Le jardin japonais en Europe

Un héritage lointain d'Akisato Ritō ?

The Japanese Garden in Europe

A distant heritage of Akisato Ritō ?
11/07/2012

Résumé

Amorcé dès la deuxième moitié du XIXe siècle, l'enthousiasme pour les arts japonais, et en particulier l'art des jardins, a connu ces dernières décennies un renouveau qui a donné lieu à diverses représentations du jardin japonais en Occident. Mais ce « jardin japonais » dont il est si souvent question, d'où provient-il et quels sont ses antécédents ? En se penchant sur l'œuvre d'Akisato Ritō, prolifique auteur de guides de voyages et de manuels de jardin de l'époque d'Edo, cet article cherche à mettre en évidence l'influence considérable qu'eut ce poète-jardinier sur l'art des jardins de son temps et, par corollaire, sur les typologies de jardins diffusées en Europe à l'occasion des premières Expositions universelles. Ces typologies de jardin, il semblerait qu'elles aient laissé de profondes traces dans la représentation du jardin japonais en Occident, et ce, jusqu'à nos jours.
The enthusiasm for Japanese Gardens. which arose in Europe towards the second half of the 19th century in the wake of the « Japonism » movement, has in recent years encountered a vivid renaissance which has given rise to various representations of the Japanese Garden in the West. But this « Japanese Garden » so often in question, where does it stem from and what are its precedents ? By examining the works of Akisato Ritō, a prolific writer, gardener and poet of the Edo period, this paper will try and show the considerable influence he exerted on the garden art of his time, and, by extension, on the garden typologies introduced to Europe in the 19th century. It appears as though these typologies may well have left a very profound imprint on the aesthetic representation of the Japanese Garden in the Western World.

Texte

Amorcé dès l'ouverture du Japon aux relations internationales dans les années 1860, l'enthousiasme pour les arts japonais, et en particulier l'art des jardins, a connu ces dernières décennies un renouveau qui a donné lieu à diverses représentations du jardin japonais en Occident. Mais ce « jardin japonais » dont il est si souvent question aujourd'hui, d'où provient-il et quels sont ses antécédents ?

Émergence du jardin japonais en Europe

Resté pendant de nombreux siècles à l'abri des regards occidentaux, le jardin japonais commence à faire son apparition dans la conscience et dans la représentation occidentales vers la fin du XIXe siècle, dans le courant de la vague de japonisme qui s'empare de la France et de l'Europe à cette époque. Pratiquement inconnu jusque-là, il se découvre au grand public européen à l'occasion des grandes Expositions universelles de la fin du XIXe siècle.
En 1873, à l'Exposition de Vienne, les visiteurs émerveillés découvrent un jardin d'un exotisme étrange, composition de collines et de cours d'eau artificiels parsemée de rochers, de petits ponts et de lanternes de pierre. La reproduction d'un sanctuaire Shintō constitue le point focal de l'ensemble.

Figure 1. Jardin japonais de l'Exposition universelle de Vienne, 1873.
Photo : Oscar Kramer, 1873.   
Technisches Museum, Vienne, archives iconographiques.


Figure 2. Jardin japonais de l'Exposition universelle de Vienne, 1873.
Lithographie, extraite de la revue
L'Exposition de Vienne illustrée, 1873. Au fond, on aperçoit la reproduction d'un sanctuaire Shintō.

En 1889, l'agronome Emmanuel Dybowski note, à propos du jardin japonais de l'Exposition universelle de Paris : « Dans ce beau parc du Trocadéro, couvert d'épais ombrages, une visite au jardin japonais donne au plus haut point l'illusion d'un voyage aux pays lointains. [...] L'aspect particulier nous frappe d'abord ; nous gravissons les quelques marches faites, irrégulières, de troncs d'arbres sciés en rondelles posées à plat sur le sol et nous pénétrons par une élégante porte en bambous dans un jardin limité par une haie en bambous également qui sont reliés, tressés en cordons noirs, par des fibres du palmier-chanvre, formant des houppes et des glands symétriquement disposés [...]1. »
En 1910, lors de la Japan-British Exhibition qui se tient à Londres, exposition dont l'ambition affichée est de montrer au reste du monde le nouveau visage d'un Japon moderne et industrialisé, on assiste à la création de deux jardins japonais d'une surface totale de plus de 20 000 m2. Collines artificielles, cours d'eau, pavillons, rochers, ponts et lanternes de pierre sont les éléments principaux de cet ensemble aux dimensions impressionnantes. Dans le Daily Mail du 8 mars 1910, on peut lire : « The Garden of Gardens. A Marvel of Compressed Beauty. A Japanese garden on a scale of compressed beauty new to Europe is now half-way to completion in the grounds of this year's Japan-British Exhibition at Shepherd's Bush2. » Il est intéressant de noter que cette exposition, événement d'une importance majeure pour un Japon désireux de se positionner comme nation à part entière sur la scène internationale, met les jardins au centre de sa mise en scène. C'est dire la place tenue par l'art des jardins dans la représentation de la nation japonaise aux yeux du gouvernement.
Parmi les créateurs des deux jardins présentés (le « jardin de l'Île flottante » et le « jardin de la Paix »), un certain Honda Kinkichirō 本多錦吉郎 (1850-1821)3, artiste peintre formé à la peinture occidentale (yōga 洋画), et auteur d'un livre de jardins, le Zukai teizohō 図解庭造法 (publié en 1890), dont nous aurons l'occasion de reparler plus tard...



