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Islam et paysage au XVIe siècle

Représentations du paysage et modèles d'aménagement dans le Baburnama

Islam and landscape during the sixteenth century

Landscape representations and development models in the Baburnama
26/06/2009

Résumé

La culture islamique aurait ignoré le paysage, et l'esthétisation de la nature et du territoire y serait longtemps restée confinée aux jardins clos et aux miniatures. L'expression de l'admiration du paysage et de la nature, les projets d'aménagement et de jardins décrits dans les mémoires de Babur, premier empereur moghol de l'Inde, en font un récit paysager exceptionnel, qui dépasse le cadre du jardin clos quadripartite ; il suggère l'existence d'une culture paysagère in visu et in situ dans les cultures timurides et mogholes, dont Babur est à la fois acteur et témoin.
It is commonly said that Islamic culture have ignored landscape and confined nature and territory esthetics in walled gardens and miniature paintings. The memories of the first Mughal Emperor Babur express landscape and nature admiration, and describe gardens and development projects that exceed the quadripartite walled gardens; the memories suggest that Islamic Timurids and Mughals had a landscape culture « in visu » and « in situ », for which Babur was an actor as well as a witness.

Texte

Introduction

Notre objectif est de mettre en évidence, à partir de l'autobiographie de Babur, premier empereur moghol, l'existence, dans l'Asie centrale du XVe siècle, d'une culture paysagère timuride spécifique, qui va donner naissance à celle de l'Inde moghole des XVIe et XVIIe siècles.
Le Baburnama semble avoir été écrit pour interroger l'affirmation d'Augustin Berque : « De grandes civilisations, comme l'Inde ou l'Islam, ont appréhendé et jugé leur environnement en des termes irréductibles à la notion de paysage. En réalité le mot paysage, les tableaux de paysage, l'exaltation esthétique et morale du paysage sont des phénomènes particuliers, dont la plupart des cultures ne donnent pas l'exemple. » (Berque, 1997.)
La culture islamique aurait ignoré le paysage, et l'esthétisation de la nature et du territoire y serait longtemps restée confinée aux jardins clos et aux miniatures. Le paysage serait une représentation du territoire, issue d'un processus « d'artialisation » (Roger, 1997), et spécifique, avant le XXe siècle, des civilisations chinoise et occidentale. Ces deux théories ont été très abondamment commentées et contestées depuis leur publication. Il ne s'agit pas ici de prendre parti pour ou contre elles, mais d'en utiliser ce qui en a été et reste exceptionnellement fertile : le questionnement sur la diversité des approches du paysage selon les différents pays et cultures, et l'intérêt de l'identification des codes d'appréciation des paysages pour comprendre ou réaliser des aménagements.
C'est dans cette perspective que l'identification des pratiques et des représentations du paysage dans le Baburnama trouve sa pertinence ici.

Babur et le Baburnama

Babur (1483/1530), descendant de Tamerlan et de Gengis Khan, est habité, à l'image de ses ancêtres, par une volonté de conquête. Dépossédé de son Ferghana natal (la vallée montagnarde du cours supérieur du Syr-Daria, dans les actuels Ouzbékistan et Tadjikistan), et de Samarkand, trois fois conquise, trois fois perdue, il s'empare en 1505 du petit royaume de Kaboul (une partie de l'Afghanistan), et devient en 1526 le premier empereur moghol de l'Inde.


La vallée du Ferghana.


Samarkand.

Son autobiographie, le Baburnama, est une œuvre célèbre1 en raison de son intérêt historique, de la personnalité de son auteur et de ses qualités littéraires. Ce guerrier hardi, politique avisé et aménageur actif, y apparaît aussi comme un homme cultivé, un personnage de la Renaissance2 : esprit scientifique, à la fois géographe, historien, économiste, naturaliste, ethnologue, il est aussi un écrivain au style clair et concis, un calligraphe inventeur d'un nouvel alphabet, un poète proche des mystiques soufis, un hédoniste3 cultivant les arts et l'amitié.
Et c'est aussi, et peut-être d'abord, un paysagiste passionné. Le Baburnama, source incontournable pour l'histoire des jardins timurides et moghols, est systématiquement cité dans l'histoire des jardins islamiques. La citation est généralement illustrée d'une miniature du temps d'Akbar4 représentant Babur dans un « charbagh » (étymologiquement : « quatre jardins »), proche de ce qui est considéré comme l'archétype du jardin islamique : un enclos de verdure quadripartite entouré de hauts murs, structuré par les canaux issus d'un bassin central.


Le modèle du charbagh.
Source : Baburnama, fol.121, manuscrit N.M. 50326 (XVIe siècle), Musée national de Delhi.

Cela réduit le grand récit paysager et naturaliste qu'est le Baburnama à ses seules descriptions de jardins, et le jardin islamique à un schéma trop simple. Nous nous proposons de dépasser cette approche réductrice et d'identifier, dans les très nombreuses descriptions de nature, de paysages, d'aménagements, et d'émotions paysagères, les caractères d'un rapport au paysage spécifique des Timurides et des Moghols.

