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Le paysage et l'artifice en géographie

De la physionomie terrestre au paysage humain chez Max Sorre, 1913-1958

The Landscape and the Device in Geography

From the Terrestrial Physiognomy to the Human Landscape with Max Sorre, 1913-1958
02/07/2015

Résumé

Cet article propose un examen historique du rapport entre paysage et culture à travers les écrits du géographe Max Sorre (1880-1962). Se singularisant par un intérêt précoce pour la composante végétale des paysages, il est également connu pour sa promotion d'une méthodologie paysagère dans la discipline géographique. L'article examine différents usages de la notion de paysage chez ce géographe fondateur : appréhendé d'abord comme la physionomie d'un rapport entre une civilisation (matérielle) et un milieu « naturel », il s'énonce ensuite selon une conception plus anthropologique, laquelle dissout quelque peu la spécificité de la notion. Ce faisant, nous restituons certaines configurations savantes qui viennent éclairer ces évolutions. Si certaines propositions sont novatrices, notamment dans un contexte didactique, Max Sorre délaisse néanmoins une définition de la géographie comme science du paysage (au profit d'une écologie de l'homme). Il théorise peu cet objet et ne construit pas de véritables analyses paysagères dans une visée synthétique.
This article proposes an historical look at the relationship between the landscape and culture through the writings of the geographer Max Sorre (1880-1962). He distinguished himself because of his early interest in the plant components of landscapes, he is also known for promoting a methodology based on the landscape in the discipline of geography. The article examines the different uses of this founding geographer's notion of the landscape: perceived first of all as the physiognomy of a relationship between (material) civilisation and a «natural» milieu, it is then defined by a more anthropological approach, which to a certain degree dissolves the specificity of the notion. In so doing, we recreate certain scholarly configurations which shed light on these evolutions. Although some of the notions put forward are innovative, namely in a didactic context, Max Sorre abandons the definition of geography as a science of the landscape to the benefit of a human ecology. He does not develop a substantial theoretical foundation on this topic nor does he build truly landscape-based analyses in view of a synthetic approach.

Texte

Que la « géographie culturelle » ait érigé le paysage comme un de ses principaux horizons cognitifs1 devrait nous inciter à questionner le lien disciplinaire entre ce dernier et ce que nous appelons communément la culture. Si le paysage a été perçu comme un objet cardinal de la géographie classique2, celle-ci est parfois caractérisée de « naturaliste ». Partant, comment penser ce rapport entre paysage et culture dans l'histoire de la discipline ? Nous proposons de mener cette investigation à partir du cas de Maximilien Sorre (1880-1962)3 dont certains auteurs ont souligné son rôle éminent dans la prescription d'une méthodologie paysagère (Febvre, 1970, p. 74-75 ; Besse, 2000, p. 99). Si Max Sorre s'inscrit dans une évolution disciplinaire dans laquelle « la réflexion sur le «paysage» ou sur le «paysage géographique» n'a pris forme que tardivement » (Robic, 1996, p. 374), il écrit néanmoins quelques textes valorisant l'analyse paysagère entre 1913 et 1934. Pour autant, le concept de culture, dans son application à la géographie vidalienne, doit être fortement circonscrit. Il est évident que les géographes classiques n'avaient pas la même acception du mot que ceux d'aujourd'hui. Une appréhension restrictive et présentiste ne convient donc pas. À la fin de sa vie, Max Sorre emploie le syntagme « paysage humain » comme synonyme de « paysage culturel » usité dans les géographies allemande et américaine. L'équivalence sémantique ainsi établie et l'usage de la première expression témoignent que la culture renvoie à ce qui est de l'ordre de l'humain, du non « naturel », et dont le sens commun « rattache en effet spontanément l'homme ainsi que ses œuvres à l'univers des conventions, de l'artifice » (Charbonnier, 2011, p. 127). Surtout, le mot lui-même est peu usité dans son discours comme dans celui des sciences sociales françaises du début du XXe siècle, ces dernières lui préférant le vocable civilisation. C'est notamment le cas pour la géographie vidalienne (Bruneau, 2010). Si certains auteurs les perçoivent comme quasiment synonymes dans la langue française, Jean-François Bert notait pourtant des différences importantes entre les deux termes : « Le mot civilisation permet, en France, de définir l'ensemble des éléments d'activité et de progrès (matériels, intellectuels, sociaux) de l'humanité, tandis que celui de culture se réfère à son développement mental et moral. » (Bert, 2010, p. 74).
Pour certains, la géographie vidalienne appréhendait la culture comme « l'ensemble des outils et des techniques permettant à l'homme de modeler son milieu » (Grésillon, 2002, p. 27), mais cette définition exacte reste quelque peu réductrice. À travers la notion de « genre de vie », Paul Vidal de La Blache et Max Sorre privilégient effectivement le versant matériel de la culture, toutefois cette dernière doit se comprendre plus largement, dans une acception civilisationnelle. La culture s'apparente ainsi à un genre de vie, dans le sens d'une civilisation déterminée, d'un « mode de vie d'une société donnée, incluant ses techniques, [...] ses institutions juridiques et politiques » (Henriot, 1990). En 1913, Max Sorre comprend le genre de vie comme l'ensemble des usages matériels - notamment agricoles, industriels, etc. - mais aussi des pratiques juridiques, politiques, qui encadrent et orientent l'aménagement du milieu et individualisent un espace donné, le genre de vie andorran étant par exemple incompréhensible sans la prise en compte de l'autonomie politique du territoire (Sorre, 1913). Si l'approche paysagère n'est pas dominante dans sa production savante, il s'agit néanmoins de saisir comment celle-ci s'articule avec une réflexion sur la civilisation matérielle et sur la dimension créative de l'homme. Partant, on interrogera d'abord l'approche physionomique développée dans sa thèse (1913) afin d'appréhender les genres de vie, avant d'examiner la valorisation de la dimension sensible du paysage dans une perspective didactique. On questionnera enfin l'émergence d'une « évaluation du paysage de type anthropologique » (Tissier, 2014) contribuant à une certaine minoration de la nature. Au fil de ce texte, nous envisagerons également différentes configurations disciplinaires permettant de saisir la culture savante du géographe.

