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Quand des agriculteurs agroforestiers haut-garonnais nous parlent d'arbre et de paysage

When Forest Farmers in the Haute Garonne Region Talk about Trees and the Landscape

10/07/2017

Résumé

L'article proposé veut rendre compte des principaux résultats d'une recherche exploratoire réalisée en 2015 sur la place du paysage dans l'engagement agroforestier de dix agriculteurs haut-garonnais, formulant l'hypothèse que le potentiel paysager agroforestier n'y est pas étranger. Nos travaux ont questionné les positionnements paysagers des agriculteurs dans leurs démarches. Ils se sont d'abord intéressés aux profils des agriculteurs agroforestiers : qui sont-ils ? quelles sont leurs trajectoires de vie, leurs parcours ? Ils se sont centrés sur l'analyse des représentations sociales pour mieux comprendre les motivations qui expliquent les pratiques de plantations d'arbres dans ou en bordure de parcelles. Gert, François, Roger, Arnaud et les autres agriculteurs agroforestiers que nous avons enquêtés nous ont parlé d'agroforesterie et de paysage. Nous y avons décelé les positions paysagères expliquées et explicitées, par exemple en rapport avec la volonté de construire un beau paysage ou avec le souci de marquer le paysage pour laisser une trace.
The article presents the main findings of a research study conducted in 2015 on the role of the landscape in the agroforestry commitment of ten farmers in the Haute Garonne region in France, based on the premise that the potential of the agroforestry landscape is a factor in such a commitment. Our research investigated the farmers' positions regarding the landscape. The profiles of the farmers were studied first: Who are they? What is their life trajectory and background? The research then focused on their social representations to understand the motivations behind the practice of planting trees in or on the edges of plots. Gert, François, Roger, Arnaux and the other forest farmers we interviewed talked to us about agroforestry and the landscape. This enabled us to identify their positions concerning the landscape which were explained and described, for example regarding the intention to build a beautiful landscape or the desire to change the landscape in order to leave a mark on it.

Texte

L'agriculture française essaie de s'engager dans la conversion agroécologique. Avec un modèle productiviste « à bout de souffle » dont plus personne ne semble nier les effets sur l'environnement, la France prend place dans la transition écologique. Le législateur a inscrit la triple performance économique, environnementale et sociale au cœur des pratiques agricoles innovantes à mettre en œuvre (loi d'avenir 2014). L'environnement y devient un atout clé de la compétitivité, sa prise en compte une condition essentielle pour renouer la confiance entre l'agriculture et la société. C'est dans ce contexte qu'il faut remarquer le mouvement de renaissance de l'agroforesterie1. En effet dans le cadre du plan agroécologique pour la France porté par le ministère de l'Agriculture, de l'Agroalimentaire et de la Forêt (MAAF), l'agroforesterie fait partie des solutions proposées pour développer les pratiques agricoles durables. Si les surfaces et les linéaires plantés ont diminué ces 40 dernières années (Pointereau, 2002), l'agroforesterie réapparaît par petites taches dans les campagnes françaises. Les estimations indiquent un cap de 10 000 ha franchi en 2013 (Centre d'études et de prospective MAAF, 2012). De cette façon, l'agroforesterie est peut-être un signal du renouveau de pratiques agricoles qui s'écarteraient de l'intensivité et de ses impacts négatifs sur l'environnement.
Les recherches menées sur le sujet agroforestier se centrent pour la plupart sur les bénéfices agronomiques, écologiques ou économiques. Il s'agit dans ces travaux d'y démontrer l'efficacité de la pratique sur les revenus économiques de l'exploitant par l'amélioration du rendement des cultures (programme SAFE2), sur la production de biomasse et la mise en œuvre de la diversification sur l'exploitation, sur le potentiel de séquestration et de stockage du carbone (Liagre, 2009), sur l'amélioration de la qualité des eaux par la filtration ou encore sur le développement de la biodiversité, notamment par l'abondance des effets de lisière (Deconchat, 2010). Les études qui s'intéressent au registre paysager de l'agroforesterie sont peu nombreuses. Celles qui traitent du paysage le font sous l'angle de l'aménagement. La force d'empaysagement de l'agroforesterie, entendue ici comme la capacité à produire et à transformer les paysages, apparaît dans les projets de territoire. Dans ce cas, l'agroforesterie est d'abord un outil pour travailler sur la structuration des espaces, l'agencement des objets. Elle sert par exemple à constituer les trames vertes et bleues (Guillerme, 2014) - mises en place suite au Grenelle de l'environnement -, à construire et à consolider les continuités écologiques. Elle est aussi convoquée quand il s'agit de reconstituer le bocage traditionnel pour fragmenter les grandes parcelles. Les études qui associent agroforesterie et aménagement font écho aux préoccupations toujours actuelles des pouvoirs publics qui s'inquiètent d'une dégradation continue des paysages (artificialisation par la périurbanisation et consommation des terres agricoles, déconstruction bocagère et uniformisation des panoramas des campagnes, etc.). Ils font de leur protection une priorité. D'ailleurs l'appel à projet plan de paysage 2015 lancé par le ministère de l'Écologie à qui s'inscrit dans le plan d'action en faveur des paysages - invite les acteurs du territoire à repenser la manière de concevoir l'aménagement pour agir sur la qualité du cadre de vie. Cette inquiétude et cette considération paysagère ne sont pas nouvelles. Elles se traduisent depuis longtemps dans les politiques déployées au niveau national avec la loi paysage de 1993 ainsi qu'au niveau international avec la Convention européenne du paysage. Elles renvoient notamment à la « demande sociale » de paysage (Luginbühl, 2001) ainsi qu'au souci de planification raisonnée des territoires (Labat et Aggeri, 2013) pour protéger les paysages remarquables , les « hauts lieux » (Debarbieux, 1993), et ordinaires, plus communs ou « quotidiens ».
L'agroforesterie n'est pas qu'un outil de l'aménagement du territoire. Elle est aussi une action possible pour inventer et donner les orientations des lieux de vie de demain. Elle représente et symbolise cette agriculture génératrice de « formes paysagères » (Luginbühl, 2012) remarquables. Quand l'agroforesterie est intraparcellaire, elle permet la création « d'unités agrophysionomiques » (Deffontaines et al., 1996) et la reconstruction d'une physionomie des territoires de l'agriculture, diversifiée, moins uniforme, offrant d'autres possibilités esthétiques ou le retour à des formes plus connues comme le pré-verger. Quand l'agroforesterie concerne les bords de parcelles et la plantation de haie, elle permet la re-création de formes bocagères plus emblématiques et mieux connues qui réhabilitent - aux regards de la société - un bocage « célèbre » et apprécié. Ces pratiques agroforestières en développement sont, semble-t-il, au cœur d'un renouveau des liens aux paysages agricoles (fonctionnel, patrimonial, affectif, esthétique) qu'il faut associer à l'évolution des pratiques sociales de territoire.

