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Quelles relations sont envisageables entre la quatrième année de formation et la recherche à l'École nationale supérieure du paysage (ENSP) ?

What kind of relations is conceivable between the fourth study year and the research at the National school of landscape in Versailles (ENSP)?

24/12/2009

Résumé

Le présent article a pour but d'enrichir le débat existant sur la place, l'enracinement, que pourrait avoir la recherche à l'ENSP de Versailles. De façon plus précise, il se propose de cerner les articulations possibles entre la recherche concernant le paysage et la quatrième année du cycle de formation des paysagistes DPLG. En un premier temps, il contextualise cette interrogation, on rappelant quels sont les exercices fondamentaux - TPFE et APR - et les enseignements qui composent l'année d'étude terminale pour les étudiants de cette école de projet de paysage. C'est après avoir pointé des documents éclairant cette articulation Recherche/DPLG 4, que deux types de recherche sont dégagés. L'une prend pour objet et point de départ de la recherche les TPFE et les APR ; l'autre, plus timide, postule que les TPFE et les APR pourraient constituer, en eux-mêmes, une forme de recherche. Chemin faisant, cette contribution met en lumière les obstacles et les solutions liés au développement de la recherche à partir d'une année particulièrement professionnalisante de la formation des paysagistes à l'ENSP.
The article aims to enrich the debate, and overcome the inertia that could face the research in the ENSP in Versailles. More precisely, it proposes to identify the possible articulations between the research on landscape and the fourth year of the DPLG landscape studies. In a first part, the issue is analyzed in its context and the fundamental exercises are defined: TPFE and APR as well as the courses taught during the final study year in this landscape project school. Based on documents enlightening this articulation Research/DPLG 4, two types of research are identified. One considers the TPFE and the APR as the objet and the starting point of the research; the other one, more timid, reckons that TPFE and APR could constitute, by themselves, a form of research. This contribution allows to point out the obstacles and the solutions related to the development of a research, from the professionalizing year in the ENSP landscape studies.

Texte

Le contexte : la quatrième année à l'ENSP 

En premier lieu il faut rappeler ce qu'est actuellement la quatrième année de formation à l'ENSP.
La quatrième année propose une double approche aux étudiants de l'ENSP qui, en accédant à la fin de cette dernière année au diplôme de paysagiste DPLG, acquièrent également le droit d'exercice de la profession de paysagiste. Cette dernière année de formation initiale est à la fois professionnalisante et axée sur l'approfondissement de la connaissance et de la mise en œuvre des méthodes de recherche déjà initiées en deuxième année du second cycle.
Cette année de formation dans le cadre d'une unité d'enseignement et de recherche de troisième cycle1 comprend l'accomplissement d'un travail collectif au sein d'un Atelier pédagogique régional (APR), la participation à des cours et à des séminaires spécifiques et la réalisation d'un Travail personnel de fin d'études (TPFE). Ces travaux permettent à chaque étudiant de mettre en synergie des réponses à une demande sociale réelle et des expérimentations en continuité avec son parcours personnel à l'ENSP. Cette quatrième année de formation fait l'objet d'un important accompagnement pédagogique à la fois par les enseignants suivant les APR ou dirigeant les TPFE, mais aussi de la part des enseignants ayant la responsabilité des enseignements spécifiques prenant la forme de séminaires.

APR et TPFE

Les Ateliers pédagogiques régionaux (APR) sont différents des stages habituels d'étudiants en entreprise. Chaque APR regroupe trois étudiants dont les démarches sont accompagnées par un professionnel enseignant à l'ENSP. 
L'APR s'efforce d'apporter des solutions originales à l'aménagement et à la gestion des paysages et, ou, des espaces extérieurs qui ont fait l'objet d'une demande d'intervention de la part d'un partenaire extérieur à l'ENSP.
Parallèlement à sa participation aux travaux d'un APR, chaque étudiant de l'ENSP réalise un Travail personnel de fin d'études (TPFE). Conformément au choix de l'ENSP de mettre le projet au cœur de la démarche pédagogique, le TPFE doit être compris comme une proposition de mise en forme d'un espace ou d'un territoire existant. Au cours de cette réalisation, l'étudiant doit faire la démonstration de ses capacités de concepteur dans le cadre d'un projet de paysage. Le rôle du directeur d'étude consiste à orienter l'élève dans ses recherches et sa méthode de travail. Le temps consacré à la direction du TPFE comprend le suivi du travail, la visite du territoire objet du TPFE et la participation au jury de soutenance.

