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Les démarches de projet d'architecture et de paysage comme recherche

Architecture and landscape project as research

01/01/2009

Résumé

À partir d'une expérience de lien entre recherche et projet, l'auteur énumère quelques phases importantes permettant de les articuler dans le temps. Cela permet de développer une démarche critique en ayant une vision distanciée des références, qui n'est pas de l'ordre de la fascination.
Based on an experience of link between research and project, the author enumerates several important phases enabling to articulating them in the history. This leads to the development of a critical process with a distanced vision of references, which is not subject to fascination.

Texte

Dans le cadre de ces deux journées de présentation de méthodes de recherche dans différentes disciplines, j'ai choisi d'axer ma présentation sur l'articulation entre recherche et pratique. En tant que praticienne et chercheur, j'ai souhaité développer la manière dont il me semblait que cette articulation était possible. Il s'agit d'une manière parmi d'autres.
La recherche en philosophie, telles que je l'ai vécue, est une recherche oscillant entre les deux pôles de la théorie et de la pratique. Cette recherche était liée à la pratique et le projet ne faisait pas à proprement parler partie de la thèse. Mais l'expérimentation formelle se déroulait en parallèle dans un lien très étroit.  Elle s'est déroulée en cinq temps identifiables :
  • La définition d'un sujet
  • Une période d'immersion
  • Une période d'action
  • Une période de «latence«
  • La phase de finalisation
On pourrait symboliser ces étapes par le schéma suivant : en ordonnée on aurait en positif les phases d'action et de « construction », en négatif les phases de recherche, d'analyse, de « déconstruction » ou de doutes sur le projet.

On sait qu'en réalité notre cerveau est plus complexe, et que les phases ne sont pas si nettement échelonnées dans le temps. De plus, notre cerveau a la capacité de réfléchir en parallèle, de manière plus ou moins consciente, à plusieurs points du sujet. Les recherches apparaissent parfois comme « hors sujet », mais peuvent aussi s'y rapporter d'une manière ou d'une autre.
 
En ce qui concerne le sujet d'étude, je ne vais pas développer de méthodologie complète de choix d'un sujet et de sa formulation, il existe des ouvrages de méthodologie dans ce domaine.
Qu'est-ce qui différencie un sujet de projet de paysage et un sujet ayant une dimension de recherche ? Outre l'envie de l'étudiant de travailler sur un site et un sujet particulier, il est nécessaire de faire une rapide observation du manque de connaissances sur le sujet, de manière à pouvoir en apporter de nouvelles sur un thème ou une pratique donnés. J'ajouterai qu'en plus d'une réponse à une attente de connaissances, il est judicieux de s'inscrire dans une logique professionnelle, dans le sens où la recherche est le moment de tisser des liens avec des chercheurs ou des professionnels du paysage (développement d'un réseau de connaissances sur le sujet).
En ce qui concerne la période d'immersion, c'est bien entendu le moment du développement d'une culture, de connaissances. Le sujet ayant une dimension de recherche nécessite de ne pas se laisser guider par un unique point de vue, que ce soit le sien ou celui d'un paysagiste de référence unique. La période de collecte de données doit être une expérience de la multiplicité des sources d'information. L'expérience de cette multiplicité a pour conséquence la prise de conscience que la référence principale, éventuellement un peu idéalisée, est à considérer dans la réalité d'une diversité des points de vue. La justesse d'une pratique ou d'un énoncé n'est pas à considérer pour autant comme une vérité. Et d'ailleurs, la « vérité » n'est pas un objectif dans les sciences humaines, a fortiori lorsqu'elles sont liées à une recherche sur la pratique. Une théorie est intéressante pour un sujet donné si elle crée une problématique et du sens.
Cette période de recherche ne dispense pas de redéfinir régulièrement la problématique, c'est-à-dire de la préciser tout en la maintenant « ouverte », de traiter d'un sujet précis tout en développant en arrière-plan une réflexion sur des thèmes généraux fondamentaux. La recherche apprend tout simplement à penser.
Et, comme cela a été le cas lors du choix du sujet, et comme cela est le cas pour les projets de paysage « classiques », il ne faut pas oublier l'approche subjective et créative du sujet et du (des) sites.
La période d'action est celle de l'élaboration du premier projet de paysage, et de ses phases successives. Le projet peut alors être qualifié de « projet basé sur la connaissance », il n'apparaît pas comme objet isolé, mais basé sur un « pourquoi » et un « comment ». Les événements du processus de conception et donc les éléments du projet sont « informés » par la connaissance.
La connaissance est intéressante si elle est créative. Cette phase voit la « fusion » de la théorie et de la conception dans une démarche expérimentale.
La recherche peut entraîner une relativisation ou une construction dans la conception du projet. La relativisation nécessite de savoir prendre la décision de revenir en arrière au cas où le projet ne soit pas à la hauteur des attentes ; de savoir pourquoi ; de redéfinir les objectifs à partir de l'évaluation du projet.
La construction ou la phase constructive est mieux connue, mais il s'agit, dans le cas d'un sujet ayant une dimension de recherche, de savoir valider des étapes et des acquis sans « figer » trop fortement les choses... ; savoir faire des choix et prendre la responsabilité de ces choix.
La période de « latence » est une période expérimentale de travail intellectuel et imaginaire, avant que l'étudiant ne fasse lentement un choix, et ne valide définitivement une idée.  Les maturations consciente et « inconsciente » sont essentielles. L'étudiant fait alors l'expérience parfois déstabilisante d'une complexité, pour se débarrasser de ses a priori, et avant de prendre toute position définitive.
La finalisation est le moment où la problématique finale est adoptée et validée. Le choix, réorienté et retravaillé avec l'enseignant, est réalisé essentiellement par l'étudiant, qui prend la responsabilité de sa position, et s'implique ainsi dans la sphère intellectuelle et dans la sphère du projet. Exemple de déroulement de la période de finalisation : 1. Esquisse d'introduction et de conclusion/esquisse « savante » de projet ; 2. Plan et rédaction de la recherche et des réflexions ; 3. Dessin finalisé/introduction et conclusion finales.
Suite à ce rapide descriptif d'une articulation possible entre recherche théorique à portée universitaire et pratique du projet, je tiens à souligner la compatibilité de la « scientificité » de la recherche avec la démarche artistique. D'ailleurs, comme le paysagiste dans ses côtés artiste, le scientifique est également « traversé par des problématiques ».
Il est vrai que l'articulation réussie est difficile à obtenir, mais il ne faut pas oublier qu'il est intéressant d'expérimenter ce type de méthode en visant un apprentissage à long terme. Même après la troisième année équivalente à un grade de master, et après les études, la maîtrise de ces outils est une plus-value indéniable du paysagiste professionnel.
Cela permet de développer une démarche critique, en éloignant autant que possible certaines idées communes, et en ayant une vision distanciée des images et modèles de référence. La démarche critique doit mener à une adhésion réfléchie qui n'est pas de l'ordre de la fascination.

Mots-clés

Recherche, démarche, conception, esquisse, projet
Research, process, design, drawing, project

Bibliographie

Auteur

Laurence Kimmel

Architecte sculpteur.
Enseignante-chercheur à l'École nationale supérieure du paysage de Versailles en architecture et projet de paysage
Courriel : l.kimmel@freesurf.fr
http://laurencekimmel.cabanova.fr/


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Laurence Kimmel
Les démarches de projet d'architecture et de paysage comme recherche
publié dans Projets de paysage le 01/01/2009

URL : http://www.projetsdepaysage.fr/fr/les_demarches_de_projet_d_architecture_et_de_paysage_comme_recherche_