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Les espaces verts de la ville d'Assise

The green open spaces of Assisi town

30/12/2008

Résumé

L'afflux de plus d'un million de touristes chaque année et l'inscription à la « Liste du patrimoine mondial » de l'Unesco en 2000 ont joué un rôle dans la manière de considérer et de gérer les espaces ouverts de la ville d'Assise. Les espaces verts font partie d'un projet global pour la valorisation du patrimoine, de la culture et du paysage. Trois exemples sont utilisés pour le démontrer : la planification d'espaces ouverts naturels et agricoles autour de la ville, le projet concernant les espaces verts dans la ville et la gestion des oliviers dans le parc naturel régional du monte Subasio. La richesse de cette étude de cas est qu'elle combine deux points de vue sur le paysage : d'une part, l'élaboration de normes et de bonnes pratiques pour promouvoir la conservation du paysage, d'autre part, la reconstruction de l'ancien paysage rural, considéré comme patrimoine commun.
This paper focuses on the management of green open spaces of Assisi town. Since 2000 the influx of more than one million tourists each year and the inscription at «World Heritage List» have played a role in the way of considering and managing open spaces. The green open spaces inside or outside Assisi town are a part of a global planning project, enhancing cultural, heritage and landscape value. Three examples are used to figure out: the first, which involves the planning of natural and open spaces around the town, the second, which interest a project of green space inside the city and the third, which considered the management of olive tree in the Regional Park of Subasio Mountains. The richness of this case study is that it combines two viewpoints on the landscape. On the one hand the development of standards and best practices to follow (such as "Guidelines of the landscape") to promote landscape conservation, on the other hand the revert to the ancient landscape considered common heritage to project new spaces.

Texte

Introduction

La reconnaissance de la ville d'Assise comme patrimoine mondial de l'humanité a-t-elle eu un impact sur la gestion de ses espaces ouverts ? Le propos de  cet article est de montrer que c'est bien le cas, parce que ces espaces ouverts font désormais partie d'un projet global d'aménagement de la ville et renforcent l'affirmation des valeurs patrimoniales, culturelles et paysagères, quelle que soit leur situation dans ou autour de la ville.
On montrera ce changement de sens en s'appuyant sur trois exemples : la planification d'espaces ouverts naturels et agricoles autour de la ville, le projet concernant les espaces verts dans la ville et la gestion des espaces ouverts du parc naturel régional voisin du monte Subasio.

L'Unesco et la Convention du patrimoine mondial

En 1972, l'Unesco (Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture) a adopté une Convention du patrimoine mondial en considérant que « le patrimoine culturel et le patrimoine naturel sont de plus en plus menacés de destruction non seulement par les causes traditionnelles de dégradation mais encore par l'évolution de la vie sociale et économique qui les aggrave par des phénomènes d'altération ou de destruction encore plus redoutables » (Unesco, 1972). Plus récemment a été ajoutée la définition de « paysage culturel » ; c'est à elle que fait référence la ville d'Assise dans sa candidature à la liste du patrimoine mondial au titre du caractère culturel et patrimonial du paysage d'Assise. D'après le chapitre XLVII des Orientations devant guider la mise en œuvre de la Convention du patrimoine mondial (2008), les paysages culturels sont des biens culturels et représentent les « ouvrages combinés de la nature et de l'homme » désignés à l'article 1 de la Convention. Ils illustrent l'évolution de la société et des établissements humains au cours des âges, sous l'influence des contraintes matérielles et/ou des atouts présentés par leur environnement naturel et des forces sociales, économiques et culturelles successives, internes et externes.
Le projet de candidature d'Assise à la liste du patrimoine de l'Unesco est né pendant les années 1980 comme conséquence de l'importance croissante des flux touristiques, mais surtout de la conscience de l'« unicum » de tout lieu saint, né de l'influence réciproque des hommes, en l'occurrence saint François d'Assise, et des lieux qu'il a fréquentés avec ses disciples, tels que les divers sites franciscains. L'Unesco a donné son accord à l'inscription d'Assise en 2000  en invoquant « l'exemplarité unique de la continuité historique d'une ville avec son paysage culturel et tout le système territorial ».
Cette candidature a induit des projets spécifiques pour la protection et la gestion du site afin de préserver le patrimoine architectural et paysager de la ville en le conservant dans les caractéristiques d'accueil et les principes de spiritualité et de paix propres au territoire. La reconnaissance du paysage et des espaces ouverts comme un « système territorial » qui fait partie du paysage patrimonial et culturel d'Assise implique de bien comprendre son importance et la nécessité de sa préservation et/ou de sa reconstitution.

