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La métro-périurbanisation comme nouveau paradigme ?

Metro-periurbanization as a new paradigm ?

13/07/2012

Résumé

Longtemps stigmatisée, la connaissance du périurbain a essentiellement été abordée à travers une série de présupposés globalisants, parfois idéologiques, sans rapport avec la variété des dynamiques urbaines et sociales à l'oeuvre. Bien au contraire, la diversité des faits périurbains apparaît à travers une série d'analyses urbaines, fonctionnelles et paysagères, d'une part, basées sur l'analyse combinée des nomenclatures issues de la statistique nationale et, d'autre part, des modes de vie des ménages périurbains. Plus encore, une imbrication des dynamiques de développement métropolitaines et périurbaines émerge, rendant possible le déplacement du regard sur les variétés morphologiques périurbaines, les modes de vie spatialement dispersés, les phénomènes de polynucléarisation et les diversités des représentations identitaires. Cette dynamique territoriale interdépendante des métropoles et des périurbains nous amène dès lors à considérer ces entités métro-périurbaines comme cadre d'intervention pour des politiques urbaines durables adaptées aux réalités sociales et urbaines en présence.
Stigmatized for a long time, the knowledge of the periurbanized spaces was essentially approached through a series of all-embracing, sometimes ideological presuppositions, ignoring the variety of the urban and social dynamics at work. Though, diversity of periurban spaces appears through a series of urban, functional and landscaped analyses on one hand, lifestyles on the other hand. Moreover, intertwined metropolitan and periurban development processes make possible a different look at the different periurban morphologies, spatially scattered lifestyles, polycentered phenomena and the identity representations. This interdependent dynamics between metropolises and periurban spaces brings us from then on to consider these metro-periurban entities as a viable frame for sustainable urban politics adapted to the social and urban realities in presence.

Texte

Les approches du périurbain, le plus souvent issues d'une opposition traditionnelle entre urbain et rural, peinent à saisir la complexité du phénomène. D'une part, les approches structuro-fonctionnelles développées depuis plus de cinquante ans par la statistique nationale, et basées sur la polarisation de l'activité et de l'emploi, des équipements et des services, ne rendent compte que partiellement des recompositions territoriales. D'autre part, la périurbanisation, systématiquement connotée négativement, a longtemps été appréhendée selon une approche critique du mitage territorial par la promotion privée (urbanisation par plaques de lotissements pavillonnaires, etc.), de l'individuation (accession à la propriété individuelle, repli social, etc.), de la fragmentation territoriale. À présent, ces clichés simplificateurs sont confortés au nom du développement durable (gaspillage du sol de part les faibles densités urbaines et humaines, surconsommations énergétiques, entre-soi communautaire).
Bien au contraire, espaces urbains et ruraux, voire agricoles et naturels, s'imbriquent de plus en plus sur des territoires métropolisés et périurbanisés dont l'interdépendance s'accroît ; ce qui contribue à progressivement effacer les frontières traditionnellement admises qui les opposaient. Approfondir et affiner les modes de connaissance de ces territoires par le développement d'approches combinées nous apparaît alors fondamental pour préciser la question périurbaine et appréhender les enjeux à l'œuvre.
C'est pourquoi nous proposons d'analyser la diversité des morphologies et des modes de vie périurbains, afin de considérer le périurbain dans ses réalités urbaines et sociales. Par ailleurs, nous réinterrogerons les notions de territoires urbain et rural, mais aussi de franges urbaines et périurbaines, par la combinaison des nomenclatures existantes. Notre ambition est de poser les bases d'une relecture de ces territoires en vue d'élaborer des politiques publiques adaptées dans une perspective de développement durable.

