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L'oléiculture en France : quand le paysage participe au renouveau d'une activité agricole

Olive Growing in France: When the Landscape Contributes to the Regeneration of Farming Activities
14/01/2018

Résumé

Après un long déclin, la culture de l'olivier connaît en France un net regain depuis la décennie 1980 grâce à une meilleure valorisation des produits oléicoles locaux. Les acteurs de ce renouveau oléicole, en particulier les oléiculteurs amateurs, sont multiples et participent au façonnement de nouveaux paysages de l'olivier. Ces derniers constituent un élément majeur de la renaissance de l'oléiculture, processus qui demande à être interrogé. Les ressorts de la dynamique paysagère oléicole sont variés et mettent en évidence la forte valorisation apportée par les paysages de l'olivier qui offrent un ancrage territorial de plus en plus apprécié et des perspectives vers des pratiques plus respectueuses de l'environnement. Les paysages oléicoles contribuent ainsi à la plurifonctionnalité des espaces agricoles locaux et permettent de saisir les profondes mutations qui bouleversent les territoires de la France méditerranéenne.
After a long decline, olive growing in France has experienced a marked revival since the 1980s thanks to the valorization of local olive products. The great variety of profiles of the stakeholders in this re-emergence of olive production, especially among amateur olive growers, contributes greatly to the generation of the new olive growing landscapes. These landscapes are a major outcome of the rebirth of olive growing, a phenomenon worthy of research. The dynamics at work in the olive-producing landscape are varied and highlight the high value of the different types of landscapes introducing more environmentally friendly practices and providing an increasingly appreciated regional heritage. They thus contribute to the versatility of local farming areas and make it possible to understand the profound changes affecting the French Mediterranean region.

Texte

La culture de l'olivier est une activité agricole fondamentale dans les pays méditerranéens où elle occupe plus de 13 millions d'hectares et participe à la vie de près de 10 millions d'exploitations (Breton et Bervillé, 2012). Par ce fait, elle constitue la principale arboriculture méditerranéenne dont la finalité fondamentale demeure l'obtention de denrées alimentaires (huile d'olive et olives de table) essentielles dans le régime alimentaire local. C'est dans ce cadre productif que l'oléiculture française a longtemps évolué au gré de sa rentabilité et des aléas climatiques. Toutefois, l'olivier est un arbre fruitier bien singulier, chargé de valeurs historiques, socioculturelles et esthétiques qui lui octroient une dimension symbolique très forte. Sa place dans les paysages méditerranéens est considérable au point de constituer un élément fondamental d'une identité méditerranéenne et d'avoir longtemps été choisi comme le principal indicateur biogéographique de la zone méditerranéenne (Durand et Flahault, 1886). Aussi la dimension paysagère de l'oléiculture est-elle essentielle car elle induit non seulement un ancrage au sein du Bassin méditerranéen mais nourrit aussi des perceptions esthétiques, historiques, gustatives et spirituelles très valorisées. Après un profond déclin séculaire, l'oléiculture en France connaît un véritable regain qui repose largement sur cette dimension paysagère exceptionnelle.
C'est ce renouveau oléicole, porté par une forte valorisation paysagère, que nous entendons présenter et interroger comme révélateur de mutations contemporaines concernant les activités et espaces agricoles en France. Étudier l'oléiculture contemporaine offre ainsi un champ pertinent pour aborder des questionnements majeurs comme le devenir des espaces agricoles face à l'urbanisation croissante, l'essor des activités agricoles portées par des amateurs et/ou le milieu associatif, la mobilisation de certaines activités et paysages agricoles dans le cadre de projet de territoire (SIQO1, chartes agricoles ou paysagères, mise en place de paniers de biens...) ou l'intégration des aménités paysagères dans la valorisation des productions agricoles.
L'impact paysager de l'olivier est majeur au point de le transformer en un vecteur de valorisation efficace pour l'agriculture et un levier pour des projets de territoire. Pour ce faire, nous nous appuierons sur l'analyse des entretiens semi-directifs menés auprès de 102 oléiculteurs identifiés grâce à l'aide apportée par l'Association française interprofessionnelle de l'olive (Afidol) et quelques mouliniers rencontrés dans nos terrains de recherche. Trois catégories d'oléiculteurs ont été ciblées pour ces entretiens : des oléiculteurs professionnels (24 personnes), des exploitants agricoles ayant une activité oléicole annexe (22 personnes, principalement des viticulteurs) et des oléiculteurs amateurs (56 personnes). En outre, des responsables de moulins ont été aussi interrogés (13 personnes), ainsi que des élus (6 personnes) et des responsables agricoles (Afidol, chambres d'agriculture, Inao, coopératives viticoles, groupements de producteurs : 12 personnes). La plupart des 102 entretiens menés auprès des oléiculteurs ont été enregistrés, retranscrits et ont fait l'objet d'analyses qualitatives et quantitatives (Angles et al., 2013 ; Garlatti et Angles, 2014 ; Grésillon et al., 2014). Ce travail d'enquête a été entrepris dans le cadre du programme de recherche « Paysages & Terroirs méditerranéens » (Patermed) financé par l'Agence nationale de la recherche (ANR) dans l'objectif d'analyser les dynamiques des paysages viticoles et oléicoles et leur insertion au sein des filières et des territoires. Ce programme a déployé ses activités de 2010 à 2014 avec 28 chercheurs issus de six équipes de recherche (UMR Ladyss, UMR Telemme, UMR-Inra Innovation, EA Loterr, UMR Espace et UMR-Inra Agap) et sur cinq terrains de recherche : la vallée du Paillon (Alpes-Maritimes), le Pays d'Aubagne (Bouches-du-Rhône), la communauté de communes du Grand Pic Saint-Loup, la région de Montpeyroux-Saint-Guilhem-le-Désert (Hérault) et l'aire AOC de Bandol (Var). À cela s'est ajoutée une étude paysagère faite à partir d'un corpus de photographies aériennes obliques et des observations de terrain effectués en France méditerranéenne (Angles et al., 2014 ; Angles, 2014 ; Grésillon et al., 2014 ; Renard et Humbert, 2014).