Figures 3, 4 et 5. Jardin japonais de l'Exposition Grande-Bretagne - Japon, 1910.
Cartes postales de l'époque (collection de l'auteure).


Ces expositions, qui attirèrent des millions de visiteurs, laissèrent une forte empreinte dans l'imagination des foules et contribuèrent de manière déterminante à la formation d'une représentation du jardin japonais en Europe. Les nombreux ouvrages sur le Japon publiés à cette époque - guides touristiques, recueils de photos, récits de voyage, reproductions d'estampes... - vinrent compléter le tableau, cette mouvance étant à l'origine d'un engouement sans précédent pour le Japon et ses jardins.
Au sein des classes les plus fortunées, c'est une véritable mode du jardin japonais qui s'amorce dans les dernières années du XIXe siècle, et l'on assiste, durant les premières décennies du XXe siècle, à la création de grands jardins japonisants4, avant tout en Grande-Bretagne où l'Exposition de 1910 avait fortement marqué les esprits. Le jardin japonais, incarnant un inconnu lointain et merveilleux, semble répondre aux désirs d'exotisme et de dépaysement de la haute société mais, d'une manière plus générale, il émerge comme lieu de projection d'un imaginaire exotique pour toutes les couches sociales.

Mais ce « jardin japonais » que l'Occident découvrit en cette fin de XIXe siècle, ce jardin présenté aux grandes expositions, représenté dans les images, les estampes et les récits, de quel « jardin japonais » s'agissait-il en réalité ?

Jardins du Japon au XIXe siècle

L'époque d'Edo (1600-1868), époque d'isolement envers l'étranger et ère de grande stabilité politique et sociale, voit un essor formidable des villes5 et l'avènement d'une bourgeoisie urbaine qui gravite autour des grands seigneurs, les daimyō 大名. La classe aristocratique guerrière, oisive en ces temps de paix, a le temps de s'adonner aux arts et à la culture, et les palais des seigneurs s'entourent de généreux jardins - espaces de représentation par excellence - affichant le goût, le statut et la culture de leurs propriétaires.
La classe marchande, profitant du développement économique des villes, accroît rapidement ses richesses et, à l'image de la haute société, ambitionne de créer ses propres repères culturels : au sein des villes, on assiste à un véritable foisonnement culturel, avec l'émergence d'arts populaires tels l'ukiyo-e, le kabuki, le bunraku ou encore la littérature populaire. L'art des jardins, héritier d'une tradition plus que millénaire, n'échappe pas à cette dynamique et subit, tout au long de l'époque d'Edo, de profondes transformations aussi bien dans sa forme, que dans son esprit et dans ses modes de transmission. D'art au caractère plutôt secret, hermétique, transmis essentiellement par tradition orale au sein de certains cercles fermés des élites et du clergé, il commence progressivement à se transformer et à s'ouvrir à de nouvelles strates de la société, à devenir un savoir accessible, visible et surtout lisible. Témoins en sont les nombreux ouvrages richement illustrés qui voient le jour dans le courant de l'époque d'Edo et rencontrent un succès éditorial foudroyant. Avec les progrès considérables de l'imprimerie xylographique, la reproduction en masse d'un ouvrage est devenue à cette époque un processus parfaitement maîtrisé, ce qui permet la production de très grands tirages à bas coûts. Les librairies et les libraires-prêteurs se multiplient, ouvrant la voie à une popularisation sans précédent du livre et des pamphlets en tout genre.

Le rôle des meisho zue 名所図絵 dans la popularisation de l'art des jardins

Durant la deuxième moitié du XVIIIe siècle, un type d'ouvrage en particulier va susciter l'enthousiasme du grand public : les meisho zue 名所図絵, les « récits illustrés sur les sites renommés ». Sortes de « guides touristiques » avant la lettre, ces ouvrages richement illustrés décrivent les sites célèbres de grandes villes telle Kyōto, mais aussi de villes de province ou d'itinéraires pittoresques, par exemple le long de la Tōkaidō. Le premier de ces récits illustrés6, publié en 1780 par Akisato Ritō 秋里籬嶋, est dédié aux sites célèbres de Kyōto et de ses environs et donne un large aperçu de ses temples, de ses sanctuaires, des lieux de pèlerinage, des quartiers populaires... mais aussi de ses jardins. S'avérant un véritable best-seller, ce livre encouragera son auteur et son congénial illustrateur Takehara Shunchōsai 竹原春朝斎 à emboîter le pas au succès, et à enchaîner avec une série impressionnante de recueils de sites célèbres.

