Les jardins paysagers des seigneurs domaniaux de l'époque d'Edo et les manuels relatifs à la composition des jardins

Première partie : Des manuels de paysage médiévaux aux parcs paysagers prémodernes

Landscape gardens of the state lords in the Edo period, and handbooks concerning gardens' composition

First part: From medieval landscape handbooks to pre-modern landscape parks
15/07/2012

Résumé

Dans le Japon de l'époque de Heian (794-1185), alors que se mettent en place les principaux caractères du jardin de plaisance, le maître d'ouvrage était un aristocrate lettré qui aimait reproduire un paysage célèbre du pays dans le jardin de son habitation. À l'époque médiévale (1185-1573), les moines jouent à leur tour un rôle important dans la conception des jardins et, comme les nobles, ils conçoivent eux-mêmes les compositions paysagères de leurs monastères. À cette époque, quelques rares manuscrits techniques traitent de la conception des jardins, mais ces œuvres qui restent longtemps dans les mains d'un même propriétaire font l'objet d'une diffusion très restreinte. La période prémoderne (1573-1867) inaugure un nouveau développement des jardins dans bien des domaines : les thèmes des paysages représentés, les dispositifs spatiaux ou les techniques horticoles sont renouvelés à travers la conception de vastes parcs paysagers.
During the Heian period (794-1195) in Japan, at the time where the main characteristics of pleasure gardens were introduced, the landscape architect was a well-read aristocrat who enjoyed reproducing one of the country's famous landscape in his own home garden. During the medieval period (1185-1573), the monks have an important role in the conception of gardens, and, like the nobles, they conceive the landscape compositions of their monasteries by themselves. At that time, some rare technical manuscripts deal with the conception of gardens, but these works à that remain for a long time in the hands of a unique owner à are scarcely distributed. The pre-modern period (1573-1867) marks the start of a new development of gardens in many areas: the themes of the landscapes depicted, the spatial devices, or the horticultural techniques are renewed through the conception of vast landscape parks.

Texte

L'époque d'Edo (1603-1867) a été une période de renouveau sans précédent dans le domaine des arts et des lettres. Sur le plan de l'architecture, la longue période de paix militaire instaurée dès le début du XVIIe siècle et la suprématie économique des nouvelles élites militaires ont permis un développement sans précédent, comme le pays n'en avait sans doute pas connu depuis l'époque ancienne, de l'architecture et de l'art des jardins : techniques paysagères, gabarit des habitations, des palais et des jardins, formes architecturales et ornements ont été profondément renouvelés, en début de période tout particulièrement1.
Depuis le VIIIe siècle environ, les aristocrates de Kyōto aimaient édifier leurs palais et leurs villas secondaires au milieu d'un jardin paysager, que l'on agrémentait le plus souvent d'un étang et d'une ou plusieurs îles. Le noble de Cour, un lettré, concevait lui-même le jardin de sa demeure, et plus particulièrement le paysage miniature qu'il souhaitait y voir représenté2. Ce faisant, il indiquait les grandes lignes du paysage aux jardiniers et aux hommes de main qui allaient le mettre en œuvre et creuser les pièces d'eau, élever des collines artificielles, tsukiyama 築山3, placer les pierres dressées, tateishi 立石 et les plantes ornementales. En ce sens, le maître des lieux faisait office de paysagiste4. Pour cette raison, les plus anciens textes que l'on connaisse au Japon sur l'art des jardins ont toujours été l'œuvre de lettrés issus de l'aristocratie. Il en va ainsi du Sakutei-ki 作庭記 (Notes sur la composition des jardins), rédigé très certainement par le noble de Cour Tachibana no Toshitsuna 橘俊綱 (1028-1094), le fils naturel de Fujiwara no Yorimichi 藤原頼道 (992-1074), le plus influent personnage de son temps, qui avait été tour à tour régent, grand rapporteur et ministre de gauche, à qui l'on doit l'édification du temple Byōdō.in 平等院 (1052) et de son jardin conçus à l'image du Paradis de la Terre Pure du bouddha Amida.

Les manuels de paysage avant la période prémoderne (1573-1867)

L'ensemble des textes fondateurs sur les jardins antérieurs à l'époque d'Edo, soit la période qui s'étend de l'époque de Heian (794-1185) à la fin du XVIe siècle, sont des manuscrits écrits par des hommes de lettres. Ces textes ont fait l'objet d'une diffusion restreinte, demeurant dans les mains de vieilles familles nobles de Kyōto. Plus d'une vingtaine de manuscrits de première importance sont parvenus jusqu'à nous, mais l'étude que j'ai pu en faire montre que ces textes sont le plus souvent les copies de quatre textes fondateurs5 :

1. Le Sakutei-ki, dont la plus ancienne copie, dite Tanimura-bon 谷村本, du nom d'une famille de Kanazawa à laquelle elle appartient, est datée de 1289 (Shōō 2). Les travaux des historiens Mori Osamu 森蘊 (1905-1988)6 et de Tamura Tsuyoshi 田村剛 (1890-1979)7 ont attribué la paternité de cet ouvrage anonyme à Toshitsuna8. Si la datation exacte de la rédaction de l'œuvre originale demeure une source d'interrogations, l'ensemble des spécialistes s'accorde sur le fait que le Sakutei-ki évoque des pratiques paysagères en vogue parmi les aristocrates de Kyōto à l'époque de Heian ou au début de l'époque de Kamakura (1185-133).

2. Le Sansui-shō 山水抄 (Notes sur les paysages) est un manuscrit du XIIIe siècle inspiré par le Sakutei-ki, dont il restitue une grande partie du texte, mais avec des omissions et plusieurs ajouts intéressants. Exécuté à l'époque de Kamakura par un certain Keisan Hō.in 慶算法印, il est recopié à l'époque d'Edo par le noble de Cour, lettré, poète et homme de thé, Karasumaru Mitsuhiro 烏丸光廣 (1579-1638)9. En 1892 (Meiji 25), au cours de ses recherches sur les manuels de paysage, Ozawa Keijirō小澤圭次郎 (1842-1932)10 en réalise à son tour une copie, sans doute à partir de celle de Mitsuhiro qu'il a pu consulter dans l'une des bibliothèques d'anciens daimyō auxquelles il avait alors accès. C'est cet exemplaire qui est conservé à la Bibliothèque métropolitaine de Tōkyō.