Le paysage dans le Baburnama

D'entrée, trois descriptions de paysage issues du Baburnama nous replacent dans des problématiques paysagères contemporaines.
Le lac : « Nous atteignîmes l'Abd-ï Istada. Une large nappe d'eau s'offrit à nos yeux. On ne pouvait pas voir la terre sur l'autre rive. L'eau et le ciel se confondaient à l'horizon. De l'autre côté, les montagnes et les plaines semblaient perdues entre ciel et terre, comme dans un mirage (...). Lorsque nous arrivâmes à un körüh de l'Ab-ï Istada, nous assistâmes à un spectacle extraordinaire. À chaque instant, quelque chose de rouge comme la couleur du crépuscule se montrait, puis disparaissait entre le ciel et l'eau. (...) Il s'agissait d'oies baghlan (...) en quantité innombrable. Lorsqu'en volant elles battaient des ailes, leurs plumes rouges apparaissaient, puis disparaissaient5.» Nous ne sommes pas dans un jardin clos mais dans un grand paysage.
L'armée la nuit : « Les gens de l'armée s'installaient tous dans une vallée que dominait la hauteur où je campais. La nuit, les feux de ces gens composaient d'extraordinaires illuminations. Chaque fois que nous faisions halte en ce lieu, j'admirais ce spectacle en buvant.  » Le paysage peut être dissocié du spectacle de la nature.
Comme une peinture6 : « Nous nous assîmes sur une éminence près du camp, et restâmes à admirer les champs. Comme une peinture, de tous les côtés de la colline, les fleurs étaient disposées en parterres réguliers, en forme d'hexagone. Deux des côtés étaient un peu moins pourvus, mais aussi loin que la vue pouvait porter les champs étaient en fleurs. Au printemps, il y a de magnifiques champs de fleurs, aux environs de Peshawar. » Le paysage fait l'objet d'une artialisation.
Le Baburnama offre trois types d'occurrences du paysage : des descriptions de paysages, de pratiques sociales du paysage, d'aménagements paysagers. Pour ces derniers, nous pouvons également nous appuyer sur quelques réalisations de Babur encore existantes.
Les notations spécifiquement paysagères interviennent soit pour décrire et apprécier, positivement ou négativement, un pays, soit pour justifier un aménagement, soit, à tout moment, sur un mode lyrique, dans le récit des évènements et des activités de la vie de Babur.

De pays en paysage, les paysages grandeur nature

Le cadre géographique des mémoires de Babur s'étend de la Transoxiane à l'Inde du Nord ; Babur y décrit systématiquement, sur la base de ses observations directes, les différents pays7 parcourus, leurs ressources, leurs milieux et leurs paysages.
Il observe le pays en scientifique, et en évalue les potentialités en politique et en aménageur.
La description est méthodique et comprend, pour chaque pays :
  • récit géographique : montagnes et plaines, routes, agriculture, etc. ;
  • récit naturaliste : flore et faune ;
  • récit ethnographique : peuples et mœurs, croyances et curiosités, toponymie.
« Le Ningnahar compte 9 torrents. Le riz et le blé y sont excellents ; les oranges, les citrons et les grenades délicieux et abondants. La montagne Blanche s'étend au sud de Ningnahar, qu'elle sépare de Bangach. Il ne s'y trouve pas de route où  l'on puisse passer à cheval. Il sort 9 torrents de cette montagne où la neige ne fond pas. Son nom de montagne Blanche vient de cette particularité. Au fond de ses vallées, qui ne sont qu'à une demi-journée de route de ses pentes, il ne tombe jamais de neige. »
Les ressources  agricoles et naturelles sont détaillées :
  • les cultures : céréales, riz, prairies, arbres fruitiers, vignes, melons ; on compare la qualité des fruits et des vins ;
  • l'élevage : moutons, bovins, volailles ; les types de prairies et pâturages sont différenciés selon qu'ils  « conviennent aux chevaux », aux moutons, ou « ne valent rien » ;
  • les ressources issues des montagnes et forêts sont détaillées : type de gibier ou de poisson, qualité du bois à brûler, richesses minières : argent, lapis-lazuli...
  • la faune et la flore sont décrites avec précision, inventoriées, évaluées, comparées. Leurs noms locaux, leurs usages alimentaires, médicinaux ou autres, les mythes ou anecdotes sont cités. 
« Des tulipes de toutes les couleurs et de toutes les espèces recouvrent ces collines ; une fois, je les ai fait compter et on en a trouvé trente-deux ou trente-trois espèces différentes. L'une d'elles exhalait un tel parfum que nous la nommâmes « parfum de rose ». Elle pousse à l'état sauvage sur le Dast-i-Shaikh, et nulle part ailleurs. »
La même attention est portée à certaines plantes cultivées, essentiellement les fruits, que Babur décrit, inventorie (treize sortes d'oranges et limes) et acclimate. « L'année où je (...) m'emparai de Lahore et Dipalpur, je ramenai des bananiers et les fis planter dans ce jardin. Ils donnèrent très bien. L'année précédente, j'avais fait planter de la canne à sucre, qui avait très bien réussi : j'en avais fait porter à Boukhara et dans le Badakhshan. »
C'est un paysage habité, par les hommes et les légendes : « Une plaine déserte appelée Ha-Dervich. Il y règne un vent continuel qui souffle toujours en direction de Marghinan à l'est et revient vers l'ouest à Khojand avec des ouragans. On raconte que dans ce désert quelques derviches rencontrèrent un ouragan, ne purent se retrouver les uns les autres et périrent en s'appelant mutuellement : « Ha dervich ! Ha dervich ! ». Depuis lors, on appelle ce désert Ha-Dervich. »