Dans cette considérable chronologie éditoriale, mentionnons ci-après les étapes les plus importantes :

1780 : Récit illustré sur les sites renommés de la capitale (Miyako meisho zue 都名所図会)
1787 : Supplément au Récit illustré sur les sites renommés de la capitale (Shūi miyako meisho zue 拾遺都名所図会)
1791 : Récit illustré sur les sites renommés du Yamato (Yamato meisho zue 大和名所図会)
1794 : Récit illustré sur les sites renommés de Sumiyoshi (Sumiyoshi meisho zue 住吉名所図会)
1796 : Récit illustré sur les sites renommés d'Izumi (Izumi meisho zue 和泉名所図会)
1797 : Récit illustré sur les sites renommés de la Tōkaidō (Tōkaidō meisho zue 東海道名所図会)
1798 : Récit illustré sur les sites renommés de Settsu (Settsu meisho zue 攝津名所図会)
1799 : Récit illustré sur les jardins renommés de la capitale (Miyako rinsen meishō zue 都林泉名所図会)
1801 : Récit illustré sur les sites renommés de Kawachi (Kawachi meisho zue 河内名所図会)
1805 : Récit illustré sur les sites renommés de Kisoji (Kisoji meisho zue 木曾路名所図会)
1814 : Récit illustré sur les sites renommés de Ōmi (Ōmi meisho zue 近江名所図会)
1827 : Transmission sur les assemblages de pierres, les jardins et les huit épaisseurs de haies (Ishigumi sono.u yaegakiden 石組園生八重垣伝)
1828 : Transmission sur les styles de jardins en montagnes artificielles - 2e partie (Tsukiyama teizōden kōhen 築山庭造傳 後編)

Dès les premiers volumes, les jardins tiennent au sein de ces ouvrages une place de premier ordre, mais ce qui est intéressant dans la chronologie de ces publications, c'est que cette place semble devenir de plus en plus centrale au fil des parutions. Ainsi, de lieux célèbres parmi d'autres qu'ils étaient restés jusqu'en 1798, les jardins passent, en 1799, au tout premier rang avec la publication du Récit illustré sur les jardins renommés de la capitale. Akisato Ritō, auteur et poète quelque peu énigmatique7, semble s'être pris d'un vif intérêt pour les jardins, intérêt qui va se confirmer vers la fin de sa vie avec la publication de deux ouvrages dédiés exclusivement à l'art des jardins. Pourtant, ce qui surprend, c'est que nous assistons dans cette évolution à un changement de registre : des Récits illustrés, qui invitaient les voyageurs curieux à découvrir les plus beaux sites du pays, on passe à des ouvrages pratiques sur l'art des jardins, leur conception et leur construction. Surprenante évolution que celle d'un auteur dont la vie est restée dans une ombre presque complète, ombre d'autant plus curieuse qu'elle semble inversement proportionnelle à l'énorme popularité que connurent ses ouvrages.
C'est comme si Akisato, personnage dont on sait très peu si ce n'est qu'il était écrivain et poète8, s'était, au fil de ses voyages et de ses descriptions, focalisé de plus en plus intensément sur ce sujet qui devait toucher sa sensibilité au point d'en avoir acquis un savoir et un savoir-faire considérables. Savoir qui lui permettra de rédiger et d'illustrer deux manuels de jardin qui deviendront des classiques de la discipline. En effet, le Ishigumi sono.u yaegakiden (Transmission sur les assemblages de pierres, les jardins et les huit épaisseurs de haies) et le Tsukiyama teizōden kōhen (Transmission sur les styles de jardins en montagnes artificielles) seront les manuels de jardin les plus vendus de l'époque d'Edo (Shirahata, 1997).
En l'absence de connaissances avérées, on ne peut que spéculer sur le parcours de cet homme, dont même les dates de naissance et de mort sont incertaines (il est généralement admis que celle de sa naissance se situerait autour de 1772 et celle de sa mort autour de 1830), mais tout laisse à supposer qu'en plus de son intérêt poétique et pictural pour les jardins, Akisato a dû pratiquer l'art de la conception des jardins et du jardinage, si l'on en juge de la maîtrise du vaste sujet qu'il met au jour dans ses derniers ouvrages. Selon certains auteurs, il serait responsable de la réfection de la composition de pierres du célèbre Ryōan-ji après l'incendie désastreux qui le ravagea en 17979. Rien n'est moins sûr...
En définitive, ce ne sont que des hypothèses, et le meilleur outil que nous ayons actuellement à notre disposition pour imaginer l'itinéraire de cet homme, c'est d'analyser les traces bien tangibles qu'il nous a laissées, ces nombreux ouvrages à travers lesquels il nous transmet son infatigable envie de voir, de faire voir et de faire comprendre ce que, très certainement, il avait dû voir de ses propres yeux. Ainsi, nous voyons transparaître en négatif, à l'arrière-scène du Récit illustré sur les jardins renommés de la capitale par exemple, une précision dans l'observation et une attention au détail qui, accompagnées de descriptions aux allusions littéraires et poétiques, sont les témoins non seulement d'un intérêt et d'un savoir étendus, mais aussi d'une sensibilité toute particulière aux saisons, aux cycles végétatifs, aux ambiances changeantes des jardins...
   