3. Le Saga-ryū niwa kohō hiden no sho 嵯峨流庭古法秘傳之書 (Livre des traditions secrètes de l'école Saga sur les anciennes techniques de composition des jardins) a été très probablement rédigé au cours de la seconde moitié du XIVe siècle. Selon la postface de l'ouvrage, une première version du texte aurait été exécutée en 1395. Avec seulement cinq pages de texte et neuf pages d'illustrations (dans l'édition moderne d'Uehara Keiji11), cet ouvrage anonyme constitue cependant l'une des sources majeures sur les jardins de Kyōto à la fin du Moyen Âge. Les plus anciennes copies de ce texte ne remontent pas au-delà de l'époque d'Edo, mais leurs colophons mentionnent l'existence de deux versions antérieures, l'une exécutée en 1395 (Ōei 2) par un noble de Cour, le Chūin chūnagon 中院中納言 Yasuhira 康平, la seconde en 1475 (Bunmei 7) par le noble de Cour Shijō Fujiwara Tameaki 四條藤原爲明. Après cette mention, commune à l'ensemble des manuscrits, viennent ensuite les noms des copistes ultérieurs, qui diffèrent les uns des autres selon la copie. Plusieurs sont signés par des moines, ce qui suggère une diffusion du manuel dans les milieux bouddhiques de Kyōto.

Figure 1. Niwa tsubo chikei tori-zu (Plan d'implantation d'un jardin).
Dessin reproduit d'après une illustration originale du
Livre des traditions secrètes de l'école Saga (1395).

Si le texte original remonte à l'époque de Muromachi, l'existence de l'école de Saga, Saga-ryū 嵯峨流 n'est, quant à elle, attestée par les sources qu'à partir de 1684 (Jōkyō 112) bien que cette tradition de l'art des jardins soit vraisemblablement plus ancienne. Au cours de l'époque d'Edo, le texte a été attribué au moine Musō Soseki 夢窓疎石 (1275-1351) - Musō a été le créateur des jardins du Saihō-ji 西芳寺 et du Tenryū-ji 天龍寺, non loin de la plaine de Saga, à Kyōto, deux sites aujourd'hui inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco13 -, ce qu'aucune source ne permet de confirmer, d'autant que l'existence de deux traditions distinctes de l'art des jardins de Kyōto, connues sous les noms d'école de Saga, d'une part, et d'école Musō, Musō-ryū 無窓流, de l'autre, sont notoires, à Kyōto, dès la fin du XVIIe siècle.

4. Le Senzui narabi ni yagyō no zu 山水幷野形啚 (Illustrations des paysages et des formes de plaines)14, dont on date avec certitude une copie de 1466 (Bunshō 1). D'après la postface, sa transmission aurait été assurée par 46 personnages, parmi lesquels plusieurs moines, dont les noms ont été scrupuleusement notés, de Zōen 増圓 (dont l'identité demeure obscure), au moine Jōki 淨喜 (46e nom), qui en aurait réalisé la copie en 1448 (Bun.an 5), soit peu de temps avant celle calligraphiée par Shingen 信厳, le moine supérieur du temple Shinren-in 心蓮院 du monastère Ninna-ji 仁和寺 de Kyōto. L'authenticité de la copie de Shingen ne fait aucun doute : elle porte son paraphe calligraphié (kaō 花押) et la mention manuscrite d'une copie achevée le « 28e jour de la septième lune de la première année de l'ère Bunshō », soit en l'an 1466. Quant au rouleau, il provient bien du Shinren-in, ce que confirme le sceau apposé en début de texte.

Figure 2. Senzui narabi ni yagyō no zu 山水幷野形啚 (Illustrations des paysages et des formes de plaines), copie de 1466.

Ces quatre manuscrits fondateurs sur l'art des jardins sont ainsi l'œuvre exclusive de nobles de Kyōto, parfois de moines, mais eux-mêmes issus d'anciennes familles d'aristocrates15. Chacun à leur manière traite des principaux caractères des jardins aristocratiques, et tout particulièrement des paysages à représenter et des principes de géomancie à respecter. Enfin, et la remarque n'est pas sans importance, on trouve dans ces ouvrages la place fondamentale d'éléments du paysage issus des religions de l'Inde ancienne et véhiculés par le bouddhisme, comme la représentation du mont Sumeru (jap. Shumisen 須弥山), de même que la place centrale de croyances taoïstes issues de la Chine, exprimées à travers la représentation des îles fabuleuses des Immortels, shinsen 神仙, ou du couple de l'île-grue (jap. tsuru-jima 鶴嶋) et de l'île-tortue (jap. kame-jima 龜嶋) qui en est une métaphore des îles des Immortels. Les deux ouvrages les plus récents, le Livre des traditions secrètes de l'école Saga et les Illustrations des paysages et des formes de plaines, sont en outre des rouleaux illustrés et font la part belle aux questions de composition du paysage, introduisant pour la première fois des principes de structuration de l'espace, d'avant-plan et d'arrière-plan, de disposition dans un cadre des divers éléments (pierre maîtresse, pierre secondaire, chute d'eau, lac, montagne d'arrière-plan, etc.) qui composent le paysage (figures 1 et 3). Ces ouvrages montrent l'influence de la peinture de paysage, alors très en vogue à l'époque de Muromachi (1336-1573) parmi les élites de Kyōto.

Figure 3. Illustrations du Senzui narabi ni yagyō no zu 山水幷野形啚 (Illustrations des paysages et des formes de plaines), copie de 1466. Légende de la partie centrale : « Cette représentation s'intitule «montagne solitaire au milieu des dix mille mers» ; dans un vaste océan, une seule montagne : cela convient si l'on recherche un jardin de taille réduite ».

Figure 4. Île-grue (à gauche) et île-tortue (à droite) surmontées de pins noueux. Jardin du temple Rokuon-ji鹿園寺, ancien palais du shōgun Ashigaka Yoshimitsu (Kyōto, XIVe siècle).
© Nicolas Fiévé


La recomposition du paysage politique au XVIIe siècle

Le bouleversement radical de l'organisation économique et politique du pays après la prise du pouvoir du pays par les Tokugawa et leurs généraux en 1600, et l'installation du pouvoir militaire à Edo (aujourd'hui Tōkyō), soit à plus de 400 kilomètres de la capitale impériale Kyōto, qui avait été le berceau de l'art des jardins, a provoqué au début du XVIIe siècle un bouleversement profond des pratiques relatives à la conception des jardins. Détenteurs sans partage du pouvoir économique, les seigneurs militaires, les daimyō 大名, ou « grands noms » comme on les appelle, commencent à dépenser largement pour la construction de palais et de vastes jardins de plaisance. L'engouement pour le jardin, la vogue des pavillons de thé érigés au milieu de paysages bucoliques qui évoquent des ermitages de montagne, mais aussi le souhait de montrer sa richesse aux autres seigneurs à travers des compositions paysagères d'une échelle nouvelle - les parcs dépassaient souvent une dizaine d'hectares -, ont été à l'origine d'un art nouveau du paysage que n'avaient pas connu les jardins raffinés de l'aristocratie de Kyōto.