D'une représentation univoque du périurbain à la diversité des périurbains

L'analyse du fait périurbain fut tardive en Europe, contrairement à celle des grands ensembles d'habitat social. Les géographes commencent à s'interroger sur la « périurbanisation » dans les années 1970 alors qu'aux États-Unis et en Grande-Bretagne, les processus d'urban sprawl ou rurban belts sont analysés dès les années 1960. En outre, le fait périurbain fut condamné dès le départ. Il s'ensuit un vocabulaire péjoratif pour le qualifier. On parle d'urbanisation diffuse consommatrice des espaces ruraux, de suburbanisation, d'entre-deux urbains entre la ville-centre et le village dans la nature. Les territoires périurbains sont même qualifiés de « protubérances douteuses » (Lefebvre, 1970). Dans ce contexte, les analyses sociologiques et urbaines du périurbain n'ont pas permis jusqu'à récemment d'en appréhender l'évolution.
Les analyses plus récentes montrent, contrairement à l'idée véhiculée d'un périurbain homogène socialement (catégories populaire et intermédiaire) et urbainement (« pavillonnarisation »), à quel point les réalités périurbaines sont diversifiées (Chalas, 2000, Berger, 2004 et 2006, Charmes, 2007, Dodier et Rougé, 2007).
Cette vision d'une homogénéisation est liée à l'essor de la périurbanisation sous l'impact de la demande des ménages et de l'offre d'habitat conçue par les promoteurs privés, le plus souvent sans cohérence publique1. Ce sont les ménages contre les aménageurs qui ont fabriqué l'expansion périurbaine, se plaît à dire Martine Berger (2004). L'attrait de la maison individuelle, l'accès à un foncier bon marché, l'essor de la voiture, permettent de s'affranchir de la ville-centre et de créer un nouvel espace de vie. Pour autant, malgré cette « pavillonnarisation », on ne peut parler d'homogénéisation de la périphérie des villes. Les discours catastrophes sur l'étalement urbain masquent des différences spatiales considérables. Entre lotissements pavillonnaires, ensembles résidentiels de petits immeubles collectifs, hameaux et bourgs, cités-jardins, gated community ou même écoquartier, la morphologie périurbaine est plus que diversifiée. De même, les types d'habitat sont multiples, allant de la fermette rénovée au pavillon contemporain, de la maison de bourg réhabilitée, à l'habitat intermédiaire dense, etc. Seule la faible densité du périurbain le différencie de la ville-centre compacte.
D'un point de vue social, la périurbanisation est tout autant composite. Contrairement à l'idée reçue d'une population périurbaine homogène (classe moyenne et populaire), toutes les catégories sociales s'y sont installées. Les catégories les plus aisées privilégient plutôt les maisons isolées, pavillons contemporains, fermettes rénovées dans la grande couronne, ou les maisons bourgeoises de centre-bourg en première couronne. A contrario, les employés et ouvriers sont plus fortement représentés dans les lotissements (Dodier, 2007). Pour autant, les logiques ségrégatives existent avec la création de lotissements ou « villages clés en main » favorisant une homogénéisation sociale sectorisée. Ce filtrage social effectué selon la gamme proposée par les promoteurs (coût et produit d'habitation, modes de vie) offre une possibilité de s'acheter une « position » sociale et résidentielle où le bon voisinage et le refus de la mixité sociale sont affirmés. Par ailleurs, selon la date de construction, des divisions générationnelles s'opèrent avec, par phase, des renouvellements massifs de leur population (Dodier, 2007). Dans ce contexte, la sectorisation sociale ne permet plus le mélange, mais au contraire tend à favoriser l'entre-soi. Il existerait ainsi une diversité de réalités périurbaines caractérisée par des formes d'homogénéité sociale circonscrites spatialement.
Plus encore, les communes semblent se spécialiser socialement. Les ouvriers et employés tendent à voisiner tandis que cadres supérieurs et intermédiaires cohabitent dans les mêmes bourgs ou petites villes périurbaines. De même, Martine Berger (2004) observe que les employés et les ouvriers sont de plus en plus représentés au fur et à mesure que l'on s'éloigne de la ville-centre et inversement les professions intermédiaires et cadres supérieurs s'installent plutôt en proximité.
Ces divisions sociales conduisent à une fragmentation spatiale multiscalaire (Devisme, 2007) dans la mesure où elles s'établissent non seulement selon les communes, mais aussi selon les ensembles résidentiels qui les composent et selon les nouvelles formes de structurations urbaines polycentrées.
Parallèlement, des polarités ou hubs se développent dans ces territoires périurbanisés. Elles se manifestent par une hypercentralisation dans des zones réservées aux commerces, aux emplois et/ou aux lieux de loisirs. Celles-ci sont l'enjeu d'aménagement (lifting des anciens centres commerciaux en « shopping center » - Dumont et Hellier, 2010) introduisant de nouveaux usages : promenades, jeux pour enfants, espaces récréatifs et de loisirs, voire de tourisme. Ce polycentrisme, souvent spécialisé fonctionnellement, s'apparente à une polynucléarisation urbaine2 qui participe, comme le souligne Martine Berger (2004), à l'extension de la métropole.