Figure 1. Chez François, printemps 2015, Montesquieu-Volvestre.
Vue depuis la route : les nouvelles lignes plantées sur la parcelle qui borde le chemin de la maison d'habitation, lui-même anciennement arboré par les parents. © Olivier Bories.


Figure 2. Chez Arnaud, hiver 2015, Mondilhan.
Ligne d'arbres plantée en travers de la pente dans la prairie permanente. Elle conduit de l'espace ouvert au bois. © Olivier Bories.


C'est précisément ce désir social contemporain de paysage que viennent questionner le Collectif Paysages de l'après-pétrole et la jeune agence INITIAL-Paysagistes avec la démarche « Quels paysages pour demain ? La campagne des paysages d'Afterres20503 ». Ce travail projette des scenarii innovants, pensant sans les dissocier la recomposition agricole avec les modes de vie souhaitables d'un monde postpétrole. Comme l'indique Odile Marcel (2016), cette pensée par le paysage permettrait, entre autres, de « jouir de l'aspect sensible des aménagements agricoles ». Le paysage joue alors un rôle particulier dans les nouvelles manières d'habiter les territoires. Dans ce cadre, notre travail pose l'hypothèse que le paysage influence aussi l'engagement agroforestier de l'agriculteur. La recherche exploratoire veut pouvoir comprendre et expliquer les positionnements paysagers de chacun.

Objets et matériaux de la recherche ; et démarche méthodologique

Les résultats présentés ici sont ceux d'une recherche exploratoire engagée. Cette dernière s'est nourrie du constat qu'il existe deux déséquilibres au niveau des études scientifiques réalisés sur l'agroforesterie contemporaine. Le premier est thématique. La plupart des études existantes sont fondées sur des données quantitiatives. Elles explorent par les mesures les efficiences culturales de l'agroforesterie. Aucune ne s'intéresse véritablement à la question du paysage si ce n'est quand il s'agit de l'utiliser comme un outil de l'aménagement. L'absence de ressources bibliographiques confirment ce manque thématique. Il y a un « vide scientifique » à constater et à exploiter. Seule une étude de Xavier Hamon (2007), réalisée par enquêtes auprès des agriculteurs pour tester la faisabilité de l'agroforesterie sur un secteur vierge de cette pratique, semble montrer que le paysage y occupe une place importante. Cette étude donne à supposer qu'il y a dans cette perspective un champ de recherche à investir.
À ce premier déséquilibre thématique, s'en ajoute un second. Il est territorial et tient aux sites d'observation et d'analyse. Les terrains d'études agroforestiers sont souvent les mêmes. Ils organisent une concentration localisée des attentions scientifiques et peut-être le délaissement de lieux agroforestiers à étudier ailleurs. Le domaine de Restinclières par exemple, situé au nord de Montpellier dans l'Hérault, est le plus vaste site expérimental d'agroforesterie en France et en Europe. Comme l'indique la société coopérative et participative (Scop) spécialisée en agroforesterie Agroof, une douzaine d'équipes de recherche et de développement y étudient l'association arbre/culture : croissance et enracinement des arbres, développement et rendement de cultures, couples auxiliaires/ravageurs, bio-indicateurs, fertilité du sol. Le département du Gers attire également les chercheurs. Depuis plusieurs années, c'est un territoire où l'agroforesterie y est particulièrement dynamique. Plus de 300 ha de parcelles sont concernés (Arbre et Paysage 32, 2013). Ce développement est porté par un réseau d'acteurs investis, qui sait communiquer à l'extérieur sur les actions agroforestières qu'il met en place.
C'est à l'articulation de ces deux déséquilibres qu'il faut situer le travail présenté ici. Il propose de dépasser l'ensemble des études techniques en apportant sur le thème du paysage des données qualitatives. Le sujet de cette recherche exploratoire concerne la place et le rôle qu'occupe le paysage dans l'engagement agroforestier de l'agriculteur. Il s'agit de s'intéresser à ces exploitants qui ont décidé de rompre avec les pratiques agricoles ordinaires de l'intensivité, de revisiter les habitudes professionnelles partagées par le plus grand nombre, peut-être de s'engager dans une forme de « modernité » agricole, certainement de soutenir une forme d'innovation. Ces agriculteurs font figure « d'illuminés » aux yeux de certains et sont « avant-gardistes » pour d'autres. Ils nous interrogent alors plus largement et mettent en débat le lien supposé existant entre pratiques professionnelles et représentations sociales (Soulard et Pierret, 1996 ; Périchon, 2004 ; Ménadier, 2010). La production paysagère agirait comme un révélateur de positionnements politiques et professionnels (Darré, 2014).
L'agriculteur est le premier acteur concerné par le dispositif agroforestier. C'est bien lui qui conduit les parcelles agricoles et décide de ses orientations techniques. L'action agroforestière ne peut se déployer que sous son impulsion, son implication, sa décision à planter. Il nous paraît donc opportun et central de s'intéresser à sa position agroforestière et d'y déceler d'éventuelles motivations paysagères.

Figure 3. TUP31 (Trait d'union paysan).
Arnaud Oustin dans sa parcelle agroforestière, janvier 2012, Mondilhan.
© Sébastien Garcia, 26 janvier 2012,
Journal d'informations agricoles et rurales de Haute-Garonne,
http://www.tup31.com/galeries/120117-agroforesterie-oustin/index.html.


Dans ce premier travail de recherche, il s'agit d'apprécier la part d'influence paysagère dans l'initiation de l'action agroforestière par l'agriculteur, imaginant dès le départ qu'il n'est pas qu'un producteur de biens agricoles. L'agriculteur est aussi - et sans le limiter qu'à cela - un producteur de service paysager. Il s'agit plus précisément de comprendre qui sont ces agriculteurs qui choisissent de s'inscrire en marge d'une agriculture conventionnelle, qui plantent des arbres dans leurs parcelles ? Quels sont leurs profils et ont-ils des traits communs ? En travaillant sur les contenus de leurs motivations, il s'agit de comprendre les incitations personnelles et collectives qui les entraînent vers cet engagement, de mesurer et d'apprécier l'existence d'une « conscience paysagère » (Bories, 2008). Ce travail fait l'hypothèse qu'il existe un lien entre l'engagement agroforestier et le désir de modelage paysager. Il tente de montrer que le choix de cette agriculture est les résultat exclusif de considérations agronomiques, écologiques et économiques ou que la production de paysage vient aussi orienter cette décision et de quelles façons. Des travaux (Bigando, 2008 ; Henry, 2012) ont montré que l'agriculteur n'est pas seulement producteur d'une esthétique paysagère mais il est aussi contemplateur. Il possède en effet une relation affective au paysage de son lieu de travail souvent aussi lieu d'habitation. L'étude propose d'interroger les trajectoires de vie, les parcours et les pratiques. Si comme l'écrit Denise Jodelet (1970) « toutes nos actions sont guidées par nos représentations » alors la mise en vue des systèmes de valeur et des représentations (collectives et individuelles) devrait pouvoir clarifier et expliquer la part paysagère dans l'action agroforestière. Plus largement, l'étude exploratoire propose d'éclairer par le paysage le rapport que les agriculteurs agroforestiers entretiennent avec le lieu, comme espace cultivé et comme territoire vécu, observé.
       