Figure 5. Jardin Kōraku-en 後楽園 (13,3 hect.), 1700 (Genroku 13), ancien parc de plaisance des seigneurs Ikeda du fief d'Okayama.
© Nicolas Fiévé


Pour concevoir ces palais et leurs jardins, les daimyō font appel à des spécialistes que l'on rétribue pour leur savoir, ce qui est nouveau. Les distances entre la capitale et les provinces imposent une circulation permanente des uns et des autres, ce qui se traduit aussi par une diffusion sans précédent des pratiques venues de la capitale Kyōto, mais aussi par l'assimilation sur tout le territoire d'usages et de techniques venant des provinces et d'Edo. Que ce phénomène ait coïncidé avec l'invention et la diffusion de l'imprimerie et avec l'importation au Japon des premiers traités chinois sur l'art des jardins, et toutes les conditions étaient alors réunies pour que l'évolution des pratiques horticoles prît une nouvelle dimension en tout point du pays. Les manuscrits des nobles de Cour sur l'art des jardins, jusqu'alors très confidentiels, ont fait l'objet de réécritures et de synthèses multiples, souvent mêlées de savoirs nouveaux, que des imprimeurs d'Edo et de Kyōto ont publiés et présentés comme des manuels originaux - et dont j'ai pu recenser plus d'une vingtaine d'ouvrages majeurs, d'un contenu différent les uns des autres, même si des filiations se dessinent plus ou moins nettement pour certains de ces textes. Plusieurs de ces ouvrages présentent et décrivent les anciens jardins de Kyōto, dressant pour la première fois de véritables catalogues des paysages renommés de la capitale. En d'autres termes, dès le début du XVIIe siècle, le concepteur paysagiste qui devient un professionnel rémunéré pour son travail et la diffusion à grande échelle des manuels imprimés sur l'art des jardins sont deux innovations qui vont, l'une et l'autre, conduire à une transformation profonde des processus d'élaboration des parcs et des jardins du Japon prémoderne.

Les grands seigneurs de l'époque d'Edo, nouveaux mécènes de l'art des jardins

Daimyō désigne au Japon un seigneur qui possède un fief et qui est le vassal du gouvernement militaire. À l'époque d'Edo, le daimyō est à la tête d'un fief, han 藩 ou ryōchi 領地, dont la production annuelle de riz est évaluée à au moins 10 000 koku 石, un koku équivalant à la quantité de 180 litres de riz. Au début du XVIIe siècle, l'ensemble des revenus du pays donne le chiffre approximatif d'une production de trente millions de koku de riz. Le nouveau gouvernement des Tokugawa, à la différence de ceux qui l'avaient précédé, a gardé une base territoriale importante : le shōgunat dispose d'un peu moins du quart de la production de l'ensemble du territoire, soit sept millions de koku, répartis en quatre millions pour le domaine du shōgun et trois millions pour les innombrables petits domaines attribués aux vassaux héréditaires des Tokugawa en charge des postes secondaires de l'administration. Les daimyō se voient attribués la part considérable de 75 % des richesses, soit 22,5 millions de koku de riz, alors que les aristocrates n'en possèdent plus que 100 000 koku, soit 0,3 %, répartis en 30 000 koku pour la maison impériale et 70 000 koku pour le reste des nobles. Les établissements religieux, temples bouddhiques et sanctuaires shintō, disposent quant à eux d'un revenu d'environ 400 000 koku, soit 1,3 % de l'ensemble des richesses du pays. Des chiffres sans appel qui montrent que les aristocrates de Kyōto n'ont plus les moyens financiers de promouvoir l'art des jardins comme ils surent le faire dans les temps anciens.
Dans le nouveau système imposé par le gouvernement des Tokugawa, les daimyō sont classés selon leur origine. On distingue en haut de l'échelle politique les daimyō appartenant à la famille du shōgun ou assimilés à elle, que l'on nomme les Trois maisons, Gosanke 御三家, trois lignées issues de fils cadets du 1er shōgun Tokugawa Ieyasu 徳川家康 (1542-1616), les maisons d'Owari 尾張, de Kii 紀伊 et de Mito水戸, aptes à fournir un successeur à la lignée des shōguns ; les fudai daimyō 譜代大名, fidèles serviteurs du shōgun, descendants de vassaux héréditaires d'Ieyasu dès avant 1600 (Keichō 5), date de la bataille de Sekigahara関ヶ原et de la prise du pouvoir des Tokugawa ; les « daimyō extérieurs », tozama daimyō 外様大名, issus d'anciennes familles et de seigneurs de la guerre de l'époque des luttes entre les provinces (1467-1573), mais devenus vassaux du shōgun après la bataille de Sekigahara.

Figure 6. Jardin Kenroku-en 兼六園 (10 hectares), commencé en 1676 dans l'enceinte extérieure du château de la maison Maeda du fief de Kaga (Kanazawa).
© Nicolas Fiévé


À côté des Trois maisons, on comptait à l'origine 37 familles de daimyō héréditaires, fudai daimyō, nombre qui passe progressivement à 145, et moins d'une centaine de daimyō extérieurs, tozama daimyō. Dans ce dernier groupe, apparaissent les noms des plus anciennes maisons et les fiefs les plus vastes. Sur le plan économique, certains tozama daimyō comptent parmi les plus puissants du pays. À titre d'exemple, en 1664, la maison Maeda 前田家, dont le fief de Kaga comprend les provinces de Kaga, Noto 能登国 et Etchū 越中国, a un revenu estimé à 1 030 000 koku, la maison Shimazu 島津家, dont le fief de Satsuma 薩摩藩réunit les provinces de Satsuma et d'Ōsumi 大隅国, est à la tête d'un revenu d'à peu près 730 000 koku, alors que la maison Hosokawa 細川家, du fief de Kumamoto 熊本藩 (soit la plus grande partie des provinces de Higo 肥後国 et de Bungo 豊後国), a, quant à elle, un revenu de 540 000 koku.

Figure 7. Jardin Suizenji Jūju-en 水前寺成趣園 (7,3 hectares), 1636 (Kan.ei 13), des seigneurs Hosokawa du fief de Kumamoto. Vue sur le paysage du mont Fuji depuis la maison de thé.
© Nicolas Fiévé