Un renouveau oléicole créateur de nouveaux paysages de l'olivier

Après un déclin séculaire, l'essor récent de l'oléiculture en France

L'olivier a longtemps été très présent dans les campagnes de la France méditerranéenne où il s'intégrait à une économie agraire de subsistance comme principal pourvoyeur de corps gras (Amouretti et Comet, 1992). Cependant, l'oléiculture française déclina dès le XVIIIe siècle après des crises climatiques sévères2 et cela s'accentua au XIXe siècle en raison de l'extension du vignoble et de la baisse de sa rentabilité due à une concurrence accrue des huiles d'olive ou de graine importées. Ainsi le nombre d'oliviers cultivés en France diminua de moitié, passant de 26 millions d'arbres en 1840 à 13,7 millions en 1929. Ce long déclin fut précipité par le gel catastrophique survenu en février 1956 qui détruisit des millions d'oliviers et bouleversa toute l'économie oléicole. La plupart des oléiculteurs abandonnèrent ou arrachèrent leurs oliviers et des centaines de moulins fermèrent, faute d'olives à triturer. L'oléiculture française semblait quasiment en voie de disparition : le nombre d'oliviers cultivés chuta à 4 millions en 1979, puis à 3,4 millions en 1988 (Angles, 2014b).
Depuis la fin des années 1980, on observe cependant un net regain de l'oléiculture en France, à l'instar de nombreux pays méditerranéens comme l'Espagne, la Grèce, le Portugal ou le Maroc (Conseil oléicole international, 2012). Ainsi le nombre d'oliviers en France a augmenté récemment pour atteindre 5,1 millions d'arbres en 2011 répartis sur 55 000 hectares (au lieu de 40 000 hectares en 1988). Cet essor constitue une inflexion historique et fait de l'oléiculture une des rares activités agricoles en extension dans le Midi méditerranéen. Toutefois, cet essor oléicole n'est pas homogène et la figure 1 montre qu'il est beaucoup plus accentué dans le Languedoc-Roussillon que dans les Alpes-Maritimes : les secteurs qui avaient connu une quasi-éradication de l'olivier comme les départements de l'Aude ou des Pyrénées-Orientales enregistrent aujourd'hui une forte progression de leurs oliveraies3, bien qu'elles demeurent encore modestes.

Figure 1. Évolution des surfaces oléicoles en France.
Source : carte réalisée par Florence Garlatti et tirée de Angles, S.,
Atlas des paysages de la vigne et de l'olivier en France méditerranéenne, Versailles, éditions Quæ, 2014a.

En se plaçant à une échelle plus fine, on peut observer que la multiplication des oliveraies cultivées s'observe aussi bien dans les zones rurales qu'au sein des aires urbaines. La culture de l'olivier présente donc cette particularité de se développer aujourd'hui dans des zones urbaines et périurbaines dans lesquelles de vieilles olivettes ont été réhabilitées, de nouveaux vergers ont été installés et des milliers d'oliviers ont été plantés dans les jardins privés et des espaces publics. Les paysages de l'olivier réapparaissent donc de manière flagrante au sein d'espaces où peu à peu les marques de l'agriculture se raréfient. Cela met en lumière un processus original dans lequel une activité agricole se maintient, voire s'étend dans des aires bouleversées par un fort étalement urbain comme on peut l'observer sur la figure 2. En effet, dans ce quartier situé à la périphérie de Manosque, on remarque que l'urbanisation n'a pas abouti à une disparition des oliviers et que ces derniers sont encore très nombreux et, pour beaucoup, toujours entretenus : ils sont taillés régulièrement, la plupart des arbres sont soignés avec de la bouillie bordelaise contre la fumagine, les olives sont récoltées et amenées à la coopérative oléicole voisine.

Figure 2. Les olivettes conservées dans la périphérie de Manosque (Alpes-de-Haute-Provence).
Source : cliché Stéphane Angles (2010).


Les enquêtes menées par le Patermed auprès des oléiculteurs situés dans les périphéries marseillaise (Pays d'Aubagne), niçoise (vallée du Paillon), toulonnaise (aire de Bandol) ou montpelliéraine (communauté de communes du Grand Pic Saint-Loup) témoignent bien du développement de l'oléiculture dans un contexte territorial où l'urbanisation croît à un rythme rapide (Angles et al., 2014). Une oléicultrice proche de l'agglomération montpelliéraine témoigne de cette place particulière de l'oléiculture dans le périurbain et du fait qu'il existe un retour de l'olivier : « Mon grand-père avait enlevé des oliviers, j'en ai replanté ensuite. » Dans les secteurs plus ruraux, la multiplication des oliveraies avec de très nombreuses jeunes plantations, certaines d'entre elles en mode intensif, et la réhabilitation de maintes olivettes abandonnées sont également bien visibles.

Les multiples acteurs du renouveau oléicole en France

Ce renouveau oléicole est porté par de très nombreux acteurs dont les motivations et les actions diffèrent notablement : l'oléiculture devient ainsi de plus en plus plurielle et voit émerger de nouvelles figures, révélatrices de mutations contemporaines au sein d'une activité agricole longtemps considérée comme traditionnelle et immuable. Au cours du programme Patermed, le travail d'enquête a été déployé afin de bien cerner les processus et les acteurs participant à la renaissance de cette activité en France. Les acteurs du monde oléicole le reconnaissent ; ainsi un oléiculteur en périphérie de Montpellier affirme : « C'est vrai que l'olivier ça avance, on est de plus en plus nombreux en tant qu'oléiculteurs. [...] Il y a de plus en plus de gens qui s'intéressent à l'olivier, ça c'est sûr, notamment les retraités. » Le secteur oléicole se caractérise par un émiettement considérable puisque 34 900 oléiculteurs sont identifiés, ce qui représente une surface moyenne de 1,6 hectare d'oliviers par oléiculteur (données de l'Afidol). Cette population est très hétérogène puisque seulement 11 000 d'entre eux4, soit 32 % du total, sont considérés comme des « professionnels », c'est-à-dire des exploitants agricoles inscrits à la Mutuelle sociale agricole. Les données du recensement agricole 2010 pour le Languedoc-Roussillon permettent de mieux cerner ces exploitants oléicoles « professionnels » comme le montre la figure 3.

Figure 3. Répartition par orientation économique des 2 827 exploitations ayant des oliviers pour la région Languedoc-Roussillon.
Source : Agreste (recensement agricole 2010).