Interroger l'œuvre paysagiste des hommes

La vulgate faisant du paysage l'objet spécifique de la géographie classique a convoqué le mot de Max Sorre : « Nous dirions volontiers que toute la géographie est dans l'analyse du paysage [...] » (Sorre, 1913, p. 10), une posture forte revendiquée dès l'introduction de sa thèse Les Pyrénées méditerranéennes. Étude de géographie biologique. Or en 1922 dans La Terre et l'Évolution humaine, Lucien Febvre reprend cette définition et l'inscrit dans la lignée d'Alexander von Humboldt pour ériger l'étude du paysage comme un des procédés caractéristiques de la discipline géographique (Febvre, 1970, p. 74-75). Mais, à y regarder de près, l'assertion de Max Sorre apparaît comme un horizon cognitif ou un affichage programmatique, trouvant peu une véritable réalisation empirique. Arrêtons-nous un instant sur ce programme, qui, à rebours d'une conception déterministe ou naturaliste, institue le paysage comme une médiation pour accéder au rapport entre l'homme et le milieu naturel (Sorre, 1913, p. 5-6). L'approche écologique4 permet de déjouer le schème dualiste ou partitif : il s'agit de lire dans le paysage l'empreinte laissée par ce rapport entre une « civilisation matérielle » - ou un « genre de vie » - et son environnement. Pour notre propos, le programme de Max Sorre est particulièrement intéressant en ce qu'il refuse une appréhension naturaliste du paysage. Ce dernier se comprend en effet comme une combinaison dans laquelle les réalités naturelles s'articulent et se mélangent aux réalités humaines, ce qu'il formule en toutes lettres lorsqu'il écrit que : « Dans ces paysages complexes les traces de l'activité humaine sont inséparables des formes du monde végétal. » Ce faisant, il s'inscrit dans une compréhension traditionnelle du paysage, « produit des interactions, des combinaisons entre un ensemble de conditions et de contraintes naturelles (géologiques, morphologiques, botaniques, etc.) et un ensemble de réalités humaines, économiques, sociales et culturelles. » (Besse, 2000, p. 101) On retrouve effectivement cette appréhension dans son premier chapitre consacré au paysage : il est pensé comme un ensemble, une totalité, où interagit un « donné » naturel avec une activité humaine, le géographe imbriquant par exemple la vision « des marnes de toutes les couleurs », avec la senteur des parfums provoquée par « des distilleries de lavande et de romarin » (Sorre, 1913, p. 16). Ici, même le « paysage olfactif » est le produit d'un artifice. Cette articulation se révèle notamment dans une écriture alternant une terminologie géomorphologique ou botanique particulièrement présente et des notations sociales sur les villages, la misère, l'inhospitalité de la terre, les cultures, les usines de la Catalogne, les traces de l'activité minière, etc., Max Sorre consacrant également un développement au paysage urbain de Gérone. Si la description de la végétation domine, il indique, plus ou moins explicitement selon les endroits, que ce paysage végétal est pour partie une construction humaine, notamment lorsqu'il établit une corrélation entre l'importance de l'élevage, la vie pastorale et la destruction de la forêt (ibid., p. 40). Ce faisant, il montre que le paysage est humanisé et socialisé, l'aspect de sa composante végétale résultant de l'activité humaine, de déterminations sociales, économiques et culturelles. Dans une analyse particulièrement adéquate à Max Sorre, Jean-Marc Besse écrit que « le paysage possède avant tout une signification sociale et économique, et ce qu'il faut lire dans la campagne anglaise ou française, ce sont des rapports économiques et politiques qui se traduisent sous des formes visibles » (Besse, 2000, p. 105).
Si le géographe comprend le paysage comme une réalité synthétique, un glissement s'opère néanmoins dans la suite de l'ouvrage. Davantage que le paysage stricto sensu, Max Sorre s'attache à la « physionomie » de l'espace terrestre, la terminologie physionomique revenant à plusieurs reprises sous sa plume. Le paysage étant notamment « l'aspect du pays tel qu'il se présente à un observateur » (Tissier, 2003, p. 697), il s'agit précisément pour Max Sorre de restituer l'aspect d'une contrée. Partant, davantage qu'une description analytique de différents paysages, son attention se focalise sur les formes visibles et la matérialité de l'inscription humaine sur la Terre. Enregistrer la physionomie d'un territoire permet effectivement de spécifier la caractéristique d'un genre de vie, le savant cumulant à la fois la saisie de l'apparence d'une contrée avec des études plus analytiques sur les sociétés qui s'y trouvent. D'où en 1913, un objet finalement peu théorisé par l'enquête, laquelle se construit davantage comme « une étude sérielle d'éléments du visible » (Robic, 1996), enregistrant en cela une prévalence de la vue dans la hiérarchie sensorielle de l'activité géographique (Lefort, 2012).


