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Quand le jardin révèle un imaginaire du paysage méditerranéen : Les Colombières de Ferdinand Bac

When the Garden Reveals an Imagined Mediterranean Landscape: Les Colombières by Ferdinand Bac

14/07/2016

Résumé

Cet article analyse le rôle de l'imagination, faculté mentale de transformation de la réalité, dans l'œuvre du paysagiste Ferdinand Bac (1859-1952) ainsi que son apport à la constitution de l'imaginaire du paysage méditerranéen au XXe siècle. Dans son œuvre maîtresse, le jardin des Colombières créé à Menton en 1925, Bac appliqua ses principes de rénovation d'un art méditerranéen, rompant avec la tendance au pastiche et à l'exotisme alors en vogue sur la Côte d'Azur. Puisant dans l'art et la littérature et dans ses souvenirs de voyage, il recréa dans son jardin des scènes paysagères évoquant la Grèce antique, l'Empire romain, l'Espagne arabe et catholique et l'Italie de la Renaissance. Ce faisant, il contribua à son tour à enrichir l'imaginaire du paysage méditerranéen. La fortune critique de son jardin, qui rayonna hors des limites de l'Europe, fera de Bac l'instigateur d'un nouveau style d'art des jardins, le jardin méditerranéen
This article studies the role of the imagination, as the mental faculty for transforming reality, in the work of the landscape architect Ferdinand Bac (1859-1952) as well as his contribution to the imaginary Mediterranean landscape in the 20th century. In his major work, the Colombières garden in Menton in 1925, Bac applied his principles for the renewal of a Mediterranean art, by breaking with the trend of the pastiche and of exoticism which was then in vogue on the Côte d'Azur. Drawing inspiration from art, literature, and his travel experiences, he recreated in his garden landscape scenes evoking Ancient Greece, the Roman Empire, Spain under the Arabian and Catholic influences, and Renaissance Italy. By so doing, he contributed to enhancing the imaginary dimension of the Mediterranean landscape. The critical acclaim his garden received throughout Europe and beyond, made Bac the instigator of a new style in the garden arts, the Mediterranean garden.Ferdinand Bac, jardin, Méditerranée, Antiquité, XXe siècle

Texte

« Une harmonie fondue dans le creuset de la même mer, une simplification de formes qui allait d'Homère à Palladio, en une sorte de marche joyeuse bras dessus bras dessous, comme une danse noble, la fête d'une parenté rythmée1. » Voici comment Ferdinand Bac (1859-1952), dessinateur, peintre et paysagiste français, évoque le dessein qu'il a poursuivi en créant la villa et le jardin des Colombières à Menton en 1925. Inscription dans une tradition, éloge d'une Méditerranée unie, agréable villégiature pour la haute société, retour à l'histoire, influences mêlées, parcours rythmé, évocation de la mythologie gréco-latine : on retrouve tout cela aux Colombières, jardin qui met en scène un imaginaire du paysage méditerranéen dans un lieu bien réel, une colline couverte de pins et d'oliviers, surplombant la baie de Menton, tout près de la frontière italienne. Si le paysage est une construction culturelle et collective, l'imaginaire l'est aussi. Cette notion désigne un ensemble d'images mentales, reliées entre elles en une totalité cohérente, propres à un lieu, une époque ou un courant artistique. L'imaginaire du paysage méditerranéen renvoie donc ici aux formes et aux symboles, aux références et aux figures, associés à un paysage particulier, celui de la Méditerranée.
En analysant les jardins réalisés par Ferdinand Bac, à partir de documents d'archives (dessins, photographies, écrits de Bac) et de leur situation topographique, nous mettrons au jour les représentations qui irriguent la pratique de ce créateur et montrerons comment elles s'articulent au terrain pour créer un lieu original. Puis, dans une démarche d'histoire et de critique du paysagisme, nous interrogerons cette œuvre à la lumière du contexte culturel du début du XXe siècle marqué par une résurgence de l'imaginaire méditerranéen et - dans le domaine de l'art des jardins - par une quête de renouveau, concomitante de la redécouverte par chaque pays d'Europe de ses traditions horticoles.

Né en Allemagne en 1859, Ferdinand Bac arrive en 1871 à Paris où il commence une carrière de dessinateur et de caricaturiste. Puis, lassé de la fréquentation des milieux artistiques et mondains de la capitale, il décide de parcourir l'Europe : de 1885 à 1905, il visite l'Italie à plusieurs reprises, l'Allemagne, la Norvège et l'Espagne, racontant ses périples dans des nouvelles et des romans publiés à son retour. Ce n'est qu'en 1913, alors âgé de plus de cinquante ans, qu'il débute son activité de paysagiste en concevant des jardins et des villas, inspirés de ses voyages en Méditerranée, pour de riches commanditaires sur la Côte d'Azur. Le littoral méditerranéen français connaît à cette époque une importante mutation, amorcée plusieurs décennies auparavant et qui vit éclore sur ses rives une profusion de villas et de jardins. Comment Bac se situe-t-il par rapport à ces réalisations architecturales et paysagères ? Qu'apporte-t-il à l'imaginaire méditerranéen en plein épanouissement au début du XXe siècle ? Enfin, comment renouvelle-t-il l'art des jardins en France ? - un art alors à la recherche de nouvelles formes et de solutions pour entrer dans la modernité.