Sur ce total de 2 827 exploitations ayant des oliviers, seules 30 % d'entre elles sont considérées comme spécialisées dans l'oléiculture. De plus, seulement 12 % de ces exploitations oléicoles spécialisées correspondent à des exploitants agricoles qui exercent cette activité à titre principal alors que la grande majorité d'entre eux sont des retraités (50 % des exploitants oléicoles spécialisés) ou des actifs exerçant une activité autre que l'agriculture (38 %) : les oléiculteurs qui vivent de leur production oléicole sont donc bien peu nombreux (102 exploitants seulement !). Face à ce petit nombre, on peut observer l'existence de nombreuses exploitations agricoles, principalement viticoles, qui exercent une activité oléicole, mais cette dernière demeure pour eux bien minoritaire, voire marginale.
Cependant cette population oléicole « professionnelle » ne correspond qu'à une fraction des oléiculteurs qui est constituée à 68 % par des personnes qualifiées d'« amateurs » par les institutions agricoles (Afidol, chambres d'agriculture)5 et qui cultivent, malgré tout, environ 55 % des surfaces en oliviers (Woillet, 2016). L'oléiculture présente donc cette particularité d'être une activité agricole largement dominée par les « amateurs ». Ces derniers regroupent une population extrêmement variée allant des simples possesseurs de quelques arbres, soucieux de récolter leurs olives pour en tirer leur propre huile, jusqu'aux propriétaires de vastes oliveraies qui considèrent cette activité comme un loisir, un héritage familial ou une source d'embellissement de leurs biens immobiliers. À cela il convient d'ajouter les nombreuses surfaces oléicoles, difficiles à évaluer, gérées par des associations et des collectivités territoriales (communes, conseils départementaux).
Les enquêtes menées par les équipes du Patermed auprès de 102 oléiculteurs français permettent de saisir les intentions et actions de cette population si diverse. Parmi eux, 24 oléiculteurs spécialisés ont été interrogés : ils représentent certes une toute petite partie de la population oléicole mais ils sont essentiels car ils apportent de gros volumes aux moulins dont ils pérennisent l'activité (quelques-uns sont d'ailleurs eux-mêmes mouliniers) et ils constituent de véritables figures tutélaires en jouant un rôle actif au sein de l'interprofession. Ils animent les formations mises en place par l'interprofession en assurant des stages de taille et d'entretien des oliviers, en participant à la lutte contre les maladies et la mouche de l'olivier et à la diffusion des techniques préconisées par l'Afidol, en participant aux séances de dégustation des huiles d'olive et olives de table. Ils occupent souvent des fonctions à l'Afidol et dans les grandes manifestations du milieu oléicole (concours général de l'agriculture, concours interrégional de Brignoles, concours des huiles d'olive de Marseille...). Aussi leurs noms reviennent-ils fréquemment dans les propos des oléiculteurs amateurs. Les oléiculteurs spécialisés ont contribué à l'extension récente des surfaces en oliviers profitant de l'embellie économique de ce secteur grâce au prix élevé atteint par les productions oléicoles françaises6. Pour cette catégorie, la dimension paysagère de leur activité oléicole est devenue fondamentale car leurs productions reposent sur des appellations d'origine protégée (AOP) dont les cahiers des charges ont des incidences sur le paysage. Ceux des 15 AOP oléicoles contiennent ainsi plusieurs obligations culturales qui ont un réel effet sur les paysages de l'olivier : une surface minimale de 24 m2 pour chaque olivier, une distance minimale de 4 m entre les arbres, une composition variétale avec une majorité de cultivars locaux, une taille régulière des oliviers (en général une taille biennale), l'interdiction de cultures permanentes intercalaires et un entretien régulier du sol de façon à maîtriser le couvert végétal par un enherbement contrôlé, une façon culturale ou un désherbage (source Inao). Ces restrictions visent à empêcher l'intégration des productions des vergers intensifs à haute densité, souvent composés de variétés d'oliviers allochtones (le cultivar Arbequino par exemple), dans les AOP. En outre, un rendement maximum de 10 tonnes d'olives par hectare est requis ; cela confirme l'exclusion des vergers intensifs des AOP oléicoles françaises, ce qui n'est pas le cas en Espagne ou au Portugal. Les producteurs spécialisés sont donc attentifs à soigner le cadre paysager de leurs domaines afin de valoriser au mieux leurs productions et d'assurer ainsi la pérennité de leurs exploitations.
Les oléiculteurs professionnels non spécialistes représentent une catégorie émergente car les prix rémunérateurs de l'huile d'olive ont attiré des agriculteurs désireux de se reconvertir, en particulier chez les viticulteurs. Ils ont réhabilité les oliviers plus ou moins abandonnés de leurs exploitations et ont effectué de nombreuses plantations, certains d'entre eux optant pour des vergers intensifs. Toutefois, ce sont principalement les oléiculteurs amateurs qui, par leurs propres moyens mais animés d'une réelle passion pour l'olivier7, ont assuré le renouveau de l'oléiculture en France en multipliant les nouvelles oliveraies, en agissant dans des associations pour la promotion de l'olivier et en redynamisant, par leurs productions et leurs actions, un secteur qui apparaissait léthargique.

Les trois grands types de nouveaux paysages de l'olivier

Au cours des dernières décennies, les paysages de l'olivier ont connu d'importants changements en France. Outre une extension des surfaces, les oliveraies ont subi de profondes modifications au niveau de leur morphologie : densité de plantation, port des arbres et forme des oliviers en fonction des variétés. Notons aussi d'importantes modifications du point de vue de leurs orientations : une orientation productive toujours très présente, voire même productiviste dans le cas des nouvelles olivettes intensives ; mais aussi une orientation décorative de plus en plus fréquente. Ainsi, il est possible de dégager trois grands types de nouveaux paysages de l'olivier.

Un paysage oléicole qui avait quasiment disparu en France : les nouvelles plantations

Avec plus de 10 000 hectares d'oliviers plantés durant les années 1990 et 2000, les olivettes récentes constituent vraiment un élément nouveau dans les paysages méditerranéens français, mais elles présentent des formes variées. La grande majorité de jeunes oliveraies conserve un format traditionnel en ce qui concerne les variétés choisies, la densité de plantation et la morphologie des oliviers. Face aux questions portant sur les choix opérés pour ces jeunes vergers, tous les oléiculteurs interrogés ont répondu qu'ils souhaitaient conserver la trame habituelle des olivettes et la typicité de leurs productions oléicoles. Le rapport aux anciens, aux parents principalement, l'intérêt des cultivars locaux et le souci de ne pas bouleverser le paysage traditionnel constituent les principales raisons évoquées par les oléiculteurs.
Néanmoins, une analyse plus fine de ces nouvelles oliveraies montre quelques changements peu visibles mais notables. Ainsi, les densités de plantation sont presque toujours plus élevées que dans les olivettes traditionnelles (150 à 200 arbres/ha au lieu de 100 à 120 arbres/ha), les jeunes arbres sont à un seul pied alors que les vieux sujets, fréquemment recepés, comptent souvent plusieurs pieds et l'agencement des jeunes oliviers, achetés en boutures herbacées chez des pépiniéristes, respecte un alignement strict contrairement aux olivettes anciennes. La figure 4 illustre bien ces nouvelles dispositions paysagères dans les jeunes oliveraies.

Figure 4. Jeune plantation d'oliviers chez un oléiculteur amateur à Aubagne (Bouches-du-Rhône).
Source : cliché Stéphane Angles (2012).


