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La construction du paysage viticole

Les vignerons in(ter)dépendants de Jonquières dans l'Hérault

The Vineyard landscape building

The in(ter)dependant winemakers of Jonquières, Herault
20/07/2011

Résumé

Cet article questionne le lien entre les pratiques des viticulteurs et la construction du paysage viticole, en s'intéressant particulièrement à la perception des viticulteurs et à leur implication, tant matérielle qu'idéelle, dans le processus de production du paysage. Le simple constat de l'agencement du paysage observable ne saurait suffire à expliquer la construction de celui-là, c'est pourquoi nous avons cherché à comprendre les ressorts de la production des paysages à travers les logiques qui guident les choix culturaux des viticulteurs. L'analyse des pratiques individuelles, dans un premier temps, permet de comprendre les critères influant sur les choix au niveau parcellaire. L'intérêt porté à la dimension collective (le groupe social des viticulteurs) précise ensuite les dynamiques qui guident la construction du paysage viticole et dévoile l'existence d'une conscience du paysage considéré comme une œuvre commune.
This article interrogate the link between the wine-growers' practices and the construction of the vineyard landscape, with particular interest in the wine-growers' perception and their involvement, both material and intellectual, in the process of landscape building. The simple assessment of landscape's organization is not sufficient to explain its building, so we tried to understand the logic of landscapes production through the reasons that guide the viticulturalists' choices. First, the analyse the individual practices, lets understand what are the criterions influencing the choices at the scale of parcels. Then, the focus on the collective dimension (the social group of winemakers) precises the dynamics that guide the construction of the vineyard landscape, and thus shows that there is an awareness of the landscape as a collaborative work.

Texte

« Il n'y a pas de paysage sans paysans1 ! »   

Les agriculteurs en général et les viticulteurs en particulier ont un rôle prépondérant dans la construction du paysage de leur territoire. En effet, les viticulteurs façonnent les paysages à travers l'objet de leur profession : travailler la terre pour produire. Ils parcourent leurs parcelles au quotidien et ne cessent de faire des choix agriculturaux2 de plus ou moins grande envergure, qui transforment petit à petit les paysages. L'agriculture contribue à aménager et à structurer l'espace. Mais ces paysages qui font partie intégrante de leur quotidien, quelle attention y prêtent-ils ? Quel recul ont-ils dans le regard qu'ils portent autour d'eux ? Comment perçoivent-ils leur environnement ? Il s'agit ici de questionner le lien entre leurs pratiques quotidiennes et la perception des paysages qui en résulte au fil du temps. Le point problématique se trouve dans la considération de la relation aux paysages comme « production du quotidien3 », c'est-à-dire entre production matérielle (les pratiques agricoles) et production idéelle (la perception du paysage) (Godelier, 1984).

Le paysage est aujourd'hui un des éléments constitutifs d'une identité territoriale, en comprenant l'identité comme un ensemble de valeurs caractérisant l'appartenance à un pays. Cette identité territoriale semble devenir de plus en plus importante (contrecoup de la mondialisation ?) ou est simplement de mieux en mieux reconnue. En témoigne la Convention européenne du paysage, adoptée à Florence en 2000, qui valorise le vécu des habitants. Ainsi y est-il mentionné que les États membres  reconnaissent « que le paysage est partout un élément important de la qualité de vie des populations : dans les milieux urbains et dans les campagnes, dans les territoires dégradés comme dans ceux de grande qualité, dans les espaces remarquables comme dans ceux du quotidien » et qu'il « constitue un élément essentiel du bien-être individuel et social ». Or les agriculteurs jouent un rôle primordial dans la construction de ces identités paysagères car ils façonnent en partie le paysage et donnent son image à une région. Il apparaît dès lors essentiel de se pencher sur le point de vue de ces acteurs majeurs. Cela est d'autant plus justifié à un moment où l'agriculture est dans une transition induite par la modernisation et la mécanisation des exploitations. Les paysages agricoles sont de plus en plus « standardisés » du fait de l'uniformisation des techniques et des moyens utilisés. Tous ces éléments cumulés, la nouvelle prise en compte de la valeur paysagère, les transformations de l'agriculture, et le rôle primordial des agriculteurs, nous confirment l'utilité de se pencher sur leurs points de vue. En effet, les agriculteurs se voient confier une autre mission que celle de nourrir la population : ils sont responsables (en partie) de la construction de paysages auxquels on accorde maintenant de la valeur. Leur profession se complexifie, mais comment intègrent-ils ces nouvelles responsabilités dans la conception de leur travail ? Comment associent-ils ces deux objets différents que sont production agricole et production paysagère ?