Des enseignements complémentaires

D'autres enseignements complètent la formation des paysagistes en quatrième année de l'ENSP :
  • Six journées de colloques sont organisées sur des thèmes en relation directe avec les sujets de TPFE ou d'APR de l'année. Quatre de ces colloques doivent faire l'objet d'une « contribution réactive » de la part de chaque étudiant. 
  • Un séminaire philosophique de cinq journées est organisé pour permettre à chaque étudiant de poser avec rigueur les termes de la problématique de son TPFE.
  • Un séminaire de sept journées est organisé pour approcher les spécificités des échanges entre maîtrise d'ouvrage et maîtrise d'œuvre dans le domaine de la réalisation des études et des projets de paysage.
  • Des cours de communication sont également organisés pour aider les étudiants à savoir partager leurs projets avec leurs partenaires et interlocuteurs.

La recherche en relation avec les APR et les TPFE

Les travaux et textes traitant de cette relation

En reprenant cette présentation il nous faut maintenant examiner quels peuvent être les rapports avec la recherche des étudiants et des enseignants accompagnant les APR ou dirigeant les TPFE.
Réaliser l'état des savoirs sur la question conduit à considérer essentiellement :
  • Le mémoire de Georges Demouchy, René Girard, Christian Tamisier :
    « 10 ans d'approche paysagère en région Provence - Alpes - Côte d'Azur, exploitation des données, tome I2 » qui explore les APR réalisés de 1993 à 2004, ainsi que les DESS « Parme » de l'UFR de géographie d'Aix-en-Provence, dans le but de conduire une réflexion sur les politiques de paysage à mener dans l'espace régional.
  • Le mémoire de Sylvain Noury : « Éclairer les représentations sociales des étudiants de 4e année. Création d'une méthode d'analyse des TPFE », sous la responsabilité d'Hervé Davodeau, enseignant-chercheur à l'ENSP, master 2 : « Théories et démarches du projet de paysage », 2007, qui analyse les titres et résumés des TPFE 2006 puis, plus finement, un échantillon de ces TPFE.
  • Mais aussi, quelques textes élaborés par Pierre Donadieu pour présenter ou organiser la formation et la recherche à l'ENSP dont certains abordent évidemment le sujet qui nous occupe :
    « Outils et processus d'intervention sur le paysage » (OPIP 3), avril 2006 ;
    « Proposition pour l'organisation des relations recherche - quatrième année à partir du 1er janvier 2007 », 9 octobre 2006.
    « Projet pour un atelier de recherche en 4e année : 2007-2008 », 25 mars 2007.
    Projet de « Charte de la recherche à l'ENSP de Versailles-Marseille », 25 février 2007.
    « Esquisse très provisoire pour une charte de la recherche en paysagisme », préparation de la réunion des écoles de paysage du 26 novembre 2008.
  • Enfin, plus récents, les textes élaborés collectivement en 2009 par le Larep (Laboratoire de recherches de l'école du paysage). La Charte du Larep fixe les statuts, les droits et les devoirs de cette équipe de chercheurs de l'ENSP et de ceux qui, venant d'autres institutions, lui sont associés3. Le texte intitulé Paysage et projet. Interactions entre théories, pratiques et politiques en Europe définit le projet collectif de ce laboratoire pour le quadriennal en cours (2010-2014) et précise l'objet des quatre axes qui le composent4.
Quant aux colloques et séminaires organisés en quatrième année, ils n'ont fait, jusqu'à présent, l'objet d'aucune publication ni par conséquent d'aucune diffusion. Seules, pour les colloques, de rapides « contributions réactives » ont été rédigées par les étudiants de quatrième année, dans l'ensemble, assez peu motivés...

Deux types de recherche en liaison avec les TPFE et les APR


Ces différents travaux mettent en évidence deux grands types de possibilités de recherche en liaison avec les TPFE et les APR.
Selon Sylvain Nourry : « L'analyse diachronique (des TPFE) permettrait d'éclairer et de comprendre les modèles paysagistes à travers le temps et de mettre en évidence les facteurs qui les ont influencés et qui les influencent encore aujourd'hui. Il s'agirait donc de reconstituer en quelque sorte la genèse de la pensée paysagiste transmise à l'École de Versailles. » Ce qui rejoint les préoccupations de certains chercheurs intervenant dans ce séminaire comme Bernadette Blanchon.
En ce qui concerne l'approche de Georges Demouchy, René Girard et Christian Tamisier, elle énonce, met en évidence et réalise une typologie des politiques de paysage mises en œuvre, de la commande d'étude, des documents qui répondent à ces commandes, etc. Il s'agirait de mieux connaître les conditions d'élaboration des projets de paysage et leurs relations avec les politiques de paysage aux différentes échelles territoriales de la prise de décisions.
D'une façon plus générale, les textes de Pierre Donadieu concernent la recherche à l'ENSP et notamment déclinent celle-ci selon les questions suivantes :
  • Qu'est-ce qu'un projet de paysage ?
  • Qu'est-ce qu'un projet de paysagiste ? (distinction faite par Jean-Pierre Boutinet.)
  • Qu'est-ce que la médiation paysagiste ?
  • Comment sont « produits » les paysages ?
Dans le projet de charte de la recherche en paysagisme de 2008, l'article 5 propose :
« L'activité de recherche, qui a pour objet principal la compréhension des processus complexes de projets de paysage, est tournée vers l'action. Elle peut être d'obédience universitaire (de la recherche fondamentale à l'action politique ou par projet) : research for and about design. Elle peut aussi être heuristique (par évaluation successive et hypothèses provisoires concernant les  projets en cours de construction ou de mise en œuvre) : research by and about design. »