Les Colombières : une situation originale parmi les villas méditerranéennes du début du XXe siècle

Depuis la première moitié du XIXe siècle, on assiste à une transformation radicale du littoral méditerranéen, surtout dans la partie comprise entre Cannes et la frontière italienne. Mise à la mode par les Anglais (Bottaro, 2014) et baptisée « Côte d'Azur » par Stéphen Liégeard, cette portion du territoire français se métamorphose rapidement sous les efforts des aménageurs qui remplacent les essences natives ou acclimatées depuis des siècles (chênes verts, figuiers, cyprès, pins parasols, oliviers) par des palmiers et d'autres végétaux exotiques sans ombrage ni fruits (cactus, aloès...). Cette tropicalisation du littoral se double d'une frénésie de construction de villas, d'inspiration d'abord italienne (de 1834 à 1850), puis anglaise de 1850 à 1870, lorsque les hivernants importent le modèle architectural anglais et enfin oriental de 1870 à 1910, avec l'édification de villas inspirées notamment de l'architecture algérienne (Bertrand, 2006). Les jardins de ces villas se présentent généralement comme des jardins de collection, juxtaposant différentes scènes paysagères évoquant des pays réputés pour leur tradition horticole (Japon) ou des contrées visitées par leurs propriétaires (Espagne, Italie, Maroc). La création de ces jardins va, en effet, de pair avec la vogue des croisières en Méditerranée qui se développent à partir de la fin du XIXe siècle. Le jardin de collection fut l'une des formes de jardins privés les plus répandues dans la seconde moitié du XIXe siècle mais la spéculation immobilière du siècle suivant en fit disparaître beaucoup. Parmi ceux de la Riviera française, citons le jardin de Champfleuri (1912) de Danaé Vagliano à Cannes, qui comportait un jardin japonais, un jardin espagnol, un jardin mauresque et un jardin hollandais, ou encore celui de la villa Ephrussi de Rothschild (1912) à Saint-Jean-Cap-Ferrat qui existe toujours et où l'on peut voir notamment un jardin espagnol, un jardin italien, un jardin japonais et un jardin lapidaire.
Si les jardins conçus par Bac partagent avec les jardins de collection le fait de réunir différents lieux au sein d'un même espace, ils n'ont rien d'un catalogue d'échantillons végétaux représentant diverses régions du monde. Qu'ils soient réels, comme le jardin du Généralife de Grenade, ou imaginaires, telle la grotte de l'Odyssée, les lieux recréés par Bac dans ses jardins s'organisent de façon dynamique en un parcours qui évoque les pays visités par leur créateur autour de la Méditerranée. Le Clos Saint-François, premier jardin de Bac, réalisé pour son amie Marie-Thérèse de Croisset en 1913 près de Grasse, s'inspire de l'Italie et de l'Espagne. Le cyprès y règne en maître et côtoie un cloître évoquant celui d'Assise, une pergola et des petits jardins « à secrets » entourant des pièces d'eau géométriques qui rappellent les jardins arabo-andalous2. Bac transforme ensuite le jardin de la villa Fiorentina pour la comtesse de Beauchamp au cap Ferrat et ordonne le parc de la villa Torre Clementina au cap Martin.

Villa Croisset, dessin de Jacques Lambert, L'Illustration, 1922.

Charmé par la région, Bac s'installe à partir de 1919 à Menton, chez un couple d'amis aisés, Caroline et Émile Ladan-Bockairy. Issu d'une famille de diplomates suisses, ce dernier a acquis en 1918 l'ancienne propriété du philosophe Alfred Fouillée située parmi les pins et les oliviers de la colline de Menton-Garavan ; propriété qu'il agrandit en annexant des terrains contigus et qu'il porte à six hectares. Le couple charge alors Ferdinand Bac de la décoration intérieure de la villa et de la création d'un jardin, achevé en 1927, deux ans après en avoir publié une description intitulée Les Colombières, ses jardins et ses décors, commentés par leur auteur3 (Bac, 1925). Dérivant du toponyme provençal d'origine I Colombaï, le nom du domaine renvoie à l'Antiquité et aux pigeonniers installés par les Romains à cet endroit, halte où les oiseaux se gorgeaient d'olives avant de reprendre leur migration. Une seule route conduit aux Colombières, le boulevard de Garavan - construit au XIXe siècle pour relier la frontière italienne au sommet de la vieille ville de Menton - qui s'élève en lacet et passe sous le pont rouge édifié par Bac et dont la couleur annonce celle de la façade de la maison. Cette situation en hauteur distingue nettement les Colombières des jardins aménagés jusque-là sur le littoral méditerranéen, notamment ceux des hivernants britanniques qui se déployaient parallèlement au rivage, entre la villa et la mer. Surplombant la mer, les Colombières s'accrochent à la colline de Garavan et s'étagent sur plusieurs terrasses dont l'altitude varie de cinquante à cent trente mètres, soutenues par des escaliers. Cette disposition en terrasses rappelle celles du Généralife de Grenade ou de la villa Médicis de Fiesole.
La mer fait cependant partie du projet de Ferdinand Bac : bien qu'elle soit située en contrebas et à plusieurs centaines de mètres, il s'efforce de la rendre visible depuis le jardin et même de la révéler grâce aux encadrements végétaux de cyprès qu'il confectionne autour des vues sur le paysage environnant (la mer, le port de Menton et la montagne). Ainsi cadrée par le paysagiste, la mer s'intègre au jardin tout en conservant son altérité. Elle représente un contrepoint, mobile et sans limites, par rapport à l'espace clos du jardin. Le port de Menton, visible lui aussi depuis le jardin, symbolise non seulement le voyage et le déracinement mais encore l'ancrage. Le port préfigure donc l'espace du jardin, où Bac jette l'ancre à soixante ans passés, après avoir longtemps voyagé. La partie la plus haute du domaine des Colombières abrite d'ailleurs son mausolée4, et le jardin est dédié au plus célèbre des voyageurs, Ulysse. Bac se considère lui-même comme un nouvel Ulysse, ayant accompli une odyssée sur les rives de la Méditerranée qu'il met en scène dans son jardin Joseph, 2000, (p. 8). L'inscription qui court le long de la façade de la maison assimile symboliquement le jardin des Colombières à ce port d'attache enfin trouvé : « Inveni portum, spes et fortuna valete, sat me lusistis, ludite nunc alios » (« J'ai trouvé le port, espoir et hasard au revoir, je vous ai assez servi de jouet, maintenant jouez-vous des autres »). L'usage du latin témoigne de l'affection de Bac pour la culture antique et de son souhait d'inscrire son œuvre dans une tradition millénaire, celle du bassin méditerranéen. Cependant, par ce choix, il célèbre avant tout un moment particulier du monde méditerranéen, celui de l'Empire romain. Le terme « inveni » signifie aussi « j'ai inventé », « j'ai créé », soulignant le fait que ce port n'a pas été découvert par hasard mais est une création de l'artiste.

