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Liminalité et motivation paysagère

Liminality and landscape motivation

20/07/2011

Résumé

Cet article se propose d'évaluer le rôle fondamental de la liminalité dans l'élaboration et la motivation d'une architecture relationnelle du paysage. Articulé à la faveur des trois composantes d'implication mutuelle que sont le corps, le monde et la limite, le propos incite à réévaluer en profondeur la compréhension de l'inscription de l'homme sur la Terre, et réciproquement - comme une forme d'anticipation à leur réconciliation. La réflexion amène en toute fin d'analyse à la refonte d'une éthique paysagère appréhendée à la lumière de ce champ relationnel - dans un mouvement continuel entre l'ici et l'ailleurs, le moi et l'autre, l'esprit et la matière, le dedans et le dehors, l'inerte et le vivant (liste non close).
This paper aims to consider the fondamental role of liminality in the elaboration and motivation of a relational landscape architecture. Articulated around three mutually implicated components - the body, the world, the threshold - the article is an invitation to profoundly re-evaluate our understanding of humankind's inscription on Earth as well as Earth's inscription on humankind - on the way to their reconciliation. In light of this dynamic involvement, the discussion leads to a renewed idea of landscape ethics - in perpetual motion between the here and there, the mind and the flesh, the self and the other, the inside and the outside, the animate and the inanimate.

Texte

Quand je regarde le paysage, je suis tout au plus le paysagiste, qui est vu dans le paysage d'un autre paysagiste, éventuellement
Jacques Jouet

Partons de ce poème à vers unique, dont la forme linéaire et singulière appelle, opportunément, au renversement de la page en mode paysage. Il s'agit là d'un monostique paysager (ou monostiche, du grec stikhos « vers ») composé sur le motif, à la manière des peintres impressionnistes, par le poète et écrivain oulipien Jacques Jouet1. En voici la définition : « [Le monostique paysager est] un poème composé sur le motif, devant un paysage. [...] Il doit être écrit sur une seule ligne. La topographie du paysage cherche à être épousée par la topographie du vers. En lecture orale, il est prononcé par le poète qui balaye les regards de ses auditeurs comme s'ils étaient le paysage. » (2004, p. 12).
Au-delà de son aspect formel rappelé ici pour les besoins de la compréhension (et aussi comme une invitation possible à la composition), c'est bien le sens profond du poème qui justifie sa mise en exergue. Que nous évoque ce poème ? On y retrouve d'abord l'idée, aujourd'hui partagée, selon laquelle le paysage suppose nécessairement un sujet humain qui le regarde, l'appréhende et s'y (é)meut. Cependant, si la dimension sensible et affective du paysage est assurément première, il ne saurait pour autant y avoir paysage sans une certaine configuration spatiale et temporelle, en dehors de toute topographie. La seconde idée sous-jacente au poème est celle qui porte à considérer le paysage comme une suite relationnelle (une topologie) de lieux et de situations (i.e de mondes) - une composition hétérogène animée par le jeu continuel des relations entre l'ici et l'ailleurs, le dedans et le dehors, le moi et l'autre.
Cet article se propose d'approfondir ces deux remarques en cherchant à saisir, depuis la mise en mouvement du corps (branche 1), les conditions et expressions du déploiement et de l'enchaînement du paysage (branche 2). L'analyse s'articulera autour des trois composantes relationnelles que sont le corps, le monde et la limite, telles que présentées par le rapport triangulaire ci-dessous (figure 1). Je tâcherai alors de montrer en quoi la limite, en proximité avec la notion poétique et philosophique de l'horizon, peut constituer un motif privilégié de l'architecture relationnelle du paysage (branche 3) - depuis son édification jusqu'à sa composition et même à sa pérennisation2.

Figure 1. Architecture du paysage.