Les facteurs qui orientent la construction d'un paysage agricole sont multiples : il s'agit surtout de logiques économiques, pédoclimatiques, politiques, territoriales (AOC4 notamment), techniques... Mais il ne fait nul doute que les acteurs principaux restent les agriculteurs, qui jouent avec tous ces facteurs influents. Dès lors, il apparaît que le moyen de comprendre les logiques sous-jacentes à la construction de ces paysages est de s'intéresser aux pratiques et aux perceptions des agriculteurs. Dans un premier temps nous nous pencherons sur les pratiques individuelles, pour ensuite élargir la réflexion à la dimension collective qu'est le groupe social des viticulteurs pour pointer les mécanismes communs.

Des paysages viticoles en camaïeu

Le viticulteur participe d'autant plus à la construction du paysage que la vigne procure une impression esthétique forte. En effet, les techniques viticoles permettent d'adapter cette culture à des situations géographiques très variées et produisent un paysage homogène et très marqué. La vigne est ainsi, la plupart du temps, cultivée en rangs situés à égale distance les uns des autres, et au sein desquels les pieds eux-mêmes sont plantés régulièrement. Surtout lorsqu'elle est dominante, la vigne provoque une impression esthétique forte. Elle révèle des traits du territoire comme les reliefs, des éléments ponctuels (un puits, un vieil arbre), le tracé des cours d'eau et des routes. Et en même temps elle s'impose par sa surface importante, surtout en Languedoc, terre d'un « vin qui tache » produit en grandes quantités. Cependant, au-delà de cette homogénéité paysagère, chaque parcelle a un faciès propre, car la physionomie des parcelles varie en fonction des choix « viticulturaux ». En effet, chacun choisit quel sera l'écartement des rangs (même si la distance est souvent dictée par le matériel utilisé aux normes standardisées, et par la façon de vendanger : à la main ou mécanisée), la technique de taille (qui influe énormément sur l'aspect de la vigne), les matériaux des piquets utilisés, les façons dont il va conduire sa vigne (ce qui va donner l'architecture des pieds de vigne), désherber ou au contraire enherber, arracher ou replanter... En d'autres mots, c'est le viticulteur qui maîtrise l'aspect de ses vignes à travers ses pratiques et ses techniques.

Dès lors, la compréhension de la construction de ce « paysage objet » (Deffontaines, 1996) demande de s'intéresser aux éléments qui guident les pratiques des viticulteurs. C'est-à-dire qu'il faut se pencher sur les logiques de rationalité qui sous-tendent les choix effectués par ces acteurs du paysage : les viticulteurs. La vigne est en effet en Languedoc-Roussillon, et autour du village de Jonquières5 particulièrement, la culture très largement majoritaire. Le simple constat de l'agencement du paysage observable ne saurait suffire à expliquer la construction de celui-là. C'est pourquoi nous avons effectué un travail de recherche à Jonquières,  pour comprendre le point de vue des viticulteurs. C'est ainsi que nous avons pu discerner, à travers les entretiens, trois critères récurrents pour expliquer l'orientation de leurs choix : économique, qualitatif et esthétique.

Avant tout, une raison économique

Le critère économique est souvent appelé pour justifier certaines pratiques agricoles qui ne correspondent pas aux idéaux d'une agriculture saine, véhiculés par l'engouement pour le « bio » et la culture raisonnée, tant au niveau sociétal qu'au sein du monde agricole. C'est ainsi que l'utilisation d'un désherbant chimique, qui donne cet aspect très propre entre les rangs de vigne, est justifiée au nom de raisons économiques. En effet, l'emploi d'un tel produit a un coût moindre par rapport à l'investissement que représentent les méthodes prônées par les partisans de l'agriculture raisonnée. Outre le fait que le produit en soi est moins onéreux, le désherbant chimique ne demande qu'un seul passage, donc moins de travail effectif (ce qui participe à diminuer le coût de la main-d'œuvre) : « Jusqu'à présent on désherbe sous le rang, parce qu'on n'a pas de salariés et parce que c'est plus simple6. »  Un autre viticulteur explique ces choix économiques par la rationalité : « Il faut être rationnel et travailler comme en entreprise, c'est-à-dire qu'il faut qu'on ait une propriété qui soit facilement cultivable, parce que naturellement ça coûte très cher7. » Ici le critère économique rejoint un critère technique traduit par l'expression « facilement cultivable » : plus l'exploitation est simple, techniquement, à cultiver et à entretenir, moins cela demande d'investissement tant humain que financier.