Le parcours du jardin commence à la villa et fait passer de lieux clos et très architecturés, à proximité de celle-ci, à des lieux ouverts sur le paysage, aux limites du domaine. Ainsi le parcours débute avec le jardin d'Homère : ce patio espagnol en forme d'hémicycle n'est séparé du salon de musique que par une grille en fer forgé et entouré de murs couverts de fresques représentant des scènes de l'Odyssée. Puis l'on atteint le jardin géométrique dont les lignes prolongent celles de la demeure. De là, le visiteur gagne la Rotonde de cyprès encerclant l'Obélisque d'où des degrés conduisent au premier palier sur lequel Bac installe le Petit Casino de Palladio, une des nombreuses fabriques qui émaillent le jardin.

Le Casino, photographie, 1924, Archives départementales des Alpes Maritimes.

Largement ouvert sur l'extérieur, ce casino à l'italienne est entouré de pins et contient en son centre une copie en bronze de la statue du Faune dansant retrouvée à Pompéi. Cette fabrique assure la transition entre les lieux clos et les lieux ouverts du jardin. Les scènes paysagères situées à la périphérie du domaine (le rond-point du Caroubier ; l'allée des Jarres ; le pont de la Carrière) sont créées par Bac à partir des éléments déjà présents sur le site et lui permettent aussi de relier le jardin au milieu naturel (falaise, carrière, oliveraie). Quittant le Pont de la Carrière, le visiteur s'engage sur une allée qui descend jusqu'au bassin espagnol. De là, il a le choix de remonter vers la villa pour terminer le tour du jardin ou bien de bifurquer vers le mausolée. Cheminements libres et passages obligés alternent sur ce terrain escarpé. Le visiteur est parfois contraint de marquer une pause lorsqu'il rencontre une grille ou une porte installées par Bac afin de ménager un effet de surprise avant la découverte de la scène suivante. Ces éléments « font obstacle à un cheminement long » (Blanc, 2010, p. 68), c'est le cas de la porte de l'Allée des jarres qui force à interrompre un instant la promenade, d'autant plus qu'un banc romain la précède en une invitation à s'asseoir. Fidèle à la tradition de la Renaissance italienne, dont il se revendique, Bac dispose des ornements (statues, vases, fontaines) aux croisements des allées. De plus, il parsème son jardin de références clairement identifiables : par exemple, les bassins géométriques dallés de céramique verte et bleue rappellent ceux du Généralife de Grenade. Cependant, Bac a le souci de ne pas apposer artificiellement sur la colline de Garavan un répertoire de formes issues de l'art des jardins de la Méditerranée. Pour cela, il crée à partir de ce que le site lui offre et saisit les propriétés naturelles du terrain (dénivelé, roche, essences végétales) comme autant d'opportunités de révéler un imaginaire du paysage méditerranéen que ce site particulier contiendrait déjà en lui.