Cliché de Max Sorre sur l'habitation de « type cerdan-capcirois » à Bolquère (Sorre, 1913, planche IX).

Mais si Max Sorre délaisse l'étude paysagère au profit d'une approche physionomique, ce glissement permet finalement l'intégration d'éléments culturels. Il s'agit en somme de saisir comment une culture matérielle - un « genre de vie » ou une « civilisation matérielle » selon les expressions de l'auteur - modèle son milieu, en décelant les traces visibles de ce rapport écologique, i. e. l'habitat, les cultures, les usages du sol, etc. L'activité géographique s'apparente alors à la recherche de tels signes et s'inscrit pleinement dans un paradigme « indiciaire » (Carlo Ginzburg). En 1913, l'analyse paysagère stricto sensu ne semblait pas totalement adéquate pour aboutir à cette restitution. Alors qu'il associe la géographie à l'analyse du paysage, il place cette analyse comme une propédeutique de l'enquête mésologique, comme une étape demandant à être confirmée (Sorre, 1913, p. 40). La saisie physionomique s'inscrit alors dans un raisonnement écologique faisant interagir les sociétés avec un environnement « donné », artificialisé par la technique et institué sous des formes sociales (Orain, 2003). Précisément la physionomie de l'espace terrestre est pensée comme le produit de telles combinaisons entre des artifices humains et un milieu naturel, les plantes et cultures observables étant liées au prix de la terre et de la rente, à l'alimentation, à l'état du réseau des transports, aux conditions du marché, etc. (Sorre, 1913, p. 258-26 et p. 287-288). En cela le géographe observe « l'effet et l'expression évolutive d'un système de causes elles-mêmes évolutives : une modification du couvert végétal, ou bien un changement dans les mécanismes de la production agricole, se traduisent dans les apparences visibles » (Besse, 2000, p. 101-102). C'est pourquoi, dans une attention quasi ethnologique, Max Sorre s'appesantit davantage sur les pratiques rurales et les usages sociaux qui transforment le paysage qu'à ce dernier en lui-même. On retrouve chez lui l'inclination de certains géographes comme Jules Sion et Albert Demangeon « pour les explications culturelles, ethnologiques ou sociologiques » (Orain, 2009, p. 41). De même, il y aurait une certaine communauté de vues avec le discours ultérieur d'un Pierre Deffontaines dans sa Revue de géographie humaine et d'ethnologie, ce dernier définissant la géographie humaine comme « l'étude de l'œuvre paysagique de l'homme sur le globe » (Deffontaines, 1948, p. 5). Max Sorre n'étant pas seulement un géographe de plein-vent, mais également un enseignant, ce dernier va également développer une réflexion sur les modalités de la restitution paysagère.