Tous les puissants daimyō dépensèrent largement, dès le début de la période d'Edo, pour la construction de châteaux et de vastes villas de plaisance. Les anciens jardins de ces palais, ceux qui ont traversé l'histoire jusqu'à nos jours, comptent parmi les plus beaux parcs paysagers du pays : les trois maisons précédemment citées ont légué le parc Kenroku-en 兼六園 (10 hectares), à Kanazawa 金沢, dont les travaux de la partie basse ont été lancés dès 1676 (Enpō 4) par le 5e daimyō Maeda Tsunanori 前田綱紀 (1643-1724) (figure 6 et, « seconde partie », figure 13), le parc Sengan-en 仙巖園 (5 hectares), à Kagoshima, dont le 2e seigneur Shimazu Mitsuhisa 島津光久 (1616-1695) a entrepris les travaux en 1658 (Manji 1) (figure 12), et le parc Jūju-en 成趣園 (7,3 hectares) à Kumamoto, dont le 2e seigneur Hosokawa Tadatoshi 細川忠利 (1586-1641) a fait bâtir un premier pavillon de thé (Suizenji ochaya 水前寺御茶屋) en 1636 (Kan.ei 13), avant que son petit-fils, le 4e seigneur Hosokawa Tsunatoshi 細川綱利 (1643-1714), ne fasse creuser les lacs, aménager les cours d'eau, édifier les montagnes artificielles et ne donne à ce splendide jardin paysager le nom de Jūju-en, d'après une poésie du lettré chinois Tao Yuanming (jap. Tō Enmei) 陶淵明 (365-427) (figure 7).
De leur côté, les Trois maisons Owari (620 000 koku), Kii (540 000 koku) et Mito (240 000 koku) jouissaient de fiefs dits « apparentés », shinpan 親藩, des fiefs confiés à des membres de la maison Tokugawa. Deux autres fiefs furent aussi désignés comme shinpan : Echizen 越前, donné à Yūki Hideyasu 結城秀康 (1574-1607), fondateur de la maison des Matsudaira d'Echizen 松平越前家, et celui d'Aizu 今津藩 (230 000 koku en 1643), dans la province de Mutsu 陸奥国, confié en 1643 à Hoshina Masayuki 保科正之 (1611-173), fondateur de la maison des Matsudaira d'Aizu 松平今津家. Les daimyō de ces cinq domaines recevaient le traitement honorifique le plus élevé. Au XVIIIe siècle, enfin, le 8e shōgun Tokugawa Yoshimune 徳川吉宗 (1684-1751) a organisé le système des Trois hauts dignitaires, Sankyō 三卿, de la maison Tokugawa. À la différence des Trois maisons, les Trois hauts dignitaires, composés des trois familles Tayasu 田安家, Hitotsubashi 一橋家 et Shimizu 清水家, ne furent pas dotés de fiefs. Ils avaient mission d'assister le shōgun, voire de fournir un héritier si la lignée directe survenait à manquer.

Figure 8. Vestiges du jardin du château de Nagoya, Nagoya-jō teien 名古屋城庭園 (vers 1615-1623).
© Nicolas Fiévé


Plusieurs jardins d'anciennes propriétés des Trois maisons ou des Trois hauts dignitaires ont subsisté. On trouve parmi ceux-ci le jardin du château de Nagoya, Nagoya-jō teien 名古屋城庭園, l'ancienne forteresse de la maison d'Owari détruite par les bombardements en 1945, mais dont subsistent les 3 500 m2 de jardins du palais Ni no maru goten 二の丸御殿, composés d'admirables assemblages de pierres réalisés au cours des années Genwa (1615-1623), et qui furent remaniés en un jardin sec après l'ère Kyōhō (1716-1736). L'Oyaku-en 御薬園 (1,7 hectares) est le vestige du Yakusō-en 薬草園, un jardin commencé en 1670 (Kanbun 10) par le 2e seigneur Matsudaira (Hoshina) Masatsune 正経 (1647-1681) de l'ancien fief d'Aizu, mais dont l'aspect actuel remonte aux travaux de 1696 (Genroku 9) effectués par son successeur Matsudaira Masakata 正容 (1669-1731) (figure 8). Quant aux célèbre Kairaku-en 偕楽園 de Mito (13 hectares), il faut édifié en 1841 (Tenpō 12) par le 9e seigneur de Mito, Tokugawa Nariaki 徳川斉昭 (1600-1660) (figure 9).

Figure 9. Vue sur le jardin Kairaku-en 偕楽園 (13 hectares), édifié en 1841 (Tenpô 12) par le 9e seigneur de Mito, Tokugawa Nariaki (1600-1660).
© Nicolas Fiévé


Ce détour par une rapide présentation de la hiérarchie qui prévalait parmi les seigneurs donne la mesure de l'exceptionnelle assise économique des plus puissants d'entre eux. Une richesse qui leur a permis d'entreprendre sans relâche la construction de nombreux châteaux, de villes bâties autour du château, jōka-machi 城下町, de palais, de villégiatures, de parcs et de jardins, et d'inaugurer ainsi un développement de l'urbanisme et de l'architecture tel que le pays n'en avait pas connu depuis des siècles. Il en allait ainsi des nécessités de la vie politique et économique, mais aussi des modes du temps et de la recherche d'un plaisir personnel - ces palais et leurs innombrables pavillons étaient les lieux d'accueil où l'on invitait les autres seigneurs, leurs émissaires et les hommes célèbres de son temps.
L'installation définitive de la paix, pour plus de deux siècles, adjointe d'une bonne gestion des domaines, dont la productivité augmente en début de période, a scellé l'écrasante suprématie économique des Tokugawa et des seigneurs domaniaux sur les nobles et la Cour impériale. De ce point de vue, le XVIIe siècle inaugure une ère nouvelle, dans laquelle les daimyō se substituent définitivement aux nobles de Kyōto et aux monastères bouddhiques pour assumer un rôle de mécènes dans les domaines de l'art, de l'architecture et du paysagisme, une fonction que moines et nobles avaient encore en partie assumé aux époques précédentes.

L'entretien simultané d'une double résidence et de plusieurs palais

Avec l'établissement du système dit de « venir rendre ses devoirs [au shōgun] », sankin kōtai 参勤交代, instauré par le 3e shōgun Iemitsu 家光 (1604-1651), tous les seigneurs, petits ou grands, étaient tenus de résider à Edo, la moitié de l'année pour ceux du Kantō 関東 (les régions proches d'Edo), ou une année sur deux pour les autres16. Pendant leur absence de la capitale, les daimyō devaient laisser leur famille à Edo - des otages du pouvoir central, en quelque sorte. L'institutionnalisation de ce système permettait aux Tokugawa d'avoir les seigneurs sous surveillance la moitié du temps et de leur imposer double dépense pour la nécessité d'entretenir une double demeure, à la fois dans leur fief et à Edo. Ainsi, les principaux daimyō entretenaient en permanence trois palais à Edo : une « résidence supérieure », kamiyashiki 上屋敷, c'est-à-dire la demeure principale (hontei 本邸) du seigneur et de son épouse, une « résidence intermédiaire », nakayashiki 中屋敷, où vivaient le daimyō retiré et les héritiers de la maison, une « résidence inférieure », shimoyashiki 下屋敷, une villa secondaire, bettei 別邸 ou bessō 別荘, un lieu de villégiature et de repos où demeurait souvent une partie de la suite et de l'équipage. Les daimyō moins aisés ne possédaient que deux résidences à Edo, kamiyashiki et shimoyashiki
Figure 10. Jardin Rikugi-en六 義園 (8,8 hect), ancien shimoyashiki de la maison Maeda à Edo, remanié du temps de Yanagizawa Yoshiyasu (1658-1714), seigneur du fief de Kawagoe, au cours des années 1695-1702.
© Nicolas Fiévé