Les pratiques agroforestières et les représentations des agriculteurs agroforestiers sont au centre des questionnements de cette recherche. Nous pensons que « les repreĢsentations sociales de l'espace que nous produisons livrent les cleĢs de notre espace veĢcu. Leur prise en compte s'aveĢ€re indispensable si l'on souhaite comprendre le processus relationnel des hommes et de leurs socieĢteĢs aĢ€ l'espace, ainsi que les formes et les structures spatialiseĢes qu'il engendre » (Di MeĢo et BuleĢon, 2007). Nos interrogations et notre approche s'inscrivent dans un cadre disciplinaire et théorique particulier, géographique, complètement assumé. Il se place à l'entrecroisement de deux géographies, complémentaires. La première est sociale. C'est celle qui aborde les relations des hommes aux lieux et qui met l'accent sur la dimension humaine dans les dynamiques spatiales. La seconde est culturelle. Elle invite « les geĢographes àĢ€ se pencher sur le probleĢ€me des identiteĢs, des modaliteĢs de leur construction et de leur signification » (Claval et Staszak, 2008). Les combinaisons géographiques, ici agroforestières, « s'inscrivent dans les imaginaires (images mentales), dans la sensibilité (eĢmotions, sensations), dans l'affect (inclinations, sentiments) et dans la raison (jugement) des humains qui les produisent et les pratiquent, se les repreĢsentent » (Di MeĢo, 2014).
La démarche de recherche conduite ici en géographie sociale et culturelle est compréhensive. Elle propose de se saisir de la sociologie développée par Max Weber (2011) pour s'intéresser au sens que les individus confèrent à leurs pratiques, dans ce cas, agroforestières. La démarche compréhensive qu'il s'agit de porter en géographie questionne la pratique en s'intéressant aux raisons qui président à cette pratique. C'est une approche qualitative qui permet de recueillir et d'analyser les représentations sociales qui construisent les positions individuelles et collectives, ici de saisir les tenants et les aboutissants de l'engagement agroforestier de l'agriculteur.
La méthode choisie est celle de l'enquête par entretien. Comme l'indique Guy Michelat (1975) : « L'utilisation de l'entretien est particulièrement approprié chaque fois que l'on cherche à appréhender et à rendre compte de systèmes de valeurs, de normes, de représentations, de symboles propres à une culture. » L'entretien utilisé est « conversationnel » compréhensif (Granié, 2005). Il oblige à une posture de reconnaissance mutuelle qui se traduit pour le chercheur par une attitude d'écoute.

Dans le cadre de cette préétude, dix agriculteurs agroforestiers haut-garonnais ont été enquêtés. Cet article présente un travail d'analyse des récits de cinq d'entre eux. Ce choix (contraint par le temps) a permis de travailler avec des éléments de la linguistique, de la sociologie mêlés à la géographie. Nous nous sommes livrés à une véritable analyse de contenu après retranscription intégrale des cinq entretiens. À l'écoute des enregistrements des dix agriculteurs agroforestiers rencontrés, il faut relever un certain nombre de valeurs partagées qui confortent les résultats.

Figure 4. Portraits dessinés des agriculteurs agroforestiers - © Mathilde Rue, 2017.

Parmi eux il y a Gert (65 ans), aujourd'hui retraité. Il a transmis l'exploitation familiale de 25 hectares à sa fille. Elle élève aujourd'hui sur une exploitation convertie en bio des brebis laitières de race Lacaune pour produire du fromage qu'elle vend en vente directe à la ferme et sur les marchés de la région. Gert a fait des études d'agronomie en Belgique dans les années 1970. Sa langue maternelle est le néerlandais et il a aussi appris l'allemand. Son parcours de formation l'a conduit sur des territoires en guerre, pauvres et désertiques d'Israël puis en Tunisie où il a enseigné et travaillé avec l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). Les enjeux autour de la présence - ou l'absence - de l'arbre étaient centraux : de la préservation de l'outil de production (le sol : gage de nourriture, de survie) au droit à habiter une terre. En route vers la Belgique, il achète finalement avec sa femme une petite ferme en ruine en Haute-Garonne. Lapins, moutons puis vaches, il a « pour mission de planter ici depuis 30 ans ».
Il y a Roger (53 ans) et son frère qui cultivent 177 ha de grandes cultures céréalières. L'exploitation familiale est en agriculture de conservation depuis plus de 15 ans maintenant. Elle est une ferme pilote dans laquelle ils mettent en place des pratiques agroécologiques : semis-directs, couverts végétaux, diversification, assolement et allongement de la rotation. Roger n'a pas fait de cursus d'études très long, mais une spécialisation en mécanique agricole. Il apprend « sur le tas », puis participe à des rencontres, à des groupes d'échanges, à des journées de formation à d'autres méthodes agricoles. Il est aujourd'hui un membre actif du programme Efficience Climat. « L'AB pourquoi pas ? ». En 2010 cherchant toujours à faire évoluer ses pratiques vers un modèle plus durable, il plante 10 ha en agroforesterie intraparcellaire.
Il y a Arnaud (40 ans) qui a grandi à Toulouse et passe ses vacances chez ses grands-parents, agriculteurs. Bien qu'orienté dans des études d'aéronautique, il doute quant à sa voie professionnelle : « Au fond de moi, dans mes racines, il y a une petite voie, il y a quelque chose qui a fait que je suis allé vers la nature. » Il tente l'expérience de berger dans les Pyrénées, il a 18 ans. C'est un déclic. Il est aujourd'hui éleveur ovin en AB. Installé depuis 2005 sur 30 ha, il élève une vingtaine de vaches brunes des Alpes. Avec son épouse, ils ont monté une activité « fromage de vache » en vente directe sur 3 marchés. En 2010, ils décident de planter 200 arbres de différentes essences et 300 arbustes pour refaire des haies dans leurs prairies.
Il y a aussi François (30 ans) qui est ingénieur, technicien en AB à la coopérative. Sa compagne s'est installée sur la ferme des parents de celui-ci, enseignant pour l'un, agricultrice directrice de crèche pour l'autre. Les 28 ha de l'exploitation sont destinés à l'élevage des brebis. Ils vendent à la ferme et sur les marchés de la région leurs fromages. François a fait des études supérieures d'agronomie à Beauvais et a voyagé à l'étranger, côtoyant d'autres formes d'agricultures. En 2011, il plante 4,5 ha en intraparcellaire.
Il y a enfin Denis (47 ans). Il enseigne en lycée agricole. Il a repris en parallèle l'exploitation familiale d'une surface de 40 ha qu'il a converti en bio en 2009. Il y cultive des céréales en grandes cultures et projette de développer une activité secondaire de vente d'agneaux. Il est titulaire d'un BTS en machinisme. Il nous dit avoir beaucoup observé les pratiques agricoles des voisins qui ont fait évoluer son regard. En 2014, il prévoyait de planter 5 ha en intraparcellaire.