D'une unité de lieu, ville/village, à un cadre de vie dispersé spatialement

Le mode de vie périurbain fut, dans les premières approches du périurbain, tout autant condamné. Il a été décrit comme une aberration du libéralisme urbain, comme la fin de la sociabilité d'un espace de vie composé par l'urbaniste, comme une quête consumériste pour l'accès à la propriété, aux biens matériels et à l'individualisme. Il est alors appréhendé en tant que déclinaison de l'American Way of Life d'après-guerre (aspirations au confort, aux richesses et aux progrès techniques). Pourtant, l'extension urbaine américaine est bien antérieure aux trente glorieuses, même si les périphéries urbaines se sont considérablement étendues depuis. La maison dans la nature des suburbs est en effet un mode d'habiter hérité. Catherine Maumi (2009) a montré combien un idéal de fusion de la ville et de la campagne fonde la culture américaine. Les premières villes des États-Unis étaient la traduction d'un nouveau monde, d'une nouvelle manière d'habiter une nature à conquérir, à défricher pour la rendre hospitalière. Ces villes ou bourgs sont ouverts sur la campagne, sur l'immensité du territoire américain. La ville de New York a elle-même été conçue avec un plan en damier susceptible de s'étendre à l'infini. Plus encore, le land est perçu comme le jardin du monde en référence au mythe de la pastorale. Il est transformé en landscape, en paysage. Les paysagistes seront d'ailleurs les professionnels privilégiés pour aménager les villes3. L'art du landscape devient l'essence de la ville ouverte, spacieuse, intégratrice, tout en servant la spéculation. À New York, le plan de développement de la ville « First Park Act » de 1876 ambitionne de transformer New York en grand parc urbain avec de vastes espaces verts (Central Park). Ce mythe d'habiter dans une nature-paysage constitue une référence dominante4 dans l'urbanisation des suburbs associée à la promotion de la maison individuelle industrialisée5. Il fonde aussi l'aspiration à habiter en périphérie (maisons dans la nature, ensembles résidentiels de riches villas, lotissements de maisons individuelles) contrairement à la culture urbaine européenne qui privilégie l'habiter au cœur des centres urbains. Ainsi, le mode de vie qui se serait importé est à nuancer, n'exprimant pas les mêmes modes d'habiter.
Il n'en demeure pas moins que l'attrait pour la maison individuelle est une réalité en France. En 1994, l'habitat individuel représente la moitié de l'espace bâti en France (Berger, 2004). Cette situation résulte des politiques d'aide à l'accession à la propriété (épargne logement), d'aide à la personne (qui favorise notamment le départ des classes moyennes des logements sociaux), mais aussi des schémas de développement routier avec la démocratisation de la voiture. Elle est aussi liée à la préférence massive d'habiter une maison. Susanna Magri (2008) rappelle que, dès 1947, une enquête de l'Ined révélait que 72 % des ménages - quelles que soient les classes sociales - souhaitaient vivre dans un pavillon. De même, elle cite Jean Claude Chamboredon (1985), pour qui prévaut « une culture pavillonnaire ancienne, fondée sur des références rurales, l'aspiration à l'autarcie, le repli sur le privé, l'idéal de l'indépendance, le culte de l'épargne ».
La première vision du périurbain estime qu'il est une forme « anti-urbaine » discontinue (Lefebvre, 1970) qui s'est développée en dehors de toute planification d'ensemble. La deuxième le considère comme un mode de vie individualiste (Mayoux, 1979).
Les récentes études des modes d'habiter en périurbain concluent souvent à une diversité de pratiques difficiles à catégoriser. Le rapport à la ville-centre ou aux villages ruraux apparaît mosaïque, tout comme la désynchronisation des modes de vie. Il en va de même pour le sentiment d'appartenance que Rodolphe Dodier (2007) a tenté d'appréhender. Selon son enquête, les ménages des villages ruraux se sentent appartenir au département tandis que les anciens installés en zone périurbaine valorisent la commune campagnarde, mais aussi la ville-centre... De même, le vote est contrasté, même s'il est noté une propension à voter pour les extrêmes (Rivière, 2008).