Plan de gestion du site de l'Unesco et lignes directrices du paysage  : exemples de planification

La ville d'Assise est en train d'élaborer des nouveaux outils de gestion et de traitement du paysage : un plan de gestion du site de l'Unesco » et des lignes directrices du paysage, qui seront introduits dans le nouveau PRG1.
Le plan de gestion est un instrument obligatoire pour les sites du Patrimoine mondial Unesco, et contient les recommandations générales pour la gestion et la mise en valeur du patrimoine culturel et l'environnement. Donc le plan a une fonction d'orientation en sachant que : « Gli attori locali... molto possono ottenere semplicemente orientando la loro gestione quotidiana secondo l'ottica indotta dal riconoscimento de l'Unesco che, nell'attribuire valore universale ad un Sito, conferisce in capo a quella che potremmo definire la "comunità affidataria" di quel sito la responsabilità di conservarne, tutelarne e valorizzarne la peculiarità2. » (Fedozzi3, 2008.)
Les lignes directrices du paysage (Assise sera parmi les premières municipalités italiennes à mettre en œuvre cet outil) indiquent, domaine par domaine, les matériaux, les types de bâtiments, la taille et les espèces des arbres, le mobilier urbain, et les modes d'intervention sur le paysage afin de le préserver et d'en conserver les caractéristiques essentielles. Les lignes directrices utilisent donc des démarches typologiques. Les espaces ouverts et les espaces bâtis dans et autour de la ville seront donc considérés comme des systèmes territoriaux à préserver et valoriser par les aspects patrimoniaux et culturels et régulés par des outils appropriés.
Les deux outils servent à valoriser et à préserver les particularités du site et les éléments constituants individualisés afin de garantir une évolution du site coordonnée et maîtrisée.

Un nouveau projet d'espace vert, dédié au paysage de patrimoine

En 2007 la municipalité d'Assise a commencé des travaux pour accroître la capacité d'un parking situé en centre-ville afin de répondre à l'augmentation du flux touristique. Le Mojano Parking s'étend sur 3000 m2 à l'intérieur des anciens murs d'enceinte de la ville et est désormais organisé sur quatre niveaux souterrains. Les trois niveaux les plus profonds sont destinés au stationnement des voitures (299 places) ; le niveau supérieur à une zone commerciale de 235 m2 où sont prévus un bar, le Mojano Cafè, une pizzeria et une galerie commerciale, Mojano Shopping Gallery, destinée à la vente de produits locaux, de souvenirs et de guides touristiques.  En surface a été implanté un jardin où, en référence au paysage agraire d'autrefois, ont été implantés des oliviers. S'ils assument leur fonction de paysage de patrimoine, ils ont perdu celles, socio-économiques, qu'ils avaient à l'origine (voir photos 1, 2).

Photo 1 : la ville d'Assise et le parking.                         


Photo 2 : le parking et les oliviers.

Jadis, les vergers d'oliviers, alors en propriété privée, civile ou ecclésiastique, avaient une fonction économique et productive, que l'on retrouve toujours dans les espaces ruraux voisins (photo 1). Maintenant la propriété et la gestion sont publiques et la fonction principale des vergers est de participer à la construction du paysage culturel et patrimonial ; l'arbre rural a ainsi perdu sa fonction productive et économique pour acquérir des fonctions culturelle, sociale, patrimoniale et paysagère (Donadieu, 2005).
   