Figure 6. Le jardin du Ginkaku-ji, Kyōto (extrait du Récit illustré sur les sites renommés de la capitale, 1780). Vue d'ensemble à vol d'oiseau.

Cette sensibilité semble s'affiner au fil des années, ainsi, dans les premiers récits sur les sites célèbres, la tendance est aux vues d'ensemble à vol d'oiseau, montrant les jardins dans leur contexte plus large, sortes de panoramas au grand-angle, alors que dans les ouvrages plus tardifs, on commence à changer de perspective : on se rapproche, on entre dans les jardins et on les observe à une hauteur plus proche du regard humain. Ainsi, dans le Récit illustré sur les jardins renommés de la capitale paru en 1799, on est plutôt dans la perspective de la promenade virtuelle au sein des jardins : regard qui commence à distinguer des détails de plus en plus précis, et ce regard que nous, lecteurs, portons sur des jardins représentés de manière de plus en plus concise et parlante, on peut imaginer que c'est un regard parallèle à celui de l'auteur qui, lui-même, commença à voir de façon plus nette et plus ciblée ces jardins qu'il décrit.

Figure 7. Le jardin du Sunshō-an, Temple Daitoku-ji, Kyōto (extrait du Récit illustré sur les jardins renommés de la capitale, 1799).
Dans cet ouvrage, les vues des jardins commencent à être plus rapprochées et détaillées que dans les Récits précédents.


Figure 8. Le jardin du Ryōan-ji, Kyōto (extrait du Récit illustré sur les jardins renommés de la capitale, 1799).

Si nous poursuivons cette hypothèse et nous penchons sur les deux manuels de jardin qu'il rédigea et illustra vers la fin de sa vie, respectivement en 1827 et 1828, on assiste là à un réel mouvement de zoom qui décortique au plus près les principes d'aménagement d'un jardin, pour aller jusqu'à une présentation détaillée des divers types d'équipements nécessaires à la pratique de l'élagage des arbres et aux terrassements, ou encore de la panoplie d'accessoires pouvant être mis en œuvre pour agrémenter l'espace du jardin... Le public lecteur, lui aussi, est donc entraîné dans ce mouvement progressif de zoom. Ayant découvert les jardins célèbres du Japon au fil des années et des parutions, et s'étant progressivement familiarisé avec les divers styles de jardins existant à l'époque, il peut, après s'être fait cette culture visuelle du jardin, finalement passer à l'action, et le créer par lui-même, même s'il n'a à sa disposition qu'un petit lopin de terre, ou un petit jardin intérieur à l'arrière de sa maison de ville (machiya 町屋). En effet, ces manuels sont de véritables « boîtes à outils » pour l'amateur de jardin. Dans le Ishigumi sono.u yaegakiden (Transmission sur les assemblages de pierres, les jardins et les huit épaisseurs de haies) sont présentées d'infinies variantes pour créer des compositions de pierres, des motifs de pavages, mais on y trouve également un abondant catalogue de clôtures en bambou en tous genres, de petits ponts, de portails d'entrée et de lanternes en pierre très en vogue à l'époque.

Figures 9 à 15. Exemples de clôtures (tirés du Ishigumi sono.u yaegakiden, 1827).

Figures de 16 à 21. Exemples de ponts, de lanternes de pierres et d'accessoires de jardin divers (tirés du Ishigumi sono.u yaegakiden, 1827).

Figures de 22 à 25. Exemples de pierres et de compositions de pavages (tirés du Ishigumi sono.u yaegakiden, 1827).

En parcourant cet ouvrage, l'impression nous gagne insensiblement qu'on est là en présence du catalogue d'un fabricant d'accessoires de jardins présentant sa gamme de produits, plutôt que d'un manuel de jardin. Ce que nous avons là, c'est un véritable outil do-it-yourself, permettant au lecteur de faire son choix d'accessoires et de styles dans la gamme étendue qui lui est proposée, et de l'adapter à l'envi à l'espace de jardin qu'il a à sa disposition. En effet, les exemples de mise en œuvre proposés s'appliquent à des jardins de dimensions diverses, pouvant aller jusqu'au jardin le plus exigu. Cette forme d'« art des jardins à la carte » et la flexibilité de mise en œuvre qu'elle implique sont à l'image de sa vocation à toucher le public le plus large possible, l'idée étant que, même dans le jardin le plus petit, le jardinier amateur peut réaliser sa propre composition. Finalement, cette démarche a quelque chose de très contemporain dans son esprit, elle s'apparente aux pratiques du « copier-coller » si prédilectionnées par notre époque pleine de références visuelles.