Qu'est-ce qu'un beau paysage ?

Si l'évaluation du paysage grandeur nature se fait en termes économiques, ou, plus largement, en termes pratiques, son appréciation esthétique récurrente tout au long du texte, couvre un champ vaste et varié : ce sont d'éphémères prairies fleuries, des torrents grossis par la fonte des neiges, des sommets enneigés, des nuages qui indiquent le temps, des vols d'oiseaux migrateurs, des sites escarpés, des prairies, des rizières, un désert elliptique, l'émerveillement face aux couleurs de l'automne, l'odeur des fleurs, l'étrangeté de la faune...
Mais pour Babur tout n'est pas paysage : certains éléments du territoire sont connotés négativement, ou ne font jamais l'objet d'un jugement esthétique. C`est le cas de la montagne, pourtant objet de descriptions géographiques très détaillées,  et omniprésente dans la vie de Babur jusqu'à son séjour en Inde où elle lui fera cruellement défaut. Mais l'herbe est plaisante à l'œil de l'homme à cheval : les meilleurs alpages de Kaboul y « ressemblent à ceux de Hisar, Samarkand, Ferghana » (les paysages d'enfance), et la neige, les pâturages, les torrents, la fraîcheur, l'air pur sont perçus positivement, mais plus en termes de « bons » que de « beaux8 ».
Sont beaux les sites escarpés, les vues dominantes, les panoramas : « Au sommet de cette montagne, le Sultan Mahmud Khan fit construire un pavillon au-dessous duquel, en l'année 902, j'en fis moi-même construire un autre, muni d'un portique, sur un éperon rocheux (voir note 13). Bien que le premier soit plus élevé, l'autre est infiniment mieux situé, et toute la ville et ses faubourgs s'étendent à ses pieds. » « La forteresse de Kaboul jouit d'un air pur et domine ce vaste lac ainsi que les trois prairies (...). Elle jouit d'un panorama superbe quand ces prairies, à ses pieds, sont couvertes de verdure. »
Sont toujours belles les eaux vives : ruisseaux, torrents, sources, fontaines. Le rôle symbolique de l'eau dans l'Islam, son rôle pratique dans les déserts et les montagnes sèches de l'Asie centrale lui donnent une place centrale ; cette eau qui donne la vie a un caractère sacré : « Trois sources sortent du mont Shah Kabul (...). Près de l'une se dresse le tombeau de Khaja (= saint) Chams. Près de l'autre, on peut voir le sanctuaire de l'empreinte de pied de Khaja Khirz. »
Est beau ce qui est vert, ce qui est fertile : les vallées, les « agréables prairies ombragées et couvertes de trèfles », les vergers, les arbres et la plupart des paysages agricoles irrigués : les rizières, mais rarement les céréales, et jamais les légumes.
Est beau ce qui est coloré : les fruits, les fleurs, les oiseaux ; on retrouve les couleurs vives des miniatures timurides et les figures de la poésie persane. Les heures du jour, les montagnes et rochers, n'ont pas de couleurs, sauf la blancheur de la neige.
Sont belles les saisons de l'abondance : « l'excellent printemps » avec ses pâturages et ses fleurs. « Au printemps, la plaine de Baran, celle de Tchachtuba et les pentes du Gül-i Bahar sont très belles. La verdure y est beaucoup plus belle qu'en aucun autre endroit du pays de Kabul. » L'automne avec la récolte d'oranges, la couleur des feuilles, « les peupliers dans toute leur splendeur automnale ».
Le paysage est polysensoriel ; importent aussi le climat, le bon air, le confort (« ces endroits jouissent d'un excellent climat. Les eaux y sont froides et l'on n'y a pas besoin de glace »), l'odeur des fleurs et le goût des fruits, qui sont l'une des passions de Babur.
Mais l'archétype du beau paysage, que dessine la récurrence des descriptions, est un point élevé ou une pente adossés aux montagnes, où abondent arbres et eaux vives, et qui dominent une vallée verdoyante. Ce type de paysage donne lieu presque systématiquement à un projet de jardin : c'est aussi l'archétype du « site à jardin ». « Au nord de ce lac se trouve une excellente prairie. À l'ouest, sur le flanc de la montagne, jaillit une source dont les eaux descendent des hauteurs surplombant le lac. Comme l'endroit s'y prêtait, j'y fis aménager un jardin nommé le jardin de la Pureté. C'est un endroit charmant. »
Prairies et flancs de montagnes sont  des paysages de seuil, à l'articulation de la vallée et de la montagne, entre le monde de l'agriculture et le monde de la chasse et de la cueillette. Ces espaces-charnières sont à la fois stratégiques et doublement symboliques ; symbolisme religieux : l'eau pure des ablutions et l'eau source de toute vie ; symbolisme politique : l'éminence, à entendre dans son double sens de situation dans l'espace et de situation sociale : la montagne, la colline, l'estrade, la vue dominante symbolisent le pouvoir.