De même, les olivettes en terrain pentu ne font plus guère l'objet d'aménagements en terrasse tandis que l'installation de systèmes d'irrigation par goutte-à-goutte se généralise (voir figure 4). En outre, les variétés plantées sont bien souvent locales8 mais au profit de quelques cultivars plus productifs et définis comme variétés principales dans les cahiers des charges des AOP (aglandau, picholinier, bouteillan par exemple). La forme donnée aux jeunes arbres diffère de celle des vieux sujets avec un port rabaissé, pour faciliter l'entretien et la récolte des oliviers, et un feuillage plus aéré pour des raisons phytosanitaires et techniques. C'est en Corse que le contraste entre oliveraies anciennes et récentes est le plus net9 avec de nouvelles variétés introduites, des arbres rabaissés en raison d'une taille désormais régulière et plus sévère et des densités de plantation plus élevées (150 à 200 arbres/ha au lieu de 50 à 70 arbres/ha dans les vergers anciens). Ces changements ont des incidences notables tant sur le paysage corse que sur les productions locales ; les récoltes sont plus régulières et aisées et donnent des huiles moins acides avec une saveur de fruité vert plus intense.
En raison de la grande diversité des oléiculteurs, les nouvelles olivettes présentent des formes différentes en fonction de leur surface et de leur orientation. Chez les oléiculteurs professionnels, les vergers sont plus étendus, mais dépassent rarement un hectare, et plus homogènes pour répondre à un souci productif ; en revanche, chez les amateurs, les nouvelles olivettes sont beaucoup plus réduites et émiettées avec une morphologie très variée au gré des multiples pratiques développées par ces oléiculteurs.
Sans atteindre l'importance qu'elles représentent en Espagne ou au Portugal, il existe toutefois en France quelques jeunes oliveraies intensives qui se caractérisent par des densités de plantation très élevées (plus de 400 arbres/ha, voire plus de 800 arbres/ha dans les vergers ultra-intensifs), une disposition des oliviers en haies fruitières taillées et récoltées mécaniquement, des variétés étrangères plus productives (l'arbequino en particulier) et un recours quasi systématique à l'irrigation par goutte-à-goutte. La figure 5 montre l'aspect standardisé de ces plantations intensives dont la finalité productive est fondamentale et dont la morphologie diffère complètement des olivettes traditionnelles au risque de brouiller l'image attendue des olivettes. Cette oléiculture mécanisée a besoin d'un accès pour des véhicules à moteur sur l'ensemble des rangs. Les terrains en forte pente ou aménagés avec des terrasses sont abandonnés au profit des parcelles plus accessibles et peu inclinés.

Figure 5. Nouvelles oliveraies intensives à Salses-le-Château (Pyrénées-Orientales).
Source : André Humbert à Colette Grandmontagne/ANR Patermed (2012).
Note : Au centre de ce cliché, on voit les oliviers serrés en lignes continues formant de véritables haies fruitières irriguées par goutte-à-goutte ; la densité de ce verger moderne atteint au moins 800 oliviers/ha. Les oliviers sont taillés par des engins mécaniques qui passent entre les rangs et qui cisaillent tous les rameaux dépassant une forme prédéfinie. Les olives sont, quant à elles, récoltées avec des machines à vendanger ou des vibreurs de troncs dotés de réceptacles articulés.


Les oliveraies réhabilitées

Profitant du renouveau en faveur de l'oléiculture, de nombreuses oliveraies délaissées depuis plusieurs décennies, voire des siècles, ont fait l'objet d'une réhabilitation qui s'est opérée aux cours des années 1990 et 200010. Cette dernière correspond à un débroussaillage des parcelles, à un rajeunissement des vieux oliviers (par un éclaircissage sévère ou une taille de régénération) et, le cas échéant, à une restauration des terrasses. Ainsi ce sont des milliers d'hectares d'olivettes abandonnées qui ont été remis en culture redonnant à l'olivier une nouvelle visibilité dans les paysages et dans les activités agricoles locales. À l'issue de ces réhabilitations, les oliveraies conservent leurs traits morphologiques anciens (densité et agencement des arbres, caractéristiques variétales), mais subissent quelques petits changements avec des arbres rabaissés et éclaircis pour faciliter les opérations culturales et accroître la production. Il est important de rappeler la place importante du bâti agricole et en particulier des terrasses dont la valeur patrimoniale est reconnue depuis les années 1980 (Ambroise et al., 1989 ; Toublanc, 1990). Les terrasses couvertes d'oliviers font ainsi l'objet d'opérations de réhabilitation portées par des collectivités territoriales (par exemple le conseil départemental de la Drôme pour le site de Villeperdrix), par des associations (comme Les Terrasses de Gellone à Saint-Guilhem-le-Désert ou Li Bancau d'oliveto à Lurs) ou par des particuliers comme au Grand Vallon à Roquevaire (figure 6).

Figure 6. Terrasses et oliveraies réhabilitées par un particulier à Roquevaire (Bouches-du-Rhône).
Source : cliché Stéphane Angles (2011).


Ces réhabilitations sont entreprises par des particuliers qui souhaitent rendre visibles et productifs des oliviers qu'ils considèrent désormais comme un véritable patrimoine. De telles opérations revêtent des formes variées allant de quelques vieux oliviers rajeunis dans un jardin à de grandes olivettes qui retrouvent leur orientation arboricole après des décennies d'abandon. Les entretiens menés auprès de ces particuliers à Saint-Guilhem-le-Désert (Hérault), dans l'arrière-pays niçois ou le dans le Pays d'Aubagne (Bouches-du-Rhône) montrent leur souci pour mettre en valeur un paysage auquel ils sont attachés, pour faire « renaître un paysage légué par les anciens » mais aussi leur souhait d'obtenir une production oléicole qui leur soit propre.
Il convient de remarquer que ces opérations de réhabilitation sont également portées par des associations qui entendent promouvoir et restaurer le patrimoine oléicole local. Dans le cadre de nos recherches, nous avons ainsi interrogé des responsables associatifs à Saint-Guilhem-le-Désert (34 - Les Terrasses de Gellone), à Lurs (04 - Li Bancau d'oliveto), à L'Escarène (06 - Les Amis de l'Olivier), au Bras-d'Asse (04 - l'Oliveraie estoublonnaise et de la vallée de l'Asse) ou à Aubagne (13 - L'Olive et l'Olivier). Ils nous ont décrit le processus de mise en patrimoine avec une prise de conscience collective de la valeur paysagère accordée aux oliveraies, puis la volonté de remettre en culture les olivettes abandonnées, voire de préserver une variété locale (l'estoublonnaise par exemple) ou de restaurer les terrasses (à Saint-Guilhem ou à Lurs par exemple). Ces associations mettent en place de nombreuses manifestations (fêtes de l'olive, stages de taille et d'entretien des oliviers) et vont parfois jusqu'à prendre des initiatives plus ambitieuses comme des chantiers de restauration des olivettes ou des terrasses, la création d'associations foncières agricoles ou la production d'huile d'olive assurée par l'association comme à Saint-Guilhem-le-Désert par exemple. Les initiatives de ce genre abondent dans le Midi méditerranéen et témoignent du fort attachement accordé à l'olivier et d'une volonté d'animation locale autour d'un arbre perçu comme un élément fédérateur (Minvielle et al., 2009). De la même façon, certaines collectivités territoriales ont développé des démarches similaires afin de sauvegarder des oliviers considérés comme un patrimoine et un support pour le tourisme. Cela est justifié par l'ancienneté des oliviers, car les sujets pluricentenaires sont rares en France en raison des aléas climatiques, ou par leur localisation en vue de préserver des espaces agraires dans une trame en voie d'urbanisation. La réhabilitation du domaine du Partégal à La Farlède (Var), à l'initiative du conseil départemental, ou la restauration des olivettes du Mont d'Or à Manosque (Alpes-de-Haute-Provence), opération soutenue par la municipalité, le conseil départemental et le conseil régional, montrent bien que ce type de paysage oléicole réinvesti est aussi porté par des acteurs territoriaux soucieux de relancer l'activité oléicole et de se servir des paysages de l'olivier comme levier de développement local et de marketing territorial.