Restituer et enseigner la dimension sensible du paysage

Jean-Louis Tissier remarque que « la notion de paysage souligne la difficulté de distinguer en géographie méthode scientifique et démarche pédagogique » (Tissier, 1990). On retrouve cette ambivalence dans certains écrits de Max Sorre. Le lecteur ou l'auditeur d'une conférence n'étant pas in situ, la description de paysages vise également à évoquer l'ambiance d'une contrée ou d'un lieu dans lequel l'observateur ou le voyageur se trouve plongé. Il s'agit donc de restituer un certain nombre des conditions sensibles et matérielles qui prévalaient sur le terrain. En cela, le géographe s'inscrit dans une pratique vidalienne. En effet, Paul Vidal de La Blache pratiquait « une autopsie du monde, qu'il restitue, filtrée dans ses livres et dans son enseignement, puisque ses élèves rappellent à l'envi comment il excellait à évoquer la substance des lieux, par le rappel d'impressions sensibles » (Robic, 1996, p. 362). Pour Max Sorre, l'étude du paysage est un moyen d'appréhender une contrée dans sa concrétude et d'en fournir une première caractérisation par l'évocation d'un cortège d'impressions ressenties lors de l'excursion ou du voyage. On trouve déjà cette attention dans le premier chapitre des Pyrénées méditerranéennes, celui-ci accordant une grande place aux impressions ressenties par l'observateur. Le géographe est ainsi pleinement intégré à la description qui se fait par endroit récit, Max Sorre notant à plusieurs reprises les signes d'une immersion sensible dans le paysage par des formulations telles que : « Dans ce paysage chaotique, l'œil ne trouve rien qui repose », « il arrivait rarement que l'impression fût [sic] aussi pure et aussi pleine qu'elle l'est ici », etc. (Sorre, 1913, p 16 et p. 23). Dans les années 1920, il poursuit dans cette tentative de restitution sensible des paysages, déclarant ainsi : « Un second élément est un certain type d'architecture du paysage que je vais essayer de vous rendre sensible par quelques descriptions. » (Sorre, 1928, p. 200). Il cherche notamment à évoquer l'ambiance et « la substance des lieux » parcourus par une série de procédés scripturaux, à savoir un travail d'écriture sur la couleur des paysages végétaux où les métaphores sont légion, de nombreuses références littéraires - Goethe, Châteaubriand, et Dante sont convoqués - et des formulations appelant à l'imagination des auditeurs ou des lecteurs (Sorre, 1924 et 1928). Si le maître mot de cet exercice de paysage est l'évocation, cette saisie du sensible inscrit également une forte continuité entre l'observateur et son objet. Cette voie traduit plusieurs postures disciplinaires bien identifiées par Olivier Orain. La valorisation du concret et du sensible dans l'étude paysagère permet d'impatroniser « un idéal de plain-pied de la science géographique dans le réel » (Orain, 2009, p. 38). Une telle position s'explique en dernière instance par la recherche du réalisme et de la transparence, « afin de ne pas voiler l'objet [que le texte] est censé restituer », i. e. le paysage (ibid., p. 47). Cette posture fait d'ailleurs l'objet d'une explicitation particulièrement appuyée dans un texte plus tardif - au titre évocateur de « Géographie et expression artistique » - où l'analyse du paysage est associée à celle de la réalité sensible, le géographe postulant alors un surcroît de sensibilité paysagère avec l'accroissement de son intelligibilité (Sorre, 1954, p. 1-2).
Enfin, cette association du paysage et du sensible est également prônée dans l'enseignement. On doit à Jean-Pierre Chevalier d'avoir souligné le rôle de Max Sorre dans l'introduction de l'analyse paysagère dans la géographie scolaire, l'inscrivant comme novateur en ce domaine avec René Ozouf, au regard d'une « pratique encore peu usitée dans les dernières décennies du XIXe siècle » (Chevalier, 2003, p. 250). Cette promotion de l'analyse paysagère comme méthode didactique devient possible avec la mise en place des « activités dirigées » à partir de 19375. Max Sorre, comme directeur de l'enseignement du premier degré, participe à la rédaction de la circulaire du 10 août 1937 dans laquelle « le ministre Jean Zay y souligne la place centrale de l'analyse du paysage, mettant l'accent plus sur l'acquisition de compétences dans le domaine de l'observation que de connaissances purement géographiques » (ibid., p. 256). Comme en témoigne cette circulaire, l'objectif de cette réforme visant à rendre plus vivant l'enseignement, notamment celui de la géographie à l'école primaire (Sorre, 1938, p. 3), passait par l'étude du paysage. Celui-ci était perçu comme un moyen de retrouver le contact avec une réalité vivante. Ainsi, Max Sorre développe particulièrement cette relation du sensible avec le paysage dans un texte antérieur sur l'enseignement de la géographie. Il valorise une appréhension paysagère globale médiatisée par les sentiments et les émotions, où les différents sens - « des formes et des couleurs, des sons et des parfums » (Sorre, 1933, p. 318) - joueraient un rôle. Partant, il rejette une approche distanciée et systématique, conduisant à une stricte fragmentation de l'objet par une série d'analyses spécifiques, et réévalue une expérience élargie du paysage qui ne serait pas seulement visuelle. En d'autres termes, son observation ne doit pas se faire au détriment de sa tonalité esthétique et sensible, olfactive et sonore. Si « ces propos de M. Sorre sur l'approche paysagère sonnent aujourd'hui de façon très moderne » (Chevalier, 2003, p. 250), il faut néanmoins noter que le géographe s'inscrit dans une « stratégie épistémologique du mixte » (Robic, 1991), où il s'agit à la fois de jouer sur le sens commun du paysage - en développant une approche sensible comme tout observateur, voyageur ou touriste - tout en opérant une forte distanciation avec cette expérience profane. Ainsi, il cherche à cumuler les bénéfices de l'appréhension commune et de la distinction apportée par le savoir, le géographe possédant une aptitude accrue pour saisir la signification d'un paysage. Par ce dernier, il cherche également à défendre la vision d'une science totalement en prise avec le réel et le concret. Pour y parvenir il est nécessaire de faire appel à certains outils, le croquis et la photographie notamment.