La recherche qualitative, un facteur majeur

Le second critère évoqué couramment par les viticulteurs est la recherche qualitative. En effet, la qualité du raisin préfigure (en partie) la qualité du vin produit. L'importance de ce critère semble spécifique au monde viticole dans la mesure où la qualité du produit final définit en partie le succès de l'exploitation8. Et ce d'autant plus que les viticulteurs de la région essaient de se démarquer de l'image associée au Languedoc selon laquelle elle serait une région surproductrice de vin de mauvaise qualité. Pour cela, ils sont en perpétuelle recherche d'un faire-valoir qualitatif de leur produit. Les viticulteurs orientent donc leurs pratiques dans le but d'obtenir la meilleure qualité de raisin, puis de vin, possible. La viticultrice qui, plus haut, expliquait l'utilisation d'un désherbant chimique continue ensuite en faisant valoir que, qualitativement, cela offre aussi un intérêt : « Le désherbant, ça ne nous convient pas à 100 %, mais l'avantage de ça c'est que l'on passe une fois avec le tracteur et c'est fini. Quand on passe vingt-cinq fois parce que le produit ne marche pas bien, ou passer tout le temps pour tondre... on tasse plus les sols9. » En effet, l'objectif du viticulteur est d'obtenir le raisin optimal pour la vinification.

Donc les techniques de taille et de conduite de la vigne sont entièrement pensées en fonction de la fructification. Ainsi, une certaine technique de taille va influencer le développement des grappes et la taille des fruits : on élimine les yeux10 les moins productifs (par exemple le dernier œil de la branche, appelé entrecœur, donne de petites grappes qui mûrissent tardivement) et l'on ne garde qu'un nombre limité de bourgeons (en général deux) pour que la sève privilégie la fructification et qu'ainsi la taille du fruit augmente. Certains vont « tailler en vert11 » pour favoriser l'accès des grappes au soleil et diminuer la concurrence pour la sève. Mais surtout la taille définit l'architecture du pied de vigne, en fonction de laquelle on choisit le système de conduite de la vigne. Les tailles les plus courantes en Languedoc sont la taille en gobelet et la taille Guyot12. La taille en gobelet consiste à laisser plusieurs coursons13, généralement quatre ou cinq, qui « s'ouvrent » au-dessus du cep de vigne. Cette taille est peu encline à la mécanisation et au palissage. Mais c'est une taille traditionnellement utilisée dans le Midi méditerranéen, particulièrement adaptée à la physiologie de la vigne dans ce climat. Les viticulteurs de Jonquières continuent donc à tailler une partie de leurs vignes selon cette technique. L'autre technique importante est la taille Guyot, simple ou double : elle consiste à ne laisser qu'un ou deux sarments qui vont former une « baguette », cette dernière portant toutes les grappes. Cette taille longue nécessite un palissage pour maintenir et conduire la baguette ainsi formée. Les viticulteurs ont également la possibilité de laisser pousser l'herbe entre les rangs de vignes, voire même de semer des graines de fleurs, pour modifier l'accès à l'eau de la plante. Par exemple, comme l'explique un viticulteur : « Le fait de laisser de l'herbe entre chaque rangée c'est bien aussi parce que ça concurrence la vigne ce qui fait que l'on ne fait pas trop cracher les vignes, ça absorbe aussi l'eau tout ça, donc ça permet de réguler sans mettre de désherbant. » On voit donc que leurs choix restent des choix techniques, mais les vignerons ne sont pas insensibles aux conséquences esthétiques que leurs interventions induisent.

Une recherche esthétique

Le côté esthétique revient donc régulièrement dans leur discours, souvent évoqué comme une conséquence dont ils sont conscients, et à laquelle ils s'attachent. La raison première est peut-être technique, mais il en découle une architecture du pied, un ressenti qui ne laisse pas indifférent, et qui, au fil du temps, prend de plus en plus de poids au moment de décider de la façon dont on intervient sur la vigne. On le voit bien dans cette explication : « On palisse en haut et après on laisse retomber, s'il y a des sarments qui poussent en bas... c'est une volonté de garder toutes les feuilles, alors c'est moins beau, enfin c'est moins beau... ça ne fait pas entretenu, c'est une esthétique différente, et finalement on trouve ça plutôt beau, ce côté nature14. » Le fait de palisser et de laisser retomber est pensé uniquement en vue de la production, allant même à l'encontre de leurs idéaux esthétiques (une vigne bien ordonnée, propre, dirigée de bout en bout, à l'image des vignobles bordelais), puis finalement un attachement né pour ce paysage inédit. Ils y trouvent une nouvelle sensibilité, et ce « côté nature », que l'on vient d'évoquer, fera qu'ils hésiteront moins les années suivantes à enherber voire à semer des fleurs entre les rangs. En effet, l'aspect foisonnant de la plante qui en découle rappelle la physionomie d'une plante sauvage où l'homme n'est pas intervenu pour diriger le développement de la plante et les viticulteurs s'attachent à cette idée de nature sauvage symbolisée par l'herbe et les fleurs qui rappellent les prairies. Ces viticulteurs ont d'ailleurs ensuite décidé de garder ce côté champêtre en laissant les fleurs spontanées au milieu de leurs vignes et certains sèment volontairement des graines d'espèces de fleurs sauvages. Ce choix apparaît donc comme étant autant technique (concurrence pour l'eau) qu'esthétique (garder un côté sauvage).