Le seul point qui semble vraiment converger est le surinvestissement du logement et les pratiques sociales spatialement éclatées. En effet, les analyses des modes de vie périurbains traduisent le plus souvent une double dynamique de repli sur la sphère domestique/familiale et de mobilité accrue à la faveur d'une sociabilité élective. L'espace de la vie quotidienne et intime se distingue des enjeux de sociabilité sur des territoires lointains : la ville-centre (travail, loisirs, etc.) ou les nouveaux hypercentres périurbains (commerciaux, récréatifs, etc.). La distance entre les sphères privées et publiques semble se rejouer différemment, ce qui n'est pas sans analogie avec les modes de vie métropolitains.
Cette dispersion des pratiques s'effectue aussi dans le temps. Les usages urbains sont alternés entre la semaine (en majorité dans les pôles métropolitains), le samedi qui constitue une transition entre le lointain urbain et le proche domicile, le dimanche qui est le plus souvent en rupture avec la ville à la faveur d'une « retraite pavillonnaire » ou dans la nature, souvent expression nostalgique de l'enfance rurale (Pinson, 2006). Habiter le périurbain constitue dès lors une échappée temporaire du monde urbain. Une idéologie anti-urbaine peut même être affichée et une idéalisation de la sociabilité des bourgs ruraux, du moins dans une première période. Le lotissement ou village est souvent décrit comme idyllique les premières années (activités collectives, festivités, relations de voisinage, etc.). Les années suivantes, les relations sociales se dégradent (inimitiés, contrôle social trop prégnant, etc.) et les conflits d'usages s'enveniment avec les anciens habitants ruraux, notamment par rapport aux évolutions de l'usage des sols. Bien que cette vision soit considérée réductrice par certains auteurs (Cadène, 1990 ou Torre, 2006), il y a une tension entre les espaces agricoles qui deviennent récréatifs (tels les champs qui se transforment en lieux de promenade), la culture de la terre et la campagne paysage. Il s'ensuit des oppositions sur les usages, les choix d'investissements communaux entre le bourg ancien et les nouveaux secteurs (routes, réseaux, petits pôles commerciaux, transport scolaire, etc.). Plusieurs monographies parlent d'effet Nimby (Not In My Back Yard).
Entre polynucléarisation et modes de sociabilité éclatés, les périurbains se déploient sans rapport avec les critères de compacité et de densité urbaine prônés par les politiques publiques. Notre hypothèse, à l'instar de François Ascher (1995), ou d'Éric Charmes et de Jean-Michel Léger (2009), est donc que les périurbains sont l'expression d'un mode de vie urbain d'un nouveau genre.
Yves Chalas (2000), comme Éric Charmes (2009) plus tard, estiment d'ailleurs que l'espace périurbain est une « ville émergente ». Cette ville non encore constituée, expression d'un mode de vie individualisé (hyperconsommation, pratiques libres, sociabilité par affinités), marqué par la mobilité, la flexibilité, le temps libre, constitue un inconnu social. Elle marque la fin de la vie ancrée dans un tissu urbain constitué qui fait société. Selon ces auteurs, il est nécessaire de dépasser les visions des modes de vie périurbains, tant celles sur la fin de la communauté spatiale que celles sur une société individualiste. Il émerge, selon Éric Charmes, un socius tout autant intégré que dans la ville dense, mais qui ne repose plus sur les conditions spatiales héritées. Il distingue les citadins rattachés à une ville et les citoyens liés à une société. Il considère que la promotion du « je » ne signifie pas la perte du « nous », de la citoyenneté, de la citadinité. Des petits « nous » familiaux, amicaux, se recomposent dans ces environnements urbains. Ils peuvent faire société localement sur un autre registre, à une autre échelle, pour repenser une forme de citoyenneté dans la proximité, dans ces petits « nous ».