Une culture savante du paysage entre botanique, géographie et photographie

La perception du paysage supposant une culture (Roger, 1997, p. 27), on tentera maintenant de questionner celle de Max Sorre. Précisément, le choix du paysage comme objet de la démarche géographique relève d'une adhésion à « des valeurs et codes idéologiques » (Lefort, 2012, p. 481). Sans pouvoir approfondir ici ceux-ci, on tentera de signaler quelques processus de conformation à certaines manières disciplinaires de faire et de penser. Au début du XXe siècle, son inscription savante se constitue par de multiples adhésions et sociabilités à l'interface de différentes scènes scientifiques. Tout en s'inscrivant dans la discipline géographique avec sa thèse sur les Pyrénées méditerranéennes, Max Sorre s'insère aussi dans le réseau des botanistes montpelliérains. À sa formation d'historien-géographe, il combine une culture naturaliste, à la manière de géographes comme Jean Brunhes (ayant suivi un enseignement d'agronomie) ou d'Emmanuel de Martonne (devenu docteur ès sciences après sa thèse de lettres). Comment se construit alors cette acculturation naturaliste ? Max Sorre suit d'abord les cours du phytogéographe Charles Flahault6 à l'université de Montpellier comme l'indiquent ses cahiers de notes7. Il s'adonne également à l'observation des fleurs dont il réalise de nombreux dessins, faisant notamment le croquis de rosiflores, de solanacées, de violacées, etc.8  Plus largement sa correspondance témoigne de relations personnelles avec Charles Flahault qu'il fréquente à l'Institut de botanique et avec lequel il réalise des excursions sur le terrain9. L'acquisition d'une telle compétence naturaliste rend compréhensible son attention pour les paysages végétaux dans les différents étages bioclimatiques des Pyrénées.


Croquis de Max Sorre dans les Pyrénées, 21 août 1919. Fonds privé de la famille Sorre.


Croquis de Max Sorre du col d'Aspin (Pyrénées), 8 août 1919. Fonds privé de la famille Sorre.

Néanmoins, le géographe continue à s'inscrire dans une culture disciplinaire en déployant les opérations cognitives classiques de celle-ci, l'usage de carnets de terrain et d'appareils photographiques notamment (Tissier, 2014). Ainsi, il commente les paysages observés lors de ses excursions. Celle à l'est de Montpellier, dans la région de Lunel et d'Aigues Mortes du 19 au 27 novembre 1905, donne l'occasion de notes sur la physionomie des villages et des habitations rencontrés. À Lunel, il observe : « Un noyau central entouré par les boulevards. Assez composite avec rues voûtées, tortueuses - maisons sur le pourtour. Quelques maisons plus larges - paraissent 1895. » De même à Aimargues : « Tout à fait en plaine - de l'espace - les maisons moins serrées. Le type habituel, la maison à 1 étage avec grand portail. Ce grand portail sert à renfermer tout le matériel agricole. Remarquer qu'on voit peu d'appareils vinaires. Les caves sont dans des appentis par-derrière ou plutôt dans les champs. » Enfin, les remarques générales de l'excursion indiquent : « 1° Les caves dans les vignes. 2° Importance du roulage sur les routes dans la région. 3° Enfin le nombre des oliviers augmente à mesure qu'on approche de la coursière. 4° Matériel de construction uniforme : moellons. Informations générales à prendre. Rechercher ici les rapports de la grande et de la petite propriété. Pouvant expliquer des différences assez notables avec d'autres parties de la plaine10. » Ces notations témoignent d'une attention particulière pour la culture matérielle des contrées traversées : les formes d'une inscription humaine - habitat, outils, cultures, etc. - sont enregistrées pour individualiser un territoire par rapport à un autre et pour caractériser un rapport à l'environnement. Max Sorre réalise également de nombreux croquis de paysages lors de ses excursions où il y représente le type de végétation - les essences d'arbres notamment -, note la localisation de certains pâturages, dessine les formes du relief, les maisons et les villages.