Certains vignerons vont même jusqu'à ne penser leurs cultures que par la recherche d'une esthétique. Nous pensons à un viticulteur en particulier, rencontré lors de l'enquête de terrain, mais dont le point de vue, extrême dans sa position, illustre bien l'importance du regard en quête esthétique dans le travail de la vigne. Ainsi nous a-t-il dit : « 100 % des décisions prises au mas le sont pour l'esthétique. On le fait pour que ce soit beau, c'est toujours un mélange, ce qui est beau est bon, et ce qui est bon est forcément beau, Ça, on l'invente pas. On se rend compte un jour que l'esthétique et la pratique sont exactement la même chose, ce qui est beau est forcément rationnel, et ce qui est rationnel est forcément beau. Donc je suis incapable de faire la différence entre les deux. Donc du coup pour moi il n'y a pas l'accès à la décision dans un sens ou dans un autre, je ne vois pas la dualité entre les deux15 ». Dès lors, après un tel discours, il apparaît évident que non seulement le viticulteur se préoccupe, au moins un peu, des conséquences esthétiques de ses choix, mais de plus il est conscient du rôle qu'il peut jouer dans la construction du paysage. La logique de ce viticulteur est assez intéressante dans dans la mesure où il associe rationalité et beauté : « Ce qui est beau est forcément rationnel, et ce qui est rationnel est forcément beau ». Le fait de devoir faire des choix agriculturaux demande aux viticulteurs de faire appel à un raisonnement qu'ils construisent en fonction de leurs objectifs de production, de leurs idéaux agricoles, et des moyens économiques disponibles. Dans le cas de ce viticulteur, la logique qui dirige les choix effectués est la recherche esthétique. Il semble maintenant intéressant d'ouvrir la réflexion à la dimension collective, c'est-à-dire de s'intéresser à la communauté des viticulteurs et aux valeurs, représentations ou normes véhiculées dans ce réseau de sociabilité, pour déterminer comment chaque viticulteur s'insère dans ce processus de construction consciente des paysages.

Quel lien entre terroir et identité territoriale ?

Si chacun a ses propres parcelles, ils sont tous responsables d'un petit bout de paysage qu'ils construisent en commun. Et les viticulteurs sont bien conscients de cette dimension collective de leur travail, d'autant plus qu'ils jouent sur la valeur ajoutée du paysage comme image associée à leurs vins. En effet, le paysage est utilisé à des fins commerciales pour donner une traduction territoriale à leurs produits. Ce phénomène est observable pour tous les produits dits « de terroir ». Cette notion de terroir est aujourd'hui connotée positivement, elle est synonyme de qualité et fait valoir un « lien à la terre » qui est devenu un élément essentiel dans les discours actuels (Flutet, Roncin, 2007). C'est une notion de plus en plus médiatisée et qui devient un enjeu pour le développement de certaines régions et la reconnaissance de certains paysages. Et cette notion de terroir est d'autant plus importante quand il s'agit du vin, car elle y a toujours été liée.
En effet, le type de vin produit dépend de l'hygrométrie de la région, de la durée et de l'intensité de l'ensoleillement, donc d'un « terroir physique », mais aussi d'un « terroir humain » à travers les techniques de viticulture et de vinification adoptées. Reconnaître le lien paysage-vin c'est reconnaître le caractère polysensoriel du paysage viticole, le paysage « goûte » selon le vin qu'il produit. C'est-à-dire que face à un paysage viticole, notre impression est fortement influencée par l'idée du vin produit sur cet espace, et l'on ne peut se départir de cette sensation de « goût du vin » associé à un paysage viticole.
Les classifications en AOC sont venues officialiser et sacraliser ce lien à la terre. C'est-à-dire que l'appellation marque officiellement l'importance du terroir par des certifications, des délimitations et la reconnaissance de certaines pratiques (qui dictent notamment le cahier des charges). Le domaine autour de Jonquières est en AOC générique « Vin du Languedoc » et une grande partie relève des « Terrasses du Larzac ». Or l'inscription en zone AOC implique un cahier des charges à respecter, donc des pratiques communes qui sont spécifiées. Ainsi, les règles de production de l'AOC Languedoc stipulent que la taille doit être courte, à coursons, avec un maximum de douze yeux francs par souche, obligent à une certaine densité des parcelles (au minimum 4  000 souches par hectare) et exigent un rendement de 50 hectolitres maximum par hectare pour les vins rouges et les vins rosés, et de 60 hectolitres par hectare pour les vins blancs. Ces pratiques communes engendrent une unité du terroir qui est justement revendiquée par l'ensemble des vignerons indépendants de la commune. Cela peut se traduire par un échange de matériel ou de produits, des discussions et débats sur les techniques viticoles, ou tout simplement une certaine uniformisation du paysage viticole. Cette harmonie visible et invisible donne naissance à ce que l'on pourrait qualifier  de conscience « d'une identité territoriale ». Et au nom de cette identité territoriale émerge une revendication de la construction collective des paysages viticoles de la région.