Du réel au rêve - et retour : un jardin ancré dans un site porteur d'un imaginaire que le paysagiste a pour mission de révéler

« J'ai avant tout posé comme premier principe la conservation de tous les arbres dignes de se perpétuer5. » Cette règle d'action que s'impose Ferdinand Bac rejoint les démarches les plus actuelles des paysagistes qui travaillent à partir de l'existant. Aucune volonté de table rase chez Bac ; en fervent gardien de l'histoire et de la géographie du site, il respecte ce qu'il y trouve en arrivant. C'est ainsi qu'il conserve les deux tiers du jardin d'origine et les met en valeur. Par exemple, il perce une allée à travers un boisement d'oliviers déjà présents. De même, pour honorer un caroubier millénaire, un des plus vieux ceratonia siliqua d'Europe, il trace une allée qui y conduit et construit un pont surmonté de seize colonnes blanches qu'il nomme pont du Caroubier. L'arbre réel ne dicte pas seulement un tracé mais suggère encore à l'artiste une évocation puisée dans la poésie antique. Un écrit de Bac nous renseigne sur la genèse de cet aménagement : « Dans Stace, je lus un jour qu'une nymphe ayant longtemps porté ses confidences à un arbre vénérable, Jupiter, touché par sa dévotion, en avait fait une divinité. Découvrant cet arbre-dieu, je le sentis comme soutenu par la nymphe du poète. J'imaginais donc une procession de vierges précédant le pontife qui marchait sous un dais ; ainsi vers ce caroubier un pont fut jeté et une colonnade blanche dressée ; elles défilent avec onction sous une voûte de rosiers blancs6. » Ce propos illustre le rôle de la perception sensori-motrice dans le processus de création du jardin. C'est la perception visuelle (« découvrant cet arbre-dieu »), accompagnée du mouvement puisque Bac est alors en train d'arpenter le jardin, qui déclenche d'abord la sensation (« je le sentis comme »), puis le recours à l'imaginaire - ici un imaginaire du paysage méditerranéen forgé par la littérature. À son tour, cet imaginaire met en action l'imagination - faculté mentale de se représenter une chose absente - du créateur qui imagine le pont qu'il pourrait édifier au pied de ce caroubier. Ainsi, loin de se réduire à une force déréalisante, l'imagination entraîne la transformation du terrain d'origine et sert le projet de Bac de révéler les potentialités du site. Certains éléments du site sur lequel Bac intervient portent en eux un imaginaire et l'artiste, endossant le costume de l'artiste-révélateur dont la perception dénuée de toute visée utilitaire est plus riche que celle des autres hommes7, se donne pour mission, quasiment sacrée, de révéler cet imaginaire aux autres. Le réel déclenche la rêverie qui stimule ensuite la création des différentes scènes paysagères du jardin. L'imaginaire du paysage méditerranéen apparaît comme le schème médiateur qui transforme la nature (une partie de la colline de Garavan) en art (le jardin des Colombières).
Cet achèvement de la nature par l'art se note dans l'une des premières interventions de Bac aux Colombières : les arcades de cyprès qu'il pose autour de la vue sur la baie de Menton donnant naissance à la Bella Vista

La Rotonde avec l'escalier du belvédère, dessin de Ferdinand Bac, 1923.

Lors de sa visite initiale en 1918, d'étroits sentiers serpentaient au milieu d'arbres touffus qui empêchaient d'apercevoir la baie de Menton « dont la vue était obstruée par des buissons par peur du vent d'est8. » Bac rend visible cette vue et la sublime par une fenêtre de cyprès, arbre dont le tronc allongé rappelle la colonne grecque. Ce dispositif invite le visiteur à un arrêt et l'oblige à quitter le sentier principal pour se rendre vers ce point de vue, placé latéralement par rapport à l'allée.
Au-delà des éléments isolés déjà présents (caroubier, olivier, carrière) et mis en valeur par Bac, celui-ci aménage également l'ensemble du site afin de l'inscrire dans un imaginaire du paysage méditerranéen. Ainsi, on peut déceler plusieurs compositions géométriques qui relient, au moins visuellement, des parties du jardin entre elles, « dessinent des cheminements, même s'ils ne sont pas praticables » (Blanc, 2010, p. 59) et permettent d'articuler l'existant et les ajouts de Bac. C'est le cas de l'alignement Casino/Obélisque/Menton, ou encore de celui : caroubier/procession/Bella Vista. Cette dernière composition part d'un élément naturel très ancien et déjà présent sur le site (le caroubier), traverse un élément bâti, empreint de mythologie, ajouté par Bac (le pont aux seize colonnes) et se termine sur une ouverture vers le paysage extérieur à travers l'encadrement de cyprès (la Bella Vista). Par cet aménagement, Bac ancre sa création dans un territoire et une temporalité qui la dépassent. De plus, le jardin semble alors traversé par le flux de l'imaginaire ; ce flux se cristallise dans certaines fabriques mais ne se fixe pas définitivement et se prolonge à l'extérieur. Depuis le jardin, on voit aussi l'Italie que Bac a tant parcourue. Et même la Grèce, plus lointaine dans l'espace et le temps, est convoquée. Sa présence aux Colombières est ainsi justifiée par le concepteur : « Le culte d'Homère était légitime en un lieu où la légende situe la grotte décrite par Ulysse aux rochers de Grimaldi, si proches des Colombières. » Le jardin naît du va-et-vient incessant entre la géographie et l'imaginaire, l'histoire et la légende, qui se nourrissent mutuellement.