Nous situons notre étude dans l'ancienne région Midi-Pyrénées. Selon l'association Arbre et Paysage 32, elle est la première région française agricole par sa surface cultivée avec 2,5 millions d'hectares. L'agroforesterie y connaît un développement, d'une part, grâce à sa tradition de polyculture et de polyélevage offrant une gamme de contextes agricoles qui lui sont propices, d'autre part, Midi-Pyrénées fait partie des territoires où l'aléa d'érosion des sols est le plus élevé en France et donc où une répartition diffuse et équilibrée de l'arbre est souhaitée. Ce n'est pas dans le département du Gers mais dans celui de la Haute-Garonne qu'ont été conduites les investigations de recherche. Peu observé, c'est un terrain d'étude intéressant qui présente une dynamique agroforestière en cours de construction, impulsée et soutenue par l'association Arbres et Paysages d'Autan4. Le paysage y est de qualité, particulièrement varié, tantôt vallonné, tantôt ouvert sur de grandes plaines. Il ceinture la vaste métropole toulousaine en expansion sur sa périphérie pour laquelle il constitue ses plus proches espaces de « nature » et son cadre identitaire. Il faut y remarquer une attention portée au paysage agricole, un attachement de la population locale pour cette campagne environnante. La Haute-Garonne est le troisième département de la région Midi-Pyrénées au niveau de la superficie des terres agricoles. La situation agricole est très contrastée. La Haute-Garonne est le territoire du développement d'une agriculture conventionnelle intensive de grandes parcelles, dans le Lauragais et la plaine de la Garonne. En 2010, le département compte 6 410 exploitations pour une superficie agricole utilisée (SAU) de 331 000 ha dont la baisse (- 4,3 %) s'explique par la pression urbaine sur les espaces agricoles, mais aussi par les difficultés économiques du secteur. L'agriculture en Haute-Garonne reste cependant dynamique. En effet, la SAU moyenne a augmenté de 11 ha pour atteindre 52 ha. Pour les grandes exploitations, la SAU moyenne est de 153 ha et de 65 ha pour les moyennes. Les petites exploitations disposent quant à elles de 14 ha. Les moyennes et grandes exploitations occupent 86 % du territoire agricole utilisé. Le paysage agricole haut-garonnais reste très contrasté entre le Sud tourné vers l'élevage d'herbivores, le centre où dominent les céréales et le Nord ponctué de cultures maraîchères, horticoles et viticoles (sources DDT31, 2014).
La diversité topographique de ces espaces permet dès lors l'accueil de différentes formes d'agroforesteries : l'agroforesterie intraparcellaire5 convient pour les grandes parcelles du Lauragais, les agroforesteries plus anciennes (haies, bosquets, pré-vergers) s'accommodent des zones de terrasses et de coteaux. Ici peut-être plus qu'ailleurs, l'émergence d'une dynamique agroforestière associée à la diversité des configurations géographiques et des populations installées (anciens agriculteurs, néoruraux) peut nourrir des discours agroforestiers riches d'informations.

Principaux résultats de l'étude exploratoire et discussion

Le travail présenté est exploratoire. Il a été conduit avec l'intention de vérifier que le paysage occupe une place dans l'action agroforestière des agriculteurs, ce qui permettra d'engager une recherche doctorale.
Cette enquête exploratoire aboutit à deux grands types de résultats, le premier concerne la singularité des profils des agriculteurs agroforestiers et le second traite de la considération paysagère dans l'acte agroforestier.

Une singularité de profils chez les agriculteurs agroforestiers déterminée par les expériences

Des expériences par eux-mêmes

Aucun agriculteur agroforestier rencontré n'inscrit sa pratique professionnelle dans le modèle productiviste dominant de l'agriculture conventionnelle. Les récits de parcours fournissent des éléments intéressants sur les profils de ces exploitants agricoles, peu nombreux, qui s'engagent dans l'action agroforestière. Ce sont des individus ayant profité et su se saisir d'expériences originales, de formations, d'emplois et/ou de voyages. Jouant le rôle d'apprentissages « décalés », ces expériences ont influencé leur questionnement. Elles les ont menés à porter un regard critique sur la pratique agricole productiviste. C'est par exemple le cas de Gert. Dans les années 1980, il travaille dans un Kibboutz en Israël et raconte : « Jā€˜ai vu comment travaillaient ces gens, c'était un amour de la terre. En plantant des arbres, ils essayaient de reconstruire le maquis. Moi j'étais formé en agriculture pure et dure. Ça m'avait beaucoup frappé et ça m'a ouvert l'esprit. » Dans ce cas, le voyage paraît participer à la construction d'une culture particulière, ancrée « par l'expérience de l'ailleurs », sensibilisant à d'autres manières de produire, d'agir. Le déplacement aide à déporter le regard : « Je sentais qu'il y avait quelque chose à faire avec l'arbre. » Là-bas, l'arbre, en effet, apparaît à Gert comme un composant de l'agriculture. Ces expériences aiguisent sa curiosité.
Pour François ce sont les études qui lui ont permis d'affirmer ses positions. Durant son parcours de formation dans une école supérieure d'agronomie, il s'est confronté aux approches des enseignants et aux idéologies des autres étudiants de sa promotion : « Le discours au final, en 5 ans, il est royal parce qu'on se retrouve tous sur la même table. J'étais avec des producteurs de 1 000 porcs hors sol bretons, j'étais avec des Beaucerons de 1 000 hectares, j'étais avec des Marnais qui comptaient leurs hectares de betteraves. Voilà l'environnement dans lequel on est. Et sur 150 on était 10-15 à se retrouver sur les mêmes idées. »