Les pratiques sociales du paysage

Tout comme ses ancêtres Timurides et Mongols, le mode de vie de Babur est semi-nomade, ce qui explique sa passion pour la vie en plein air. Parcours des territoires, étapes dans des camps ou dans ces « palais en plein air » que sont les jardins timurides (Moynihan, 1979)  favorisent des pratiques sociales d'appréciation des paysages. Les paysages sont notamment le cadre, voire l'objet principal de deux de ces pratiques imprégnées d'hédonisme et de naturalisme : la promenade et les parties de majun9 et de vin.
Se promener, c'est-à-dire explorer et découvrir paysages, faune, flore, curiosités locales, est l'une des activités permanentes de Babur, qui s'y livre en tous lieux et en tout temps. Se promener, c'est (même en pleine campagne militaire) aller voir des sables mouvants, une palmeraie, une cascade ; c'est descendre une rivière en radeau, chevaucher, faire des poèmes et de la musique, admirer les récoltes, chasser, pêcher, boire et manger...


Chasse au rhinocéros.
Source : Baburnama, fol.246, manuscrit N.M. 50326 (XVIe siècle), Musée national de Delhi.

« En aval de cette cascade se trouve un grand lac. En amont, la rivière coule dans un lit creusé dans la masse du rocher. Elle tombe de tous les côtés en formant des bassins. Sur ses bords se trouvent des rochers massifs où l'on peut s'asseoir. Cette rivière n'est pas permanente. Nous nous assîmes au-dessus de la cascade et prîmes du majun. (...) Les joueurs de saz jouèrent de leurs instruments et les chanteurs firent entendre leur voix. »
La promenade est de l'ordre du loisir, mais par le choix des lieux et des compagnons du souverain, c'est aussi une activité hautement politique, il s'agit aussi pour le souverain d'inspecter, de connaître, d'évaluer tant les hommes que les territoires.
« Le lundi, nous nous rendîmes à Istalif pour jouir du spectacle de l'automne. (...) Les récoltes étaient très bonnes. Pendant que nous les admirions, mes compagnons commençaient à s'impatienter, car ils désiraient boire du vin. Les couleurs de la nature étaient magnifiquement belles, et bien que j'eusse pris du majun, je m'assis pour boire du vin sous ces feuilles d'automne. »
La partie de majun, elle, est un moment essentiel de la socialité, détente partagée, réunion entre amis proches dans un site agréable, où l'on va, sous l'influence de la drogue, chanter, plaisanter, faire de la musique ou de la poésie, assister à des spectacles...
Ces innombrables parties sont indissociables du plein air et de la jouissance paysagère10. En dehors des promenades, elles se tiennent dans les jardins, « assis sous les saules au milieu d'un pré », ou au bord de l'eau : bassins, fontaines, bords de rivières, radeaux amarrés, très rarement dans des pavillons ou sous la tente. Les proches de Babur font leur cour en lui proposant de nouveaux sites à explorer.

Les aménagements

L'activité d'aménageur de Babur est intense. À peine les territoires sont-ils conquis qu'ils sont aménagés, avec toujours explicitement une dimension paysagère.
« Quelques jours après mon arrivée à Agra, je franchis la Yamuna et allai examiner les endroits favorables à l'aménagement de jardins (...). »
« Il faut s'occuper de la construction du barrage du Petit-Kaboul. Il faut aussi réparer le barrage de Ghazna. Il faut restaurer le jardin de l'Avenue et l'avenue. De plus, l'eau de ce jardin n'est pas assez abondante, il faut en faire venir suffisamment. (...) J'ai fait venir l'eau du Tutum-Dara au sommet d'une colline au sud-ouest de Khaja Basta, j'y ai fait creuser un bassin et planter de jeunes arbres. Comme l'endroit se trouve en face du gué et jouit d'un beau point de vue, on l'a nommé le belvédère. Il faut y planter d'autres arbres. »


Le jardin de Babur a Kabul : « Comme l'endroit jouit d'un beau point de vue, on l'a nomme le belvédère... ».
Source : Aga Khan Trust for Culture.