L'intention qui gouverne la création des Colombières oscille donc entre, d'une part, le désir d'y incarner les images des Méditerranées rêvées et, d'autre part, la volonté de s'inscrire dans une histoire de l'art des jardins en se plaçant sous le patronage d'illustres prédécesseurs. Bac revendique l'héritage de l'empereur Hadrien dont la villa, située au pied de la colline de l'antique Tibure, célébrait les beautés des sites de l'Empire romain : « Je me sens un peu un élève d'Hadrien qui, d'un jardin, a voulu faire un temple de ses souvenirs9 ». Infatigable pèlerin autour de la Méditerranée, Bac puise parmi ses souvenirs de voyages des images pour créer son jardin, comme il l'écrit au début de son ouvrage Les Colombières : « En voyageant parmi les choses que la poussée du progrès a laissées debout aux rives de la Méditerranée, je ne partais jamais de tel coin de paysage où se cumulait la diversité de son génie, sans vouloir emporter en moi des souvenirs reflétés10 ». Les statues, les fresques et les bassins des Colombières donnent une forme matérielle aux souvenirs de Bac et illustrent le passage du souvenir qui est une « image mentale » à l'« image iconique », c'est-à-dire une figuration peinte ou sculptée de cette image mentale, d'après la distinction proposée par Gilbert Durand (1994). Cependant, Bac n'incarne jamais directement un souvenir de voyage mais toujours une image décantée de ce souvenir. Il ne souhaite pas que les paysages recréés soient précisément localisables. Il modifie donc ses souvenirs, en leur faisant subir un processus de réduction pour ne retenir que ce qu'il y a de commun aux grandes civilisations - grecque, romaine, arabo-andalouse, espagnole et italienne - qui se sont épanouies sur les rives de la Méditerranée. Bac élimine les particularismes locaux ou temporels et ramène les paysages vus au cours de ses voyages à leurs formes principales. Ensuite, que fait-il ? Comment procède-t-il concrètement pour aménager le jardin ? Les écrits de Bac et son abondante correspondance nous livrent peu d'informations sur la manière dont il travaillait au quotidien ; tout juste sait-on que les Ladan-Bockairy employaient quatre jardiniers à l'époque. À ce silence des archives s'ajoute le discours, fréquemment répété lui, par lequel Bac se met en scène sous les traits d'un artiste dilettante et inspiré n'ayant fait qu'écouter la nature ou d'un enfant tout entier ouvert à son imagination, dans une attitude passive : « Il faut s'abandonner à son imagination, l'attendre, la laisser venir. [...] Cet enfant-jardinier, cet innocent, ce fut moi. J'ai laissé jouer les vents dans mes cheveux et les vagues sur l'écueil qui m'avait hospitalisé. [...] Cet enfant qui a édifié ces « paradis » qu'a-t-il fait sinon de jouer ? Il a joué avec le ciel, avec la terre, les pierres et les arbres...11 » Ce portrait que l'artiste construit au fil de ses écrits est bien sûr à nuancer : la création des Colombières ne fut possible qu'au prix d'importants déplacements de terre, d'édifications de ponts au-dessus des ravins et de creusements de bassins, comme tout jardin !
Enfin, si le jardin naît de l'imagination de son concepteur, il doit également entraîner celle du visiteur. Les Colombières reposent sur le principe de la réminiscence : la vue de formes, de couleurs ou d'espèces végétales suscitant chez le visiteur le souvenir de paysages déjà parcourus ou entrevus dans l'art et la littérature.
Issu d'un imaginaire qui lui préexiste et dont il porte la trace, cachée tant que le paysagiste ne l'a pas révélée, le jardin des Colombières contribue à son tour à enrichir l'imaginaire du paysage méditerranéen et devient même un jalon dans l'art des jardins, en plein renouvellement au début du XXe siècle.

L'apport de Ferdinand Bac

À l'imaginaire méditerranéen

Au-delà d'un lieu de villégiature agréable pour ses propriétaires qui jouent aux humanistes de la Renaissance, les Colombières portent en elles un projet de refondation culturelle. « Des choses renaissent qu'on croit mortes » : ce vers de Lucrèce que Bac inscrit en latin sur le bassin de marbre blanc entourant l'obélisque pourrait être la devise du paysagiste. Celui-ci aurait le pouvoir de ramener à la vie, au moins dans quelques lieux destinés à accueillir cette renaissance : les jardins, ce qui a été perdu ou seulement recouvert par la modernité rationnelle et positiviste. Pour lui, les rives de la Méditerranée sont encore le séjour des nymphes et des dieux.
Bac met en forme le site pour qu'il révèle sa géographie millénaire. Il souhaite rendre sensible la latinité du paysage méditerranéen et se démarque clairement de la tendance à l'acclimatation des végétaux exotiques menée sur la Côte d'Azur depuis plusieurs décennies. C'est pourquoi il bannit le gazon et le palmier - qu'il surnomme le « balai des tropiques12 » - et valorise des plantes natives comme l'olivier, le chêne vert, le laurier et le cyprès, cet « arbre vénérable » auquel il consacre un éloge13 et qu'il espère réintroduire sur le littoral méditerranéen : « Les temps ne sont-ils pas venus où cet arbre immortel devra faire sa rentrée dans les belles cités de Dionysos et jalonner ce qui reste de ce rivage14 ? » En 1922, il critique la mode initiée par Henry Brougham, fondateur de la colonie des hivernants britanniques, à l'origine du lancement de Cannes en 1834 : « Depuis le jour où Lord Brougham planta le premier palmier dans son jardin de Cannes, il y a bientôt cent ans, la villa méditerranéenne reçut une direction exotique qui rompit avec toutes les traditions naturelles du sol15. » Membre de la Société d'horticulture de Cannes, Lord Brougham se passionne pour l'acclimatation des essences exotiques, en lien avec le jardin botanique du Lycée impérial de Nice. Les Colombières redonnent au contraire leur place aux espèces végétales typiquement méditerranéennes : on y trouve des pins, des citronniers, des lauriers-roses, notamment le long de l'allée des Jarres qui relie le caroubier au pont de la Carrière ; ou encore des cyprès comme ceux entourant le bassin espagnol qui rappellent les cyprès de la sultane du jardin du Généralife de Grenade.