Des expériences héritées

Les « faits expériencés » (Kaufmann, 1996) dans les parcours de ces agriculteurs agroforestiers ne sont pas uniquement charpentés de détours à l'étranger et d'études supérieures. Ce sont aussi des constructions héritées, d'abord menées par les parents puis transmises aux enfants. Avec l'usage du semi-direct « depuis toujours », Roger situe sa manière de faire dans l'alternatif agricole. Il dit l'avoir héritée de ses parents et raconte comment ils ont été les premiers du secteur à utiliser un semoir à disques pour le blé, une machine à traire, une bétonnière attelée derrière un tracteur pour bétonner les écuries : « C'est l'histoire de leur vie, où ils ont toujours dû se débrouiller. Ils ont toujours anticipé et ça fonctionnait. Nous ensuite on a vécu dans ce système. Aujourd'hui qu'est-ce que ça veut dire ? Savoir se renseigner, avoir une réflexion à long terme, envisager le futur. » Il existe bien une corrélation entre les élans précurseurs vers des changements de pratiques et leur réitération à travers les générations.
François, lui, a grandi dans une exploitation en agriculture biologique. Durant son enfance « toujours à la ferme et dans la nature », il pense y avoir reçu un esprit critique : « Ils m'ont ouvert les yeux, ils m'ont donné des outils pour pouvoir observer le vivant. » Ainsi les parents confirment : « Voilà, François a toujours baigné là-dedans. » Le fils précise cependant que tout n'est pas hérité et héritage : « Il y a 50 % : le bio, je l'ai acquis par mes parents et 50 % c'est moi, c'est ma personnalité. » En disant cela, François montre que la transmission de la ferme ce n'est pas seulement le matériel, les terres, les animaux que l'on cède mais aussi les idéaux et les représentations, par conséquent les manières de faire. D'autre part, François montre qu'il a su ajuster cet héritage avec ses propres expériences, d'études notamment. Ici, l'héritage est un point de départ, un socle à consolider et à enrichir par le parcours personnel. Il revendique et affirme clairement une part de son identité.

Des expériences et des territoires

Faits de voyages ou de formations, faits d'héritage de valeurs, l'expérience de l'agriculteur agroforestier se nourrit parfois d'un contact avec une dynamique territoriale. C'est la situation que connaît Roger. Exploitant dans la première couronne de l'agglomération toulousaine, il côtoie la pression urbaine et s'inquiète de ce voisinage de plus en plus oppressant avec la ville qui pourrait menacer son outil de travail, plus largement sa légitimité à être agriculteur à cet endroit : « C'est de l'intégration et l'envie de pouvoir continuer mon métier là où je suis. Car même si on est ici depuis plus de 100 ans, il faut regarder le village, les changements. » Alors la démarche d'ouverture à une autre agriculture, différente, agroforestière, émerge bien de la proximité de sa ferme avec ce territoire sous tension foncière.

L'envie d'expérimenter

Les agriculteurs agroforestiers ne sont pas des agriculteurs comme les autres. Affichant un positionnement singulier, ils sont situés à la marge d'une profession et conscients de l'être (Darré, 2004) comme l'indique Denis : « Un agriculteur qui plante des arbres dans une parcelle c'est inconcevable... c'est surtout l'inverse qu'ils font. » Leurs expériences (de voyages, d'études, de territoire) permettent non seulement d'éclairer les trajectoires mais surtout de les lier à des postures professionnelles, plus particulièrement à une envie récurrente, celle de tester. Elle est un dénominateur commun à tous ces agriculteurs. L'envie de tester est certainement à corréler au regard qu'ils portent sur le modèle conventionnel : « Avec l'agroforesterie on redécouvre une autre agriculture... c'est une approche totalement différente » dit Denis. Tous ont cette volonté d'utiliser l'agroforesterie pour mettre en cohérence leurs pratiques professionnelles et leurs idées sur le monde agricole. « Pour moi, le paysan il est lié au paysage et il se doit d'être cohérent dans ses actions, dans sa démarche » nous dit Arnaud. Ce sont des agriculteurs peut-être pour cela plus curieux que les autres, qui ont semble-t-il développé une ouverture d'esprit, une inclinaison à inventer et qui nous dévoilent leur sens du questionnement et de l'observation. Par le goût de l'essai ils se font acteurs de l'alternative agricole. Ils ont développé une désinhibition à se lancer qui renforce la mise en action de leur cheminement de pensées. Les plantations agroforestières en sont une traduction visible dans le paysage. Elles portent une image qui leur ressemble. Elles sont des marques qui racontent dans le paysage des idéaux façonnés par les expériences. Validant notre postulat de départ, il existe bien une singularité de profil chez les agriculteurs agroforestiers.

Une considération paysagère dans l'acte agroforestier

Les paroles agroforestières montrent qu'aucun des agriculteurs enquêtés n'est désintéressé des gains agronomiques ou écologiques à tirer de la pratique. Denis évoque par exemple des cultures devenues plus « saines ». Roger, quant à lui, remarque une « diminution de consommation de carburant » et des « avantages multifactoriels ». Il est d'ailleurs intéressant de soulever ici que l'idée du bénéfice économique - au sens de la rémunération issue de la vente d'une production - n'est jamais évoquée chez les agriculteurs rencontrés alors que l'agroforesterie est souvent mise en avant pour la diversification des filières qu'elle permet6. Il faut plus particulièrement noter que, tous, dans cette liste d'atouts combinés, parlent de paysage. Ils confirment l'hypothèse selon laquelle les agriculteurs ne sont pas insensibles à la participation du paysage dans l'action agroforestière. Cette « appétence paysagère » intervient de différentes façons : par la contemplation, par l'attachement, aussi par l'envie de marquer (faire et laisser trace). Par ailleurs leur appréciation du beau n'est peut-être pas la même que celle des agriculteurs plus conventionnels témoignant alors d'un lien à établir entre normes esthétiques et normes professionnelles (Gravsholt Busck, 2002).

Le beau paysage

C'est Denis qui nous livre l'idée du beau et parle de l'esthétique des paysages agroforestiers : « L'agroforesterie c'est une agriculture jolie ! » Il reconnaît le potentiel d'empaysagement de l'agroforesterie et affirme son pouvoir esthétique. Il ajoute : « C'est après l'avoir fait que je trouve ça joli. » Il n'avait donc pas d'attente paysagère particulière au départ. Pour lui le rendu est inattendu. Le paysage n'est pas un objectif initial mais il est a posteriori un résultat plaisant de l'action. Il provoque surtout la surprise et déclenche l'interpellation, par conséquent valide l'hypothèse que l'agroforesterie produit bien des formes et des esthétiques que l'œil sait distinguer. Dès lors cette « provocation paysagère » laisse supposer qu'elle ne resterait pas indifférente à tous les autres observateurs. Elle agirait comme un déclencheur de réflexion sur les façons de faire de l'agriculture.
Même si l'idée du « beau » peut paraître banale quand il s'agit de parler de paysage, ce que nous retenons c'est aussi la relation et le rapport de l'agriculteur agroforestier au paysage. Elle ne se limite pas à la question de l'apparence visuelle. Nous avons repéré dans les discours des éléments corrélés.