Ces aménagements sont nombreux et divers : plantations, belvédères, jardins, digues, canaux, réservoirs d'eau, baolis, routes. Leur échelle varie de la construction d'un puits à l'anticipation de la Grand Trunk Road11. La fonction pratique de ces aménagements, qui conditionnent l'habitabilité et la prospérité des territoires, est essentielle ; leur fonction symbolique ne l'est pas moins. L'eau et les jardins en sont les deux figures principales.
Les jardins rythment le territoire, le jalonnent ; ils assurent à la fois la maîtrise du territoire et son habitabilité. Qu'il soit une simple halte aménagée le long d'itinéraires structurants (on y campe lors des conquêtes, des parties de chasse) ou domaine princier, le jardin, bien plus que les constructions qu'il abrite, est le lieu habité par excellence. C'est aussi, en tant que domaine royal, le lieu emblématique du pouvoir (Asher, 1991, Petruccioli, 1984, Koch, 1997) ; plus que les mosquées et les monuments qui apparaissent relativement peu nombreux dans les réalisations de Babur.
Quant aux travaux hydrauliques, ils assurent la maîtrise des ressources en eau, indispensable à l'irrigation des cultures et aux établissements humains (Wescoat, 1985). Nécessaire aux ablutions, l'eau a également une fonction religieuse primordiale qui commande certains aménagements.
«  Nous fîmes halte au bord (...) d'un très mince cours d'eau. Pour qu'il ne soit pas troublé par les allées et venues de l'armée, j'ordonnai qu'on élève un barrage en amont et que pour les purifications, on aménage un espace de 10 m x 10 m. »
Ces aménagements comportent toujours, explicitement, une dimension paysagère, qui peut prendre trois formes :
  • Sublimer les qualités paysagères d'un lieu existant en y implantant un pavillon ou en géométrisant un des éléments existants ; ce sont des lieux d'où l'on peut admirer le paysage naturel : haltes, belvédères, fontaines, estrades. « Nous nous arrêtâmes à une fontaine située sur un éperon de la montagne. (...) C'est une belle fontaine (d'où l'eau) sortait en bouillonnant du flanc de la montagne. Ses abords n'étaient que prairie et l'endroit me plut beaucoup. J'ordonnai que, sur cette source, on aménageât un bassin octogonal en pierre de taille. »
  • Améliorer et transformer le paysage, révéler ses potentialités : créer des jardins dans des lieux qui conviennent : des sites escarpés avec vue panoramique et de l'eau.
    « Au nord de ce lac se trouve une excellente prairie. À l'ouest, sur le flanc de la montagne, jaillit une source dont les eaux descendent des hauteurs surplombant le lac. Comme l'endroit s'y prêtait, j'y fis aménager un jardin nommé le jardin de la Pureté. C'est un endroit charmant. »
  • Transformer, en lui donnant une qualité paysagère, un lieu qui en est dépourvu : les rives de la Yamuna à Agra, Dholpur...
    « Les lieux étaient si déplaisants et si désolés que je passai mon chemin avec cent impressions désagréables. Mais comme il n'y avait pas d'autre endroit à proximité d'Agra, ce fut là que je dus entreprendre l'aménagement d'un parc quelques jours plus tard. (...) Ainsi, dans cette Inde sans charme ni régularité apparurent des jardins ordonnés et symétriques. (...) Tous ceux qui avaient trouvé un terrain au bord de la rivière y aménagèrent des bassins symétriques et de belle ordonnance. Ils y firent couler des eaux courantes à la manière de Lahore et de Dipalpur. Les gens de l'Inde, qui n'avaient jamais vu de pareils aménagements, avec tant d'ordre et de belles proportions, appelèrent le lieu Kaboul. »
De manière systématique et explicitement (« régularité», « ordre », « symétrie », « belles proportions », etc.) pour Babur, aménager, améliorer, paysager un lieu, c'est le géométriser.


Aménager, c'est géométriser.
Source : Baburnama, fol.125, manuscrit N.M. 50326 (XVIe siècle), Musée national de Delhi.

