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Note de lecture du livre dirigé par Emmanuel Lurin

Reading report of the book directed by Emmanuel Lurin

20/07/2011

Résumé

Compte rendu du livre dirigé par Emmanuel Lurin Le Château-Neuf de Saint-Germain-en-Laye

Texte

Le Château-Neuf de Saint-Germain-en-Laye
Sous la direction de Emmanuel Lurin
Préface de Jean-Pierre Babelon, avec des contributions de Basile Baudez, Ronan Bouttier, Géraud Buffa, Monique Kitaeff, Emmanuel Lurin, Julien Magnier et Aurélia Rostaing
Saint-Germain-en-Laye, Les Presses Franciliennes, 2010, 195 p.
Ouvrage publié à l'occasion de l'exposition « Henri IV, prince de paix, patron des arts » au musée d'Archéologie nationale à Saint-Germain-en-Lay

Ce livre est la première grande monographie consacrée au second château royal de Saint-Germain, dit le Château-Neuf, bâti vers 1600 et démoli vers 1780. La brève existence de ce somptueux domaine et la disparition presque totale des bâtiments et des jardins se sont probablement conjuguées pour diminuer son importance dans l'histoire de l'architecture et des jardins. C'est donc à la tâche salutaire de rassemblement des sources et de leur analyse que s'est attachée l'équipe dirigée par Emmanuel Lurin, maître de conférences en histoire de l'art moderne à l'université de Paris IV-Sorbonne. Dans son introduction, il rappelle les liens du Château-Neuf avec son prestigieux voisin, éloigné de seulement 200 mètres, dont il n'était au départ qu'un pavillon de plaisance. Ses jardins en terrasses et ses grottes furent autant la cause de son succès que de ses déboires. Pour cette publication, Emmanuel Lurin défend d'emblée une approche érudite et adopte ce qu'il nomme une « archéologie historique » pour contribuer à une restitution de l'ancien château. Nous pouvons ainsi observer comment les historiens de l'art s'accommodent tant bien que mal d'un bâti disparu ! À l'évidence, le terrain étant à peu près vierge, il est tenté d'élargir le champ restreint de l'histoire de l'architecture et des jardins à des préoccupations plus terre à terre dans un site qui, faute de fouilles, n'a pas encore attiré le peuple des archéologues patentés. Après bien d'autres exemples tout aussi importants de l'Ouest parisien - le château de Madrid (bois de Boulogne), les Tuileries, Saint-Cloud, Clagny, Marly, etc. - c'est donc une approche désormais coutumière d'associer les archives et les vestiges dans une perspective commune de restitution dans sa globalité d'un ouvrage bâti. Avec la rigueur qui caractérise ces travaux, l'archéologie moderne, modestement revendiquée, s'y trouve parfaitement justifiée.
Le premier chapitre aborde la création du Château-Neuf dans son contexte historique, sans négliger la dimension géographique et topographique du site. Le livre accorde donc une place importante à la reproduction des plans et des vues anciens, même si l'ordre ou la logique échappent parfois au lecteur. Ainsi, la vue anonyme de 1639 que l'on croise par morceaux p. 14 puis p. 19 avant de la retrouver intégralement p. 27, ou la vue par Caspar Merian de 1655 dont un détail apparaît p. 20 sans qu'il soit indiqué qu'on ne la retrouve intégralement qu'à la p. 150 ! Tandis que certaines images sont reproduites deux fois (p. 112 et 127), c'est regrettable qu'un plan très intéressant mais peu connu, par François de La Pointe d'après Jean Mel, ne soit pas reproduit en entier (détail p. 13), en outre la légende est incomplète (sans cote et le plan est simplement daté de 1689 alors que le fond de plan est plus ancien, probablement vers 1670). Il faut aussi s'interroger sur l'utilité de certaines reproductions miniatures à peine lisibles... Ceci étant, les pages de catalogue - qu'il aurait fallu regrouper ou indexer - sont assorties de commentaires très détaillés dont il convient de souligner l'intérêt.
Le deuxième chapitre est spécialement consacré à l'architecture. L'aménagement des jardins n'est pas traité à part, contrairement à un usage trop fréquent ; ainsi le bâtiment principal et les terrasses sont étudiés ensemble. Avec un même souci de cohérence, la distribution est confrontée au parti architectural pour la cour d'honneur, les appartements royaux et les bains. La documentation est souvent tardive pour les plans et les élévations du château. Parmi ceux-là, l'album inédit de la Bibliothèque nationale de France (p. 48-49) est l'un des plus intéressants et Ronan Bouttier remarque à juste titre son analogie avec un autre album (récemment passé en vente publique) et les gravures publiées par Nicolas de Fer.
