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Éditorial

Le rôle de l'agriculture en matière de paysage ainsi que la place de celui-ci dans l'activité agricole sont des questions déjà anciennes. Dès le début des années 1980, en France, les agriculteurs sont interpellés sur ce point par la société relayée par la puissance publique qui va imaginer et mettre en œuvre des politiques dans ce domaine, cherchant à convaincre d'une synergie possible, souhaitable, nécessaire, entre agriculture(s) et paysage(s).
Il faut dire que depuis des temps immémoriaux, en France - mais cela vaut pour de nombreux autres pays -, l'agriculture marque puissamment les territoires et participe de fait à leurs aménagement, gestion, entretien et transformation. Plus que d'autres, elle a pour particularité d'être en prise avec l'étendue ; se déployant « à ciel ouvert », elle est visible et exposée à la vue de tous. En outre, dans les mémoires et les imaginaires collectifs, le couple nature-agriculture s'impose et se perpétue ; par la force du passé, la société ne peut ignorer les agriculteurs vers lesquels elle se tourne pour l'entretien de son territoire. L'activité agricole a donc à voir avec le paysage entendu dans ses deux dimensions matérielle et idéelle. Et les agriculteurs se voient chargés de créer du sens, de l'harmonie, de produire des aménités paysagères, d'inventer un autre rapport société-nature.
Pour autant, si les injonctions paysagères à l'adresse du monde agricole sont nombreuses et récurrentes, épousant au fil du temps les enjeux du moment, elles prennent appui sur une attitude ambivalente vers l'agriculteur : tour à tour, ou dans le même temps, loué pour sa capacité à tenir le territoire, à le modeler, à le façonner, et décrié pour les dommages et transformations occasionnés à l'environnement au cours des dernières décennies, par le développement de systèmes de production de plus en plus intensifs encouragé par la Politique agricole commune et les politiques nationales.
La question est donc complexe à démêler et dès son émergence sur la scène publique, des chercheurs en agronomie, écologie du paysage, sociologie rurale... s'en sont emparés et se sont employés à analyser et à comprendre le sens et les enjeux des interactions entre paysage(s) et agriculture(s), à travers des approches disciplinaires et interdisciplinaires.
Aujourd'hui, en 2017, soit plus de quatre décennies après les premiers travaux de recherche, qu'en est-il ? Ce dix-septième numéro de Projets de paysage, en donnant la parole aux chercheurs et aux praticiens du paysage, ambitionne d'apporter un éclairage sur la tension dialectique qui aujourd'hui unit et oppose à la fois (les deux termes) paysage(s) et agriculture(s) à partir de quelques études de cas. Les contributions ici rassemblées sont centrées sur un objet : l'action, entendue au sens de pratiques, de projets, de politiques mises en œuvre dans l'espace rural et périurbain, en France pour une grande part, et au-delà. En raison de ce choix, l'ensemble - fruit des réponses à l'appel à textes publié il y a six mois - offre une photographie à un instant t de quelques démarches non seulement scientifiques mais aussi opérationnelles.

Dominique Henry et Monique Toublanc