Carnet de Max Sorre : « Vue du bord de la plaine du Vidourle », 27 novembre 1905. Fonds privé de la famille Sorre.


Carnet de Max Sorre, Aimargues, 27 novembre 1905. Fonds privé de la famille Sorre.

Enfin, cette culture géographique se manifeste sur le terrain par une pratique photographique visant à restituer les paysages des contrées étudiées. Comme certains de ses contemporains, Max Sorre est un « géo-photo-graphe » (Marie-Claire Robic) utilisant et valorisant ce média. S'il insère dans sa thèse certains clichés provenant de l'Institut de botanique de Montpellier, plusieurs sont le résultat d'une pratique personnelle. En cela il « se conforme au prestige acquis par cette technique dans le monde scientifique de la fin du XIXe siècle, qui voit dans la représentation photographique le mode par excellence d'enregistrement objectif du réel » (Robic, 1996, p. 371). Cependant, et contrairement à Jean Brunhes par exemple, la photographie chez Max Sorre est surtout illustrative - en témoigne son insertion par planche et de manière séparée - et sert peu la démonstration du propos. Les clichés choisis traduisent une approche physionomique en focalisant le regard sur certains aspects d'un genre de vie - tels les traits des habitations, les caractéristiques agricoles, etc. - et concourent à caractériser une culture matérielle.


Cliché de Max Sorre : « Disposition des habitations dans la plaine d'Andorra-la-Vieja » (Sorre, 1913, planche X).

Pourtant, vingt ans plus tard l'usage de la photographie préconisé par le savant est résolument novateur. Il inscrit cette dernière, ainsi que le dessin, non comme une illustration, mais comme un point de départ à l'enseignement de la géographie. La photographie est pensée comme un substitut de la réalité et de la « découverte du paysage » (Chevalier, 2003, p. 251), elle est un adjuvant à la sortie scolaire en plein air pour observer les paysages locaux (Sorre, 1933, p. 27-29). Il propose notamment une méthodologie pour analyser ces images en superposant un calque à la photographie et en schématisant les lignes de celle-ci. Si elle permet donc de remédier au manque d'excursions scolaires, il s'agit surtout de construire une pédagogie intuitive en partant des paysages et de bâtir un enseignement vivant et concret que Max Sorre appelle de ses vœux. En cela, cette géographie intuitive n'a rien de spontanée puisque l'appréhension du paysage demande effectivement le développement d'une formalisation avec des procédures et des outils codifiés.