L'histoire de l'art reprend ses droits dans le troisième chapitre avec une étude isolée du décor des galeries. Le programme de la galerie du roi illustrait la Franciade de Ronsard. Julien Magnier nous assure que la peinture caractérise un « tournant stylistique vers plus d'équilibre et de grandeur ». Ces propos sont finalement de peu d'intérêt eu égard à l'ambition archéologique initiale tandis que pour la seconde galerie, destinée à la reine, l'analyse d'Emmanuel Lurin apporte d'utiles éclaircissements sur les paysages peints. Ces vues auraient été inspirées par l'atlas de Georg Braun et représenteraient l'empire idéal rêvé par Henri IV, qui faisait donc là un pendant géographique avec la galerie célébrant l'histoire monarchique.
La découverte la plus originale est présentée dans le chapitre suivant. Il s'agit de la « grotte sèche » située au rez-de-chaussée de l'ancien pavillon de la chapelle du roi. Bien conservés, malgré quelques outrages, ces vestiges n'avaient jamais été montrés. Ce précieux décor conserve une partie de ses incrustations de rocailles réalisées par Jean Séjourné en 1601. C'est donc l'une des rares décorations de ce genre qui existe encore dans son état d'origine, et en l'absence de toute source figurée ancienne, le livre accorde justement une large place aux photographies faites récemment sur place (p. 90-91 et p. 99-103). Il faut aussi signaler la transcription d'un précieux document, concernant la livraison de ces rocailles en 1699, retrouvé aux archives départementales de Seine-Maritime (p. 173-174).
Le cinquième chapitre est consacré à l'hydraulique avec une présentation du réseau par Géraud Buffa. Si les grottes et les jeux d'eau créés par les fontainiers Francini sont assez bien documentés car ils ont été largement diffusés par les gravures d'Abraham Brosse dès le début du XVIIe siècle (p. 124-127), l'alimentation des fontaines par une conduite d'environ 10 kilomètres, le Grand Cours, demeure peu connue. La distribution dans les quelques fontaines des jardins est évoquée mais - comme pour le tracé restitué de l'aqueduc (p. 105) - il aurait été nécessaire d'établir un plan de restitution du réseau dans les jardins.
Dans le dernier chapitre, toute une documentation s'égrène au fil du temps jusqu'à nos jours, et c'est une bonne chose d'y avoir associé les documents récents jusqu'aux premières photographies. Toutefois, bien que le départ de la Cour en 1682 fût un événement capital, le château demeura occupé encore longtemps et toute une administration continua à y travailler.
La réunion de travaux souvent inédits ou peu diffusés, complétés par des découvertes récentes, constitue l'intérêt majeur de ce livre, sur un vaste sujet concernant une grande résidence royale. La coordination de nombreux auteurs est toujours une gageure dès lors que des points de vue divers se confrontent. Mais le défaut de ce genre d'ouvrage réside dans l'inadéquation entre l'objectif annoncé - l'archéologie historique ! - et la méthode strictement documentaire qui inféode toutes les recherches à l'analyse des sources. De même qu'un archéologue ne parvient que péniblement à s'extraire de sa fouille, l'historien ne semble pas parvenir à se détacher de ses images et de ses textes.
L'archéologie permet pourtant de poser les questions indépendamment des archives et des vestiges qui contribuent éventuellement à y répondre. Le domaine du Château-Neuf de Saint-Germain-en-Laye continuera donc de nous interroger, malgré cette riche et belle publication. Outre des plans d'ensemble des états successifs, voire des vues, à la manière des travaux de Jean-Claude Le Guillou pour Versailles, c'est notamment un plan figurant les anciennes constructions dans l'environnement actuel qu'il conviendra de dessiner. Puis il faudra mettre de côté l'architecture et les décors pour interroger la construction (qui paraît ici essentielle puisque les premiers effondrements ébranlèrent rapidement l'édifice), l'agencement et le fonctionnement du bâti et des espaces. C'est alors qu'apparaîtra très naturellement, par exemple, une figure majeure - et pourtant absente du livre - celle du jardinier...

Mots-clés

Saint-Germain-en-Laye, Château-Neuf, jardins, archéologie, architecture
Saint-Germain-en-Laye, Château-Neuf, gardens, archaelogy, architecture

Bibliographie


Auteur

Bruno Bentz

Docteur en archéologie, membre du Centre d'archéologie générale (Paris IV). Courriel : Courriel : brunobentz@free.fr

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Bruno Bentz
Note de lecture du livre dirigé par Emmanuel Lurin
publié dans Projets de paysage le 20/07/2011

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