La volonté de rendre l'aspect « régulier et symétrique » s'applique, au-delà de l'espace du jardin, à des fontaines, des belvédères, des villes...
Il s'y manifeste une esthétique de l'aménagement différente de celle des espaces naturels. S'il n'y a aucune exigence de régularité dans les appréciations de la nature et du paysage, cette régularité est impérative pour un espace aménagé. Les aménagements inscrivent un ordre culturel sur les milieux naturels.
L'exigence de régularité témoigne d'une volonté de mise en ordre formelle et symbolique du monde, mais aussi, dans le contexte islamique, de dévoilement de l'ordre divin caché sous les apparences du monde terrestre. Dans l'Islam et plus particulièrement dans le soufisme, très populaire chez les Timurides, il y a un symbolisme des formes : cercle et carré sont des formes parfaites, l'octogone est une synthèse du cercle et du carré (Bakhtiar, 1977, Schimmel, 1996). Ces formes sont le lexique de base de l'aménagement : bassins carrés ou octogonaux, plates-formes rondes, kiosques octogonaux.
Mais cette mise en ordre symbolique de l'espace est aussi une mise en ordre politique, administrative, économique (Koch, 1997, Petruccioli, 1984) ; géométriser c'est civiliser les espaces conquis, les mettre en ordre, y imprimer la marque de sa domination (voir supra l'exemple d'Agra).
Dans cette géométrisation du monde, quelle forme prend le jardin ?
Le modèle du charbagh structuré par ses quatre canaux a été analysé comme transcription d'un schéma rationnel d'aménagement : le quadrillage de l'irrigation, mais aussi comme une forme symbolique : les quatre fleuves du paradis (Brooks, 1987, Moynihan, 1979, etc.).
Il faut réinterroger la géométrie et la symétrie du charbagh au-delà du schéma quadripartite. Si ce schéma, hérité de la Perse sassanide, apparaît très tôt en différents lieux du monde islamique, il n'y est jamais exclusif. Bien que charbagh signifie quatre jardins, le terme est utilisé pour toutes sortes de jardins (Subtelny, 1997) ; plus qu'un modèle, il serait un module de base se prêtant à toutes sortes de variations (Koch,1997).
Des recherches récentes montrent l'importance, dans les jardins timurides et moghols, de l'axialité autour de l'élément central que constitue un canal d'eaux vives cascadant de terrasse en terrasse ; l'exploitation d'un traité d'agriculture contemporain de la fin des Timurides, dont l'un des huit chapitres est consacré au « charbagh » (Alemi, 1986 ; Subtelny, 1997) et les récentes fouilles archéologiques du jardin de Babur à Kaboul confirment l'importance de cette axialité.
Mis en regard des descriptions de Babur, et de ce qui nous reste de ses réalisations, cela permet d'évoquer l'hypothèse d'un modèle de jardin timuride spécifique, caractérisé par l'eau vive, l'axialité et le site panoramique, et  qui, au-delà de l'évocation du paradis, opérerait la synthèse idéale d'un paysage cultivé, le verger fertile quadrillé par l'irrigation, et d'un paysage naturel, le torrent montagnard aux eaux vives entouré d'arbres.


Le jardin de Babur à Kaboul.
Source : Sketch from album of Views in Afghanistan by James Atkinson (1839), British Library, London.


L'axe d'eau du jardin timuride et moghol comme transcription du torrent montagnard.

« Le jardin est situé sur la hauteur, a des eaux vives et jouit d'un climat très doux. Au centre s'élève une petite colline d'où coule à travers le jardin un ruisseau de la force d'un moulin. Le charchaman (parterre quadripartite) est situé au sommet de la colline. Dans la partie sud-ouest du jardin, il y a un bassin de dix mètres sur dix, entouré d'orangers et de quelques grenadiers, avec, tout autour, une prairie de trèfles. C'est le plus beau coin du jardin, qui paraît dans toute sa splendeur à l'époque où les oranges mûrissent. Il est vraiment admirablement bien fait. »
Elizabeth Moynihan (1979) a identifié, dans les années 1970, plusieurs sites moghols, dont Istalif, qu'elle décrit ainsi : « Le site d'Istalif est à couper le souffle. Des vignes couvrent les pentes et des canaux d'irrigation serpentent entre des rangées de peupliers. (...) Une terrasse occupe un promontoire qui a une vue merveilleuse sur la large vallée et les montagnes. L'ancien canal de Babur dévale encore depuis le centre de la terrasse ; il est bordé de magnifiques vieux platanes et à leur pied, en contrebas, de parterres de gazon. Invisible de la route, le jardin s'élève, abrupt et symétrique, de terrasse en terrasse, vers le haut de la montagne12 ; la plus haute terrasse est arborée, et jouit d'un panorama sublime. »

De la culture timuride à la culture moghole : comment se transmettent, comment se transforment les modèles paysagers ?