Des vignerons indépendants mais des valeurs communes

Tout d'abord, il y a des valeurs culturelles et sociétales auxquelles adhère la communauté des viticulteurs. Ces valeurs sont partagées et revendiquées, elles font partie du patrimoine viticole régional, par exemple, par le simple fait de planter de la vigne et non une autre culture. Dans cette région, la vigne est une tradition : on a toujours planté de la vigne et des oliviers, quel serait l'intérêt de briser un ordre établi, et qui plus est fonctionne ? Les viticulteurs d'aujourd'hui s'insèrent donc dans cette longue tradition qu'ils revendiquent, et tous ont mentionné lors des entretiens cette valeur historique : « La vigne a une valeur historique ici, c'est le seul patrimoine. La vigne est particulièrement adaptée, on ne peut rien faire pousser ici, à part l'olivier, de la vigne, des amandiers qui ne vont rien vous donner du tout, c'est une terre à vigne ici, on ne peut rien faire d'autre! Après peut-être s'il y a des endroits le long de la Gamas, où il y a pas mal de moutons et de chèvres, des choses comme ça, un peu d'élevage, mais qu'est-ce que vous voulez faire d'autre ? La vigne c'est notre salut quand on veut vivre de la terre. C'est une terre qui est faite pour ça et qui en plus donne des «supers» produits au niveau de la vigne. Historiquement, humainement, économiquement, elle est ancrée16. »
Le simple fait de pratiquer la viticulture les implique dans des logiques communes qui les dépassent, les réunissent et qu'ils souhaitent faire perdurer. Cette tradition commune, ils s'en servent pour faire valoir la qualité de leurs produits. Et l'on revient ici au « lien à la terre », c'est une terre à vignes transmise dont ils ont la responsabilité collective.
Car cette responsabilité les réunit. Ils héritent de leur statut d'agriculteur viticulteur et de la conception qu'ils se font de leur métier. Ils partagent des valeurs sociales qui font d'eux des travailleurs de la terre, résistant aux modes de vie urbains et au « métro-boulot-dodo » : « Le vin est un des derniers bastions des choses comme l'agriculture en général, ou "l'artisanat". Je veux dire que c'est un des derniers liens entre des choses humaines et naturelles. Voilà, 90 % des gens habitent en ville, 90 % des gens ne veulent pas piocher mais être sur l'ordinateur... ». Ainsi se considèrent-ils comme les derniers résistants d'un mode de vie qui est nécessaire au bon fonctionnement de la société actuelle. Dans ce cas ils s'associent aux agriculteurs en général et à leur rôle essentiel pour nourrir la population. Et la seule visibilité qu'ils offrent est justement ce paysage particulier, et c'est à travers ce paysage marqué qu'ils s'expriment et qu'ils revendiquent leur rôle. Ils ont donc pleinement conscience de la visibilité et des conséquences des choix des pratiques agricoles. Les paysages, ce sont eux qui en sont responsables. Comment pourrions-nous mieux l'exprimer qu'en rapportant les paroles de ce viticulteur qui milite pour la conservation des paysages de sa région :

« Mon père a appelé la maison où je suis né Cal Demoura, ça veut dire «il faut rester», ça veut dire tout le monde est parti de la campagne, tout le monde a abandonné parce qu'on était un trou où personne ne voulait aller. Tout le monde fait un retour maintenant sur l'écologie tout ça, mais en même temps demandez aux gens s'ils veulent que leurs enfants deviennent ouvriers agricoles : il n'y en a pas un qui va répondre oui !
Donc dans le paysage on n'a qu'une question à se poser : qui pioche ?
Après, pour trouver des gens qui vont réfléchir, à tout, des grandes idées magnifiques, là il va y en avoir plein ! Intelligents, pertinents, sauf qu'il manque cruellement de gens qui piochent...
Y'a pas deux questions pour le paysage.  C'est : qui pioche ?
Et après c'est le travail d'être dehors, c'est dur quoi ! C'est mal payé, c'est physique, donc personne ne le fait !
Donc du coup oui le potentiel il y est là, dans le paysage. »

