». Les termes sont définis par la négative, car, au sein des services, la référence reste encore l'espace fleuri ou régulièrement tondu tenant un rôle décoratif dans la ville. Le vocabulaire à connotation positive demeure réservé aux espaces horticoles faisant l'objet de nombreuses attentions de la part des jardiniers, formés à gérer de tels espaces. L'un des agents de Quimper le précise par ces mots : « Il y a des espaces de première qualité et les autres. » Les « autres » sont évidemment ceux où les soins sont moindres : manque d'entretien, de suivi.
Ce positionnement des agents par rapport à la valorisation de la tâche « entretien » semble jouer un rôle décisif dans leur réticence à accompagner le changement et à revoir leur cadre d'interprétation. Pour certains cela reviendrait à accepter de moins bien faire leur travail. On se heurte alors chez les agents à une confrontation des représentations face aux espaces « léchés » : « Le rendu n'est pas beau, ça ne fait pas propre. » Les jardiniers s'identifient à l'espace dont ils ont la charge. « Le rendu », terme qui leur est cher, leur renvoie une image de leur travail qui à leurs yeux ne saurait être inachevé car la sanction serait immédiate et les dévaloriserait : « Ça [ferait] sale. »

Les schèmes perceptifs de la qualité paysagère

Parmi les valeurs, il en est une que nous privilégions : celle du « travail bien fait ». En effet le « travail accompli dans les règles de l'art » constitue un marqueur de l'identité professionnelle et octroie une dimension performative à la culture de métier comme espace d'identification. Florence Osty précise à ce propos : « Point de métier sans culture, c'est à dire sans des règles techniques et comportementales intériorisées par l'apprentissage, mobilisées en vue de la perfection d'un art23. » Le sentiment de « travail bien fait » repose sur la satisfaction de l'œuvre accomplie, passée aux cribles d'un filtre interprétatif qui met en jeu le regard, qu'Anne Sauvageot24 définit comme « le médium par excellence », à travers lequel un processus d'intellection se déclenche pour distinguer, discerner, apprécier tel ou tel élément de situation. « Le regard est au cœur de toutes nos activités » dit-elle, ajoutant : « Il s'inscrit en effet dans toute relation avec autrui, de même qu'il est un médiateur essentiel entre nous et le monde puisqu'il filtre et organise une grande part des informations qui nous sont nécessaires. La vue s'ancre dans l'action en même temps qu'elle la commande et en fixe l'expérience25. » Elle appréhende donc la vision comme « un fait social » : le regard façonné  tout au long d'une histoire représente, à certains égards, un enjeu pour tout groupe social. Au travers des formes devenues familières (la ligne droite, la courbe, la rectitude, la verticalité...) le regard « préinformé » modélise les éléments perçus. Il se crée un « habitus » perceptif, cognitif et symbolique. Les formes habituelles, familières, deviennent des images-normes26. L'apparition de nouvelles formes, issues de nouveaux matériaux, de nouvelles technologies rationalisatrices ou de nouveaux savoirs et savoir-faire, interroge, influence, perturbe peut-être les façons de voir. La façon de voir des individus dépend du milieu dans lequel ils sont immergés et des savoirs générés par le phénomène perceptif. Les formes et les modèles référents supposent une cognition en accord avec l'organisation du visible : « La construction du savoir emprunte en effet à l'organisation du voir ses principes structurants de telle sorte que l'évolution des schémas perceptifs entraîne avec elle celle des rationalités27 »  affirme Anne Sauvageot.