Les descriptions de paysage des années passées en Transoxiane montrent Babur imprégné très tôt13 de modèles paysagers bien définis : au Ferghana et à Samarkand, on sait :
  • ce qu'est un beau paysage : des eaux vives, des arbres, des prairies et des sites panoramiques ;
  • ce qu'est un beau jardin : un enclos au plan régulier avec eaux vives, vue et site escarpé ;
  • ce qu'est une belle ville : Samarkand, la ville aux mosquées bleues, entourée de jardins, d'eau, d'ombre et de verdure.
La Transoxiane14 a été au XVe siècle un creuset de cultures différentes : islamique, persane, turque, mongole, chinoise (Roux, 1986, Brooks, 1987, Moynihan, 1979) ; la culture timuride a opéré une synthèse  brillante de ces influences. En déplaçant le centre de la Grande Perse vers l'est, elle s'est ouverte à des influences chinoises sensibles en peinture (Gray, 1995), à des religions animistes et à des modes de vie semi-nomades issus du monde des steppes turco-mongol, valorisant la mobilité et la vie en plein air.
Est-ce cela qui a créé les conditions d'existence de la culture paysagère timuride dont témoigne le Baburnama ? Ce que doit à la vie des steppes et au contact de différentes cultures la sensibilité paysagère de Babur est certainement immense ; tout autant l'est ce qu'il a légué dans ce domaine à ses successeurs moghols.
Le séjour de Babur en Inde marque une étape particulièrement intéressante pour une réflexion sur le paysage, car il questionne l'adaptation d'une culture paysagère hors de son champ géographique et culturel originel.
La mise en œuvre et le perfectionnement des modèles timurides à Kaboul, pays timuride et montagnard, allaient de soi. Ce n'était pas le cas dans la plaine indienne  durement conquise, l'Inde apparaîtra suffisamment répulsive à certains de ses compagnons pour qu'ils préfèrent retourner à Kaboul, voire à Ghazna, l'un des rares lieux de l'Afghanistan déprécié par Babur.
Quant à Babur, ni ses modèles d'appréciation des paysages ni ses modèles d'aménagement ne sont adaptés au nouveau pays, et l'on assistera à son très dynamique travail d'adaptation et de transformation de ces modèles au contact de la culture et des paysages indiens. Ce travail porte à la fois sur le paysage in visu (comment appréhender des paysages « grandeur nature » qui vous semblent ingrats15 ?) et sur le paysage in situ (comment adapter des modèles d'aménagement à un nouveau contexte peu propice ?)
Le premier point pose la question du « beau paysage ». On voit le regard de Babur sur les paysages indiens se transformer, passant des « répulsions » premières à la découverte de paysages nouveaux, et à l'élaboration de nouveaux modèles de vision de ces paysages.
Le montagnard du Ferghana et de Kaboul gardera toute sa vie les paysages  « d'au-delà des montagnes » et la vision de Samarkand ancrés en lui, mais ses goûts s'élargissent. Dans ses descriptions de « beaux paysages », le modèle des paysages montagnards essaie de subsister sur un mode mineur : collines ou éperons rocheux pour montagnes, un peu d'eau, de la verdure, et voici un « site à jardin ».
On voit en même temps émerger d'autres modèles : notamment l'esthétisation du fleuve et du lac. L'esthétisation des lacs artificiels de la plaine indienne impliquait une adaptation majeure : surmonter la répugnance pour les eaux stagnantes. Mais le concept de mondes en miroir appartient aussi  à la pensée islamique et les plaisirs de l'eau prennent une autre forme : les larges rivières indiennes que l'on parcourt en bateau, les baolis, ces grands puits habitables qui offrent de la fraîcheur, les canaux que l'on fait, à grand renfort de travaux hydrauliques, courir dans les jardins.
La curiosité de Babur, toujours en éveil, lui fait découvrir avec fascination les arbres, la faune et la flore indiennes ; on le voit faire transporter à Agra tel laurier-rose rouge et odorant, apprécier la couleur des feuilles de bananiers, le chant ou le plumage d'un oiseau, les diverses variétés de mangues, etc., et les parties de majun sont prétexte à découverte de nouveaux sites : toutes choses qui permettent d'élaborer une nouvelle lecture du paysage.
Le deuxième point pose la question de la permanence et de la transmission des modèles d'aménagement. Face aux contraintes d'un nouvel environnement, les modèles d'aménagement s'infléchissent, s'adaptent, s'approprient de nouveaux éléments.
Les estrades abandonnent les escarpements panoramiques et s'installent au bord ou, comme à  Sikri, au milieu d'un lac où Babur aimait rédiger ses mémoires (Gulbadan Bégim, 1999.)
Dans les jardins de la plaine indienne, on voit apparaître les terrasses au bord de l'eau et les châttris, qui offrent la vue par-dessus les murs que ne permet plus le terrain plat ainsi que les réservoirs d'eau surélevés qui permettront de faire cascader l'eau. À Dholpur, dont le site est médiocre, comparé à ceux de Kaboul ou d'Istalif, Babur adopte, dans son « jardin du Lotus », des techniques et une esthétique indiennes, faisant creuser des bassins en forme de fleur de lotus dans la roche massive rouge.


Le jardin du Lotus à Dholpur.

Babur et ses successeurs ont pérennisé en les adaptant les modèles timurides du palais-jardin et de la ville-jardin16 qui déjà caractérisaient Samarkand. Des documents iconographiques et des témoignages montrent à Agra un front de fleuve continu, constitué par les murs des terrasses des jardins et leurs bâtiments immergés dans la verdure, dont Babur avait commencé la construction (voir supra). 
Ces nouvelles formes, les unes adoptées telles quelles, les autres adaptées, deviendront caractéristiques des aménagements moghols ultérieurs. Les Moghols porteront les matériaux, les jeux d'eau et les constructions de leurs jardins à ce degré de raffinement extrême auquel leur nom reste attaché; et le schéma de base quadripartite va connaître un nouveau développement dans les « rauza », les jardins-mausolées, renouant avec le symbolisme du paradis qui était absent (peut-être parce que c'était un tel lieu commun !) du Baburnama : les modèles se sont transformés.
L'admiration des paysages se manifestera aussi chez les successeurs de Babur dans l'exceptionnelle explosion de créativité qui accompagne la représentation des paysages et de la nature dans la miniature moghole. Cette créativité picturale reste directement liée à l'œuvre de Babur, puisqu'elle s'exprimera tout particulièrement dans les illustrations des nombreux exemplaires du Baburnama commandés par son petit-fils Akbar.
Quant au paysage de référence timuride (torrent montagnard et cultures irriguées), il reste latent, et, du règne d'Akbar à celui de Shah Jahan, on le retrouvera presque tel quel au Cachemire, à la fois admiré in situ, et interprété dans les jardins de Srinagar et d'Achbal.