Mais cette impression, finalement, ne fait que s'inscrire dans la logique d'une époque où l'art des jardins, qui était resté pendant de longs siècles un art réservé à des cercles exclusifs, est en pleine phase d'extraversion, de vulgarisation et de popularisation. Il se transforme progressivement en un art démocratique, reproductible par tout un chacun, découplé des canons esthétiques et des principes spirituels sous-jacents qui avaient donné lieu à ses formes. Grâce à ces outils de conception que sont les manuels, il est désormais à la portée des masses, dont les esprits sont déjà nourris des nombreuses images qu'elles avaient découvertes avec tant d'enthousiasme dans les Récits illustrés sur les sites célèbres qui avaient précédé leur parution. Ainsi, avec la publication de ces manuels, c'est en quelque sorte un cercle qui se referme. Aux années d'« introduction » réalisées avec les Récits succèdent les manuels, ouvrages complémentaires qui permettent de recréer et de « réinventer » ces sites célèbres qu'on avait déjà en tête, en les réinterprétant et les adaptant à son gré.

Le deuxième manuel de jardin qui nous intéresse, la Transmission sur les styles de jardins en montagnes artificielles paru en 1828, fut publié à la suite d'un ouvrage du même nom rédigé par Kitamura Enkin 北村援琴 en 1735, et en constitue en quelque sorte le complément. Dans cet ouvrage, les jardins, selon l'usage de l'époque, sont classifiés en plusieurs catégories : le jardin à collines (tsukiyama niwa), le jardin plat (hira niwa), et le jardin de thé (chaniwa ou roji, selon sa configuration).

Figure 26. « Tsukiyama niwa » ou jardin à collines (tiré du Tsukiyama teizōden kōhen, 1828).

Figure 27. « Hira niwa » ou jardin plat (tiré du Tsukiyama teizōden kōhen, 1828).

Figure 28. « Chaniwa » ou jardin de thé (tiré du Tsukiyama teizōden kōhen, 1828).

Ensuite sont proposées trois catégories de styles, inspirées de l'art de la calligraphie : les styles shin 真, gyō 行 et 草, termes que l'on peut traduire librement par élaboré, intermédiaire et abrégé. Art de la combinaison de formes, de styles, et d'accessoires théoriquement recomposables à l'infini, c'est pour ainsi dire au lecteur de prendre la main et de déterminer la constellation de ces paramètres qui constituera son propre univers de jardin. On peut très bien imaginer l'attrait qu'exercèrent ces ouvrages. Très didactiques dans leur approche, ils allient toujours l'image au texte et proposent une panoplie de solutions ready made pouvant répondre à des terrains aux configurations les plus diverses. Très graphiques, ils présentent distinctement les éléments constitutifs du jardin - les collines, les murs, les clôtures, les pierres, les végétaux, les accessoires, etc. - et leur possible mise en œuvre dans toutes sortes de configurations différentes.

Figure 29. Exemples de lanternes de pierre (tirés du Tsukiyama teizōden kōhen, 1828).


Figures 30 et 31. Outils de jardinage et leur utilisation (tirés du
Tsukiyama teizōden kōhen, 1828).       

L'influence qu'exercèrent ces ouvrages sur l'art des jardins de leur temps est indéniable, mais nous souhaitons suggérer ici l'hypothèse que cette influence, loin de se limiter au Japon de l'époque d'Edo, eut des ramifications géographiques et temporelles qui sont d'un ordre tout autre...

Ainsi, et pour revenir à Honda Kinkichirō, l'un des créateurs de l'exposition « Japon-Grande-Bretagne de 1910 », il s'avère que le manuel de jardin que celui-ci publia en 1890 est largement basé sur les ouvrages Tsukiyama teizōden et Ishigumi sono.u yaegakiden d'Akisato Ritō. De nombreuses planches du Tsukiyama teizōden, notamment celles présentant des typologies de jardins, seront reprises et remaniées par Honda dans son Zukai tei zohō 図解庭造法. Étant peintre de son état, il va redessiner les illustrations, tout en gardant les mêmes scènes de jardin, les mêmes typologies, les mêmes accessoires, à quelques détails près. La perspective sera remaniée et occidentalisée, les illustrations mises en couleurs. Il y ajoutera quelques planches supplémentaires, mais dans l'ensemble l'ouvrage, dans son essence, est une transposition assez fidèle des ouvrages d'Akisato.