Le paysage comme artifice humain

Max Sorre développe une conception plus anthropocentrique de la notion à partir des années 1940, en témoigne notamment son usage du syntagme « paysage humain » qui émerge et se généralise dans l'après-guerre. Celui-ci n'est pas une invention terminologique de son fait, l'expression étant forgée dès 1923 par Fernand Maurette (Maurette, 1923 ; Hallair, 2010, p. 207-210). Il est intéressant de noter que Max Sorre considère celle-ci comme l'équivalent du « paysage culturel » usité par les géographes allemands (« Kulturlandschaft ») ou américains (« cultural landscape »), spécialement Carl Sauer (Sorre, 1957, p. 30 et p. 155 ; 1958, p. 6)11. Plusieurs éléments caractérisent cette nouvelle configuration discursive. L'énonciation du paysage comme produit d'une réalité ou action humaine connaît une plus grande explicitation. Ainsi, Max Sorre attribue aux groupes humains la « faculté créatrice du paysage géographique » (Sorre, 1948, p. 27). Un an plus tard, dans le compte rendu de l'ouvrage du géographe italien Renato Biasutti Il paesaggio terrestre (1947), il affirme notamment que « La densité de population, le type d'activité économique, les formes de culture sont les éléments créateurs du paysage humain. » (Sorre, 1949, p. 148). Le paysage est pensé comme la surface d'inscription des activités humaines, dans laquelle on peut lire les différentes mutations socioéconomiques, révolutions des transports, transformations des genres de vie, etc. Si la reconnaissance de cette anthropisation du paysage était déjà actée et étudiée dès 1913, on remarque toutefois un certain effacement de la dimension naturelle du paysage, ce dernier étant alors explicitement décrit comme un artifice humain (Sorre, 1957, p. 133-134). L'orientation anthropocentrique de ses réflexions paysagères s'explique par différents contextes savants. Max Sorre réagit d'abord à la diffusion de différentes approches paysagères dans la discipline. On sait que le congrès international de géographie d'Amsterdam en 1938 consacrait une session au paysage, dont il connaît les attendus (Sorre, 1957, p. 32 ; 1958, p. 6). Si le congrès établissait déjà une correspondance entre le syntagme « paysage humain » et le vocable « Kulturlandschaft », les géographes allemands et français ne s'entendent pas sur une approche paysagère commune, les débats achoppant notamment sur l'articulation des notions de région et de paysage (Hallair, 2010, p. 259-267). À travers la notion de « paysage humain », Max Sorre tente de réaliser cette articulation en montrant que le paysage est toujours l'expression d'une organisation de l'espace et d'une certaine civilisation (Sorre, 1958). On notera également l'insertion du géographe dans un réseau de sociologues. Dès 1946, il fait partie des professeurs donnant des conférences au Centre d'études sociologiques nouvellement fondé, duquel il devient directeur de 1951 à 1956. Cette inscription a pu contribuer à l'inflexion anthropologique de son programme de recherche. Ainsi, il en appelle à une collaboration avec l'ethnologie pour expliquer les éléments humains des paysages, particulièrement les différentes traces laissées par les hommes au cours de l'histoire (Sorre, 1948, p. 27). De même, la sociologie est convoquée. Érigé comme apparence ou surface d'impression de l'activité humaine, le paysage ne pourrait être expliqué sans l'analyse du groupe humain. En termes durkheimiens la « physiologie sociale » est ici première par rapport au « substrat social », un postulat conduisant à une étrange démission du géographe relégué dans une stricte description du paysage, quand le sociologue en fournirait la clé d'explication (Sorre, 1957, p. 47). Mais cette appréhension anthropocentrique doit également se comprendre dans une configuration intellectuelle qui promeut une autonomisation croissante de l'homme envers son environnement. Dans ce cadre, se réalise un mouvement d'aggiornamento de certaines notions vidaliennes comme le genre de vie ou le milieu. Dans la discipline géographique « l'environnementalisme (ou déterminisme du milieu) a pu s'inverser en un quasi-indéterminisme [...] postulant la liberté des sociétés humaines par rapport à leur cadre de vie » (Robic, 1990). À l'aune d'une telle configuration savante caractérisée par l'essor du marxisme et par une fascination techniciste, le géographe entreprend une révision et une actualisation de ce bagage notionnel dans un sens plus anthropocentrique (Simon, 2015). Le paysage est alors « humain », façonné par la technique et les mutations socioéconomiques. D'où une certaine indétermination sur le sens du mot. Si pour Max Sorre l'expression de « paysage humain » est équivalente à celle de « paysage culturel », il ne pense pas cet écart terminologique. Il use également de différents syntagmes dont l'acception paraît mal définie, tels que « paysage social » employé en fait métaphoriquement comme synonyme de « société » (Sorre, 1957, p. 74). Surtout, cette notion de paysage humain, en englobant un spectre particulièrement large de réalités, perd parfois sa signification et sa spécificité. Dans cette volonté de produire une notion restituant l'exhaustivité humaine, il y a une certaine incapacité à user du terme de manière circonscrite, ce qui produit indéniablement un évidement de la notion. Différents signes témoignent d'une telle dissolution sémantique, l'homme lui-même, avec ses caractéristiques physionomiques - stature, couleur de peau, morphologie corporelle - devenant un élément du paysage (Sorre, 1948, p. 22). De même, quand il livre une définition du « paysage urbain », celui-ci se dissout finalement dans toutes les caractéristiques morphologiques et fonctionnelles d'une ville (Sorre, 1952, p. 258-261). Ce délitement conceptuel est également perceptible dans son texte consacré à la « Connaissance du paysage humain ». La notion apparaît comme un moyen commode pour discourir sur une série de réalités humaines observables à la surface de la terre (Sorre, 1958) et poursuit ce projet holiste caractéristique de la géographie classique. Cette opération s'inscrit dans une activité savante quelque peu différente. Comme on l'a vu, le discours sur la physionomie terrestre, dans les premières décennies du XXe siècle, se formulait à partir d'une pratique de plein-vent, où les carnets de notes et de croquis restituaient les observations empiriques. Si ces pratiques étaient évidemment mixtes - « le terrain ne pourvoyant évidemment pas à la totalité des besoins de l'enquête » (Lefort, 2012, p. 471) -, à partir des années 1930 et 1940, c'est davantage la figure d'un géographe de cabinet qui émerge, Max Sorre cherchant à appréhender la réalité de manière encyclopédique et livresque. Le paysage (humain) apparaît alors comme un mot-valise facilitant la tenue d'un discours sur l'espace géographique. À l'inverse, un géographe comme André Cholley se défiera à la même époque d'une notion pensée comme trompeuse, faisant la part belle au visible et ne permettant pas d'expliquer scientifiquement l'organisation de l'espace (Cholley, 1951).