Ce travail a été réalisé à partir de deux traductions du Baburnama ; la traduction anglaise est plus précise en ce qui concerne le paysage.
Les miniatures, extraites d'un
Baburnama du musée de Delhi, ont été réalisées plus d'un demi-siècle après la mort de Babur. Elles illustrent le propos, sans nécessairement le documenter.

Mots-clés

Aménagement, Babur, paysage, Timurides, jardins moghols, Islam
Spatial planning, Babur, landscape, Timurids, mughals gardens, Islam

Bibliographie

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Auteur

Michèle Constans

Architecte et paysagiste.
Courriel : michele.constans@educagri.fr

Pour référencer cet article

Michèle Constans
Islam et paysage au XVIe siècle
publié dans Projets de paysage le 26/06/2009

URL : http://www.projetsdepaysage.fr/fr/islam_et_paysage_au_xvie_siecle_

  1. Pour un aperçu rapide du Baburnama, voir l'article d'Amitav Ghosh : « The man behind the mosque » in Conflict, vol. I, issue 2, 2000. http://www.littlemag.com/2000/amitav.htm
  2. Imaginez l'équivalent de ce que seraient les mémoires d'un Laurent de Médicis. On nomme aussi « Renaissance timouride » les brillants accomplissements culturels des descendants de Tamerlan, contemporains du Cinquecento.
  3. « Ici, le brillant printemps éclôt chaque jour des fleurs nouvelles,
    Et les jeunes filles se tiennent prêtes à verser le vin.
    Jouis du plaisir qui s'offre, ô Babur! Une fois bue,
    La coupe de la vie ne reviendra plus jamais dans ta main. »
  4. 3e empereur moghol.
  5. Ce lac existe toujours et est célèbre pour ses colonies de flamants roses.
  6. Chacun sait que dans l'Islam, plus que d'un interdit, la représentation  fait l'objet d'une codification ; la référence à la peinture (fresques et miniatures) n'est pas rare dans le Baburnama.
  7. Ouzbékistan et Tadjikistan jusqu'en 1504, Afghanistan et Pakistan de 1505 à 1525, Inde de 1525 à 1530.
  8. Même si, comme dans la plupart des cultures, les paysages sont généralement appréciés à la fois comme beaux et comme bons. De plus, en ce qui concerne les nuances linguistiques du texte, nous sommes prisonniers des traducteurs.
  9. Le vin, les vins, ainsi que le  majun, qui est une  pâte  « comestible à base d'opium, d'ellébore et de cannabis » (Bacqué-Gammont, 1980), sont très prisés par les Timurides. Ils provoquent deux types d'ivresse différents et, selon Babur, peu compatibles. Le vin est proscrit par la religion, mais lorsqu'en Inde Babur renoncera à l'alcool, il continuera à agrémenter ses promenades de majun.    
  10. « Au bord de la rivière au lever du soleil (...) nous prîmes du majun, sous l'emprise duquel les champs de fleurs nous semblèrent étranges (...). »
  11. « Il fut décidé que Tchïmaq Beg et Chalï mesureraient la distance d'Agra à Kaboul. Tous les 9 korüh  (= 9 x 3,2 km), ils devaient dresser une tour de douze aunes (=12 m) de hauteur et construire un « chardara »  (= pavillon ouvert) dessus. Tous les 18 körüh un relais de poste. » C'est la mythique grande route de l'Inde, de Kaboul au Bengale ; dans Kim Kipling attribue sa réalisation aux Anglais.
  12. Contrairement à la plupart des jardins occidentaux,  l'accès aux jardins timurides et moghols  se fait depuis le bas.
  13. Lorsqu'en 1497 Babur fait aménager un belvédère à Och (voir supra, faire une ancre), il est  alors âgé de 14 ans.
  14. Transoxiane : au-delà de l'Oxus, c'est-à-dire de l'Amou-Daria, aujourd'hui l'Ouzbékistan ; c'était la partie la plus orientale de la Grande Perse.
  15. Cf. Sansot, P., dans Variations paysagères : « Comment apprendre à aimer ce qui n'est pas aimable ? »
  16. Il s'agit plutôt d'un quartier-jardin, extérieur à la ville minérale du plus grand nombre.