Cette représentation du paysage comme marque et preuve de leur travail relève d'une conception propre au monde viticole : c'est une conception qui s'inscrit dans un contexte social particulier. Cette conception relève de valeurs et de normes communes au monde agricole. Sur le plan collectif, il existe donc, dans ce cas, une conscience des paysages comme œuvre commune. Cela peut se voir notamment dans le regard qu'ils portent sur les parcelles de leurs voisins. Parmi les viticulteurs que nous avons rencontrés, chacun justifiait ses propres techniques. L'un est « en bio », l'autre veut faire du rendement, le troisième veut rester traditionnel, et ainsi de suite... Chacun a ses propres façons de travailler la vigne et pourtant, jamais ils ne critiquent les façons de faire du viticulteur d'à-côté. Leurs jugements sont très tolérants, parce qu'il n'y a pas de normes qui s'imposent à tous. Tant que les autres continuent à planter et à entretenir leurs vignes, ce sont en quelque sorte des alliés dans un même combat qui serait de produire du vin de qualité sur un bel espace et surtout de faire valoir l'originalité de cette région en pleine reconversion viticole : «  Quelque part on habite une région où il y a beaucoup de diversité, climatique, géologique, et le rôle d'un domaine comme le mas ***** qui est resté quand même petit c'est justement de garder cette liberté. J'aurai eu un Bordeaux ou un Bourgogne j'aurai jamais fait du vin. »

Le paysage viticole, une œuvre collective...

Il existe donc une certaine solidarité entre eux, parce que chacun, en associant ses parcelles à celles des autres, participe à construire le paysage du groupe. Aucun ne pourrait financièrement et techniquement se permettre de détenir l'ensemble des terres.
 «  Le fait d'acheter c'est surtout d'être responsable de quelques mètres carrés sur la planète et du coup personne ne peut y faire un truc qu'on ne voudrait pas. Il y a un énorme avantage, si on a la prétention que ce que l'on fait c'est bien, on est content, et du coup on se dit que celui qui fait mal ne peut pas faire mal là. C'est en ça que c'est toujours tordu de posséder, et en même temps posséder nous permet de remettre en culture toute une zone, et si on n'a pas acheté on ne peut pas faire ça! On construit des murs, on plante des arbres comme on veut17. »
Dès lors les viticulteurs propriétaires œuvrent ensemble car le paysage c'est une œuvre collective. Un viticulteur a choisi de nous en parler avec la métaphore d'un musée. Chaque parcelle serait comme un tableau, avec son individualité et ses particularités, et le paysage régional comme une exposition dans laquelle chaque tableau prend son sens. Regarder le paysage comme l'on regarde une exposition, c'est une façon d'observer les particularités dans un ensemble plus large. Le regard d'un vigneron est d'ailleurs biaisé par le fait qu'il y a ses parcelles et celles des autres. Même si d'une façon générale ils ne jugent pas la façon dont l'autre « tient » sa vigne, le fait d'être acteur dans un mouvement plus large les oblige d'une certaine façon à aller dans le même sens.
« Il faut avoir le temps de se poser, de prendre du plaisir, et se dire «aller, le petit coup de labour je vais le mettre, ça va être beau ; ma vigne elle sera encore plus belle que la sienne». Voilà, la petite jalousie saine qui fait que quand on se promène, quand on marche dans les vignes, on sait que ce qui se passe là c'est bien, donc du coup chaque personne voit que tout le monde le fait bien, tire dans le bon sens, donc du coup le petit effort supplémentaire plutôt que de se dire on s'en fout, tout le monde fait pareil, tout est détruit ! On est tous vraiment coresponsables, et quand je dis que le regard des autres ne nous appartient pas c'est vraiment fondamental. »

Le paysage, c'est leur œuvre collective, et ils le revendiquent, ne serait-ce qu'en mettant un dessin ou une photo sur l'étiquette d'une bouteille. Les viticulteurs s'inscrivent dans une logique commune qui guide la construction du paysage du territoire.

... Et un combat commun

Les incitations économiques peuvent aussi conduire les viticulteurs à opérer des changements radicaux dans le paysage. En matière viticole, ce sont essentiellement les primes à l'arrachage qui ont pendant longtemps incité les exploitants à renouveler leurs plantations (l'arrachage donne lieu à une prime puis à un droit de plantation, sans lequel on ne peut planter une nouvelle vigne). Le jeu des primes et des replantations a donc conduit à un renouvellement des parcelles et à un maintien global du paysage.
Au cours des dernières années, il n'y a plus qu'une prime à l'arrachage définitif qui a été possible, c'est-à-dire essentiellement l'incitation à la cessation d'activité, sans repreneur (ou sous certaines conditions, une prime à la replantation qualitative qui passe également par une phase d'arrachage). En toute logique, ces dispositifs auraient dû modifier sensiblement le paysage de Jonquières, mais il y a peu d'effets sensibles, contrairement aux communes limitrophes. En effet, les viticulteurs qui mettent leur vin à la coopérative sont les premiers à subir les aléas économiques de la « crise » du vin et donc les premiers à répondre à ces incitations. Le vignoble de Jonquières est, au contraire, essentiellement constitué de vignerons indépendants18, ce qui confère à leur « communauté » un poids qui leur permet de s'affranchir plus facilement de ces incitations et par conséquent de donner un caractère plus pérenne à leur paysage. Ce pourquoi d'ailleurs ils y sont particulièrement attachés sans doute. Certains prédisent que, en Languedoc-Roussillon, dans un premier temps, il y aura beaucoup de vignes arrachées ou à l'abandon (il n'y a plus de primes aujourd'hui), et par conséquent un « manque » de parcelles d'ici dix ans, puis une demande accrue. Malgré cela, ou peut-être à cause de cela, les viticulteurs de Jonquières se sont placés en dehors de cette logique économique ; en recherchant très tôt la qualité de leurs paysages ils ont  associé  la commune de Jonquières à une réelle qualité de la production viticole. Ainsi ont-ils acquis une certaine maîtrise de leur paysage, qu'ils ont donc à cœur de défendre collectivement.