L'attachement confirmé

Cette complexité mise à jour par l'enquête s'exprime dans une relation d'attachement au paysage qui se décline sur deux registres, la lutte d'un côté, l'appel à la mémoire et au vécu d'un autre. Quand Roger, dans son contexte périurbain7, discute d'agroforesterie et de paysage, il exprime cet attachement par une posture de résistance et la possibilité d'organiser une lutte en plantant des arbres sur sa terre agricole pour la préserver d'une urbanisation «menaçante» : « Quand il n'y a rien à préserver, on peut tout et n'importe quoi. On peut construire des maisons. Mais quand il y a des arbres et des haies, il y aura toujours quelqu'un pour se réveiller s'il y avait des choses qui devaient se faire différemment. » Roger témoigne de son attachement à la terre agricole qui construit son cadre de vie et de vue. Il établit une corrélation entre la destination foncière (agricole) et son paysage. Si le paysage agraire disparaît, c'est le paysage de l'agriculteur qui s'efface et plus encore un élément de son identité et la marque de sa place dans le territoire. Pour Roger, l'arbre jouit aux yeux de tous d'une valeur symbolique qui en fait un outil approprié pour contrer la « prédation» des terres agraires qui profite aux actions d'aménagement menant à l'artificialisation des territoires. L'arbre est un moyen de « naturaliser » l'agriculture. En effet, si l'arbre, élément de nature par excellence, devient agroforestier - c'est-à-dire est inclus dans le dispositif agricole - alors il redéfinit l'espace agricole comme un espace « en-naturé ». Ce rapprochement agriculture/nature par le dispositif agroforestier peut répondre à la demande sociétale, celle d'un modèle agricole réconcilié avec la nature, et donc favoriser une résistance paysagère collective.
 Lorsque Arnaud discute d'agroforesterie et manifeste ce même attachement paysager, il se remémore les paysages où il a été berger : « Je n'ai jamais été aussi heureux que dans ces espaces-là, sauvages ». 0n relève l'empreinte émotionnelle : « J'étais parti berger pour me retrouver seul dans les immensités et vivre avec peu de chose, en totale sobriété, retrouver la terre mère. » Il convoque son histoire personnelle qu'il ancre dans la description d'un paysage précis emprunté à un autre temps et à un autre lieu, où l'arbre avait une place : « J'ai toujours été attaché aux arbres en étant berger, mon expérience dans les Pyrénées. J'ai gardé dans des pré-vergers, des prés avec quelques pommiers, quelques fruitiers. Je gardais les brebis là-dedans. Ça m'a influencé. Ici, je trouvais que les parcelles étaient beaucoup trop grandes, ça manquait de cloisonnement, ça manquait de haies. Il y en avait avant ici des haies, ils les ont arrachées. Donc, j'avais envie de retrouver ces cloisonnements, de retrouver ces haies. » Chez Arnaud, l'attachement au paysage se situe à l'articulation :
  • d'une « importation paysagère » - ce paysage apprécié, longuement contemplé, vécu et perdu - qui permet de ramener le paysage à soi - cela traduit une appropriation du cadre paysager ;
  • et d'une reconstruction d'un paysage « abîmé » par le débocagement qu'il s'applique à restaurer. Ses propos sont teintés d'une nostalgie qui établit un lien fort avec le passé.
Denis s'inscrit lui aussi dans ces mêmes registres : « Mes parents, eux, ne faisaient pas de l'agriculture. Tout était en prairie. Il y avait des haies un peu partout... Cela n'avait rien à voir avec ce que j'ai fait moi en grande culture. Aujourd'hui, je dois retrouver un petit peu cet équilibre qu'il y avait avant. » Il donne à percevoir la place et la force du passé dans sa stratégie de reconstruction et de rééquilibrage paysager. Son attachement au paysage est déclencheur d'une prise de conscience. Le paysage devient un indice, donne l'alerte, traduit l'évolution des pratiques depuis ses parents.
Si la complexité du rapport au paysage des agriculteurs agroforestiers se traduit dans l'attachement, elle se lit aussi dans la volonté de marquer le paysage, à plusieurs niveaux : pour laisser sa trace, afin de l'aménager pour soi et de l'aménager pour les autres.

Marquer le paysage : laisser sa trace

L'arbre est un marqueur du paysage, reconnu comme tel chez les professionnels de l'aménagement. Ces derniers le qualifient de « composante paysagère » au même titre que la haie, le bosquet mais aussi la maison, l'infrastructure. Visible, constante et durable, la présence des arbres dans le paysage n'est pas anodine. L'agriculteur agroforestier sait qu'il détient lui aussi avec l'arbre le pouvoir de marquer les regards et la mémoire : « Ça sera une marque pour le futur, pour les enfants, les petits-enfants peut-être ! »
Denis inscrit son projet dans le temps long et la succession. Roger, quant à lui, place la trace dans le présent mais il l'associe à la construction physionomique du lieu : « C'est une façon de laisser sa trace aussi quelque part et d'aménager le paysage. » Denis et Roger s'accordent sur l'idée de la trace qui participe à la continuité de la transmission, celle des arbres, patrimoine à valeur marchande certes, mais aussi au fil de la mémoire, de la vie des hommes, de la personne de l'agriculteur et de ses valeurs. Léguer un projet agroforestier serait comme transmettre une dynamique de pensée, une vision, un rapport original à l'agriculture qui rappellera qui était son auteur, son précurseur. En revanche Denis et Roger n'y mettent pas les mêmes intentions et ne l'inscrivent pas dans la même temporalité ni la même étendue géographique. Denis circonscrit la trace à son exploitation, à la dimension familiale et générationnelle. Roger situe la trace dans un cadre plus large, celui de l'agriculture. Il défend la place des exploitations dans le territoire et la présence de l'agriculteur, dès maintenant et pour plus tard. Roger choisit pour cela une forme d'agroforesterie particulière qui se voit et qui porte un message. Elle est intraparcellaire c'est-à-dire qu'elle recompose avec le dessin matriciel de la parcelle. C'est pourquoi elle affiche une esthétique délibérément contemporaine, propose l'image d'une agriculture nouvelle, moderne et adaptée, par conséquent peut-être plus légitime pour faire face à la pression urbaine. Roger inscrit sa trace agroforestière dans une portée large, jouant ainsi le rôle d'aménageur.
Mais la trace c'est aussi pour François l'occasion de trouver du plaisir, par conséquent de lier la marque à un état de bien-être et d'épanouissement : « Quand c'est mis en place je trouve ça magnifique et je me dis aussi "de mes mains, voilà ce que j'ai fait". Ça me fait énormément de bien de pouvoir planter un chêne et me dire peut-être dans 500 ans, il est là, c'était extraordinaire. C'est toujours extraordinaire. » François fait part d'une forme d'émerveillement face à la durabilité de son geste. Il relie la trace paysagère agroforestière à la pérennité de l'action.
Il semble que pour tous, cette trace agroforestière signe une possible prise de liberté dans un contexte agricole qui incite à suivre le balisage et le cadre directif du système conventionnel. Le projet individuel agroforestier est peut-être cette faille ouverte, permettant à ces agriculteurs d'exercer leur libre arbitre, d'affirmer le droit d'entreprendre et d'agir comme ils l'entendent, d'exercer leur métier en accord avec ce qu'ils sont et ce qu'ils pensent.

