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Note de lecture du livre édité par Paolo L. Bernardini et Diego Lucci

Reading report of book edited by Paolo L. Bernardini et Diego Lucci

26/06/2009

Texte

Luigi Castiglioni. Lettere dalla Francia (1784). Viaggio in Inghilterra (1784-1785)
Paolo L. Bernardini et Diego Lucci
(ed.)
Novi Ligure, Città del silenzio, 2009, 134 p.

Les éditeurs

Paolo Bernardini est professeur d'histoire moderne à la faculté de droit de l'université de l'Insubria (Côme). Il a collaboré avec beaucoup d'universités et centres de recherche italiens et internationaux, dont l'École normale supérieure de Pise, la John Carter Brown Library de la Brown University, l'Institute for Advanced Study de Princeton, la Herzog-August-Bibliothek de Wolfenbüttel, le Max-Planck-Institut pour l'histoire de Göttingen, le Warburg Institute de Londres et le Parkes Institute à Southampton, l'University of Technology de Sydney. Ses intérêts éclectiques l'ont poussé à consacrer ses recherches à différents sujets : l'histoire culturelle du XVIII siècle, l'histoire moderne et contemporaine du judaïsme en Europe, l'histoire des Étas-Unis. Par conséquent ses publications composent une bibliographie très ample et diversifiée, dont on peut citer : America. Un liberale guarda alla terra della libertà (2008) ; La Germania e l'Europa. Studi su politica, religione e filosofia del Settecento tedesco (2002) ; Gli angeli di Rilke. Studi e note sulla cultura europea nel Novecento (1999) ; La questione ebraica nel tardo illuminismo tedesco. Studi intorno allo 'Über die bürgerliche Verbesserung der Juden' di C. W. Dohm (1781) (1992).
Diego Lucci est assistant à l'American University en Bulgarie, à Blagoevgrad, où il enseigne l'histoire intellectuelle européenne. Il a consacré ses recherches à l'histoire de la philosophie moderne et des Lumières, et à l'histoire intellectuelle moderne européenne, en particulier en Angleterre et en Italie. Il a édité, avec Paolo Bernardini et Gadi Luzzatto Voghera, La memoria del male. Percorsi tra gli stermini del Novecento e il loro ricordo (2006), dedié aux génocides du XX siècle ; il est également auteur de Scripture and Deism. The Biblical Criticism of the Eighteenth Century British deists (en cours de publication).

L'auteur

Luigi Castiglioni, neveu de Pietro et Alessandro Verri, fut l'un des plus importants intellectuels lombards entre le XVIIIe et le XIXe siècle. Botaniste et agronome, il introduisit en Lombardie la connaissance de beaucoup de plantes exotiques, par la publication de Transunto delle osservazioni sui vegetabili dell'America Settentrionale en 1790, et de Storia delle piante forastiere le più importanti nell'uso medico ed economico en 1791. L'étude de l'agronomie et de la botanique avait, pour Castiglioni, une finalité pratique, en accord avec l'idéal utilitariste de la tradition lombarde. Pourtant dans sa pensée n'étaient pas absents les nouveaux idéaux esthétiques du néoclassicisme dont les protagonistes furent le jardin et la « villa ». À côté de ses intérêts scientifiques, Castiglioni cultivait aussi son activité politique qui lui coûta sa déportation à Nice hors de l'arrivée de Napoléon en 1796. Après sa libération, il refusa l'invitation à participer à l'assemblée de la République cisalpine. Pendant le royaume d'Italie, il fut nommé inspecteur aux études (1805), directeur de l'imprimerie royale, président de l'Académie des beaux-arts (1807) et sénateur du royaume (1809). Castiglioni est connu surtout pour son voyage en Amérique entre 1785 et 1787, au moment de la constitution des Étas-Unis. Les mémoires de ce voyage furent recueillis dans le Viaggio negli Stati Uniti dell'America Settentrionale (1790), où il réunit ses réflexions politiques et ses observations botaniques.