De l'opposition ville/campagne à la complémentarité métropole/périurbain

À côté des débats sur le fait périurbain, la question de sa mesure a fait l'objet de nomenclatures diversifiées, élaborées par l'Insee6 en France. Dans leur ensemble, elles ont toutes montré des limites à appréhender un phénomène évolutif uniquement sur la base de paramètres spatiaux. La classification des territoires entre unités urbaines et communes rurales s'est attachée à rendre compte de l'extension spatiale des villes (communes isolées ou agglomérations) en termes de continuité du bâti, sur la base de communes entières. Ainsi la France urbaine, qui regroupait 57 % de la population sur environ 8 % du territoire en 1954, s'étend-elle en 2010 à près de 22 % du territoire métropolitain où vivent environ 78 % de la population ; cette forte extension spatiale des communes urbaines s'est accompagnée d'une diminution de 50 % de leur densité de population moyenne dans cet intervalle en passant de 600 à 400 habitants/km². Cependant, approcher la réalité bâtie en considérant la commune comme cellule de base indivisible conduit à classer comme urbain des territoires aux caractéristiques plutôt rurales, voire agricoles, comme Arles par exemple7. Si l'on considère en effet, qu'en 2006, seuls 5 % du territoire français étaient artificialisés8, on peut mesurer l'écart remarquable qui existe avec la définition en unités urbaines.
En outre, cette approche, basée exclusivement sur la continuité du bâti et des activités, se heurte au principe que « la spatialité ne constitue plus une clef d'analyse suffisamment pertinente » de l'urbanisation, et que « le monde ne peut plus aujourd'hui être pensé ou décrit en terme de système d'objets articulés, qui constituerait un tout ordonné et visualisable » (Debarbieux et Arlaud, 2005). Un écueil anticipé par l'Insee dès les années 1960 et que celui-ci a tenté de mesurer avec les zones de peuplement industriel ou urbain, remplacées à la fin des années 1990 par le zonage en aires urbaines. Ces deux nomenclatures se sont attachées à rendre compte de l'extension de la vie urbaine, au-delà de la zone agglomérée, à des territoires que l'on qualifiera peu à peu de « périurbains ». La France métropolitaine se retrouve ainsi divisée en deux « mondes », l'espace urbain (41 % du territoire pour 82 % de la population en 2007) et l'espace rural, sur la base des mouvements pendulaires liés à l'activité et à l'emploi. L'espace urbain se compose de 350 pôles urbains (8 % du territoire et 60 % de la population) et de communes périurbaines (un tiers du territoire pour un cinquième de la population) dépendantes de ces pôles9. L'espace rural, traité de manière indifférenciée dans la première nomenclature, sera divisé quelques années plus tard sur le même modèle10 que le monde urbain. Ainsi, les unités urbaines ou les communes rurales de plus de 1 500 emplois seront qualifiées de pôles d'emploi de l'espace rural ; et les communes qui en dépendent formeront avec eux les aires d'emploi de l'espace rural. Les communes restantes, qui n'appartiennent donc ni à l'espace urbain ni à une aire d'emploi de l'espace rural, constitueront les autres communes de l'espace à dominante rurale. Les terminologies masquent cependant des disparités tant morphologiques que sociales, qui traduisent la complexité du phénomène urbain et de son évolution. Ainsi, des communes urbaines de la nomenclature en unités urbaines se retrouvent-elles classées dans l'espace rural, et de nombreuses communes rurales de cette même nomenclature appartiennent-elles à l'espace urbain au titre de communes périurbaines. Ces deux espaces - urbain et rural - disparaissent de la nomenclature 2010 du zonage en aires urbaines11, et avec eux la confusion que l'on pouvait entretenir entre communes urbaines/espace urbain et communes rurales/espace rural.
Malgré leurs limites, ces définitions ont permis de quantifier les mouvements de population entre les villes et leurs périphéries depuis plus de quarante ans, et de déterminer les ensembles urbains majeurs qui structurent le territoire. Parallèlement, la structuration de l'espace rural a fait l'objet d'une analyse spécifique basée sur une nouvelle nomenclature, celle des bassins de vie des bourgs et des petites villes (Insee, 2003). Cela permet ainsi de disposer d'un découpage du territoire par la polarisation des services et des équipements de base, avec une maille plus fine que celle liée à l'emploi, et d'identifier les pôles relais des plus grandes agglomérations.