Aménager pour soi. Se le rendre confortable

On construit et on aménage le paysage pour y vivre et y travailler. C'est précisément la position agroforestière de Gert : « Je suis un peu un aménageur. Personnellement j'y suis, voilà ! Je plante !... Je voulais aussi un environnement plus boisé, plus agréable. Quand ça souffle, ici... ! On a essayé de se protéger. » Il exprime sa volonté d'user de l'agroforesterie pour rendre son paysage plus confortable dans un quotidien où se confondent le cadre de travail et le cadre de vie - l'agriculteur est l'habitant de la ferme. Ces propos donnent à percevoir sa compétence d'aménageur qu'il met à profit pour lui-même : « En fait, je voulais faire un parc. » Avec l'agroforesterie, Gert aménage d'abord son paysage, choisit son cadre de vie et le rend commode.

Aménager pour soi. Le rendre composé/structuré

Arnaud n'est pas dans l'organisation du confort. Il est plutôt dans un aménagement qui permet de structurer visuellement son espace de vie et de travail. Il compose avec les masses d'une façon qui lui semble plus juste. Il cherche une cohérence paysagère autour de sa ferme pour créer son idéal : « Comme on a des bois, ça fait un peu une ceinture autour de la propriété. Je trouvais que c'était trop brutal d'avoir une grosse parcelle en forêt et passer de suite à une grande parcelle en prairie. Moi, c'était mon souhait qu'il y ait des arbres qui fassent un peu la transition. »

Figure 5. Tracé d'Arnaud sur la photographie aérienne issue du registre parcellaire graphique.
Le projet des nouvelles plantations agroforestières sur l'ensemble de la ferme, 2011, Mondilhan.


Avec l'agroforesterie il travaille sur l'espace comme un concepteur-paysagiste et revient sur certains détails du projet : « Ce que je regrette c'est que les deux premières lignes on les a faites extrêmement droites, je trouve que ça manque un peu de courbe par rapport au paysage. Sans être un truc vraiment biscornu mais casser un peu cette ligne. Là, comme on a fait les choses, quand on voit un arbre, on n'en voit qu'un. Il y a des gens qui travaillent dans le sens du relief, avec les courbes de niveau, je trouve ça magnifique. » Notons ici que la « plasticité » permise par ce modèle agronomique (dans ses possibilités d'application : dessin, densité, essences choisies, gestion, etc.) est non sans faire écho à la disposition dont fait preuve le corpus d'agriculteurs : tester, jouer, composer, ajuster. Le paysage agroforestier peut-être leur ressemble car il a cette capacité d'accueillir l'envie de l'expérimentation et le désir de liberté recherché par chacun.

Aménager pour les autres. Faire partager

Les propos des agriculteurs agroforestiers enquêtés montrent encore qu'il ne s'agit pas uniquement d'aménager pour soi. Le projet agroforestier c'est aussi une volonté d'aménager pour les autres. C'est l'occasion de donner à profiter d'une esthétique, d'offrir une belle image de paysage : « Il y a un chemin qui longe la parcelle, donc on la verra. Je ne suis pas le seul à la voir. D'autres, les agriculteurs voisins, les promeneurs aussi y passent », dit François. Mais c'est aussi, dans ce « donné-à-voir » et cette posture de partage (peut-être pour séduire - stratégie de construction de la promotion de l'agriculteur), la valorisation de l'image de l'agriculteur, plus largement encore de l'agriculture. François dit d'ailleurs y trouver « un peu de reconnaissance », reconnaissance que l'on perçoit aussi dans les propos de Roger. Elle s'apparente plus à de la compréhension quand il dit que l'agroforesterie suscite la curiosité et la rencontre (parfois l'apaisement des relations de voisinage) : « Les haies sont un outil de communication. Ça fait parler, ça fait communiquer. Ça a fait changer les idées sur l'agriculture. On a des voisins qui sont venus planter. Ça nous a permis de discuter avec eux. On ne se fréquente pas forcément. Ils sont derrière leur clôture. Le dialogue entre urbains et paysans est parfois difficile. » François et Roger expriment dans leur discours toute la force du paysage agroforestier dans la médiation (Toublanc, 2013) et l'instauration du dialogue et de l'intercompréhension : « Le soir de la journée de plantation, les gens s'étaient approprié l'arbre, peut-être le paysage. Planter un arbre c'est un signe fort, on va le voir pousser, même si c'est dans un champ... donc ils vont le surveiller, ils vont revenir le voir. Ils retéléphonent, ils envoient des mails, demandent comment ça se passe. Là encore, c'est du durable, du relationnel. Il y avait des enfants, dans 20 ans ils pourront toujours dire qu'ils avaient planté l'arbre. »