Un premier type de relations entre la quatrième année de formation et la recherche réside donc dans la possibilité d'étudier les travaux réalisés dans le cadre des TPFE et des APR par les étudiants et les enseignants de l'ENSP, selon des axes et des points de vue particuliers. Ces études et ces projets constituant un « objet de recherche ».
Les premières recherches réalisées par Sylvain Nourry, Georges Demouchy, René Girard et Christian Tamisier mériteraient une suite pour éclairer l'enseignement et notamment celui du projet, axe central de la formation à l'ENSP.
Toutefois, cette recherche ne peut sans doute bénéficier que d'autofinancement de la part de l'école...

Par ailleurs, lors de la réunion d'un groupe de travail sur l'organisation des APR et des TPFE le 19 décembre 2007, plusieurs principes ont été réaffirmés :
  • Le TPFE doit conserver sa caractéristique principale de « travail personnel », lieux, sujets et encadrants étant choisis par les étudiants. Il faut reconnaître que l'abandon de ce principe par l'enseignement de l'architecture, qui a remplacé le TPFE par un dernier projet de fin d'études (PFE) n'est pas concluant et s'est soldé par une baisse importante de l'ambition et de la qualité des projets réalisés par rapport à ce qu'ils étaient souvent lorsqu'ils étaient encore, comme à l'ENSP, des TPFE....
  • La masse des APR déjà réalisés peut servir de vivier dans lequel les étudiants pourraient aller chercher des sujets de TPFE...
  • Le travail réalisé dans le cadre du mémoire de 3e année pourrait servir de base à un TPFE... bien que le mémoire corresponde à un autre mode de « penser le projet », sans en faire...
Ces pistes de réflexion semblent parfois contradictoires, mais elles ouvrent surtout le champ des possibles dans les relations entre les démarches de projet auxquels correspondent APR et TPFE et les démarches de recherche.
Ce qui apparaît surtout à l'évocation de ces virtualités c'est l'absence de temps pour les actualiser.
Les étudiants de quatrième année, pour la plupart, considèrent que cette année est déjà très, trop, dense. Plus de la moitié utilise le temps de vacances d'été pour terminer leur TPFE et le soutenir en septembre, voire en octobre... Pourtant les TPFE sont actuellement commencés dès la troisième année.
Quant aux APR, l'obligation mise en place depuis 2008 de réaliser un bilan collectif à la fin du mois de mars a permis d'encadrer les débordements qui conduisaient certains de ces projets à ne trouver leur aboutissement qu'en mai...
Donner le temps de la prise de distance par rapport à la démarche de projet, qui caractérise les APR et les TPFE et qui permettrait leur analyse critique et la mise en œuvre d'une recherche notamment sur le plan méthodologique, nécessite sans doute une restructuration partielle de l'actuelle quatrième année... 

Le second type de relations entre la quatrième année de formation et la recherche consisterait, dans le cadre des APR notamment, à répondre seul ou en collaboration, à participer à des appels à projet de recherche...
Les APR constituent des mises en situation professionnelle. Est-il possible de considérer maintenant qu'une des activités des paysagistes consiste à participer à des travaux de recherche dans le domaine du paysage ?
Quelques rares paysagistes en ont fait d'abord la démonstration : Bernard Lassus parmi les premiers, mais aussi Michel Corajoud, Bernard Fischesser, Gilles Clément, puis tous ceux, déjà trop nombreux pour être tous cités, qui en tant que paysagiste ou architecte DPLG ont conçu, rédigé et soutenu une thèse de doctorat constituant explicitement un apport de savoir dans le domaine du paysage.

Un examen des partenariats récents des APR et surtout de la nature des demandes d'intervention montre que certaines d'entre elles ont pour objectif la mise au point d'outils de prise en compte des paysages, ou de méthodes d'évaluation de ceux-ci... (Diren Nord-Pas-de-Calais en 2007, Diren Rhône-Alpes en 2009.)
Les réponses à ce type de demande n'impliquent pas toujours d'être élaborées  dans le cadre de la réalisation de projets de paysage mais pourraient prendre la forme d'une recherche dans le domaine du paysage. Ces APR pourraient constituer des mises en situation professionnelle d'un genre nouveau, en relation avec le Larep, le Ladyss, ou l'équipe de recherche AMP, etc. Laboratoires et équipes de recherche auxquels sont d'ailleurs déjà associés quelques paysagistes DPLG.