L'interpénétration des territoires et des paysages

Nous avons donc souhaité réaliser une approche combinée de quatre nomenclatures différentes qui participent de la construction des représentations de l'urbain, du périurbain et du rural dans la France contemporaine12, dans la mesure où elles sont largement utilisées dans la presse13. Les trois premières nomenclatures, unités urbaines, aires urbaines et bassins de vie, servent également de cadre de référence dans les politiques d'aménagement et de réforme territoriale (notamment la construction intercommunale). Les croiser permet donc de révéler - selon nos hypothèses - l'interpénétration de plus en plus complexe des territoires urbains et ruraux et la construction métropolitaine à l'œuvre depuis le dernier tiers du XXe siècle en France.
Dans un premier temps, le croisement des trois nomenclatures nous a permis de mettre en évidence l'extension considérable de l'influence des grandes aires urbaines sur des territoires de plus en plus vastes avec des « relais » urbains et ruraux (figure 1).

Figure 1. Polarisation des aires urbaines et des bassins de vie dans la région métropolitaine lyonnaise.
Source : Insee, 1999.

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Ainsi, plus du quart des communes-centres de bassin de vie appartiennent aux couronnes périurbaines ou à l'espace multipolarisé par les pôles urbains (tableau 1). Autrement dit, 43 % des communes périurbaines au sens de l'Insee14 (abritant 52 % de la population de ces communes) appartiennent à des bassins de vie périphériques de petites villes ou de bourgs ruraux. Ce qui signifie que la concentration des emplois dans de grandes aires urbaines, et tout particulièrement les métropoles les plus importantes, définit des zones de dépendance assez vastes. Celles-ci s'étendent sur des territoires polarisés par des petits centres d'animation rurale ou périurbaine, certains bassins de vie pouvant même se trouver sous l'influence de plusieurs pôles urbains. Ceci traduit donc l'existence de pratiques partagées entre différents pôles, selon la nature des déplacements concernés.

Tableau 1. Combinatoire des nomenclatures Zauer/UU et distribution des communes.
Source : Insee, 1999.

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Le dynamisme démographique retrouvé de l'espace rural et des petites unités urbaines, constaté par les derniers résultats du recensement de la population15, préfigure sans nul doute un étalement constant des modes de vie éclatés entre différentes polarités, du pôle urbain au centre de bassin de vie. Le renforcement de la polarisation par l'emploi sur des territoires de plus en plus étendus s'accompagne alors d'une disjonction plus forte entre les divers lieux de pratiques ; il annonce une intensification de l'interpénétration des territoires entre les pôles urbains majeurs et les autres communes, qu'elles soient urbaines, périurbaines ou rurales.
Dans ce contexte de mouvance des territoires et de croissance renouvelée des petites villes, des bourgs et des communes autrefois rurales, les paysages évoluent considérablement, en des trames complexes, mêlant éléments urbains et ruraux, paysages artificialisés, agricoles et naturels. L'analyse des paysages principaux que nous avons construite à partir des modes d'occupation des sols des communes (Corine Land Cover, 2006), sur la base d'un diagramme triangulaire (tableau 2), croisés avec la typologie Zauer, montre non seulement la diffusion de paysages urbanisés très au-delà des zones agglomérées les plus denses, dans les territoires périurbains ou dans l'espace rural, mais aussi l'importance de paysages ruraux, y compris dans les franges urbaines (figure 2).

Figure 2. Paysages principaux des communes dans la région métropolitaine lyonnaise.
Source : Corine Land Cover, 2006.

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Cette interpénétration des modes d'occupation des sols compose des zones de transition dont les paysages peuvent considérablement muter. Par exemple, parmi les communes aux paysages urbanisés (tableau 2), 58 % sont des pôles urbains, 28 % des communes périurbaines et 14 % des communes de l'espace à dominante rurale. Les paysages agricoles et les paysages ruraux mixtes se partagent assez équitablement entre les communes périurbaines et les communes de l'espace rural. Il ne s'agit pas pour nous ici de prendre position pour ou contre ce mouvement profond, même si les effets de mitage de grandes zones qualitatives peuvent être problématiques en termes de développement durable, mais bien de constater son importance spatiale et ses effets de recomposition des paysages.