Conclusion

Les résultats de cette étude exploratoire nous ouvrent des perspectives de recherche encourageantes et nous proposent quelques directions intéressantes à prendre, confirmant l'hypothèse qu'il existe bien un lien entre l'engagement agroforestier de l'agriculteur et le paysage. Le travail doctoral de Mathilde Rue permettra d'aller plus loin dans la compréhension de ce rapport au paysage, de mettre au jour sa complexité et de mieux connaître les contenus des positionnements des agriculteurs qu'il faudrait prendre en compte pour organiser le projet de territoire, réaménager l'espace et ménager différemment avec l'agroforesterie les paysages de campagne.
La méthodologie de la thèse repose sur le recueil des récits de trajectoires et de pratiques des agriculteurs agroforestiers. Ce mode d'investigation nous permettra d'étudier au plus près les représentations sociales, d'expliquer l'action agroforestière de l'agriculteur et sa relation à l'intention paysagère. Si la majorité des recherches conduites aujourd'hui centrent les résultats sur la quantification, notre approche place de manière singulière l'enregistrement et l'analyse du sensible au cœur de notre travail. Le parti pris d'inscrire notre recherche en sciences humaines et sociales ouvre la perspective de comprendre le sens que les agriculteurs agroforestiers donnent à leurs pratiques, de relever les connaissances techniques et quantitatives déjà acquises et par conséquent d'apporter de nouveaux éléments pour expliquer la mise en place de l'action agroforestière.
Cette recherche doctorale utilise des méthodes et des outils capables de capter l'immatérialité, de consigner l'idéel pour mieux travailler sur la compréhension de l'engagement et de la mise en pratique, et introduit de manière originale le film à la fois pour recueillir la parole et rendre compte des résultats de l'étude dans son ensemble. En ce sens le travail de thèse proposé est novateur à la fois dans le thème et la manière de le traiter.
Les images et les sons font partie du dispositif de relevés des données, qu'ils enrichissent notamment par la prise en compte des émotions. L'enregistrement audiovisuel permet de pénétrer le registre du sensible.
La thèse poursuit un double objectif, d'abord comprendre des intentions et des représentations d'acteurs en regard de la place du paysage dans leurs choix professionnels puis mettre en place une méthodologie et une écriture scientifique innovantes, à même de les capter et de les analyser. La posture adoptée consiste à mettre cette problématique de recherche qui s'inscrit dans le champ de la géographie-aménagement à l'épreuve d'un triple regard, géographique (Lefranc, 1948), sociologique (Granié, 2005) et audiovisuel (Fontorbes, 2013) et de l'écriture filmique. L'approche « sociogéographie filmique » (Bories, 2016) permettra de fixer, d'analyser et de rendre compte au plus près des propositions paysagères agroforestières et des postures paysagères d'agriculteurs agroforestiers.

Remerciements
Nous tenons à remercier les agriculteurs agroforestiers ainsi que leur compagne et leurs parents qui nous ont reçus pour discuter d'arbre et de paysage, l'association Arbres et Paysages d'Autan, enfin, Anne-Marie Granié (professeure émérite de sociologie) pour sa relecture attentive de notre travail.

Mots-clés

Engagement agroforestier, agriculteurs, intentions, représentations paysagères, écriture audiovisuelle, géographie filmique
Agroforestry commitment, farmers, intentions, landscape representations, audiovisual expression, filmic geography

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Auteur

Olivier Bories et Mathilde Rue

Olivier Bories est enseignant-chercheur depuis 2012 en aménagement à l'École nationale supérieure de formation de l'enseignement agricole (ENSFEA). Il y forme les enseignants techniques dans cette spécialité. Il est membre de l'unité mixte de recherche CNRS 5193 LISST (Laboratoire interdisciplinaire solidarités, sociétés, territoires) Dynamiques rurales. Ses travaux sont centrés sur les transformations des territoires, plus particulièrement sur leurs changements physionomiques et les stratégies d'acteurs, par les actions de l'agriculture urbaine en ville, l'artificialisation des « enclaves agricoles » sur les franges urbaines et l'agroforesterie en milieu rural.
Courriel : olivier.bories@educagri.fr

Mathilde Rue est diplômée de l'école normale supérieure (ENS) Cachan. Elle est aussi paysagiste DPLG formée à l'école nationale supérieure de paysage (ENSP) de Versailles. Ses travaux concernent notamment les évolutions paysagères des territoires ruraux et les actions qui y sont liées. Son travail personnel de fin d'études (TPFE) a questionné l'actualité de la cueillette et proposait de raviver les coteaux abandonnés de la ville de Thiers par des mises en action de cette pratique. Elle conduit actuellement un doctorat en géographie et aménagement de l'espace, sous la codirection de Jean-Pascal Fontorbes, d'Olivier Bories et de Monique Toublanc.
Courriel : ruemathilde@gmail.com

Pour référencer cet article

Olivier Bories et Mathilde Rue
Quand des agriculteurs agroforestiers haut-garonnais nous parlent d'arbre et de paysage
publié dans Projets de paysage le 10/07/2017

URL : http://www.projetsdepaysage.fr/fr/quand_des_agriculteurs_agroforestiers_haut_garonnais_nous_parlent_d_arbre_et_de_paysage

  1. Les 160 000 hectares (majoritairement de pré-vergers) recensés en 2002 (programme SAFE) témoignent d'une pratique ancienne sur le territoire. Sous les effets associés du remembrement, de la mécanisation agricole, et des distributions de primes à l'arrachage pour le développement d'un système de production plus intensif, les surfaces agroforestières ont diminué.
  2. SAFE, projet européen de recherche qui s'est déroulé de 2001 à 2005 et dans lequel des mesures précises de croissance des arbres et de production des cultures ont été effectuées pendant 3 ans sur des parcelles expérimentales d'âges variés, en France, en Angleterre, en Espagne et en Italie.
  3. « Représentation et prospectives paysagères. La campagne des paysages d'Afterres2050 » est un projet  réalisé par INITIAL Paysagistes, porté par le Collectif Paysages de l'après-pétrole (PAP) en partenariat avec le bureau d'étude associatif Solagro et soutenu par l'Agence de l'eau Seine-Normandie (AESN).
  4. L'association Arbres et Paysages d'Autan est active sur la Haute-Garonne depuis 1995 et fait partie du réseau national Afac-Agroforesteries. Elle accompagne les projets agroforestiers des collectivités, des particuliers et des agriculteurs et propose des animations sur le territoire.
  5. À cet égard, l'agroforesterie intraparcellaire « contemporaine » nous semble très intéressante car elle tranche : l'œil n'est pas habitué à son motif. Elle ne renvoie pas à des configurations connues des paysages (où seulement par endroit avec les pré-vergers, c'est une agroforesterie intraparcellaire « ancienne »), elle ne vient pas se confondre aux images installées dans nos mémoires mais appellent la plupart du temps à l'insolite, au renouveau. L'agroforesterie intraparcellaire « contemporaine » strie la grande parcelle, devenant alors manifeste du défi qui agite l'agriculture sur la place accordée à l'arbre.
  6. Dans cette enquête on constate que le bénéfice économique relève plutôt de l'économie interne, informelle (coupe de bois pour la construction à envisager d'un bâtiment de la ferme, fruits pour une famille qui se serait installée par la suite, complémentarité fourragère (feuillage des arbres) en vue de maintenir son autonomie une année de sécheresse).
  7. On voit bien là toute l'importance du type de terrain d'étude dans la production du type de discours. L'agglomération toulousaine, particulière par son épanchement urbain sur la terre agricole, en fait une zone ici intéressante pour révéler une position agroforestière singulière.