Dans quelle mesure le projet de paysage peut-il être « moteur de recherche » et constituer ce que l'on nomme une « recherche-action », c'est-à-dire la réponse par l'action, la conception menée suivant un processus rigoureux, à une demande sociale reformulée elle aussi avec le plus de rigueur possible ? Ces précautions scripturales pour exprimer une difficulté consistant à transposer ce qui se réalise depuis déjà longtemps dans le domaine scientifique à un domaine où justement l'on ne dissocie pas artificiellement le sensible du mesurable... le subjectif de l'objectif.
La question reste de savoir si à la fin de la troisième année et après avoir réalisé leur mémoire, les étudiants auront acquis une connaissance suffisante des démarches de recherche pour répondre à ce type de demande et participer aux travaux de laboratoires ou d'équipes de recherche constituées.
Là encore, des évolutions structurelles semblent indispensables, notamment dans la relation entre la quatrième année, ses objectifs de formation, son bureau, ses enseignants, et les laboratoires de recherche, leurs chercheurs et leurs doctorants.
Quelques exemples précurseurs existent... Celui de Charles Ronzani, qui a choisi de mêler une formation au projet de paysage avec celle à la recherche dans le domaine du paysage avant d'intégrer l'école doctorale Abies5. Cet exemple expérimental vient s'ajouter à tous ceux6 qui ont choisi de se former d'abord au projet de paysage avant de s'engager dans la réalisation d'une thèse en école doctorale.
Il nous faudra dans les mois prochains et surtout si le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche autorise l'ENSP à délivrer un diplôme à bac + 5, valant grade de master, améliorer la structure et les contenus de la quatrième année pour que le professionnel paysagiste DPLG soit également capable de recherche dans le domaine du paysage.

Ces hypothèses de travail nécessitent encore d'être précisées, discutées, critiquées. Le séminaire qui nous a réunis le 21 septembre a contribué à cela.

Versailles, le 28 octobre 2009


Mots-clés

DPLG 4, TPFE, APR, École nationale supérieure du paysage de Versailles-Marseille, Larep, paysagiste, projet de paysage
DPLG 4, TPFE, APR, National School of landscape in Versailles-Marseille, Larep, landscaper, landscape project

Bibliographie


Auteur

Pascal Aubry

Paysagiste DPLG, paysagiste conseil de l'État.
Maître assistant à l'École nationale supérieure d'architecture de Paris La Villette.
Responsable de la quatrième année de formation à l'École nationale supérieure du paysage de Versailles.
Courriel : p.aubry@versailles.ecole-paysage.fr

Pour référencer cet article

Pascal Aubry
Quelles relations sont envisageables entre la quatrième année de formation et la recherche à l'École nationale supérieure du paysage (ENSP) ?
publié dans Projets de paysage le 24/12/2009

URL : http://www.projetsdepaysage.fr/fr/quelles_relations_sont_envisageables_entre_la_quatrieme_annee_de_formation_et_la_recherche_a_l_ecole_nationale_superieure_du_paysage_ensp_

  1. L'ENSP recrute sur concours à Bac + 2, la formation s'étend sur quatre années. Le DPLG est donc délivré à Bac + 6. Toutefois, pour l'instant, l'ENSP ne délivre pas à Bac + 5 de « master en conception de paysages » ou un diplôme conférant un grade de master comme les écoles nationales supérieures d'architecture. En conséquence, le DPLG paysagiste est un diplôme de troisième cycle sans être actuellement un post-master. 
  2. Conseil régional PACA, ENSP, université de Provence, 112 p., 2005.
  3. Cette Charte date de juin 2009. Elle peut être obtenue en écrivant à Catherine Chomarat-Ruiz (c.chomarat@orange.fr), en charge de la direction du Larep depuis novembre 2008.  
  4. Ce texte, élaboré en septembre 2009, est en partie disponible sur l'Internet : http://www.versailles.ecole-paysage.fr/recherche/larep.html.
  5. Cet étudiant a suivi le cursus de master 2 de l'ENSP : « Théorie et démarche du projet de paysage ». 
  6. Comme M. Bourraoui , L. Latiri-Otthofer,  N. Dumont-Fillon, D. Delbaere, H. Soulier, M. Bennani, E. Houimly, S. Keravel, docteurs et D. Labat, M.- S. Gouriou, F. Romain, C. Ronzani, N. Nicolas, C. Seguin, A. Pernet, A.-S. Perrot, doctorants (information recueillie auprès de Pierre Donadieu, Larep).