En empruntant  cette théorie du regard, on peut interroger la perception des nouvelles formes paysagères issues à la fois d'un renouveau des techniques et des connaissances éprouvées dans un principe de circularité. Les nouveaux référentiels convoqués dans les pratiques s'édifient sur des formes nouvelles, étrangères aux « images-normes ». Les parcs et jardins « plus ensauvagés » participent de cette révision d'un certain ordre visuel. Ils marquent une mutation dans la façon d'appréhender le monde et préfigurent un nouveau « style du connaître ». Une nouvelle rationalité sous-tend l'apparition de ces formes paysagères, convoquant en leur sein les avancées scientifiques, les connaissances écosystémiques et une autre logique d'appréhension de la nature. Le regard « formé » et « formant » implique une éducation, une socialisation de la façon de voir. Les images visuelles des jardiniers sont en quelque sorte soumises à l'épreuve d'un processus cognitif et confrontées aux représentations significatives. « Si notre façon de voir les choses est influencée par ce que nous en connaissons, dit Anne Sauvageot, celle-ci en retour gouverne les modalités même de nos connaissances28.» Les parcs et jardins publics traditionnels s'offrent comme des configurations conventionnelles, des « images-normes » assimilées qui structurent l'espace urbain de nos villes de France. Ils sont perçus, tant au niveau individuel que collectif, comme les modèles référents, porteurs d'une symbolique paysagère. Mais lors de changements de formes, des désaccords surgissent entre l'habitus perceptif et le message qui émane de la nouveauté. Les codes visuels introduits trop brutalement peuvent provoquer une rupture, tels des changements brutaux de valeurs. En ce sens, ils peuvent porter atteinte à un système d'identification et, en l'occurrence, à l'identification des acteurs-jardiniers. Un parallèle entre perception et pensée, qu'Anne Sauvageot précise en ces termes : « Les formes perceptives, [...] canalisées par la pensée, [...] en constituent aussi la substance même. Cette interpénétration de la perception et de la pensée trouve notamment son application dans l'exercice du langage, par la façon dont celui-ci est fécondé par l'image29. » Les images, substrat de la pensée, présentent des propriétés modélisatrices. L'évocation de mots renvoie ainsi souvent à des images et à des représentations. Il en serait de même des termes « mauvaises herbes », « indésirables », « herbes folles» qui renverraient à des « images-normes » et à une symbolique particulière : le « sale », le « délaissé », l'« abandon », incompatibles avec certains marqueurs de l'identité professionnelle du jardinier : « le travail bien fait », « le propre », « la satisfaction de l'œuvre accomplie ».
Les jardiniers ont  une représentation de ce qu'est la qualité, vision venue de leur pratique et qui structure leurs représentations. L'identité professionnelle serait doublement atteinte lorsque des mots, renvoyant à cette symbolique à connotation négative, se trouvent associés dans les nouveaux principes d'aménagement. Il s'agirait alors d'apprendre à voir ces nouvelles formes contemporaines d'aménagements au travers d'autres schémas perceptifs, cognitifs et symboliques. Ainsi posée, la perception de la forme se situerait à l'entrelacs de la « matière », de la « pensée » et du « regard ».  Les significations et les codes visuels à présent admis dans les espaces végétalisés urbains participeraient, par leurs rappels dans les mises en scène successives, à l'apparition d'un nouvel « ordre optique ».