La gestion des espaces ouverts

L'exemple retenu est celui des oliviers cultivés dans le parc naturel régional du Monte Subasio. Ce parc s'étend sur 7 169 ha sur le territoire des communes d'Assise, de Nocera Umbra, de Spello et de Valtopina. On y distingue trois zones : la plus basse, entre 600 et 700 m, est celle des oliviers ; la deuxième est caractérisée par la présence des bois de feuilles et la troisième, vers 1000 mètres, est occupée par des bois de conifères et des pâturages de montagne.
Les oliviers sont toujours productifs et l'huile produite est d'une qualité reconnue par une dénomination d'origine protégée (DOP Umbria colli Assisi-Spoleto). Les agriculteurs ont restauré les murs de pierre sèche au XIIIe siècle, construits  pour soutenir les terrasses et balcons destinés à la plantation d'oliviers.
Ces murs sont les éléments caractéristiques d'un paysage typique de l'histoire agraire régionale. La Région de l'Ombrie aide les agriculteurs qui veulent restaurer ces murs à travers le PSR4 (plan de développement rural).
Cependant, les agriculteurs rencontrent beaucoup de difficultés à maintenir les murs restaurés à cause des sangliers, qui les détruisent au cours de leur recherche de nourriture. Ils sont apparus dans la montagne du Subasio dans les années 1980, et sont protégés depuis comme éléments de la nature. Leur chasse est très strictement réglementée.

Conclusion

La réponse à la question « La reconnaissance de la ville d'Assise comme patrimoine mondial de l'humanité a-t-il eu un impact sur la gestion des espaces ouverts ? » est donc positive. On l'a démontré par ces trois exemples, liés à la valorisation et à la restauration d'un paysage considéré comme culturel et patrimonial, qui ouvrent à des questionnements.
En ce qui concerne l'élaboration des standards urbanistiques et des bonnes pratiques à suivre (telles celles des lignes directrices du paysage) pour favoriser la conservation paysagère, le risque a été pris de fixer ou de restaurer des caractéristiques et des aspects des espaces agricoles et naturels considérés comme « monuments ». D'après la Convention de Florence « le paysage » est considéré comme un système en évolution du fait des facteurs naturels et humains qui y interviennent. La Convention parle aussi des actions de « sauvegarde » en vue de conserver les caractéristiques naturelles et/ou culturelles identifiées comme patrimoine (préambule, Convention de Florence, 2000). Il est évident que la reconnaissance patrimoniale de certains paysages se réfère à des choix culturels et politiques dépourvus en eux-mêmes de valeur universelle.
En reconstruisant la colline et en y replantant des oliviers, on a certes reproduit l'ancien état des lieux d'un paysage considéré comme identitaire. Mais on l'a fait sans reconstituer sa fonctionnalité ni le système qui l'a engendré ; ce faisant, on a donc davantage une image que maintenu le rapport entre l'homme et la nature.  On a donc accepté d'altérer l'authenticité5 des lieux car leurs valeurs culturelles ne sont pas exprimées de manière véridique et crédible.
Tout choix concernant le paysage peut être un objet de conflit et de négociation entre différents acteurs territoriaux ou institutionnels, qui peuvent interpréter de manière différente les concepts de « patrimonialisation » (premier cas) et de « restauration » (deuxième et troisième cas). Enfin pour ce qui concerne la restauration d'éléments paysagers comme les murs de pierre sèche, on illustre la difficulté de sauvegarder rigoureusement le paysage agraire historique, à cause de la nouvelle valeur contemporaine de la nature. Le parc naturel régional a été créé dans le but de préserver la nature. Or, l'apparition d'une espèce nouvelle est considérée comme un processus naturel, qu'il faut protéger au même titre que la préservation et la conservation de la flore et de la faune existantes.
Ainsi, Il est nécessaire de réfléchir à une conservation active du paysage qui prenne en compte l'identité des systèmes sociaux qui l'engendrent en se posant les questions suivantes :
  • ne risque-t-on pas de perdre la possibilité d'avoir et de découvrir de nouveaux paysages en fixant trop rigoureusement des caractéristiques et lignes directrices, ?
  • quel est le sens de la conservation d'un paysage si l'on occulte les fonctions que lui attribuaient les populations qui l'ont engendré ?
De plus, il faut réfléchir aux arbitrages nécessaires pour l'intégration positive des différentes valeurs culturelles. Alors que l'enjeu de la nature s'imposait aux espaces ouverts il y a quelques décennies, l'enjeu du paysage patrimonial impose aujourd'hui un réexamen de cette primauté. 
La clé de lecture pour les politiques de gestion et de planification des espaces ouverts de la ville d'Assise peut être trouvée dans les Orientations devant guider la mise en œuvre de la Convention du patrimoine mondial. Ces espaces font partie d'un « paysage évolutif6 vivant7 » qui est authentique.