Le paysage comme expérience du corps en mouvement

Le détour préalable par la question du corps et du sujet réitère la nécessité à engager la réflexion du côté de l'assise géographique de l'être humain (Dardel, [1952] 1990). Ce qui implique de poser et d'établir l'idée selon laquelle les espaces géographiques s'éprouvent d'abord et essentiellement par l'expérience du corps (l'épreuve du monde !). Autrement dit, il s'agit ici d'envisager, en des termes qui puissent être relationnels, les modalités d'un retour potentiel à une perception du monde centrée sur le sujet, saisie à partir du sujet. Cette condition première du corps fut énoncée dès le début du siècle dernier par l'éthologie de Jakob von Uexküll avant d'être reprise puis enrichie par la phénoménologie et la géographie culturelle. Ainsi : « Le milieu entier n'est qu'un morceau infime de la nature, découpé suivant les aptitudes (Fähigkeiten) d'un sujet humain. » ([1934] 2010, p. 1643.)
Et partant : « Comme une araignée fait avec ses fils, chaque sujet file ses relations en propriétés déterminées des choses, et les entrelisse en une solide toile qui porte son existence. » (Ibid, p. 48.)
L'espace du paysage est précisément la toile de l'existence humaine (ou Umwelt) évoquée ici par Uexküll. Ce qui veut dire que la réalité du paysage se trouve tout à la fois devant nous, autour de nous, mais aussi et surtout avec nous - dans une influence mutuelle du corps et des choses. C'est d'ailleurs là le sens propre de l'existence (ex-sistere) : savoir que le corps n'est jamais isolé de son milieu, mais toujours en relation avec autrui et porté vers l'ailleurs.
La mise en mouvement du corps peut alors être lue comme la mise en éveil du paysage, l'unité première, inhérente même, de son animation et de son articulation. C'est d'ailleurs en mouvement, à l'occasion d'une marche de deux semaines à travers Bruxelles-Capitale4, que s'est affirmée dans les faits l'idée d'une adhésion foncière du corps à l'espace - cette nécessité du corps à corps. Ce mouvement de près de trois cent quatre-vingts kilomètres avait été conçu à la fois comme un acte politique, un geste poétique et une expérience géographique en vue d'une appréhension rapprochée et éclairée du paysage urbain. Très vite est venue cette interrogation : et si le paysage n'était que mouvement ? Puisque ce sont bien les mouvements, les cheminements5 qui à la mesure du corps définissent le paysage, en dessinent la configuration spatiale, en relient les diverses composantes. Le corps apparaît alors comme un filtre par lequel se réalise l'expérience perceptive et usuelle du paysage. C'est à partir du corps que s'orientent les choses, que se tracent les directions, que se ménagent les perspectives (Merleau-Ponty, [1954] 2003, p. 150), que se distinguent le haut et le bas, le devant et le derrière, le proche et le lointain. De là ce rapprochement avec la notion géographique de la limite. Les limites sont autant de prises par lesquelles l'homme s'attache au paysage, s'y investit et l'habite. Elles balisent notre champ visuel tout en nous incitant à l'exploration et au franchissement. Elles sont la motivation et l'orientation de nos mouvements, le rythme de nos progressions et de nos hésitations - une manière, finalement, de rendre l'espace prégnant tout en stimulant l'imagination.
C'est là le premier aspect de la motivation paysagère invoquée dans le titre : la disposition particulière selon laquelle le sujet se rapporte à son environnement - tant en termes d'incitation que d'émotion et de configuration.

Le paysage comme déploiement et enchaînement des lieux


Figure 2. Fragments paysagers.

On conviendra au vu de ce qui précède que l'espace du paysage ne saurait être confondu avec l'espace homogène, neutre et infini de l'astronome ou du géomètre - soit la somme de territoires inertes et contigus pavés selon les axes géométriques et les coordonnées géographiques (espace abstrait du plan, figure 2). Saisir la réalité du paysage dans l'articulation de la limite au monde, c'est justement accepter d'en (re)considérer toute la complexité, plurielle et singulière à la fois - comme un ensemble de lieux existentiels aux contours flous, indéterminés et mouvants (espace concret de la vie, figure 3). Cela même que souligne Maurice Merleau-Ponty lorsqu'il évoque la nécessaire conversion du regard (comme en écho à celle opérée dès le XVe siècle), où « le monde humain cesse[rait] d'être une métaphore [acosmique] pour redevenir ce qu'il est en effet, le milieu [cosmique] et comme la patrie de nos pensées [et de nos actes]6 » ([1945] 2003, p. 32). Et c'est bien au ravivement de cette cosmicité qu'incite la capture de ces lieux de l'entre-deux - celui « d'une géographie dont nous avons oublié que nous sommes les auteurs. » (Perec, [1974] 2000, p.  156.) La liminalité devient une prise sensible à la saisie de la concrétude du monde et à l'orientation de notre corporéité (cf. branche 1). Elle est l'éveil de la topogénèse des lieux, l'expression de la dimension topologique du monde (Berque, 2004) - à la fois achèvement et commencement. Ce déploiement de l'espace initié à partir de la limite est à lire, d'ailleurs, dans ces mots que prononça Martin Heidegger lors de la fameuse conférence de Darmstadt à « Bâtir, habiter, penser » à le 5 août 1951 : « La limite n'est pas ce où quelque chose cesse, mais bien, comme les Grecs l'avaient observé, ce à partir de quoi quelque chose commence à être (sein Wesen beginnt)7. » ([1951] 1980, p. 183.)