Mots-clés

Jardiniers, métier, nature, perception, ville
Gardeners, profession, nature, perception, city

Bibliographie

Auteur

Patricia Brulon-Le Crenn

Économiste.
Chercheur EA2219, UBO de BREST, Institut de Géoarchitecture à l'université de Bretagne occidentale.
Courriel : plcb@wanadoo.fr

Pour référencer cet article

Patricia Brulon-Le Crenn
Récits de vie et qualité paysagère : le point de vue de jardiniers
publié dans Projets de paysage le 30/12/2008

URL : http://www.projetsdepaysage.fr/fr/r_cits_de_vie_et_qualit_paysag_re_le_point_de_vue_de_jardiniers

  1. Duran, P., « Connaissance et action publique, l'évaluation comme savoir pratique », in Politiques publiques et Paysages, actes du séminaire d'Albi, 28-30 mars 2000, p.33-43.
  2. Alain Mazas définit la subjectivité partagée comme « la façon de voir et de sentir propre à tout sujet collectif, groupe social ou société dans son ensemble. Elle est nourrie par les comportements et médias caractéristiques de toute culture. C'est elle qui permet aux différents acteurs du paysage, au-delà de leur subjectivité individuelle, de se rejoindre dans la reconnaissance partagée des grands motifs d'intérêt public de leurs paysages, et de valider les programmes d'actions d'aménagement des plans de paysage », in Donadieu, P. et Mazas, E., Des mots de paysage et de jardin, Dijon, Educagri, 2002, 316 pages.
  3. SCOT : Schéma de cohérence territoriale, issue de la loi n°2000-1208 du 13 décembre 2000 relative à la solidarité et au renouvellement urbain.
  4. PLU : Plan local d'urbanisme, issu de la loi n°2000-1208 du 13 décembre 2000, déjà citée.
  5. Alain Mazas définit la charpente paysagère comme « l'ensemble des motifs dont les enchaînements assurent la stabilité d'un paysage. Ces motifs sont d'une part de naturalité et d'autre part de spatialité ; naturalisés par l'histoire, ils ont acquis par là un caractère structurel »  in Donadieu, P. et Mazas, E., Des mots de paysage et de jardin, op.cit.
  6. Loi d'orientation foncière parue au Journal officiel, n° 244 du 20 octobre 1999.
  7. La charte des villes européennes pour le développement durable »  est élaborée à Aalborg en 1994. Nantes, Lille, Montpellier, Grande-Synthe, Strasbourg s'engagent alors à mettre en œuvre un plan local d'action à moyen et long terme et à favoriser toute initiative alliant développement économique et protection de l'environnement. En Janvier 1997 se tenaient les Assises régionales et nationales du développement durable, intitulées « Pour une ville durable » et ont donné lieu au premier appel à projets intitulés « Outils et démarches en vue de la réalisation d'agendas 21 locaux », piloté conjointement par le ministère de l'Environnement et du Développement durable et la Délégation interministérielle à la ville.
  8. Donadieu, P., Campagnes Urbaines, Arles, Actes Sud, collection « Nature », 1998, 219 pages.
  9. Younes, Ch. (sous la dir. de), Ville contre-nature, Paris, Éditions La Découverte, 1999, 282 pages.
  10. La genèse de cette ingénierie écologique appliquée au territoire urbain a été développée par Aggeri, G., « La nature sauvage et champêtre dans les villes : origine et construction. De la gestion différenciée des espaces verts publics et urbains. Le cas de la ville de Montpellier », thèse de doctorat, juin 2004, 323 pages.
  11. Demaure, J.-C., adjoint au maire de Nantes, chargé de l'environnement, discours d'ouverture du colloque national « Espaces verts et projet social », Nantes, 20 et 21 novembre 1997.
  12. Clergeau, Ph., « Biodiversité dans les paysages urbains : des concepts aux applications », in la revue Penn Ar Bed, n°165/166, juin/septembre 1997, p.13-17, 96 pages.
  13. Larrere, C. et R., « Ville contre-nature, Philosophie et architecture », in Younes, Ch.(sous la dir.), Ville contre-nature, op.cit.
  14. Arnould, P., « Biodiversité : la confusion des chiffres et des territoires », in Annales de géographie, n°651, 2006, p. 528 à 547.
  15. De nouveaux morceaux de ville viendraient s'insérer en tenant compte des potentialités de sites de qualité, conférées par la présence des vallons : Stang-Alar, Keravilin, Costour, Froutven, vallon de Créac'h Burguy.
  16. Plan local d'urbanisme Brest métropole océane, PADD, approuvé le 7 juillet 2006.
  17. Les jardiniers sont interrogés dans les SEV des villes de Brest, Chartres-de-Bretagne, Douarnenez, Lorient, Quimper, Rennes.
  18. Boudon, R., Le Sens des valeurs, Paris, PUF, collection « Quadrige », 2007, 398 pages.
  19. Boudon, R., ibid, p.134
  20. Demeulenaere, P., « Normativité et rationalité sociologique », in L'Explication des normes sociales (sous la dir. de Boudon, R., Demeulenaere, P., Viale, R.), Paris, PUF, collection « Sociologies », 2001, p.187-202, 278 p.
  21. Boudon, R., Le Sens des valeurs, op.cit., p.28
  22. Le service des parcs et jardins de la ville de Rennes a depuis requalifié son outil de gestion initialement intitulé « Le guide de maintenance » : « Parcs et jardins de Rennes, évolution des pratiques », objet de la journée du 27 mai 2008.
  23. Osty, F., Le Désir de métier. Engagement, identité et reconnaissance au travail, Rennes, PUR, 2002, 244 p.
  24. Sauvageot, A., Voirs et Savoirs. Esquisse d'une sociologie du regard, Paris, PUF, collection « Sociologie d'aujourd'hui », 1994, 249 p.
  25. Sauvageot, A., ibid., p.7
  26. Sauvageot, A., ibid.,p.9
  27. Sauvageot, A., ibid.,p.9
  28. Sauvageot, A., ibid.,p.15
  29. Sauvageot, A., ibid.,p.15