L'allée des Jarres, photographie actuelle.

Quant à l'architecture, Bac rejette le fer et le béton qui triomphent dans les premières décennies du XXe siècle et prône un retour aux formes et aux matériaux classiques ou régionaux : la pierre, la brique, la terre cuite et la céramique, omniprésente aux Colombières (dans les chambres de la villa ; dans le bain mauresque ; sur les margelles des bassins). Il renoue avec la tradition de peindre les façades des maisons de couleurs vives - rouge, jaune, ocre - et fustige l'usage du badigeon blanc alors en vogue : « Depuis plus de quarante-cinq ans, les entrepreneurs, hypnotisés sans doute par les usages d'Alger, avaient fait du Ripolin leur dieu et introduit le blanc cru dans les aspects extérieurs de toutes les habitations. Avec le plâtre et les stucs, ces façons créaient une monotonie crayeuse et aveuglante dans un pays visiblement né pour la couleur16. »
Sa quête d'une latinité du paysage inscrit Bac dans un imaginaire propre au début du XXe siècle qui exalte la destinée commune liant les peuples et les pays de l'Europe méridionale, en opposition au nord du continent marqué par le triomphe de la rationalité et le développement économique. C'est pourquoi la Méditerranée que Bac célèbre dans ses jardins est une Méditerranée une et unie, intemporelle, un lieu imaginaire en deçà des divisions temporelles, spatiales ou religieuses introduites par les hommes et par l'histoire. Il commence ainsi son ouvrage sur les Colombières : « De quoi s'agit-il, en somme, sinon de faire un choix des formes nées de la Méditerranée, de les dépouiller de ce qui accuse le caractère si précis des temps, des religions et des règnes, et d'en dégager une synthèse suffisamment claire pour retrouver le signe ancestral qui les unifie toutes en une seule famille, baignée par la même mer, le même climat et la même culture originelle17. » Cette volonté de syncrétisme et cette quête de l'origine poussent Bac à remonter jusqu'à l'Orient : « C'est que le souffle hellénique a traversé toute l'Italie, que l'Orient est au fond de la Grèce et la Grèce même au fond de l'Espagne, mariée aux Maures. » L'énumération témoigne de la temporalité spécifique de l'imaginaire qui se caractérise par la réversibilité entre l'avant et l'après, et dans laquelle le passé et l'avenir ne dépendent plus l'un de l'autre. Ainsi, aux Colombières, Bac se plaît à brouiller les pistes et les repères en mêlant Espagne, Grèce et Italie dans un même lieu. Le jardin d'Homère emprunte son tracé - un long canal rectangulaire ceint d'une galerie - à l'Espagne arabo-musulmane tandis que son nom et son décor de fresques évoquent la mythologie grecque antique. De même, l'alignement du bassin espagnol et du pont de la Carrière rend hommage à l'allée et au bassin des Dragons de la villa d'Este, contrairement à ce que son nom laisserait penser.

Le jardin d'Homère, dessin de Ferdinand Bac, 1925.

La démarche de Bac aboutit alors à la mise en forme, au sein de son jardin, d'un paysage intemporel : les particularités de l'Espagne, de la Grèce, de l'Italie et de l'Orient sont dépassées au profit d'une totalité qui les englobe et dont elles participent, l'imaginaire méditerranéen. Bac atteint ici le seuil de la constitution de l'imaginaire qui n'est plus situable ni localisable avec précision. Cependant, l'œuvre de Bac a bien eu des effets sur la réalité et fut un modèle pour d'autres paysagistes.