Tableau 2. Construction de la typologie « occupations du sol et paysages principaux » et distribution des communes.
Source : Corine Land Cover, 200616.
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L'espace rural, marqué par un exode important en faveur des villes jusqu'au dernier quart du XXe siècle, se revitalise donc sous les effets d'une périurbanisation en constante extension, un mouvement dans lequel la métropole tend à se diluer et les réseaux de ville s'entrecroiser... Fin annoncée de la métropole, des mondes urbains et ruraux ? Ces évolutions nous conduisent à une complexité accrue des rapports entre territoires dont l'organisation s'oriente vers un schéma de complémentarité entre des métropoles17 reliées au monde et le reste du territoire qui tend à se périurbaniser en totalité. Plus encore, c'est autant les centres urbains que les périurbains qui participent à la dynamique de développement urbain. C'est ce que nous proposons d'appeler la métro-périurbanisation.

Considérer les dynamiques territoriales métro-périurbaines pour des politiques urbaines renouvelées durablement

Considérer les territoires périurbains comme des espaces urbains émergents, interdépendants d'une ou plusieurs métropoles, participant à l'évolution territoriale, conduit à renouveler les politiques d'aménagement qui y sont menées. Admettre l'imbrication des métropoles et des périurbains rend possible le déplacement du regard. En effet, les morphologies urbaines multiples, les identités et sociabilités périurbaines présentes, l'hybridation des paysages rendent caduc le concept globalisant de périurbain. Elles démontrent au contraire la richesse et la viabilité de ces entités métro-périurbaines, liant dans une même dynamique de développement les grandes métropoles et l'ensemble des formes périurbaines.
N'est-ce pas en considérant ces dynamiques métro-périurbaines qu'un renouvellement des paradigmes du développement durable peut-être envisagé ?
En France, les théories de la ville durable encouragent la densification des zones d'habitat individuel ou peu dense et la création d'écoquartiers. Ces opérations sont le plus souvent conçues en référence à la ville dense et compacte comme unique cadre de la vie sociale, sans prendre en compte la diversité des évolutions urbaines complexes à l'œuvre. Pour nous, des stratégies de développement territorial à l'échelle du métro-périurbain restent à inventer. Il s'agit d'explorer la fabrication d'un espace polynucléaire et polymorphe, ouvert à des modes de vie dispersés spatialement, la création de nouveaux paysages sensibles, pour susciter des politiques publiques à cette échelle susceptibles de s'adapter durablement aux évolutions à l'œuvre. Dans ce contexte, il nous apparaît fondamental de construire de nouveaux référents théoriques permettant de préciser les multiples facettes des périurbains.
Dès lors, ne faut-il pas envisager une urbanité éclatée pour « faire société » dans des territoires spatialement dispersés et aux dynamiques contrastées ? Ces questions induisent selon nous une refonte complète de la pensée urbaine, autour d'espaces du proche et du lointain, vecteur d'un sentiment d'appartenance à un nous et d'urbanité. Samuel Bordreuil (dans Charmes et Léger, 2009) cite d'ailleurs comme exemple Los Angeles comme une ville d'urbanité malgré sa forme étendue, ses quartiers disparates coupés par des autoroutes urbaines, son absence d'unité. Il parle même d'« hyperurbanité ». Marc Dumont et Emmanuelle Hellier (2010) critiquent aussi l'idée qu'il y aurait une « inurbanité » périphérique dans cet étalement urbain diffus en opposition à une urbanité vertueuse renvoyant à la ville compacte, dense, durable, disciplinée et mise en conformité. Cette urbanité éclatée reste-t-elle à inventer ou faut-il au contraire estimer, comme Jacques Donzelot (2006), que « la ville n'est plus qu'une idée », mais une idée plus que nécessaire pour qu'une société existe ?