Figure 32. Tsukiyama niwa  ou jardin à collines
(tiré du
Zukai teizohō, 1890).

Figure 33. Hiraniwa ou jardin plat
(tiré du
Zukai teizohō, 1890).

Figure 34. Chaniwa ou jardin de thé
(tiré du
Zukai teizohō, 1890).

Figure 35. Exemples de clôtures (tirés du
Zukai teizohō, 1890).

Figure 36. Exemples de ponts (tirés du Zukai teizohō, 1890).

Ainsi, une lignée directe peut être tracée entre les ouvrages d'Akisato et le jardin japonais en Europe par l'intermédiaire de Honda, qui participa à la création des jardins japonais de Londres en 1910, jardins qui furent parmi les plus influents dans le processus de diffusion d'une image du jardin japonais en Occident10.
Mais là n'est pas le seul chemin sur lequel Akisato laissa des traces en Europe. En effet, l'architecte britannique Josiah Conder, figure de proue de l'occidentalisation de l'architecture au Japon, publie en 1893 son célèbre Landscape Gardening in Japan, ouvrage pour lequel il se base largement sur le Zukai tei zohō 図解庭造法 de Honda (dont il reprendra des planches lithographiées) mais aussi sur les ouvrages d'Akisato ! Comme son prédécesseur Honda, il augmentera son ouvrage de planches complémentaires, par exemple sur les arrangements de pavés et de rochers, mais aussi avec des planches représentant les jardins célèbres de Kyōto.
Dans le Supplement to Landscape gardening in Japan, qui paraît en 1894, il complétera son ouvrage avec de nombreuses photos de jardins réalisées par le photographe Ogawa Kazumasa 小川一眞.

Figure 37. Tea garden ou jardin de thé (tiré de Landscape gardening in Japan, 1893).

Figure 38. Exemples de ponts (tirés de
Landscape gardening in Japan, 1893).

Figure 39. Photo d'un jardin japonais par Ogawa Kazumasa (tiré de Supplement to Landscape gardening in Japan, 1894). Cette photo est à rapprocher de la première photo du présent article, représentant le jardin de l'Exposition universelle de Vienne. La ressemblance est frappante.

Les livres de Conder connurent une diffusion très large en Europe et aux États-Unis. « Conder was one of the leading proponents of Japanese gardens and his book Landscape Gardening in Japan (1893) was a crucial source of ideas about Japanese gardens in the English speaking world11. »

Ainsi, la perception du jardin japonais par le public occidental de la fin du XIXe et du début du XXe siècle sera nourrie par trois sources principales : les grandes expositions, les nombreux ouvrages sur le Japon parus à l'époque, et le très influent Landscape gardening in Japan de Conder12.
Comme nous l'avons montré, on peut faire remonter la généalogie des typologies, de nombreux accessoires et de détails représentés par Conder aux ouvrages d'Akisato. De même, on a démontré une filiation directe entre l'ouvrage Zukai tei zohō de Honda - qui servit très probablement de référence pour la création des jardins japonais de l'Exposition de Londres en 1910 - et les manuels d'Akisato Ritō.
Ainsi, l'image du « jardin japonais » propagée en Occident au tournant du XXe siècle fut très fortement marquée par cet auteur et jardinier dont, somme toute, nous ne savons malheureusement que très peu...

Nous souhaitons aller plus loin en ce sens, en suggérant que les manuels d'Akisato jouèrent un rôle prépondérant dans la cristallisation d'une certaine image du « jardin japonais » qui se construisit en Occident dès la fin du XIXe siècle.

Figures 40 à 45. Sélection d'ouvrages actuels sur les jardins japonais (recherche effectuée sur www.amazon.fr en novembre 2011).

Ainsi, un coup d'œil rapide dans les rayons des librairies actuelles nous révèle la présence d'une multitude d'ouvrages sur les jardins japonais. Et les compositions qui hantent leurs couvertures, ces lanternes, ces pas japonais, ces petits ponts et autres accessoires... font résonner comme des réminiscences troublantes. Ces images modernes du « jardin japonais », elles pourraient, en partie, être directement tirées d'un manuel d'Akisato. En feuilletant le très populaire A Japanese Touch for your garden13, publié pour la première fois en 1980 mais réédité à plusieurs reprises depuis, on a une étrange sensation de déjà-vu... Tout semble y rappeler un Ishigumi sono.u yaegakiden : sa forme même, très didactique et couplant les illustrations (photos et dessins) au texte, les typologies proposées, les accessoires divers - clôtures de bambou, pierres, lanternes...
Ces réminiscences sont très frappantes, et l'idée qu'une filiation lointaine existe entre le « jardin japonais » actuel et un énigmatique auteur de manuels de jardin de l'époque d'Edo n'est peut-être pas tout à fait déraisonnable...

Figure 46. Exemples de clôtures (tirés de A Japanese touch for your garden, 1992).