À l'art des jardins

Ferdinand Bac achève le jardin des Colombières au moment où se tient à Paris l'Exposition internationale des arts décoratifs et industriels (1925) qui dévoile au public des créations d'avant-garde comme le jardin d'Eau et de Lumière de Gabriel Guévrékian avec ses petites facettes colorées et triangulaires. Or, Bac a toujours gardé ses distances avec la modernité et assume volontiers la posture du créateur nostalgique, voire conservateur. À l'encontre de la rationalisation et du fonctionnalisme, il prône un retour à la sensibilité, à la poésie et à la tradition. « Il n'est pas de forme, quelque neuve qu'elle paraisse, qui ne doive quelque chose à une précédente. [...] L'inspiration claire et joyeuse que nous avons découverte à l'Exposition parmi ces jardins n'est pas une éruption spontanée née dans les esprits et ne devant rien à personne18 », écrit-il dans la notice qu'il consacre aux jardins de l'Exposition. Bac est un homme cultivé, né au milieu du XIXe siècle, pétri de poésie antique et d'architecture classique, ultime représentant du voyageur romantique avant l'arrivée du touriste moderne, bref, tout le dispose à cette exaltation du passé. On peut aussi voir là une stratégie consistant à se conformer aux goûts de ses clients, membres de la grande bourgeoisie farouchement attachés à la tradition. Cependant, il convient de souligner que son amour de l'histoire ne le pousse pas au pastiche, comme tant d'autres créateurs de son époque, mais à un souci très moderne d'adaptation au site. De plus, sa volonté d'effacement des styles et des particularismes locaux le rattache pleinement à la modernité.
Ainsi, cette attitude résolument tournée vers le passé s'avère paradoxalement être un creuset où s'élabore l'une des formes de la modernité. L'apport de Ferdinand Bac à l'art des jardins fut, en effet, essentiel. Son œuvre inaugure l'une des grandes tendances du jardin moderne, le jardin méditerranéen dont il peut être considéré comme l'inventeur : « Bac a été un précurseur. Il a pour ainsi dire inventé le style méditerranéen... si répandu depuis », écrit l'historien Ernest de Ganay en 1937 (p. 1-28). Si Bac n'eut de cesse de clamer son rejet des écoles et des mouvements artistiques, il n'en demeure pas moins qu'il mit en œuvre dans ses jardins un certain nombre de principes formels (organisation du jardin en compartiments, importance des escaliers, primauté accordée aux essences méditerranéennes et aux matériaux locaux) qui seront repris par des paysagistes après lui. Émergeant au début du XXe siècle, le style méditerranéen puise dans les traditions horticoles de l'Italie, de l'Espagne et de l'Afrique du Nord où plusieurs paysagistes français travaillèrent pendant la Première Guerre mondiale, dans l'atelier d'Henri Prost au Maroc, et d'où ils rapportèrent des modèles. Les paysagistes modernes trouvent notamment dans le jardin arabo-andalou une source d'inspiration féconde. Ses dimensions restreintes et son tracé symétrique l'accordent à la simplification et à la géométrisation des tracés souhaitées par tous les concepteurs de l'époque ainsi qu'aux contraintes financières qui régissent alors la commande de jardins privés. Le style méditerranéen donnera naissance à de nombreux jardins privés durant l'entre-deux-guerres, non seulement en France mais encore aux États-Unis.
Quittant les rivages de la Méditerranée pour ceux de l'Atlantique, l'imaginaire du paysage méditerranéen accoste en Floride, notamment à Palm Beach où le marchand d'art Ohan Berberyan (1882-1970) demande en 1928 à l'architecte-paysagiste français Joseph Marrast (1881-1971) de lui construire un jardin inspiré de son jardin d'Eau présenté à l'Exposition de 1925. En changeant de continent, le jardin change aussi de nom puisque Berberyan le nomme « jardin latin ». Cette dénomination implique une réduction du monde méditerranéen à la seule aire latine, comme l'avait déjà partiellement fait Bac aux Colombières. Cependant, ce déplacement de l'imaginaire du paysage méditerranéen sous d'autres latitudes témoigne aussi de la capacité de cet imaginaire à cristalliser les rêves et les paradis perdus de chaque société, ce qui en fait une réserve inépuisable, toujours disponible pour la création de nouveaux jardins.

Conclusion

Ferdinand Bac a donné une forme concrète à un imaginaire du paysage méditerranéen en l'incarnant dans ses jardins. En effet, les images mentales de la Méditerranée millénaire y côtoient les souvenirs de voyage de l'artiste et les éléments naturels qu'il a choisi de conserver. De plus, l'œuvre de Bac représente un jalon dans l'histoire de l'art des jardins au XXe siècle puisqu'elle contient certains principes dont s'inspireront les architectes-paysagistes ultérieurs qui créeront des jardins parfois loin du berceau de la mer Méditerranée. Le retour à l'histoire ouvrit donc la voie à la modernité ; la marche joyeuse d'Homère et de Palladio les conduisit jusqu'en Amérique.

Ce travail bénéficie du soutien de la bourse Michel Baridon de la  Fondation des parcs et jardins de France, URL :
www.fondationparcsetjardins.com.

Mots-clés

Ferdinand Bac, jardin, Méditerranée, Antiquité, XXe siècle
Ferdinand Bac, garden, Mediterranean, Antiquity, 20th century

Bibliographie

Écrits de Ferdinand Bac

« La rénovation de l'architecture méditerranéenne », conférence de Ferdinand Bac dédiée aux Architectes français à l'occasion de leur visite aux Colombières le 28 avril 1934 et publiée en octobre 1949 sous le titre « Rénovation d'un art méditerranéen ».

« L'âme des jardins », conférence, Menton, 1926

Les Colombières, ses jardins et ses décors, commentés par leur auteur, Paris, Louis Conard libraire-éditeur, 1925.

« L'art des jardins à l'Exposition des arts décoratifs », L'Illustration, n° 4301, août 1925, p. 135-138.

« Villas et jardins méditerranéens », L'Illustration, n° 4161, décembre 1922.

« Réflexions sur l'art des jardins », 1920, manuscrit inédit.

« La période jardinière, « De la Villa Croisset aux Colombières », manuscrit inédit.

« Chroniques des Colombières. II », manuscrit inédit.

Bibliographie complémentaire

Bergson, H., La Pensée et le Mouvant, PUF, coll. « Quadrige », Paris, 1934.

Bertrand, N. (dir.), L'Orient des architectes, Aix-en-Provence, Presses de l'université de Provence, coll. « Histoire des arts », 2006.

Blanc, D., « L'Œuvre de Ferdinand Bac, architecte de paysage. Le proche et le lointain », Diplôme spécial d'architecture, École nationale supérieure d'architecture de Paris-La Villette, février 2010.