Mots-clés

Urbanité, espaces périurbains, métropolisation, modes de vie, paysage
Urbanity, periurban spaces, metropolization, lifestyles, landscape

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Auteur

Émeline Bailly et Hervé Duret

Émeline Bailly
Urbaniste, consultant-chercheur, Laboratoire de sociologie urbaine générative, Centre scientifique et technique du bâtiment, université Paris-Est.
Courriel : emeline.bailly@cstb.fr.

Hervé Duret, géographe, consultant-chercheur, Laboratoire de sociologie urbaine générative, Centre scientifique et technique du bâtiment, université Paris-Est.
Courriel : herve.duret@cstb.fr.

Pour référencer cet article

Émeline Bailly et Hervé Duret
La métro-périurbanisation comme nouveau paradigme ?
publié dans Projets de paysage le 13/07/2012

URL : http://www.projetsdepaysage.fr/fr/la_m_tro_p_riurbanisation_comme_nouveau_paradigme_

  1. L'essor du périurbain dépend de politiques publiques sectorielles peu coordonnées entre elles : plans routiers nationaux, régionaux, urbanisme commercial, PLU communaux, etc.
  2. Par « polynucléarisation », on entend la multiplication des nœuds urbains de populations et d'activités et/ou de loisirs.
  3. Andrew Downing (1815-1852), paysagiste, considère ainsi la « nature citadine » non pas comme une terre agricole ni comme nature sauvage, mais comme « l'art du paysage ». À sa suite, Frederick Law Olmsted (1822 -1903) considère que nature et culture sont porteuses de civilisation.
  4. Ce mythe accompagne au XIXe siècle les discours sur la modernité urbaine : le mouvement City Beautiful, l'extension des suburbs et l'idéal de la maison individuelle dans la campagne, les cités-jardins, puis plus tard, la Prairie school (Allen Brooks, 2006).
  5. Le progrès technique sera lui-même mobilisé au profit de cet idéal avec, par exemple, l'invention d'Augustin Taylor qui industrialise les techniques de construction (charpente-ballon, balloon frame) qui permettra l'extension rapide des suburbs.
  6. La définition initiale des unités urbaines par l'Insee date de 1954, celle des zones de peuplement industriel ou urbain de 1962, celle des aires urbaines de 1996. Pour les définitions de ces différents espaces, on se reportera au site Internet de l'Insee : www.insee.fr.
  7. La commune d'Arles s'étend sur 760 km², soit 7 fois la superficie de la ville de Paris : moins de 3 % du territoire (19 km²) est artificialisé contre près de 53 % en terres cultivées et 45 % d'espaces naturels (Corine Land Cover, 2006). Les zones urbanisées regroupent 54 000 habitants.
  8. Selon la nomenclature Corine Land Cover. Les territoires artificialisés incluent les zones urbanisées, les zones industrielles ou commerciales, les réseaux de communication, les mines, les décharges et les chantiers, les espaces verts artificialisés non agricoles.
  9. Définition 1999 du zonage en aires urbaines.
  10. Nomenclature Zauer (zonage en aires urbaines et aires d'emploi de l'espace rural), basée sur les travaux conjoints de l'Inra et de l'Insee en 1998-1999.
  11. Insee Première, n° 1 374, octobre 2011.
  12. Il s'agit (1) du zonage en unités urbaines, (2) du zonage en aires urbaines et aires d'emploi de l'espace rural, (3) du zonage par les bassins de vie des bourgs et des petites villes et (4) de la classification des modes d'occupation du sol Corine Land Cover de 2006.
  13. Par exemple, l'artificialisation des sols en appui de la dénonciation des mouvements de périurbanisation.
  14. Communes dont au moins 40 % de la population active travaillent dans un ou plusieurs pôles urbains.
  15. Insee Première, n° 1 364, août 2011.
  16. (A) Territoires artificialisés : poste 1 de la nomenclature Corine Land Cover 2006 ; (C) Territoires agricoles : poste 2 ; (N) Territoires (semi-) naturels : postes 3, 4 et 5.
  17. À l'instar de Cynthia Ghorra Gobbin (1993), par métropole, nous entendons les grandes agglomérations urbaines polycentrées, connectées entre elles et participant à l'économique mondiale.