Figure 47. Exemples de ponts (tirés de
A Japanese touch for your garden, 1992).

Figure 48. Exemples de lanternes de pierre et autres accessoires (tirés de
A Japanese touch for your garden, 1992)

Mots-clés

Japonisme, Expositions universelles, Akisato Ritō, Meisho Zue, jardin japonais
Japonism, World exhibitions, Akisato Ritō, Meisho Zue, Japanese garden

Bibliographie

Ageorges, Sylvain, Sur les traces des Expositions universelles, Paris, 1855-1937. À la recherche des pavillons et des monuments oubliés, Paris, Parigramme, 2006, 187 p.

Brincourt, Maurice, L'Exposition universelle de 1889, Charleston, Nabu Press, 2010, 264 p.

Conder, Josiah, Landscape gardening in Japan, New York, Kōdansha USA, 2002, 228 p.

Conder, Josiah, Honda, Kinkichirō, Landscape gardening in Japan (written & illustrated by Kinkichirō Honda, English Version by Josiah Conder), Tōkyō, Maar-sha Publishing company, 2007, 153 p.

Formanek, Susanne, Linhart, Sepp (ed.), Buch und Bild als gesellschaftliche Kommunikationsmittel in Japan einst und jetzt, Wien, Literas, 1995, 273 p.

Hotta-Lister, Ayako, The Japan-British Exhibition of 1910 : Gateway to the Island Empire of the East, Surrey, Japan Library, 1999.

Kiyoshi, Seike, Masanobu, Kudo, A Japanese Touch for Your Garden, Tōkyō, New York, London, Kodansha International, 1992, 80 p.

Kuitert, Wybe, Themes in the History of Japanese Garden Art, Hawaï, University of Hawai'i Press, 2002, 296 p.

Macé, François et Mieko, Le Japon d'Edo, Paris, Les Belles Lettres, 2006, 320 p.

Mutsu, Hirokichi (ed.), British Press and the Japan-British exhibition of 1910, introduction par William Coaldrake, Victoria, The University of Melbourne, 2002.

Nitschke, Günther, Le Jardin japonais, Cologne, Taschen, 2003, 239 p.

Storch, Ursula, Die Welt in Reichweite. Imaginäre Reisen im 19. Jahrhundert, Vienne, Czernin, 2009, 248 p.

Tseng, Alice Yu Ting, The Imperial Museums of Meiji Japan : Architecture and Art of the Nation, Seattle, University of Washington Press, 2008, 285 p.

Wichmann, Siegfried, Whithhall, Mary, Japonisme : The Japanese Influence on Western Art Since 1858, London, Thames & Hudson Ltd, 1999, 432 p.

Ouvrages en japonais

Akisato, Ritō, Kitamura, Enkin et Uehara, Keiji (ed.), 築山庭造伝 (Tsukiyama teizōden), Tōkyō, Kashima shoten,1965, 110 p.

Akisato, Ritō et Uehara, Keiji (ed.), 石組園生八重垣伝 (Ishigumi sono yaegaki den kaisetsu), Tōkyō, Kashima shoten, 1992, 108 p.

Akisato, Ritō et Shirahata, Yōzaburō, 京都の名所名園案内 (Miyako rinsen meisho zue- Kyōto no meisho meien annai), Tōkyō, Kōdansha, 2000, vol. 1, 288 p.

Akisato, Ritō et Shirahata, Yōzaburō, 京都の名所名園案内 (Miyako rinsen meisho zue- Kyōto no meisho meien annai), Tōkyō, Kōdansha, 2000, vol. 2, 267 p.

Association Rekishitanbōdenkyōkai, 歴史地図本 知って訪ねる 京都 (Rekishi chizu hon shitte tazuneru Kyōto), Daiwa shobō, 2006, 96 p.

Fukuda, Ajio, 名所図会を手にして東海道 (Meisho zue o te ni shite Tōkaidō), Tōkyō, Ochanomizu shobō, 2011, 116 p.

Kasuya, Hiroki, 東海道名所図会を読む (Tōkaidō meisho zue wo yomu), Tōkyō, Tōkyō dōshuppan, 1997, 267 p.

Shirahata, Yōzaburō, 大名庭 園: 江戸の饗宴 (Daimyō  teien : Edo no kyōen), Tōkyō, Kōdansha ,1997, 264 p.

Articles

Dybowski, Jean Thadée Emmanuel, « Le jardin japonais de l'Exposition universelle de Paris », La Nature. Revue des sciences et de leur application à l'art et à l'industrie, n° 849, 7 septembre 1889.

Kuitert, Wybe, « Japonaiserie in London and The Hague. A history of the Japanese gardens at Shepherd's Bush (1910) and Clingendael (c. 1915) », Journal of the Garden History Society, Londres, 2002, n°2, vol., 30, p. 221-238.