Conclusion

Notre démarche initiale était de questionner le lien entre les pratiques quotidiennes agricoles des viticulteurs et la représentation qu'ils se font d'un paysage qu'ils participent à construire. Ce qui nous a permis de montrer l'imbrication des identités individuelles et collectives liées au territoire. En effet, se pencher sur les pratiques individuelles, dans un premier temps, a montré que, au-delà des demandes techniques agricoles, les viticulteurs sont conscients du rôle qu'ils jouent dans le processus de construction du paysage. L'esthétique n'est pas ignorée ou écartée, au contraire elle fait partie intégrante des éléments pris en compte lors du choix des pratiques agricoles mises en œuvre. L'idée était de comprendre la façon dont les viticulteurs conçoivent leurs pratiques individuelles, c'est-à-dire de comprendre les ressorts de leur production individuelle du paysage.
Ceci nous a ensuite amené à nous intéresser, de manière plus globale, aux logiques de production collective du paysage où chacun est acteur. Nous avons alors cherché à comprendre la façon dont les viticulteurs s'inscrivent dans la dimension collective de la construction du paysage. Cela nous a permis de montrer que ces différentes échelles de perception s'imbriquent et de déterminer les dynamiques qui dirigent la construction du paysage agricole. Il apparaît que les démarches individuelles sont dans les grands traits rapportées à une œuvre de groupe (celle des viticulteurs indépendants de Jonquières) qui serait la production d'un paysage-objet ayant une certaine valeur tant commerciale qu'identitaire. Alors qu'au niveau individuel les viticulteurs gardent leur liberté d'action sur la façon de cultiver leurs vignes. Si l'on peut voir des différences plus ou moins flagrantes dans les parcelles de vignes voisines, cela n'enlève en rien l'harmonie qui se dégage de l'ensemble visible : le paysage viticole. Ce serait donc dans un jeu d'échelles complexe entre individuel et collectif, dans une articulation entre matériel et idéel, et dans un jeu entre contexte local et valeurs sociales que naissent les logiques qui définissent la production du paysage agricole.

Mots-clés

Paysage, viticulture, identité territoriale, esthétique, production collective
Landscape, viticulture, territorial identity, aesthetic, collective work

Bibliographie

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Carbonneau, A., Cargnello, G., Architectures de la vigne et systèmes de conduite. Description et aptitudes viticoles, Paris, Dunod-Lavigne, coll. « œnologie », 2003.

Deffontaines, J.-P., « Du paysage comme moyen de connaissance de l'activité agricole à l'activité agricole comme moyen de production de paysage. L'agriculteur producteur de paysages. Un point de vue d'agronome », Comptes rendus de l'Académie d'agriculture de France, n° 4, 1996, vol. 82.

Flutet, G., Roncin, F. et al., Terroir : pour une définition opérationnelle au service du développement durable, actes du colloque « Les terroirs, caractérisation, développement territorial et gouvernance », 9 au 12 septembre 2007, Aix-en-Provence, Fuveau, Association Campagnes et Terroirs de Provence et des Alpes du Sud, 2007.

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Menadier, L., « Que révèlent «parcelles préférées» et «coins de paradis» sur les caractères d'un produit ? », Projets de Paysage, publié le 18/07/2010, URL : http://www.projetsdepaysage.fr/fr/que_revelent_parcelles_preferees_et_coins_de_paradis_sur_les_caracteres_d_un_produit_ .