Bottaro, A., « La villégiature anglaise et l'invention de la Côte d'Azur », In Situ [En ligne], n° 24, 2014, consulté le 25 mars 2015, URL : http://insitu.revues.org/11060.

Diesbach, G. de, Un prince 1900. Ferdinand Bac, Paris, Perrin, 2002.

Durand, G., L'Imaginaire. Essai sur les sciences et la philosophie de l'image, Paris, Hatier, 1994.

Ganay, E. de, « Coup d'œil sur les jardins de la Méditerranée », La Gazette illustrée des amateurs de jardins, n° 18, année 1936-1937.

Joseph, L., « The garden of Ulysses : Ferdinand Bac, modernism and the afterlife of myth », Studies in the History of Garden and Designed Landscapes, vol. XX, n° 1, janvier-mars 2000.


Racine, M. (dir.), Créateurs de jardins et de paysages en France du XIXe au XXIe siècle, Arles/Versailles, Actes Sud/École nationale supérieure du paysage, 2 t., 2001, 2002.

Tricotti, J., « Ferdinand Bac et Les Colombières », mémoire de maîtrise d'histoire de l'art, sous la direction de Gérard Monnier, université d'Aix-Marseille, 1978-1979.

Auteur

Agnès du Vachat

Historienne des jardins et professeur de philosophie, elle est chercheur associé au Laboratoire de recherche de l'École nationale supérieure de paysage (Versailles). Elle a enseigné l'histoire des jardins et des paysages dans cette école et y a soutenu un doctorat en sciences et architecture du paysage, intitulé « L'émergence du paysage espagnol à travers les récits des voyageurs français (1650-1936) ». Ses recherches portent sur la fortune critique des jardins arabo-andalous dans l'art, la littérature et l'art des jardins ainsi que sur l'œuvre de Ferdinand Bac.
Courriel : agnecita@gmail.com

Pour référencer cet article

Agnès du Vachat
Quand le jardin révèle un imaginaire du paysage méditerranéen : Les Colombières de Ferdinand Bac
publié dans Projets de paysage le 14/07/2016

URL : http://www.projetsdepaysage.fr/fr/quand_le_jardin_r_v_le_un_imaginaire_du_paysage_m_diterran_en_les_colombi_res_de_ferdinand_bac

  1. Bac, F., « La période jardinière, «De la Villa Croisset aux Colombières» », manuscrit inédit conservé aux Colombières, p. 58.
  2. En 1976, un promoteur immobilier rase le Clos pour y construire deux immeubles.
  3. Bac, F., Les Colombières, ses jardins et ses décors, commentés par leur auteur, Paris, Louis Conard libraire-éditeur, 1925.
  4. Prévu pour accueillir le tombeau de Bac, ce mausolée demeure vide car l'artiste mourut à Compiègne, en 1952, trois jours après Émile Ladan-Bockairy. Le jardin resta ensuite dans la famille Ladan-Bockairy ; une partie de la villa fut transformée en hôtel dans les années 1980. Après son classement en 1991 au titre des monuments historiques, M. et Mme Likierman - les propriétaires actuels- acquirent le domaine et firent appel aux paysagistes Éric Ossart et Arnaud Maurières pour le restaurer (de 1996 à 2001). La superficie passa de six à trois hectares mais les fabriques furent conservées.
  5. Bac, F., « Rénovation d'un art méditerranéen », conférence du 28 avril 1934, publiée en 1949.
  6. Bac, F.,  « Chroniques des Colombières, II », manuscrit inédit.
  7. On retrouve notamment cette définition de l'artiste chez un philosophe contemporain de Ferdinand Bac, Henri Bergson : « Il y a [...] depuis des siècles, des hommes dont la fonction est justement de voir et de nous faire voir ce que nous n'apercevons pas naturellement. Ce sont les artistes. » (Voir Bergson, 1934, p. 149.) Bac oppose fréquemment l'individualité créatrice de l'artiste à l'activité simplement fabricatrice de l'ingénieur et regrette que « Les temps modernes [aient] donné à l'ingénieur le droit de se substituer à l'artiste et de déloger celui-ci de ses aptitudes millénaires dans le domaine de l'esthétique pure. », Bac, F., « Réflexions sur l'art des jardins », 1920, manuscrit inédit.
  8. Bac, F., « La période jardinière, «De la Villa Croisset aux Colombières» », op. cit.
  9. Bac, F., « L'âme des jardins », conférence prononcée en 1926.
  10. Bac, F., Les Colombières, op. cit.
  11. Bac, F., « Réflexions sur l'art des jardins », op.cit.
  12. Bac, F., La période jardinière, op. cit.
  13. « L'éloge du cyprès devant le pont rouge », dans Les Colombières, op. cit.
  14. Bac, F., « Rénovation d'un art méditerranéen », op. cit.
  15. Bac,  F., « Villas et jardins méditerranéens », L'Illustration, n° 4161, décembre 1922.
  16. Ibid.
  17. Les Colombières, op.cit. Le cycle de fresques intitulé Mare Nostrum recouvrant les murs de la villa participe aussi de cette synthèse.
  18. Bac,  F., « Notice sur les jardins à l'Exposition des Arts Décoratifs et Industriels », L'Illustration, août 1925, p. 138.