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Note de lecture du livre dirigé par Catherine de Bourgoing

Reading report of the book directed by Catherine de Bourgoing

04/01/2012

Résumé

Jardins romantiques français sous la direction de Catherine de Bourgoing

Texte

Jardins romantiques français. Du jardin des Lumières au parc romantique 1770-1840
Sous la direction de Catherine de Bourgoing
Paris Musées, 2011, 208 p.
Catalogue de l'exposition du Musée de la vie romantique, 8 mars-17 juillet 2011


Du sacre de Louis XVI (1770) à la chute de la monarchie de Juillet (1848), l'art des jardins a connu en France d'importantes évolutions. En dépassant le modèle régulier des jardins « classiques », de nouvelles formes d'inspiration et de composition se sont imposées dans le projet des espaces « hortésiens ». Ce moment de création spécifique, particulièrement riche et complexe, a été longtemps négligé par les historiens pour différentes raisons. L'exposition organisée en 2011 au Musée de la vie romantique, et son catalogue représentent une démarche importante pour éclairer cette période qui vit la mise en place d'un nouvel art de vivre et de représenter la nature.

Jardins romantiques français s'organise autour de deux thématiques majeures : « Les jardins pittoresques » (sept contributions) et « Du romantisme à l'éclectisme » (six contributions). L'ouvrage est complété par une section introductive et différents documents utiles pour saisir le contexte historico-culturel dont il est l'objet : deux chronologies, l'une consacrée aux traités et aux publications, l'autre aux jardins cités dans les articles et une bibliographie sélective.