Mots-clés

Aménagement des espaces verts, planification, agriculture, patrimoine
Planning and management of green spaces, agriculture, heritage

Bibliographie

Comité intergouvernemental pour la protection du patrimoine mondial culturel et naturel de l'Unesco, Orientations devant guider la mise en œuvre de la Convention du patrimoine mondial, janvier 2008.

Convention européenne du paysage, Florence, 2000.

Donadieu, P., « De l'arbre rural à l'arbre urbain : l'arbre peut-il devenir multifonctionnel ? », in Fleury A. (sous la dir.), Multifonctionnalité de l'agriculture périurbaine. Cahiers de la Multifonctionnalité, n° 8, 2005.

Fedozzi, C., « A proposito di Paesaggio », in Riflessioni sui siti Unesco in Toscana, Edizioni Effigi, 2008.

Unesco, Convention concernant la protection du patrimoine mondial culturel et naturel, adoptée par la Conférence générale à sa 17e session, Paris, 16 novembre 1972.

Unesco, Report World Heritage Committe, 24e session, Cairns, Australia, 27 November à 2 December 2000.

Auteur

Giulia Giacchè

Agronome.
Doctorante inscrite en cotutelle avec la Facoltà di Agraria di Perugia, Italia, sous la direction de Bianca Maria Torquati, et AgroParistech (École nationale supérieur du paysage), France, sous la direction d'André Fleury.
Courriel : ggiulia@hotmail.com

Pour référencer cet article

Giulia Giacchè
Les espaces verts de la ville d'Assise
publié dans Projets de paysage le 30/12/2008

URL : http://www.projetsdepaysage.fr/fr/les_espaces_verts_de_la_ville_d_assise

  1. Plan régulateur communal.
  2. « Les  acteurs territoriaux... peuvent obtenir beaucoup en orientant la gestion quotidienne, en partant de la vision mise en avant par la reconnaissance de l'Unesco qui, en attribuant la qualité de valeur universelle à un site, définit la "communauté" à laquelle est confiée la responsabilité de conserver, de défendre et de valoriser les caractéristiques essentielles. »
  3. Coordinateur du comité scientifique de l'Association des villes italiennes du patrimoine mondial de l'Unesco.
  4. Le PSR est l'outil régional fondamental pour la programmation des aides aux agriculteurs et pour financer les investissements en agriculture.
  5. « Dépendant de la nature du monument ou du site, de son contexte culturel et de son évolution au cours du temps, le jugement sur l'authenticité est lié à une variété de sources d'information. Ces dernières comprennent conception et forme, matériaux et substances, usage et fonction, traditions et techniques, situation et emplacement, esprit et impression, état original et devenir historique. Ces sources sont soit internes à l'œuvre, soit externes. L'utilisation de ces sources offre la possibilité de décrire le patrimoine culturel dans toutes ses dimensions spécifiques aux plans artistique, technique, historique et social. » (Annexe 4 à la Convention du patrimoine mondial.)
  6. « Résultat  d'une exigence à l'origine sociale, économique, administrative et/ou religieuse et qui a atteint sa forme actuelle par association et réponse à son environnement naturel. Ces paysages reflètent ce processus évolutif dans leur forme et leur composition.» (Unesco, 2008.)
  7. « Un paysage vivant est un paysage qui conserve un rôle social actif dans la société contemporaine, étroitement associé au mode de vie traditionnel et dans lequel le processus évolutif continue. En même temps, il montre des preuves manifestes de son évolution au cours des temps. » (Unesco, 2008.)