Auteur

Solène Delebecque

Étudiante au sein de l'EHESS en master 2 mention « Territoires, Espaces, Sociétés».
Courriel : solene.delebecque@gmail.com

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Solène Delebecque
La construction du paysage viticole
publié dans Projets de paysage le 20/07/2011

URL : http://www.projetsdepaysage.fr/fr/la_construction_du_paysage_viticole

  1. Extrait d'un entretien avec un viticulteur indépendant jonquiérois, dans le métier depuis 25 ans, réalisé dans le cadre de l'enquête de terrain exploratoire en mars 2011.
  2. Nous avons choisi le terme « agriculturaux » et non « agricoles » pour traduire l'étendue de la portée des choix des viticulteurs. C'est-à-dire que certains choix ne sont pas en lien direct avec la production agricole stricto sensu. Par exemple, si le choix de mettre des piquets augmente la photosynthèse, en revanche de les choisir en bois ou en métal n'a pas d'incidence sur la plante. Le terme « agricultural » est répertorié dans les Trésors de la langue française, dit TLF, édités par le CNRS et les Éditions Gallimard, mais il s'agit d'un néologisme construit par George Clémenceau pour désigner quelque chose « qui a rapport avec l'agriculture ».
  3. Expression employée par Sébastien Caillault et Maxime Marie dans leur article « Pratiques agricoles, perceptions et représentations du paysage : quelles articulations ? Approches croisées Nord/Sud ». Cet article a donné le cadre de notre réflexion sur le lien pratique-perception. Nous reprenons d'ailleurs le fil de pensée à travers l'intérêt porté à l'individuel puis au collectif. Leur article propose de comprendre les logiques de production d'un paysage agricole en s'intéressant à la représentation que s'en font les agriculteurs et à ce qu'elle induit dans leurs pratiques. Nous avons ici tenté d'élaborer une réflexion propre au monde viticole.
  4. « Constituent une appellation d'origine, la dénomination d'un pays ou d'une région ou d'une localité servant à designer un produit qui en est originaire et dont la qualité et les caractères sont dus au milieu géographique comprenant des facteurs naturels et humains, le statut de ces appellations est d'ordre public et interdit toute appropriation par la voie d'une marque » : article L. 115 à1 du code de la consommation. Voir aussi art. L. 641 du code rural.
    L'AOC est aussi comprise comme une pratique culturelle, mais c'est une dénomination qui disparaît pour être progressivement remplacée par celle qui a été votée au niveau communautaire qui est Indication géographique protégée.
  5. Jonquières est un village situé dans le département de l'Hérault à une trentaine de kilomètres au nord de Montpellier. Il compte près de 400 habitants, et l'on y trouve sept caves vigneronnes indépendantes ce qui représente une proportion importante pour un village de cette taille. Les autres propriétaires de terres viticoles envoient leur raisin en coopérative.
  6. Extrait d'un entretien avec une viticultrice réalisé en mars 2011, installée à Jonquières depuis 1983, devenue indépendante en 2000.
  7. Extrait d'un entretien avec un viticulteur indépendant jonquiérois, installé récemment (2004), toujours dans le cadre de l'enquête de terrain de mars 2011.
  8. Cette affirmation n'est pas généralisable à l'ensemble des exploitations viticoles françaises voire mondiales (certains domaines privilégient la production de vin à bas prix et en grandes quantités) mais dans le cas spécifique de la région, et plus particulièrement des viticulteurs indépendants de Jonquières, la recherche qualitative fait partie intégrante de leur démarche.
  9. Extrait d'un entretien avec une viticultrice réalisé en mars 2011, installée à Jonquières depuis 1983, devenue indépendante en 2000.
  10. Chaque œil renferme bourgeons à bois et bourgeons à fruits.
  11. Taille réalisée lorsque les pieds ont des feuilles, on dit alors qu'ils sont « verts ». Elle s'effectue généralement en été avant les vendanges.
  12. Les différentes tailles et les systèmes de conduite sont répertoriés par Alain Carbonneau dans son ouvrage Architectures de la vigne et systèmes de conduite. Description et aptitudes viticoles, 2003.
  13. Un courson est une « branche » de la vigne qui porte des grappes.
  14. Extrait d'un entretien avec une viticultrice réalisé en mars 2011, installée à Jonquières depuis 1983, devenue indépendante en 2000,
  15. Extrait d'un entretien avec un viticulteur indépendant jonquiérois, dans le métier depuis 25 ans, réalisé dans le cadre de l'enquête de terrain exploratoire en mars 2011. Il a été à une époque certifié en « bio » mais a arrêté pour pouvoir garder une liberté dans ses pratiques agricoles (notamment dans le cadre de cette démarche esthétique) qui n'était pas permise par le cahier des charges imposé par une telle certification.
  16. Extrait d'un entretien avec une viticultrice réalisé en mars 2011, installée à Jonquières depuis 1983, devenue indépendante en 2000.
  17. Extrait d'un entretien avec un viticulteur indépendant jonquiérois, dans le métier depuis 25 ans, réalisé dans le cadre de l'enquête de terrain exploratoire en mars 2011.
  18. Un vigneron indépendant est un viticulteur qui travaille lui-même sa vigne, récolte son raisin, vinifie et élève son vin, met en bouteille sa production dans sa cave et commercialise lui-même ses produits.