Les olivettes purement « décoratives »

Les nouvelles olivettes développées durant les dernières décennies correspondent également à une catégorie dont l'objectif essentiel est de procurer une ambiance méditerranéenne et/ou locale et d'offrir une image qualitative et esthétique. Dans ce contexte, l'orientation productive est marginale, voire absente, et ce sont essentiellement les valeurs esthétiques, historiques, culturelles et gustatives, propres à l'olivier, qui sont mobilisées à cet effet. Cela s'observe en particulier dans la viticulture puisqu'un lien historique unit intimement vigne et olivier. Ces deux plantes font partie d'un imaginaire agraire méditerranéen et la mixité entre vignobles et oliveraies constitue un modèle paysager dont les fondements remontent à l'Antiquité (Grimal, 1980 ; Brun, 2003 ; Angles, 2014a). Aussi de nombreux viticulteurs, et dans une moindre mesure quelques arboriculteurs, ont-ils multiplié les oliviers près de leurs parcelles viticoles et de leurs bâtiments d'exploitation afin de créer un décor agraire perçu comme très valorisant auprès de leur clientèle. Dans ce cas, les oliviers ont une orientation décorative prépondérante, ce qui n'exclut pas toutefois une finalité productive pour élargir la gamme des produits commercialisés. Les oliviers s'égrènent ainsi le long des allées menant aux domaines viticoles et à certaines parcelles pour former un écrin végétal comme le montre la figure 7.

Figure 7. Le domaine viticole Ott ceinturé par une allée d'oliviers au Castellet (Var).
Source : Stéphane Angles (2010).

Dans une situation similaire, il ne faut pas oublier les dizaines de milliers d'oliviers plantés dans les espaces publics dans un objectif purement décoratif. Certaines communes, comme la ville de Nîmes, comptent ainsi des centaines, voire des milliers d'oliviers, qui constituent une catégorie d'oliveraies bien singulière. Le choix des arbres repose uniquement sur des critères esthétiques : ils sont bien souvent très anciens et ont été acquis auprès de pépiniéristes ou d'aménageurs paysagistes qui les importent d'Espagne ou du Portugal. Ces oliviers ne correspondent donc pas aux variétés locales et sont plus ou moins entretenus, non pas pour produire mais pour obtenir une allure jugée vénérable et traditionnelle. Ces oliviers ornementaux ne bénéficient pas d'une protection ou d'un statut particuliers et sont perçus très négativement par les oléiculteurs qui leur reprochent de banaliser l'image d'un arbre qu'ils apprécient grandement.

Le paysage : un levier pour le renouveau de l'oléiculture en France

Un renouveau oléicole qui suscite de multiples interrogations

La diversité morphologique des nouveaux paysages de l'olivier en France révèle la multiplicité des acteurs, des intentionnalités et des fonctions accordées aux oliveraies. Le renouveau oléicole repose sur une valorisation inédite de l'oléiculture française due à la situation favorable que connaît cette activité depuis la fin des années 1980.
En premier lieu, l'essor récent de l'oléiculture française bénéficie d'une meilleure valorisation économique offrant ainsi une certaine rentabilité à un secteur longtemps délaissé en raison des faibles revenus générés. La consommation d'huile d'olive a fortement augmenté aussi bien en France qu'à l'étranger grâce à la redécouverte des qualités sanitaires et gustatives de cette denrée. Les productions oléicoles françaises ont su créer des marchés de niche en s'appuyant sur un haut niveau qualitatif et sur un ancrage territorial concrétisés par la multiplication des appellations d'origine protégée pour les produits oléicoles11. Cela permet aux produits français d'atteindre des prix de vente très largement supérieurs aux valeurs du marché mondial. Toutefois, une telle situation économique, a priori favorable, suscite quelques interrogations. Pour obtenir ces labels et ces niveaux de rémunération, l'oléiculture française doit demeurer à des niveaux de production assez réduits et présenter une typicité bien reconnue. En outre, le modèle économique paraît fragile puisque le seuil de rentabilité en France est fixé à environ 12 €/litre d'huile d'olive ; hormis pour certaines appellations prestigieuses comme les AOP de Nyons (Drôme) ou celles qui profitent de la manne touristique, la rentabilité de l'oléiculture française reste incertaine face aux importations considérables d'huile d'olive bon marché. Aussi l'oléiculture en France doit-elle conserver une image très positive pour continuer à bénéficier de cette rente de situation fondée sur la qualité et la typicité. L'appréciation et l'originalité des paysages oléicoles deviennent ainsi des éléments essentiels pour préserver cet avantage acquis. Les entretiens effectués auprès des oléiculteurs professionnels ont bien montré la fragilité de la conjoncture et une volonté tenace de se distinguer des autres oléicultures en s'appuyant sur la qualité de leurs produits et de leurs paysages. Le rejet des paysages oléicoles espagnols ou nord-africains, jugés comme étant « modernes », « industriels » et « dégradés », est un leitmotiv dans les discours rapportés.
Le renouveau oléicole observé en France ne repose pas uniquement sur des considérations économiques mais aussi largement sur l'attractivité, voire la passion, que suscite l'olivier au sein des sociétés contemporaines. Cet engouement explique à la fois le développement des nouvelles plantations, mais surtout la réhabilitation des olivettes abandonnées et la multiplication des oliviers à but ornemental. L'attrait pour l'olivier s'appuie sur les valeurs historiques et culturelles véhiculées par cet arbre : c'est, sans conteste, l'arbre des civilisations méditerranéennes, ce qui lui octroie une épaisseur historique, une richesse culturelle et un enracinement au cœur des sociétés locales. Les paysages de l'olivier constituent de véritables marqueurs visuels d'une identité méditerranéenne et régionale. L'analyse des discours des oléiculteurs montre que les représentations mobilisées reposent à la fois sur une référence méditerranéenne, en particulier l'insertion dans l'histoire du Bassin méditerranéen (héritages grecs et romains) et dans son aire climatique, et sur un ancrage local afin de se différencier. Le rattachement à des régions bien identifiées comme la Provence ou la Corse est ici essentiel ; cela se traduit par une volonté bien exprimée de conserver des particularismes paysagers comme le choix des variétés locales, l'agencement des plantations ou une morphologie due aux pratiques traditionnelles de la région.
L'attractivité de l'olivier est également à rattacher aux valeurs esthétiques et qualitatives prégnantes dans les perceptions de cet arbre (Angles, 2014a ; Charlot, 2013). Les références culturelles s'accumulent pour accorder à l'olivier une reconnaissance sans commune mesure avec la place réelle qu'il occupe. Les paysages oléicoles constituent ainsi des éléments essentiels pour cette activité agricole puisqu'ils suscitent des perceptions très positives qui se répercutent sur la valorisation de l'oléiculture et de ses produits. Néanmoins, cet avantage repose sur un idéal paysager quelque peu figé dans une vision que l'on peut qualifier de traditionaliste. Cela procure toutefois aux oliveraies une forte valorisation paysagère au point de devenir parfois de simples éléments d'un décor agraire idéalisé.
Les entretiens ont également montré que la culture de l'olivier est associée à des pratiques jugées plus « douces », plus « naturelles » et les mesures de biodiversité12 effectuées au cours du programme Patermed corroborent ces discours (Cohen et al., 2014). Aussi les oliveraies sont-elles perçues comme des paysages dotés de vertus écologiques et garantes d'une activité durable. Ainsi la rareté en France des plantations à haute densité résulte de la réticence, voire de la franche hostilité, des milieux oléicoles français vis-à-vis de la mise en place d'oliveraies jugées ultramodernes qui ne correspondent pas aux valeurs attendues pour l'oléiculture.
L'ensemble de ces valeurs explique le formidable essor de l'oléiculture hobby qui ne se réduit pas à la seule dimension décorative mais qui entend aussi être productive comme l'atteste le succès constant des stages de taille ou d'entretien des olivettes suivis par des milliers d'oléiculteurs amateurs13.