À Edo, les palais principaux (kamiyashiki) se situaient à proximité du château du shōgun, et occupaient des superficies moins vastes que les villas secondaires (shimoyashiki), édifiées dans des quartiers périphériques, en bordure de campagne, et dont les superficies dépassaient parfois une dizaine d'hectares. Le parc Rikugi-en 六義園, qui fut le shimoyashiki de la maison Maeda, avant que le fudai daimyō Yanagizawa Yoshiyasu 柳沢吉保 (1658-1714), seigneur du fief de Kawagoe 川越藩, dans la province de Musashi 武蔵国, entre en sa possession en 1695 (Genroku 8) et le remanie entièrement pour lui donner son aspect actuel, est une propriété paysagère de 8,8 hectares de superficie, et sans doute du point de vue de l'histoire des jardins l'une des plus intéressantes qui subsistent encore de nos jours à Tōkyō (figure 10)17. Le Kiyosumi teien 清澄庭園, ancien shimoyashiki (vers 1716-1735) des seigneurs Kuze久世, du fief de Sekiyado 関宿藩 dans la province de Shimo.usa 下総国, atteint quant à lui 8,1 hectares de superficie et reste particulièrement remarquable pour ses assemblages de pierres de grande dimension (figure 11)18. Le Koishikawa Kōraku-en 小石川後楽園, parc de Tokugawa Yorifusa 徳川頼房 (1603-1661), le seigneur du fief de Mito, qui en fait sa résidence à Edo en 1629 (Kan.ei 6), atteint une superficie de 7 hectares19. Quant au « Palais détaché du bord de mer », Hama rikyū 浜離宮, conçu comme parc pour la chasse aux canards des shōguns Tokugawa, il atteint 25 hectares de superficie. Commencé sous le 6e shōgun Ienobu 家宣 (1662-1712), il est complété par le 11e shōgun Ienari 家斉 (1773-1841), qui y fait construire les pavillons de thé et autres édifices de plaisance20.

Figure 11. Jardins Kiyosumi teien 清澄庭園 (81 hectares), ère Kyôhô (1716-1735), ancien shimoyashiki du clan Kuze, seigneurs du fief de Sekiyado.
© Nicolas Fiévé


Dans les provinces, le kamiyashiki était bâti dans l'enceinte du château seigneurial, alors que le shimoyashiki était installé dans un faubourg ou une campagne proche, là où l'on trouvait les paysages naturels les plus pittoresques. En bordure de la mer, comme à Wakayama, où le 10e daimyō du fief de Kishū, Tokugawa Harutomi 徳川治宝 (1771-1853), fait édifier le Yōsuien 養翠園, un jardin de plaisance, dont les travaux s'étendent de 1818 (Bunsei 1) à 1826 (Bunsei 9). Le long d'une rivière, comme à Hiroshima 広島, où le 1er seigneur Asano Nagaakira 浅野長晟 (1586-1632) bâtit en 1620 le parc Shukkei-en 縮景園 (voir la seconde partie de cet article, figure 11). Au pied de montagnes boisées, comme à Takamatsu 高松, où Ikoma Takatoshi 生駒髙俊 (1611-1659), 4e seigneur de Takamatsu, projette la construction d'un vaste jardin de plaisance sur les restes de la retraite du guerrier Satō Tōeki 佐藤道益, dont il subsiste aujourd'hui encore un assemblage de pierres et les vestiges d'un étang. Takatoshi fait creuser l'étang de cette nouvelle propriété en 1625, mais en 1642, le fief passe aux mains du petit-fils de Tokugawa Ieyasu, Matsudaira Yorishige 松平頼重 (1622-1695). Celui-ci continue les travaux, qui s'étendent sur une durée d'un siècle environ, le jardin étant achevé au milieu du XVIIe siècle, à l'époque du 5e seigneur du nom. La vue des bâtiments d'époque sur le lac où émergent les îles des Immortels, le pont en forme d'arche, les montagnes artificielles en forme de mont Fuji, en font un site particulièrement remarquable. À Kagoshima 鹿児島, la villégiature de la maison Shimazu est dressée à flanc de montagne et en bordure de mer, face au somptueux paysage du volcan en activité de l'île Sakura-jima 桜島. Shimazu Mitsuhisa 島津光久 (1616-1695), 2e seigneur de Kagoshima et 19e seigneur de la maison Shimazu, avait entrepris en 1658 (Manji 1) la construction de cette résidence secondaire en bordure de mer, face au volcan, à quelques kilomètres du château de Kagoshima. Il lui donna le nom de Sengan-en 仙巖園, « le parc de la roche des Immortels », un jardin fortement inspiré par la culture chinoise. En 1721 (Kyōhō 6), le 4e seigneur Shimazu Yoshitaka 島津吉貴(1675-1747) s'y retire, en faisant remanier la propriété, lui donnant ainsi son aspect actuel (figure 12).

Figure 12. Jardin Sengan-en 仙巖園 (5 hectares), commencé en 1658 (Manji 1), ancien shimoyashiki des seigneurs Shimazu du fief de Kagoshima.
© Nicolas Fiévé