Shirahata, Yōzaburō,, « The printing of illustrated Travelogues in 18th century Japan », Written Texts - Visual Texts : Woodblock-Print Media in Early Modern Japan, Amsterdam, Hotei Publishing, 2005, p. 199-213.

Daniels, Stephen, Tachibana, Setsu et Watkins, Charles, « Japanese gardens in Edwardian Britain: landscape and transculturation », Journal of Historical Geography, Amsterdam, n° 2, vol. 30, avril 2004, p. 364à394.

Ouvrages collectifs

Livret-Chaix. Guide du visiteur à l'exposition universelle de 1889: Itinéraire. Objets remarquables à visiter. Plans coloriés, Charleston, Booksurge Publishing, 2002, 207 p.

Exposition universelle et Paris 1889, Lenox, HardPress Publishing, 2012, 86 p.

Sites Internet

Lemaire, P. (réalisateur du site), http://www.worldfairs.info/expopavillonslist.php?expo_id=4, mis à jour en 2012, consulté le 18 novembre 2012.

Ono, K., Edwards, W. (éd.), http://www.nabunken.go.jp/org/bunka/jgd/pages/AkisatoRito.html, mis à jour en 2010, consulté le 16 novembre 2012, Department of Cultural Heritage of the Nara National Research Institute for Cultural Properties.

Auteur

Ursula Wieser Benedetti

Architecte-paysagiste, elle est doctorante à l'EHESS et chercheure en histoire des jardins japonais. Elle prépare une thèse : « Clôtures de Kyōto. Une analyse comparative des délimitations de l'espace résidentiel à Kyōto aux époques d'Edo et de Meiji. », sous la direction d'Augustin Berque.
Elle est membre du réseau Japarchi.
Courriel : ursulawieser@hotmail.com

Pour référencer cet article

Ursula Wieser Benedetti
Le jardin japonais en Europe
publié dans Projets de paysage le 11/07/2012

URL : http://www.projetsdepaysage.fr/fr/le_jardin_japonais_en_europe

  1. Jean Thadée Emmanuel Dybowski (1856 - 1928) dans La Nature. Revue des sciences et de leur application à l'art et à l'industrie, n° 849 du 7 septembre 1889.
  2. Mutsu, Hirokichi  (ed.), The British Press and the Japan-British Exhibition of 1910, Victoria, The University of Melbourne, 2002.
  3. Honda Kinkichirō 本多錦吉郎 (1850-1821) : peintre japonais de style occidental, membre de l'Association d'art de Meiji Meiji bijutsukai 明治美術会. Cette association promut l'introduction de l'art occidental au Japon durant l'ère Meiji (1868 - 1912).
  4. Citons, parmi les jardins japonisants les plus célèbres de l'époque, les jardins de Newstead Abbey, Cowden Castle, Tatton Park, Ingleborough Hall et de Compton Acres en Grande-Bretagne, le jardin de Tully en Irlande, le parc de Clingendael aux Pays-Bas, ou encore le parc Oriental de Maulévrier (Maine-et-Loire) en France.
  5. Avec plus de 700 000 habitants, Edo (l'actuel Tōkyō) est l'une des plus grandes villes du monde de l'époque.
  6. Auparavant, il existait bien des ouvrages d'un type semblable, mais ils n'étaient en général pas illustrés ou comportaient très peu d'illustrations. Voir  Shirahata, Yōzaburō, « The printing of illustrated Travelogues in 18th century Japan », Written Texts - Visual Texts: Woodblock-Print Media in Early Modern Japan, Amsterdam, Hotei Publishing, 2005, p. 199-213.
  7. Les chercheurs japonais les plus éminents dans le domaine s'accordent sur le fait que les informations concernant Akisato Ritō sont plus que lacunaires. Selon Shirahata, ce manque d'informations serait lié au statut social peu élevé qu'avaient les auteurs à l'époque d'Edo. V. Shirahata, ibid.
  8. Selon certaines sources, il aurait vécu à Kyōto, au sud-est du Pont de Gojō, voir Shirahata, ibid.
  9. Cf. Kuitert, Wybe, Themes in the History of Japanese Garden Art, Hawaï, University of Hawai'i Press, 2002, 296 p.
  10. La Japan-British Exhibition de 1910 accueillit plus de 8 millions de visiteurs venus de toutes les parties du globe.
  11. Daniels, Stephen, Tachibana, Setsu et Watkins, Charles, « Japanese gardens in Edwardian Britain: landscape and transculturation », Journal of Historical Geography, Amsterdam, n° 2, vol. 30, avril 2004, p. 364à394.
  12. Il est avéré que de nombreux jardiniers britanniques s'inspirèrent de ce dernier pour créer leurs jardins japonisants.
  13. Kiyoshi Seike, Masanobu Kudo, David H. Engel, A Japanese touch for your garden, Tōkyō, New York, London, Ed. Kodansha International, 1992, 80 p.