Les ressorts de la dynamique paysagère de l'oléiculture en France

Une dimension patrimoniale et esthétique largement mobilisée

Adossée aux références historiques et culturelles décrites, l'oléiculture actuelle mobilise très largement une notion sans cesse évoquée dans les discours des oléiculteurs, le patrimoine. Pour un oléiculteur de Saint-Guilhem-le-Désert, « remettre en route plus d'oliveraies » permet de « valoriser le patrimoine local ». Les discours qui visent à promouvoir l'olivier et ses produits convoquent abondamment l'Histoire et les périodes jugées glorieuses, en particulier les grandes civilisations de l'Antiquité. Ainsi les héritages grecs et latins sont rappelés et les paysages de l'olivier sont transformés en témoins encore vivants d'un passé antique prestigieux. L'olivier enracine une grande partie de l'histoire méditerranéenne sur un territoire. Planter un olivier est un acte historique et identitaire. Comme le rappelle une oléicultrice : « C'est un arbre d'ici, c'est un arbre du Midi. » Ainsi à moindres frais, les communes peuvent entretenir des olivettes et participent ainsi à un acte de conservation patrimoniale. Les rares oliviers millénaires comme celui présent à Roquebrune-Cap-Martin (Alpes-Maritimes) font l'objet d'une très grande attention et contribuent à auréoler l'oléiculture d'une gloire historique largement revisitée. Les rides qui burinent les troncs des vieux sujets accentuent, par effet anthropomorphique, les perceptions d'ancienneté, d'immortalité de cet arbre qui aurait été le compagnon privilégié de toutes les grandes civilisations méditerranéennes. Tout cela aboutit à un processus de mise en patrimoine des paysages de l'olivier, témoins des riches heures du Bassin méditerranéen.
À cela s'ajoutent les multiples dimensions culturelles et spirituelles rattachées à l'arbre de Minerve. L'olivier et l'huile d'olive bénéficient d'une haute valeur symbolique partagée par la plupart des religions et cultures issues du monde méditerranéen (Angles, 2016). Les représentations artistiques ont aussi contribué à donner à l'olivier une valorisation d'ordre esthétique qui distingue cet arbre et les paysages qu'il agrémente. Les poètes latins comme Virgile, Ovide ou Martial chantent à maintes reprises la beauté des oliviers et associent l'attrait de certaines contrées aux oliveraies qu'on y rencontre. Les peintres de la Renaissance ou impressionnistes ont également participé à l'appréciation esthétique des paysages de l'olivier. Là encore, cette artialisation (Roger, 1997) joue un rôle majeur dans le processus de mise en patrimoine en mettant en exergue la qualité esthétique portée par les paysages oléicoles.
Outre ces considérations bien connues, les oliviers sont aussi perçus comme les témoins vivaces d'une société agraire ancienne. Les entretiens confirment bien cette impression et une des motivations principales énoncées par les oléiculteurs est la préservation d'un héritage légué par les générations antérieures. Cette dimension familiale et historique est particulièrement mise en avant dans les opérations de réhabilitation des olivettes abandonnées. Pour les acteurs de ces initiatives, reconstituer le paysage oléicole signifie redonner une nouvelle vie et une nouvelle visibilité à des éléments perçus comme des témoins d'un passé agraire révolu. Dans ce cadre, la rénovation des oliviers s'accompagne souvent d'une restauration des murets en pierre sèche qui constituent un patrimoine bâti très apprécié. Malgré le coût14 et la difficulté de telles opérations, les paysages de l'olivier se transforment ainsi en objets motivants et fédérateurs pour des initiatives privées ou collectives.
L'importance accordée à la dimension patrimoniale se retrouve dans la volonté de maintenir une typicité locale, nécessaire pour se distinguer d'une oléiculture désormais intégrée à la mondialisation. Une oléicultrice remarque ainsi que l'oléiculture intensive « casse l'image de l'olivier ». Il n'est donc pas étonnant que les milieux oléicoles aient souhaité inclure des critères d'ordre paysager dans les cahiers des charges des AOP françaises (Angles, 2007), ce qui a eu des incidences sur les paysages en freinant le développement des oliveraies intensives ou la diffusion de variétés étrangères plus productives. Les coopératives oléicoles participent également à cette résistance contre l'intensification des paysages oléicoles. La coopérative de Clermont-l'Hérault (Hérault) n'intègre pas les oléicultures qui produisent en intensif. Et pour l'un des producteurs de la coopérative : « C'est un argument pour la vente. Nous, c'est traditionnel et on reste là-dessus. » L'oléiculteur effectue ici un lien intéressant puisqu'il associe le refus du productif avec la tradition. En France, les changements paysagers occasionnés par la modernisation sont ainsi largement atténués par la mise en place des appellations d'origine protégée et par les coopératives oléicoles.