Figure 3. Continuums paysagers.

La limite procède donc bien, dans ce sens, à la mise en place de l'espace, au ménagement8 du lieu en tant qu'espace accessible à l'homme. Elle est le chemin structurel et composite de l'écriture terrestre, le souffle à sa lecture. Elle est une manière de se rapporter au monde, comme autant de traces, d'aspérités et d'interstices à la succession des espaces - non plus seulement dans l'écart, mais aussi la jonction, la différence plutôt que l'indifférence, la porosité et non pas l'opacité. D'où la correspondance avec la réalité aussi concrète qu'insaisissable de l'horizon - optique et métaphorique. L'horizon est au paysage ce que la limite est au monde : à la fois condition de son déploiement et expression de son enchaînement. Ainsi, lorsque « je regarde l'horizon, il ne me fait pas penser à cet autre paysage que je verrais si j'y étais, celui-ci à un troisième paysage, et ainsi de suite, je ne me représente rien, mais tous les paysages sont déjà là, dans l'enchaînement concordant et l'infinité ouverte de leurs perspectives » (Merleau-Ponty, [1954] 2003, p. 380)9.
C'est pourquoi il ne saurait y avoir de monde et donc de paysage en dehors de la dialectique du proche et du lointain, du présent et du passé, du visible et du caché comme de l'inerte et du vivant. L'horizon n'est du reste pas une limite franche ou cristallisée, mais cinétique et mouvante, puisque animé comme on l'a vu par l'expérience perceptive et pratique (i.e. proprioceptive) des individus à l'échelle humaine - une échelle 1/1 où se confondent et se confrontent la représentation et la réalité. Il y a donc toujours un au-delà des lieux, « un horizon ouvert de relations à construire » dirait encore Merleau-Ponty (1969, p. 175). Les dictionnaires n'en disent d'ailleurs pas moins puisque l'horizon y est défini trivialement comme la « limite circulaire de la vue, pour un observateur qui en est le centre » (Petit Robert, 2010). Pas de monde sans horizon, non plus que de limite sans corps, et réciproquement. C'est l'essence même de la limite que de permettre le lien entre les choses du monde qui forment le paysage. C'est cela que tente de soulever la seconde branche, cela aussi qui nous ramène aux trois composantes relationnelles proposées en ouverture et dont l'interaction réflexive définit l'architecture relationnelle du paysage.

Architecture relationnelle du paysage

Les deux premières branches se sont attachées, dans le rapprochement de la géographie et de la phénoménologie, à la mise en évidence des composantes sous-jacentes à l'architecture relationnelle du paysage. C'est à la compréhension de ce mouvement réflexif10, dans l'entrelacement du corps et du monde, que se livre enfin la troisième branche. Je reprendrai pour cela la représentation initiale sous une forme nouvelle (figure 4), enrichie du va-et-vient qu'est la trajection (Berque, [2000] 2009, 2006) ainsi que des deux cercles fonctionnels propres aux relations respectives du corps et du monde à la limite.

Figure 4. Architecture relationnelle du paysage.