Ces villas secondaires implantées sur de vastes parcs comprenaient l'habitation du seigneur et des membres de sa famille, les quartiers de la suite et du personnel. Le parc promenade était le plus souvent de type kaiyū-shiki teien 回遊式庭園, un « jardin de plaisance autour d'une pièce d'eau », et reproduisait en miniature des paysages renommés du pays ou de la Chine, parmi lesquels on aimait se déplacer comme lors d'un voyage. Les jardins étaient équipés de kiosque (azumaya 東屋, tei 亭), de pavillons de thé (chashitsu 茶室) et autres « pavillons de style raffiné » (sukiya 数寄屋), où l'on pouvait se détendre, se sustenter, et admirer les paysages. Le passage des saisons s'y trouvait ostensiblement souligné par des champs d'érables (aux feuilles rougies pendant l'automne) ou de cerisiers (à la floraison printanière). Ainsi était conçu le Kōraku-en 後楽園 d'Okayama, ce qu'indique déjà avec précision un plan du parc de 1716 (Kyōhō 1), intitulé Ochaya oezu 御茶屋御絵圖 (Plan illustré des maisons de thé) et conservé aux Archives du parc public d'Okayama (figure 5).
Outre les corps d'habitation et les divers pavillons de plaisance parsemés le long des cheminements du jardin, ces parcs comprenaient souvent un ou plusieurs autels bouddhiques et shintō, un champ de courses, parfois une zone réservée à la chasse aux canards, des embarcadères sur les étangs et les lacs. Fruit du mélange des arts et des techniques de tout le pays, on y trouvait incontestablement ce que l'époque avait produit de plus raffiné en matière d'architecture palatiale et de villégiature, en matière de jardins et de reproductions de paysages célèbres.
Dès les premières années du XVIIe siècle, le bakufu a œuvré à mettre au pas la Cour et les nobles - désormais privés de toute participation à la vie politique et économique du pays. Il mettait en place dans le même temps un système de compensation par lequel il entreprenait le financement des travaux de construction d'un imposant palais impérial, à Kyōto, orné d'un jardin-paysage de 8 000 m2, tout en offrant des cadeaux sous forme d'argent afin d'aider la construction des palais de membres de la maison impériale qui lui avaient rendu des services. Ainsi, le prince Hachijō no miya Toshihito 八条宮智仁 (1579-1629) et son fils le prince Toshitada 智忠親王 (1620-1662) réussirent à financer ce qui demeure sans doute la plus belle villégiature de l'histoire de Kyōto : le palais détaché de Katsura, Katsura rikyū 桂離宮 (figure 13), un parc d'une superficie de 5,6 hectares (Katsura rikyū est une désignation moderne ; on parle dans les sources de « maison de thé de Katsura », Katsura no chaya 桂の茶屋 ou « villa secondaire de Katsura », Katsura betsugyô 桂別業). Et il en allait de même pour les édifices et les jardins de plusieurs monastères de premier rang, dont la puissance et l'assise économique avaient décliné au fil des conflits de la période médiévale. Au-delà de leurs propres jardins et palais qu'ils développaient sur des échelles nouvelles, les seigneurs domaniaux devenaient dans le même temps les mécènes et les maîtres d'œuvre des habitations de la Cour, de nobles et de moines. Un phénomène qui a contribué à la diffusion de nouveaux styles architecturaux et paysagers dans l'ensemble des élites du pays.

Figure 13. Jardin de la villa détachée de Katsura 桂離宮, des princes Hachijō no Miya 八条宮, 1re moitié du XVIIe siècle. Au premier plan, un paysage de mer et de galets ; au second plan une reproduction en miniature du paysage d'Ama no Hashidate 天橋立.
© Nicolas Fiévé


Il faut ici rappeler que les époques précédentes, marquées par des siècles de guerre civile, n'avaient pas permis aux seigneurs de la guerre autres que les puissants shōguns de promouvoir des palais bâtis au milieu de vastes jardins de plaisance. Hormis les palais shōgunaux de Kyōto et deux retraites aménagées par les shōguns Ashikaga21, la presque totalité des jardins renommées de l'époque de Muromachi (1336-1573) avaient été l'œuvre de monastères bouddhiques, et, plus modestement, de la maison impériale ou de nobles - les aristocrates ayant été depuis l'époque ancienne les promoteurs de l'art des jardins. Pour l'essentiel, ces jardins avaient été conçus à Kyōto, berceau incontestable des paysagistes japonais et de leur savoir-faire, mais avaient consisté en des dispositifs de petite superficie, édifiés autour, ou entre, les bâtiments d'une habitation, ne dépassant pas quelques centaines de mètres carrés. Lorsque la maison Ashikaga était au sommet de sa puissance, soit au XIVe siècle, à l'époque du 3e shōgun Ashikaga Yoshimitsu 足利義満 (1358-1408), le très renommé palais des fleurs, Hana no gosho 花御所, le plus vaste de son temps bâti intra-muros à Kyōto, ne couvre qu'une superficie de deux quartiers, soit moins de 2,5 hectares22. Tous les autres palais des shōguns Ashikaga et le palais impérial lui-même ne couvraient tout au plus qu'un quartier, soit un hectare en moyenne de superficie, une surface occupée pour l'essentiel par des édifices qu'agrémentaient des cours et des jardins de taille modeste.
Lorsque, dès le début de l'époque d'Edo, les seigneurs entreprennent la construction de vastes parcs-promenades d'une dizaine d'hectares de superficie, ils imposent alors la conception de nouveaux dispositifs paysagers jusqu'alors inconnus : représentation des saisons sous la forme de champs en monoculture, apparition de vastes étendues couvertes d'herbe (qui évoquent les pelouses occidentales), chapelets de paysages miniatures qui constituent des ensembles cohérents, comme au Jūju-en de Kumamoto, où ce sont divers sites de la route Tōkaidō 東海道, qui relie Edo à Kyōto, que l'on peut contempler en se déplaçant dans le paysage, depuis le pont Nihon-bashi et en passant par le mont Fuji (figure 7).

Fin de la première partie

Mots-clés

Jardin japonais, Kyōto, daimyō, Sakutei-ki, île-grue, île-tortue
Japanese gardens, Kyōto, daimyō, Sakutei-ki, turtle and crane islands (Kamejima & Tsurujima)

Bibliographie

Liste des manuscrits anciens cités dans l'article

Saga-ryū niwa kohō hiden no sho 嵯峨流庭古法秘傳之書 (Livre des traditions secrètes de l'école Saga sur les anciennes techniques de composition des jardins), XIVe siècle (?).

Sakutei-ki 作庭記 (Notes sur la composition des jardins), copie de 1289 (Shōō 2).

Sansui-shō 山水抄 (Notes sur les paysages), non daté.

Ouvrages

Senzui narabi ni yagyō no zu 山水幷野形啚 (Illustrations des paysages et des formes de plaines), colophon de 1654 (Jōō 3).

Anonyme, « Saga-ryū niwa kohō hiden no sho 嵯峨流庭古法秘伝之書 », dans Uehara Keiji 上原啓二 (sous la dir. de), Yokei-zukuri niwa no zu - Hoka san-kosho 餘景作り庭の図・他三古書 (Traité illustré sur les jardins paysagers, et trois autres livres anciens), Tōkyō, Kajima shoten, coll. « Zōen kosho sōsho 造園古書叢書 », 1972, vol. 8, p. 52-66.

Fiévé, Nicolas, L'Architecture et la Ville du Japon ancien. Espace architectural de la ville de Kyōto et des résidences shōgunales aux XIVe et XVe siècles, Paris, Maisonneuve & Larose, coll. « Bibliothèque de l'Institut des hautes études japonaises du Collège de France », 1996.

Fiévé, Nicolas, « L'architecture et les jardins des temples du pavillon d'Or et du pavillon d'Argent », Shōkokuji. Pavillon d'Or, pavillon d'Argent, Paris, Paris Musées - Petit Palais, 2008, p. 48-70.

Fiévé, Nicolas, « Les jardins aristocratiques », dans Fiévé, Nicolas (sous la dir. de), Atlas historique de Kyōto. Analyse spatiale des systèmes de mémoire d'une ville, de son architecture et de ses paysages urbains, Paris, Centre du patrimoine mondial, Éditions de l'Unesco - L'Amateur, 2008, p. 89-94.