Une valorisation économique qui s'appuie sur les aménités paysagères

Mettre en avant les paysages de l'olivier comme garants d'une historicité, d'une « authenticité » locale et d'une qualité esthétique et environnementale permet d'accroître la valeur marchande des productions oléicoles15 mais aussi de se positionner à l'écart d'un marché devenu mondialisé. Dans ce cadre, les paysages de l'olivier se transforment en vecteur de valorisation et offrent une pérennisation de l'activité en assurant une meilleure rentabilité. L'ensemble de la filière est unanime pour mettre en exergue l'importance à accorder à la qualité paysagère. Cet atout se répercute également sur les autres activités économiques locales comme les productions viticoles, fruitières, légumières, fromagères ou encore l'offre touristique. Réciproquement, l'oléiculture profite de l'attrait des productions économiques régionales faisant ainsi émerger des paniers de biens16. La région des Baronnies est un exemple bien connu avec un panier de biens profitant de la réputation des produits locaux : AOP huile d'olive et olives de table de Nyons, vins (AOC Côtes-du-Rhône et appellations communales drômoises), plantes aromatiques (tilleul, AOP huile essentielle de lavande), fruits (abricots, cerises), fromages (AOP Picodon, AOP Banon) et viande (IGP17 agneau de Sisteron). Ainsi les paysages oléicoles sont utilisés comme moteurs de promotion pour l'agriculture et le tourisme et illustrent bien la synergie économique induite par l'appréciation paysagère (Pecqueur, 2001). Il n'est donc pas étonnant que les paysages de l'olivier aient une place éminente dans la première directive de préservation et de mise en valeur des paysages portée par le Parc naturel régional des Alpilles en 2007.
Le secteur viticole a bien compris cet atout et de nombreux domaines ont décidé de conserver leurs oliveraies ou de planter des oliviers. Ces choix s'effectuent soit en vue d'une certaine diversification des productions, soit dans un but ornemental afin de créer une ambiance agraire propice à une valorisation accrue. L'attention portée aux paysages de l'olivier contribue également à modifier les pratiques culturales en faveur de l'agriculture biologique et de l'agro-écologie.
L'exemple du bassin de Bandol (département du Var) est révélateur de ces tendances complexes associant enjeux productifs, environnementaux et esthétiques. Le comité technique des vins de Bandol incite activement les vignerons à se convertir à l'agriculture biologique. Cette conversion est très certainement facilitée par l'oléiculture locale qui a donné la première le signal à des pratiques agricoles respectueuses de l'environnement : traitements, travaux du sol, fertilisations sont largement compatibles avec le cahier des charges en agriculture biologique. Les entretiens menés auprès des exploitants des communes varoises de l'aire AOC Bandol, qui ont une activité oléicole de complément, sont très significatifs : l'olivier contribue à diffuser les pratiques agro-écologiques en viticulture. L'association vigne-olivier, trop longtemps associée à la tradition, est désormais un moteur d'innovation.
L'olivier devient ainsi un vecteur de durabilité au profit d'une agriculture méditerranéenne renouvelée.
Il convient de ne pas négliger l'accroissement de la valeur foncière grâce aux paysages de l'olivier18 : l'appréciation dont ils bénéficient se répercute sur l'ensemble des biens immobiliers (terres agricoles, terrains à bâtir, maisons ou immeubles avec des oliviers dans les jardins). La présence des oliviers donne ainsi une impression historique, agraire et esthétique dans des espaces souvent bouleversés par l'urbanisation et une banalisation des paysages.

Les paysages de l'olivier, objets d'une mobilisation territoriale croissante

La dimension paysagère de l'oléiculture élargit le champ des fonctions que l'on peut attribuer aux espaces oléicoles. En s'appuyant sur les travaux de Christopher R. Bryant, il est aisé d'observer que les paysages de l'olivier s'intègrent aisément dans les quatre fonctions des espaces ruraux définies par l'auteur (Bryant, 2013). Ils contribuent à la fonction productive (production function) par la fourniture de denrées alimentaires et par la valorisation économique qu'ils induisent. Ils participent également à une fonction protectrice (protection function) grâce à des pratiques demeurées extensives et aux effets d'entraînement vers l'agro-écologie. Par ailleurs, les paysages de l'olivier favorisent le développement de fonctions récréatives et sociales (play functions) par l'essor de l'oléiculture de loisir, des aménités paysagères et du capital social suscité par l'activité oléicole (partage des savoir-faire, échanges au moment de l'olivaison...). Pour finir, les paysages de l'olivier offrent des fonctions d'ancrage (place function) en permettant un rattachement à un territoire et à son identité locale. La dimension patrimoniale offerte par l'oléiculture se retrouve ainsi de manière transversale sur les quatre fonctions décrites par Christopher R. Bryant.
L'olivier et ses paysages jouent ainsi un rôle majeur au niveau local ; aussi s'intègrent-ils souvent à de nombreux projets de territoire (Laurens, 2012). La multiplication des routes de l'olivier, de l'oléotourisme, des manifestations festives ou des initiatives collectives pour le développement local montrent bien l'effet amplificateur qu'ils génèrent grâce aux valeurs partagées et aux diverses fonctions qu'ils peuvent susciter.

Conclusion

L'olivier a longtemps été considéré comme l'archétype de la plante traditionnelle, porteur d'une activité agricole inchangée. Toutefois, une analyse fine de l'oléiculture et des changements qui s'y sont opérés depuis une trentaine d'années montre que ce secteur est un excellent révélateur de dynamiques très contemporaines, en particulier vis-à-vis des enjeux et des défis paysagers. Après un déclin séculaire, l'oléiculture française connaît aujourd'hui un renouveau favorisé par la renommée de ses produits, une reconnaissance avec une quinzaine d'appellations d'origine protégée et une image très positive qui s'appuie sur la qualité des paysages de l'olivier. Dans ce contexte, de nouveaux paysages oléicoles apparaissent et montrent le dynamisme d'une activité agricole longtemps perçue comme archaïque. Toutefois, les milieux oléicoles semblent très soucieux de préserver une qualité paysagère qu'ils considèrent comme un patrimoine précieux. Grâce aux multiples valeurs accordées à l'olivier et au maintien de pratiques extensives et traditionnelles, les paysages de l'olivier en France constituent ainsi un atout formidable pour le secteur oléicole et les territoires méditerranéens.
Ainsi, à l'instar d'autres branches agricoles, la dimension paysagère s'affirme de plus en plus nettement dans l'oléiculture et témoigne d'une recherche de valorisation accrue grâce à un processus de « re-territorialisation » (Rieutort, 2009). Elle permet aussi de mettre en lumière de nouvelles dynamiques rencontrées dans l'agriculture comme l'émergence de l'agroécologie, l'essor de l'agriculture assurée par des « amateurs » ou la multiplication des actions collectives et publiques dans la gestion des espaces agricoles. Les paysages de l'olivier, témoins de l'histoire millénaire du Bassin méditerranéen, deviennent ainsi de formidables acteurs des profondes mutations qui s'opèrent au sein de ces territoires.