La trajection est précisément ce mouvement de projection et d'introjection opérant entre corporéité et mondanité. Elle se définit comme la « conjonction du physique et du phénoménal, engendrant la mouvante réalité de l'écoumène » (Berque, 2006, p. 101). C'est cela qu'évoque l'intitulé de la contribution : « Liminalité et motivation paysagère ». Les motifs spatio-temporels, nous dit Augustin Berque, « sont à la fois ce que nous y voyons (des forêts, des villes, des montagnes...) et quelque chose qui suscite en nous des raisons d'agir de telle ou telle façon » ([2000] 2009, p. 241). La limite est ce dispositif médian de la trajection, à la fois donnée sensible d'une configuration spatiale et d'une motivation temporelle - concrète et imaginaire, mesurable et incommensurable comme le sont les horizons. Et la réalité du paysage est cela même que figure le schéma ci-dessus : la symbiose réciproque du corps au monde que médiatise la limite.
Le propos invite donc à affirmer le rôle fondamental de la liminalité à la mise en paysage des espaces géographiques - comme un ensemble de relations signifiantes et structurantes permettant à la fois de se le représenter et de se situer en son sein. C'est à l'évidence le sens de la contribution : une invitation à articuler ce jeu des relations à la compréhension et à la projection du paysage. Un sens relationnel que s'efforce d'ailleurs de construire en pratique et en théorie le paysagiste Michel Corajoud (2010), ou que recommande aussi, en théorie du moins et dans une dimension strictement écologique11, le Manifeste du Tiers paysage de Gilles Clément (2004). Cela encore que préconise si bien, en des termes cette fois esthétiques, l'analyse inventive chère à Bernard Lassus12. N'est-ce d'ailleurs pas à Lassus (1999, p. 70) que l'on doit cette formule lumineuse : « l'hétérogénéité est plus accueillante que l'homogénéité » ?
À rebours du mouvement général porté par la perte du référent concret, l'obsession de l'être (Merleau-Ponty, [1945] 2003, p. 85) et le déni du sens de la délimitation, la liminalité appelle finalement à réévaluer en profondeur la compréhension de l'inscription de l'homme sur la Terre, et réciproquement - comme une forme d'anticipation à leur réconciliation. J'y trouverai volontiers la prémisse à une possible et souhaitable éthique paysagère. Une éthique qui ne pourrait faire l'économie de sa dimension intrinsèquement relationnelle - depuis ses fondements terrestres jusqu'à ses valeurs et significations humaines. Fonder l'éthique paysagère à partir de ce tissu relationnel, ce serait enfin reconnaître la Terre comme le soutien de notre être et le paysage comme la manifestation d'une entente partagée, dans l'évidence du lien qui nous unit à autrui et aux choses de notre monde.

Mots-clés

Architecture relationnelle du paysage, corps, éthique paysagère, horizon, liminalité, trajection
Relational landscape architecture, body, landscape ethics, horizon, liminality, embodiment

Bibliographie

Berque, A. (2000), Écoumène. Introduction à l'étude des milieux humains, Paris, Belin, 2009, 446 p.

Berquen A., Sauzet M., Le Sens de l'espace au japon. Vivre, penser, bâtir, Paris, éditions Arguments, 2004, 227 p.

Berque, A. (sous la dir. de), Mouvance II, soixante-dix mots pour le paysage, Paris, Éditions de la Villette, 2006, 119 p.

Brisson, J.-L. (sous la dir. de), Carnets du paysage. Cheminements, n° 11, Arles/ Versailles, Actes Sud/ENSP, 2004, 236 p.

Clément, G., Manifeste du Tiers paysage, Paris, éditions Sujet/Objet, Coll. « L'Autre Fable », 2004, 70 p.

Corajoud, M., Le Paysage, c'est l'endroit où le ciel et la terre se touchent, Arles/Versailles, Actes Sud/ENSP, 2010, 271 p.

Dardel, E. (1952), L'Homme et la Terre, Paris, éditions du CTHS, 1990, 199 p.

Heidegger, M. (1951), Essais et Conférences, Paris, Gallimard, coll. « Tel », 1980, 349 p.

Lakoff G., Johnson M., Philosophy in the flesh. The embodied mind and its challenge to western thought, New York, Basic Books, 1999, 624 p.

Lassus, B. (dir.), Mouvance, cinquante mots pour le paysage, Paris, Éditions de la Villette, 1999, 99 p.