Si en 1913, Max Sorre développait une approche physionomique à défaut de réelles études paysagères, celle-ci permettait de rechercher les traces du rapport écologique entre une civilisation matérielle et un milieu « naturel ». Ce faisant, on retrouve l'approche culturaliste portée par la géographie humaine, insistant moins sur les représentations que sur les usages culturels produisant un paysage (Besse, 2010, p. 262). En définitive, Max Sorre approfondit finalement peu ce lien entre paysage et écologie, lequel aurait pu constituer une voie novatrice. Sa focalisation sur le milieu dans le cadre d'un programme d'écologie humaine faisait, semble-t-il, écran à une élaboration réflexive plus aboutie en la matière. Ses observations sur le « paysage humain » restent ainsi essentiellement spéculatives, témoignage d'une tentative pour réviser certaines notions disciplinaires, mais également signe d'une activité savante s'attachant progressivement au devisement du monde.

Je remercie Marie-Claire Robic pour sa lecture et ses commentaires ainsi que la petite-fille de Max Sorre, Mme Charritat, qui m'a permis de consulter les documents appartenant à son grand-père.

Mots-clés

Max Sorre, histoire de la géographie, paysage, civilisation, enseignement
Max Sorre, history of geography, landscape, civilisation, teaching

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Auteur

Dylan Simon

Doctorant en géographie à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, il est membre de l'équipe Épistémologie et histoire de la géographe (EHGO), UMR 8504 Géographie-cités.
Courriel : simon.dylan@gmail.com

Pour référencer cet article

Dylan Simon
Le paysage et l'artifice en géographie
publié dans Projets de paysage le 02/07/2015

URL : http://www.projetsdepaysage.fr/fr/le_paysage_et_l_artifice_en_geographie

  1. Il est impossible de dresser dans le cadre de cet article un bilan de l'approche paysagère en matière de « géographie culturelle ». Nous signalerons simplement (et arbitrairement) les travaux majeurs d'Augustin Berque (1984, 1986, 1995) ou de Denis Cosgrove (1984). Pour un panorama des études contemporaines sur le paysage voyez notamment John Wylie (2007), Jean-Marc Besse (2009) et Serge Briffaud (2014).
  2. Par géographie classique ou vidalienne on entendra ici la période allant de la publication des premières thèses des élèves de Paul Vidal de La Blache à partir de 1905 aux années 1970, décennie de crise disciplinaire.
  3. Max Sorre soutient une thèse Les Pyrénées méditerranéennes. Étude de géographie biologique qui est publiée en 1913 chez Armand Colin. Il enseigne dans différentes universités (Grenoble, Bordeaux, Strasbourg, Lille) entre 1917 et 1931, date à laquelle il devient recteur, puis directeur de l'enseignement du premier degré à partir de 1937. Après sa révocation par Vichy en 1940, il obtient une chaire de géographie à la Sorbonne en 1945. Il termine sa carrière comme directeur du Centre d'études sociologiques de 1951 à 1956.
  4. Précisons que l'écologie s'entend ici comme une écologie scientifique visant à comprendre les relations de l'homme à son milieu. Max Sorre développa ainsi un programme spécifique d'écologie humaine qui le singularise en géographie.
  5. Il s'agit d'inscrire « trois heures consacrées aux «activités dirigées» dans les horaires de l'école primaire élémentaire » afin de « retrouver le contact avec la réalité vivante, puisque pendant les trois heures de libre pédagogie mises à la disposition du maître, on amassera une partie des matériaux sur lesquels s'exercera l'activité proprement scolaire. » (Sorre, 1939, p. 3 et Sorre, 1938, p. 4).
  6. Sur l'importance de Charles Flahault dans l'histoire de l'écologie végétale, voir Acot, 1988.
  7. Archives privées (AP), cahiers de notes, cours de Charles Flahault sur la « Morphologie générale des organes de végétation », 1903-1904.
  8. AP, série de planches de dessins de fleurs et de graines, 1905.
  9. AP, lettre de Charles Flahault à Max Sorre, 11 juin 1913, Hort de Dieu (mont Aigoual) : « Mon cher ami, Merci de votre bonne lettre ; je désire bien courser avec vous ; je serai, je pense, à Montpellier toute la journée de samedi et à l'Institut de botanique - autant que possible. Si vos occupations vous permettaient de venir m'y serrer la main, je vous en serais bien reconnaissant. Ma femme envoie son meilleur souvenir à Madame Sorre. - à vous de tout cœur.»
  10. AP, groupe de feuilles sur la « Plaine de Lunel, Aigues Mortes », 19 novembre 1905/27 novembre 1905.
  11. Pour un contrepoint intéressant sur la notion de cultural landscape chez Carl Sauer, voir le chapitre que lui consacre John Wylie (2007).