Mots-clés

Agriculture, olivier, paysages, valorisation, projets paysagers
Agriculture, olive tree, landscapes, valorization, landscape projects

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Auteur

Stéphane Angles, Étienne Grésillon et Paul Minvielle

Stéphane Angles est professeur en géographie, université de Lorraine, EA LOTERR. Ses domaines de recherche sont l'oléiculture, les mutations des espaces ruraux et agricoles, le Bassin méditerranéen
Courriel : stephane.angles@univ-lorraine.fr

Étienne Grésillon est maître de conférences en biogéographie, université Paris Diderot - Paris 7, UMR LADYSS. Ses domaines de recherche sont la biogéographie et la gestion des ressources naturelles.
Courriel : etienne.gresillon@univ-paris-diderot.fr


Paul Minvielle
est maître de conférences en géographie, Aix-Marseille université, UMR Telemme. Ses domaines de recherche sont les dynamiques des espaces agricoles en régions méditerranéennes et les signes d'identification de la qualité et de l'origine
Courriel : paul.minvielle@univ-amu.fr

Pour référencer cet article

Stéphane Angles, Étienne Grésillon et Paul Minvielle
L'oléiculture en France : quand le paysage participe au renouveau d'une activité agricole
publié dans Projets de paysage le 14/01/2018

URL : http://www.projetsdepaysage.fr/fr/l_ol_iculture_en_france_quand_le_paysage_participe_au_renouveau_d_une_activit_agricole

  1. SIQO : Signe d'identification de la qualité et de l'origine.
  2. En particulier, les gels du « petit âge glaciaire » survenus en 1709, 1748 et 1788.
  3. Oliveraie : lieu planté d'oliviers ; on peut également employer les termes d'olivette ou d'olivaie.
  4. Ces oléiculteurs « professionnels » sont peu nombreux car l'oléiculture, malgré le prix élevé des productions oléicoles locales, offre une faible rentabilité en raison de rendements médiocres, d'un coût de récolte élevé, d'importants frais de trituration et de la grande variation interannuelle des récoltes, au gré de l'alternance des récoltes propres à l'olivier et de l'intensité des attaques de la mouche de l'olivier. De surcroît, ces oléiculteurs sont âgés (62 ans en moyenne selon le recensement agricole) et la plupart sont désormais des retraités.
  5. Ce terme « amateur » déplaît aux oléiculteurs non professionnels qui lui préfèrent le terme d'oléiculteur familial. C'est dans ce sens qu'une résolution a été votée au cours des 1res assises nationales de l'oléiculture familiale initiées par l'association Promolive (Nîmes, 8 avril 2017).
  6. En moyenne, l'huile d'olive produite en France est vendue 7 à 10 fois plus chère que le cours mondial.
  7. Le terme de « passion » a été récurrent dans les propos des oléiculteurs amateurs interrogés. Nombre d'entre eux sont, en outre, des retraités qui disposent de temps pour se consacrer à l'oléiculture. Les entretiens montrent aussi l'importance qu'ils accordent à la perpétuation d'une tradition issue des « anciens » : la préservation des vieux arbres, le maintien des variétés locales et de savoir-faire culturaux comme pour la taille. Ainsi, dans le pays niçois, ils souhaitent conserver une taille légère qui permet aux oliviers d'avoir un grand développement vertical alors qu'en Provence, ils veillent à rabattre sévèrement les oliviers et à bien dégager un espace central en forme de gobelet.
  8. Il existe plus de 200 variétés locales d'oliviers en France (Breton et al., 2014).
  9. En Provence ou en Languedoc, les modifications apparaissent moins nettes qu'en Corse car les variétés locales sont beaucoup plus fréquentes dans les jeunes plantations (en Corse, les cultivars locaux comme la sabine, la germaine ou la zinzala ont été négligées dans les nouvelles plantations au profit d'une nouvelle variété originaire du Languedoc, le picholinier), les densités étaient plus élevées qu'en Corse où les oliviers, peu denses et non taillés, avaient une très grande ampleur.
  10. Les initiatives visant à réhabiliter des oliveraies abandonnées ont commencé à émerger durant les années 1980, mais la plupart des opérations menées par des particuliers ou des associations se sont déroulées dans les décennies suivantes, profitant d'un engouement croissant pour l'olivier, pour le patrimoine agraire, et ont été stimulées par l'augmentation des prix des productions oléicoles locales.
  11. Les premières appellations pour un produit oléicole datent de 1994 (huile d'olive et olives noires de Nyons) ; aujourd'hui on compte 15 AOP oléicoles en France (8 pour des huiles d'olive, 6 pour des olives de table et une pour de la pâte d'olives).
  12. 227 relevés botaniques ont été effectués dans 106 parcelles d'oliviers et/ou de vigne par l'équipe du Patermed sur les 5 terrains de recherche. Ces relevés ont permis de mesurer la richesse floristique (726 espèces relevées) et d'analyser la biodiversité fonctionnelle de ces parcelles (Cohen et al., 2014).
  13. En 2015, l'Afidol a organisé 106 séances de démonstration et d'information qui ont réuni plus de 3 200 personnes (rapport 2016 de l'Afidol).
  14. D'après un oléiculteur de Saint-Guilhem-le-Désert, il faut 250 000 € pour remonter l'ensemble des murets pour une surface de 5 000 m2. Le débroussaillage d'une oliveraie abandonnée est estimé entre 30 000 et 70 000 euros/ha en fonction de la végétation à éliminer et des conditions d'accessibilité et de travail sur la parcelle.
  15. Le prix de vente moyen des huiles d'olive AOP est de 25,4 €/litre en 2016 (données Afidol). Si on inclut les frais de conditionnement et de commercialisation, la rentabilité des productions oléicoles française est, malgré tout, assez réduite. Il convient aussi de relever la faiblesse de la production française sous AOP (850 tonnes selon l'Inao) alors que la consommation totale d'huile d'olive en France atteint 110 000 tonnes (données FranceAgriMer).
  16. Un panier de biens est un ensemble conjoint de biens territorialisés qui se construit autour de rentes de qualité territoriale (Pecqueur, 2001).
  17. IGP : Indication géographique protégée.
  18. Actuellement, un hectare planté d'oliviers (arbres en production avec une densité de 200 oliviers/ha) vaut environ 20 000 à 30 000 euros en Languedoc alors que le prix moyen des terres viticoles en AOP Saint-Chinian ou Minervois Languedoc est de 10 500 euros/ha en 2016.