Dans la section introductive, l'article de Claude d'Anthenaise pose les jalons autour desquels va se déployer ce riche parcours de découverte des « multiples reflets du romantisme au jardin » (p. 15). En se penchant sur les relations entre le processus de conception et les instruments de représentation dans les projets des jardins, il souligne le rôle fondamental joué, à cette époque, par les sources littéraires, les nouvelles techniques d'élaboration des plans paysagers (documents visant plutôt à séduire les clients qu'à constituer des instruments de travail), l'évolution de la formation des concepteurs (aux peintres et aux amateurs, succèdent les jardiniers issus de l'École royale d'horticulture de Versailles qui à leur tour préparent la route aux ingénieurs).
La section consacrée aux jardins pittoresques s'ouvre avec un article de Monique Mosser. Après avoir fait brièvement état des différentes approches par lesquelles cette période de l'art des jardins français a été traitée, ou non, l'auteure présente la démarche théorique des auteurs français du XVIIIe siècle vis-à-vis des jardins. En se concentrant sur l'émergence d'un discours qui mettait l'accent sur le statut artificiel de ces créations, elle analyse le recours continuel, dans le texte, aux analogies entre l'art des jardins, la peinture de paysage et la poésie, ainsi que les fondements « sensibles, psychologiques et philosophiques » (p. 39) du pittoresque.
Quatre des six contributions qui suivent sont consacrées à des figures qui ont marqué, de façon différente, l'élaboration des principes de composition et les réalisations des jardins pittoresques en France. Elisabetta Cereghini présente la carrière du théoricien et concepteur Jean-Marie Morel auteur de la Théorie des jardins (1776). Patricia Taylor se penche sur le jardinier paysagiste anglais Thomas Blaikie qui travailla entre autres à Bagatelle et joua un rôle important dans l'introduction en France du style paysager. Pascale Heurtel analyse la rencontre entre le magistrat, et botaniste passionné, Charles-Louis L'Héritier de Brutelle et le graveur et coloriste belge Pierre-Joseph Redouté. Elle retrace aussi le parcours du jardinier André Thouin, figure de premier plan dans le développement des sciences naturelles et la fondation du Muséum d'histoire naturelle.
Les contributions de Luigi Gallo et de Catherine de Bourgoing complètent cette première partie du catalogue. Le texte de Luigi Gallo porte sur la parution, dans la littérature française sur les jardins du début du XIXe siècle, du leitmotiv des villas romaines, sorte d'expédient historico-esthétique pour « décrire le contraste entre l'art des jardins et la force vitale de la nature » (p. 91). Celui de Catherine de Bourgoing analyse l'accès aux sciences naturelles de la part des femmes. En soulignant la démarche non scientifique de cette formation, l'article fait état des lectures les plus réputées, des ouvrages les plus répandus, ainsi que des auteurs ou des mécènes qui, à partir du siècle des Lumières, contribuèrent à répandre les principes de la seule science qui, « contrairement à toute autre activité scientifique » (p. 122), s'ouvra aux femmes.
La section dédiée aux jardins romantiques débute avec un article de Bernard Chevallier consacré à l'un des jardins les plus remarquables du début du XIXe siècle : la Malmaison. Le parc, voulu par Joséphine de Beauharnais, fut marqué par le passage de plusieurs architectes paysagistes (entre autres Jean-Marie Morel) avant d'être confié, à partir de 1805, à Louis-Martin Berthault qui l'agrémenta de plusieurs fabriques et d'une rivière anglaise. La Malmaison ne fut pourtant pas simplement un lieu destiné à agrémenter les journées de l'impératrice. Passionnée de sciences naturelles, Joséphine le transforma en un terrain d'expérimentation consacré spécialement à l'acclimatation des espèces exotiques et aux collections de roses. Ces dernières furent l'objet de plusieurs ouvrages illustrées par Redouté.
La vogue des plantes exotiques est aussi l'objet de la contribution de Dany Sautot qui s'attache plus spécialement à donner quelques repères historiques concernant les expéditions des botanistes aux Amériques, entre le XVe et XIXe siècle, et les ouvrages issus de ces voyages.
De la même manière que pour les jardins pittoresques, une partie de la section sur les jardins romantiques est consacrée à quelques figures de concepteurs. Jean-Denis Devauges retrace la carrière de Louis-Martin Berthault qui prouva son talent dans l'aménagement des jardins non seulement à la Malmaison mais aussi à Compiègne, à Saint-Leu, à Beauregard et dans bien d'autres jardins en France comme en Italie. Catherine de Bourgoing se penche en revanche sur l'ouvrage de Gabriel Thouin, le frère d'André. Jardinier paysagiste, il publia en 1819 les Plans raisonnés de toute espèce de jardins, un recueil de plusieurs modèles de jardins qui obtint un certain succès et fut plusieurs fois réédité.
Une contribution d'Isabelle Levêque complète cette deuxième partie. Elle montre l'émergence, au croisement des différentes formes des jardins de la première moitié du XIXe siècle, d'un « nouvel imaginaire où le végétal serait l'expression d'une recherche ontologique liée à l'étude du vivant » (p. 155). L'auteur retrace la transformation du rapport à l'horticulture de la société de l'époque. Elle souligne la transformation de certains jardins en parcs de collection, la parution de jardins « utiles », comme les arboretums ou les jardins d'expérimentation, la multiplication des petits jardins de villégiature, ainsi que le développement de compétences professionnelles spécifiques liées à la conception et à l'aménagement de ces espaces. De moins en moins l'affaire de peintres ou d'amateurs, la réalisation des jardins commence à être confiée à des spécialistes issus de « dynasties de pépiniéristes » (p. 156), que l'on qualifie d'abord de « jardinistes » et ensuite de « paysagistes ».

À côté de ces contributions, une partie importante du catalogue est consacrée aux fiches descriptives des objets présentés dans l'exposition. Cela permet une lecture croisée et sur plusieurs niveaux des différentes parties dont il se compose et établit un riche réseau de rappels entre les articles, les notices et les documents iconographiques (largement et soigneusement reproduits). Au travers de ce dialogue, les notices jouent aussi le rôle de loupe sur des jardins spécifiques : la folie Monceau, Ermenonville, la folie Monceau, la Folie Bagatelle, Le Raincy, la folie Beaumarchais, etc.
De plus on peut attribuer à cet ouvrage un autre mérite : la bonne qualité des images, comme des contributions, se marie harmonieusement avec un format maniable, qui rend l'ouvrage agréable à lire et facilement accessible.

Mots-clés

Jardins romantiques, pittoresque, paysagistes, XVIIIe siècle
Romantic gardens, picturesque, landscapers, 18th century

Bibliographie


Auteur

Chiara Santini

Historienne des jardins et des paysages et ingénieur de recherche à
l'École nationale supérieure du paysage de Versailles-Marseille (ENSP).
Courriel : c.santini@versailles.ecole-paysage.fr

Pour référencer cet article

Chiara Santini
Note de lecture du livre dirigé par Catherine de Bourgoing
publié dans Projets de paysage le 04/01/2012

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