Fiévé, Nicolas, « L'architecture palatiale et les jardins des shōgun Ashikaga », dans Fiévé, Nicolas (sous la dir. de), Atlas historique de Kyōto. Analyse spatiale des systèmes de mémoire d'une ville, de son architecture et de ses paysages urbains, Paris, Unesco -Éditions de l'Amateur, 2008, p. 133-140.

Hisatsune Shūji 久恒秀治, Kyōto meien-ki 京都名園記 (Notes sur les jardins renommés de Kyōto), Tōkyō, Seibundō shinkōsha, 1969, 3 vol.

Hisatsune Shūji, Sakutei-ki hishō 作庭記祕抄 (Le Sakutei-ki, recueil de notes secrètes), Tōkyō, Shibundō shinkōsha, 1979.

Kitamura Nobumasa 北村信正, Kiyosumi teien 清澄庭園, Tōkyō, Tōkyō kōen kyōkai, coll. « Tōkyō kōen bunko (Les parcs publics de Tōkyō) », vol. 18, 1981.

Kosugi Takemi 小杉雄三, Hamarikyū teien 浜離宮庭園, Tōkyō, Tōkyō kōen kyōkai, coll. « Tōkyō kōen bunko (Les parcs publics de Tōkyō) », vol. 12, 1991.

Kurokawa Dōyū (Gen.itsu) 黒川道祐 (玄逸), Yōshūfushi 雍州府志 (Chroniques du Yamashiro) (texte original de 1684 [Jōkyō 1]), coll. « Zōho Kyōto sōsho », Kyōto, vol. III, 1938.

Mori Mamoru 森守, Rikugi-en 六義園, Tōkyō, Tōkyō kōen kyōkai, coll. « Tōkyō kōen bunko (Les parcs publics de Tōkyō) », vol. 19, 1981.
Mori Osamu 森蘊, Heian jidai teien no kenkyū 平安時代庭園の研究 (Étude sur les jardins de l'époque de Heian), Tōkyō, Kuwana bunshōdō, 1945.

Mori Osamu 森蘊, Sakutei-ki no sekai 作庭記の世界 (L'univers du Sakutei-ki), Tōkyō, N.H.K. books, 1986.

Mori Osamu, Teien 庭園 (Jardins), Tōkyō, Tōkyōdō shuppan, 1988.

Ono Kenkichi, Nihon teien jiten 日本庭園辞典 (Dictionnaire des jardins du Japon), Tōkyō, Iwanami shoten, 2004.

Ozawa Keijirō (auteur) et Hiragaya Shōkichi (sous la dir. de), Teien no hōsho 庭園の芳書 (Les nobles ouvrages de nos prédécesseurs sur les jardins), Tōkyō, Tōkyō nōgyō daigaku zōen-gakka hakkō 東京農業大学造園学科発行, 1969. Réédition d'En.en genryū-kō 園苑源流考 (Considérations sur l'origine des parcs et jardins), originalement publié dans la revue Kokka 國家, numéros des années 1890 à 1905.

Tachibana no Toshitsuna 橘俊綱 (1028-1094), De la création des jardins, traduction du Sakutei-ki (1997), texte présenté, traduit et annoté par Michel Vieillard-Baron, illustrations de Sylvie Brosseau, Tōkyō, MFJ, coll. « Monographies de la MFJ, série Pensée japonaise », 2003.

Tamura Tsuyoshi 田村剛, Sakutei-ki 作庭記, Tōkyō, Sagami shobō, 1964.

Yoshikawa Matsu 吉川需 et Takahashi Yasuo 高橋康夫, Koishikawa kōraku-en 小石川後楽園, Tōkyō, Tōkyō kōen kyōkai, coll. « Tōkyō kōen bunko (Les parcs publics de Tōkyō) », vol. 28, 1991

Auteur

Nicolas Fiévé

Directeur d'études à l'École pratique des hautes études, section des sciences historiques et philologiques.
Chaire d'histoire de l'architecture et des jardins du Japon.
Courriel : nfieve@gmail.com

Pour référencer cet article

Nicolas Fiévé
Les jardins paysagers des seigneurs domaniaux de l'époque d'Edo et les manuels relatifs à la composition des jardins
publié dans Projets de paysage le 15/07/2012

URL : http://www.projetsdepaysage.fr/fr/les_jardins_paysagers_des_seigneurs_domaniaux_de_l_epoque_d_edo_et_les_manuels_relatifs_a_la_composition_des_jardins