Merleau-Ponty, M. (1945), Phénoménologie de la perception, Paris, Gallimard, coll. « Tel », 2003, 531 p.

Merleau-Ponty, M., La Prose du monde, Paris, Gallimard, 1969, 216 p.

Perec, G. (1974), Espèces d'espaces, Paris, éditions Galilée, 2000, 185 p.

Uexküll J. von (1934, 1965), Milieu animal et Milieu humain, Paris, Bibliothèque Rivages, 2010, 173 p.

Auteur

Richard Pereira de Moura

Master étude comparative du développpement, École des hautes études en sciences sociales.
Courriel : Richard.PereiradeMoura@ehess.fr

Pour référencer cet article

Richard Pereira de Moura
Liminalité et motivation paysagère
publié dans Projets de paysage le 20/07/2011

URL : http://www.projetsdepaysage.fr/fr/liminalit_et_motivation_paysag_re

  1. Au sujet de la place du monostique dans l'histoire de la poésie française, on lira avec profit Jacques Jouet, Du monostique, Paris, La Bibliothèque Oulipienne, n° 135, 2004, 19 p.
  2. Délibérément placé en deçà du projet de paysage, le point de vue avancé ici ne sera donc pas celui d'un professionnel ou d'un spécialiste du paysage, mais seulement celui d'un géographe en apprentissage s'efforçant d'appréhender la réalité des espaces géographiques à la mesure de ses pas.
  3. Publié initialement en 1934 sous le titre Streifzüge durch die Umwelten von Tieren und Menschen, l'ouvrage est traduit et édité une première fois en français en 1965 aux éditions Denoël puis réédité récemment dans une nouvelle traduction - à laquelle je me réfère - sous le titre : Milieu humain, milieu animal (2010).
  4. Ces mouvements ont été essentiellement accomplis à pied, carnets de notes et de croquis à la main, au sein d'un paysage urbain en tous points fragmenté et déstructuré. Les cheminements (prédéfinis ou en dérive) étaient chaque soir cartographiés au moyen de Google Earth. L'analyse de ce travail de terrain est en cours.
  5. On renvoie ici au très beau numéro des Carnets du paysage consacré aux Cheminements (n° 11/2004) et introduit par Jean-Luc Brisson en ces termes : « Peut-être le paysage n'est-il que cheminements. »
  6. Les italiques sont de Maurice Merleau-Ponty.
  7. Les italiques sont de Martin Heidegger.
  8. Je reprends ici volontairement le terme de Heidegger, en tout cas dans la traduction qu'en donne André Préau ([1951] 1980, p. 183). Notons d'ailleurs que ménagement, aménagement, déménagement, etc. (ménage, du latin manere « séjourner, demeurer ») renvoient à la même famille étymologique que « maison ». Aménager un espace ou un paysage, c'est donc d'abord et avant tout chercher à dévoiler l'appartenance réciproque entre le lieu et l'habitant.
  9. Les italiques sont de Maurice Merleau-Ponty.
  10. Mouvement réflexif que recouvrent avec plus ou moins d'adéquation les notions d'embodiment propre aux sciences cognitives (Lakoff et Johnson, 1999), de chair du monde dans la pensée de la phénoménologie (Merleau-Ponty, [1954] 2003) et de trajection pour la géographie culturelle (Berque, [2000] 2009). Étant la plus élaborée à ce sujet, j'adopterai  ici la terminologie proposée par Augustin Berque.
  11. En pratique, l'isolement de l'île Derborence à près de sept mètres de hauteur au centre du parc Henri Matisse à Lille a en effet de quoi surprendre le lecteur de ces quelques préceptes : « Favoriser les dynamiques d'échanges entre les milieux anthropisés et le Tiers paysage. » « Créer autant de portes que nécessaire à la communication entre eux. » « Envisager la limite comme une épaisseur et non comme un trait. » (Clément, 2004, p. 64)
  12. Précisons que la rédaction de ce texte s'est accompagnée de deux longues promenades d'incorporation à travers le parc du Roi Baudouin (Bruxelles) composé pour partie (3e phase) par Bernard Lassus et le parc du Sausset (Aulnay-sous-Bois) réalisé par Michel Corajoud.