  1. Ces deux articles (partie 1 et 2) sont tirés de ma conférence sur « les grands jardins paysagers de l'époque d'Edo », donnée à la section des sciences historiques et philologiques de l'École pratique des hautes études, au cours des années 2010-2011 et 2011-2012.
  2. Sur les motifs paysagers miniatures et les réductions du monde représentés dans le jardin japonais depuis l'époque ancienne, voir : Fiévé, Nicolas, « La représentation de mondes en miniature dans l'architecture et les jardins japonais », dans Bonnin, Philippe et Jacquet, Benoît (sous la dir. de), Dispositifs et notions de l'architecture japonaise, Paris, EFEO, coll. « Études thématiques » (à paraître).
  3. Les caractères japonais et chinois sont donnés en forme simplifiée pour le vocabulaire et les ouvrages modernes, comme le veut l'usage, mais en forme traditionnelle pour les noms de personnes, titres d'ouvrages et citations de textes antérieurs à 1945.
  4. Les jardins de l'époque de Heian ont été étudié dans : Mori Osamu 森蘊, Heian jidai teien no kenkyū 平安時代庭園の研究 (Étude sur les jardins de l'époque de Heian), Tōkyō, Kuwana bunshōdō, 1945, 483 p., et plus particulièrement p. 403-480;en français : Fiévé, Nicolas, « Les jardins aristocratiques », dans Fiévé, N. (sous la dir. de), Atlas historique de Kyōto. Analyse spatiale des systèmes de mémoire d'une ville, de son architecture et de ses paysages urbains, Paris, Centre du patrimoine mondial, Éditions de l'Unesco - L'Amateur, 2008, p. 89-94.
  5. Cette étude fut réalisée en partie au cours des années 2009 et 2010, alors que j'étais directeur d'études délégué au bureau de Kyōto de l'École française d'Extrême-Orient. Je reprends ici quelques-uns des éléments d'une étude à paraître au début de l'année 2012 : Fiévé, Nicolas, « Les manuscrits médiévaux sur l'art des jardins », dans Sakai, Cécile, Struve, Daniel, Vieillard-Baron, Michel et al. (sous la dir. de), Les Rameaux noués, Paris, De Boccard, coll. « Bibliothèque de l'Institut des hautes études japonaises du Collège de France » (sous presse).
  6. Mori Osamu, Heian jidai teien no kenkyū, op. cit., p. 255-259 ; Mori Osamu, Sakutei-ki no sekai 作庭記の世界 (L'Univers du Sakutei-ki), Tōkyō, N.H.K. books, 1986, 222 p.
  7. Tamura Tsuyoshi, Sakutei-ki 作庭記, Tōkyō, Sagami shobō, 1964, 390 p.
  8.  Thèse adoptée également par notre collègue Michel Vieillard-Baron à qui l'on doit une traduction en français du livre : De la création des jardins, traduction du Sakutei-ki (1997), texte présenté, traduit et annoté par Michel Vieillard-Baron, illustrations de Sylvie Brosseau, Tōkyō, MFJ, col. « Monographies de la MFJ, série Pensée japonaise », 2003, 93 p.
  9. Excellent calligraphe, Kamasumaru Mitsuhiro avait étudié cet art auprès du grand artiste, calligraphe et céramiste Hon.ami Kōetsu 本阿弥光悦 (1558-1637).
  10. Ozawa Keijirō fut le premier savant moderne à publier dans la revue Kokka 國華, entre les années 1890 (Meiji 23) et 1905 (Meiji 40), En.en genryū-kō 園苑源流考 (Considérations sur l'origine des parcs et jardins), une étude de 70 pages dans laquelle sont présentés, identifiés et parfois datés vingt traités anciens sur les jardins.
  11. Édition que j'ai utilisée pour le présent article : Uehara Keiji 上原啓二 (éditeur), « Saga-ryū niwa kohō hiden no sho 嵯峨流庭古法秘伝之書 », dans Yokei-zukuri niwa no zu - Hoka san-kosho 餘景作り庭の図・他三古書 (Traité illustré sur les jardins paysagers, et trois autres livres anciens), Tōkyō, Kajima shoten, coll. « Zōen kosho sōsho 造園古書叢書 », 1972, vol. 8, p. 52-66.
  12. La mention de l'école Saga apparaît dans une monographie locale datée par une préface de 1684 (Jōkyō 1): Kurokawa Dōyū (Gen.itsu) 黒川道祐 (玄逸) [ ?-1691], Yōshūfushi 雍州府志 (Chroniques du Yamashiro), Kyōto, Kyōto sōsho kankō-kai, Coll. « Zōho Kyōto sōsho », vol. 3, 1938.
  13. L'ouvrage évoquerait davantage de principes établis à partir des compositions de pierres de Musō Soseki. Sur l'apport de Musō à l'art des jardins, voir en français : Fiévé, Nicolas, « L'architecture et les jardins des temples du pavillon d'Or et du pavillon d'Argent », dans Shōkokuji, pavillon d'Or, pavillon d'Argent, Paris, Paris Musées - Petit Palais, 2008, p. 48-70; en japonais : Hisatsune Shūji 久恒秀治, Kyōto meien-ki 京都名園記 (Notes sur les jardins renommés de Kyōto), Tōkyō, Seibundō shinkōsha, 1969, vol. I, p. 99-220.
  14. Je reprends ici la lecture adoptée depuis l'époque d'Edo et communément admise parmi les spécialistes de l'histoire des jardins (Mori, Uehara et Tamura), bien que dans un ouvrage publié à la fin de sa vie Mori Osamu transcrive par Sansui narabi ni yakei-zu (Mori Osamu, Teien 庭園 [Jardins], Tōkyō, Tōkyōdō shuppan, 1988, p. 8). Le dictionnaire des jardins publié en 2004 par Ono Kenkichi donne la lecture Sansui narabi ni nogata no zu (Ono Kenkichi, Nihon teien jiten 日本庭園辞典 [Dictionnaire des jardins du Japon], Tōkyō, Iwanami shoten, 2004, p. 80). Principales études sur le Senzui narabini yagyō no zu : Tamura T., Sakutei-ki, op. cit. ; Mori O., Heian jidai teien no kenkyū, op. cit., p.  327-402 ; Hisatsune Shūji, Sakutei-ki hishō 作庭記祕抄 (Le Sakutei-ki, recueil de notes secrètes), Tōkyō, Shibundō shinkōsha, 1979, p. 451-474.
  15. Le Ninna-ji, par exemple, est un temple portant un nom d'ère impériale, nengojiin 年号寺院. Fondé en 888 par l'empereur Uda 宇多天皇 (r. 887-897), il est le temple principal de la branche Omuro de l'école Shingon 真言宗御室派総本山. Dénommé, depuis l'époque d'Uda, Omuro gosho 御室御所 ou Palais impérial d'Omuro, il a accueilli plusieurs empereurs retirés et princes impériaux devenus moines, une tradition inaugurée par Uda. C'est dire si les liens entre certaines écoles bouddhiques de Kyōto et la Cour étaient étroits !
  16. Selon l'article 2 de l'amendement de 1635 (Kan.ei 12) aux règlements pour les daimyō.
  17. Mori Mamoru 森守, Rikugi-en 六義園, Tōkyō, Tōkyō kōen kyōkai, coll. « Tōkyō kōen bunko (Les parcs publics de Tōkyō) »,1981, vol. 19, 144  p.
  18. Kitamura Nobumasa 北村信正, Kiyosumi teien 清澄庭園, Tōkyō, Tōkyō kōen kyōkai, coll. « Tōkyō kōen bunko »,1981, vol. 18, 88 p.
  19. Yoshikawa Matsu 吉川需 et Takahashi Yasuo 高橋康夫, Koishikawa kōraku-en 小石川後楽園, Tōkyō, Tōkyō kōen kyōkai, coll. « Tōkyō kōen bunko », 1991, vol. 28, 166 p.
  20. Kosugi Takemi 小杉雄三, Hamarikyū teien 浜離宮庭園, Tōkyō, Tōkyō kōen kyōkai, coll. « Tōkyō kōen bunko », 1991, vol. 12, 103 pages.
  21. Je fais ici mention de la retraite des Collines du Nord du shōgun Yoshimitsu et à celle des Collines de l'Est du shōgun Yoshimasa. Voir Fiévé, Nicolas, « L'architecture et les jardins des temples du pavillon d'Or et du pavillon d'Argent », op. cit., p. 48-70. Voir supra, figure 4, une vue sur les îles du jardin du pavillon d'Or.
  22. Fiévé, Nicolas, L'Architecture et la Ville du Japon ancien. Espace architectural de la ville de Kyōto et des résidences shōgunales aux XIVe et XVe siècles, Paris, Maisonneuve & Larose, coll. « Bibliothèque de l'Institut des hautes études japonaises du Collège de France », 1996, chapitre « La résidence shōgunale à l'époque Muromachi », p. 139-190 ; Fiévé, Nicolas, « L'architecture palatiale et les jardins des shōgun Ashikaga », dans Fiévé, Nicolas (sous la dir. de), Atlas historique de Kyōto. Analyse spatiale des systèmes de mémoire d'une ville, de son architecture et de ses paysages urbains, op. cit.,  p. 133-140.