Le sujet et la structure du livre

Les éditeurs Paolo Bernardini et Diego Lucci ont publié ici les écrits inédits des voyages que Castiglioni fit en France et en Angleterre avant de partir pour l'Amérique : il s'agit des lettres envoyées à Paolo Frisi de Paris, conservées à la bibliothèque Ambrosiana de Milan, et du compte rendu de son séjour en Angleterre, dont le microfilm, plein de lacunes, de l'American Philosophical Society de Philadelphie à été complété grâce à la découverte d'un manuscrit conservé dans une collection privée génoise.
Dans une introduction détaillée, les éditeurs présentent l'auteur, sa contribution aux études botaniques et son engagement politique. Un paragraphe de synthèse est consacré à son voyage à travers les Étas-Unis naissants et aux observations de Castiglioni sur la société, l'économie et la vie politique américaines. Ensuite les éditeurs analysent les voyages des Italiens contemporains de Castiglioni en Angleterre et, en générale, la présence de la culture anglaise dans les États italiens. Luigi Angiolini, Alfonso Bonfioli Malvezzi, Carlo Castone écrivirent les mémoires des leurs voyages dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, où la croissance économique et la centralité de l'Angleterre dans les équilibres politiques européens attirèrent les attentions des intellectuels italiens. Leurs écrits contribuèrent à divulguer l'admiration et également les stéréotypes autour de la société et du système politique anglais. Parmi d'autres, on peut évoquer les Meditazioni sulla economia politica de Pietro Verri, où les renvois à la réalité anglaise sont nombreux, surtout lorsque l'auteur indique les bénéfices apportés par la liberté de circulation des marchandises et des idées.

Dans la seconde partie du livre, les éditeurs ont publié :

Lettere dalla Francia (1784) : En 1784, Castiglioni quitta l'Italie pour suivre son projet de rejoindre l'Amérique du Nord en passant par la France et l'Angleterre. Ses réflexions ont été consignées dans des lettres qu'il a envoyées à Paolo Frisi pendant son voyage en France et son séjour à Paris où il rencontra plusieurs personnalités de la culture française et internationale, dont le marquis de Condorcet, Bailly ou Franklin. En France, il assista aux « expériences aérostatiques » à la mode dans cette période, pratiquées par des savants et des charlatans. Pendant son séjour à Paris fut annoncée la mort de Diderot, à laquelle Castiglioni dédia seulement quelques lignes de deuil.

Viaggio in Inghilterra (1784-1785) : En octobre 1784, Castiglioni rejoignit l'Angleterre, où il séjourna jusqu'en avril 1786, en visitant plusieurs villes dont Salisbury, Bath, Bristol, Gloucester, Worcester, Birmingham, Oxford, Londres. L'auteur montre ses intérêts hétérogènes en transcrivant ses observations sur les sujets les plus disparates, de l'architecture de la cathédrale de Salisbury, à l'organisation du port de Portsmouth, aux fêtes à Bath, à la pinacothèque du duc de Marlborough, aux spectacles du théâtre du Covent Garden. Les personnalités de la société anglaise sont ici moins représentées que celles de la culture française dans les lettres à Frisi, bien que Castiglioni fût assez connu pour être présenté à la Cour et à la reine : la description du cérémonial de la Cour et de la célébration de l'anniversaire de la reine est assez vivante.
Parmi les visites aux monuments anglais, Castiglioni nous donne une description passionnée de la collection d'histoire naturelle du British Museum : il énumère avec précision les minéraux, les coquillages, les insectes et les amphibies. Il décrit également avec enthousiasme la collection de plantes, d'insectes et les manuscrits de Linné conservés par Mr. Smith dans sa maison à Chelsea. Il ne manque pas de faire quelques observations érudites sur les plantes recueillies par Linné, en montrant sa connaissance botanique. 
Dans le compte rendu de son voyage, une grande place est occupée par la description de la campagne anglaise, des parcs et des jardins. Tous les déplacements d'une ville à l'autre sont l'occasion d'observer la campagne et d'écrire quelques notes sur la végétation - il remarque particulièrement le développement de l'ajonc et de la bruyère -, sur l'élevage et l'agriculture anglais, qui sont le sujet de plusieurs pages à la fin de ses mémoires. La description des arbres fruitiers et des légumes cultivés est toujours suivie par des remarques sur leur utilisation. Avec les pommes et les poires, dont la culture est très répandue, on faisait du cidre et de la liqueur poirée ; avec le grain et le houblon, on produisait la bière. L'auteur ne manque pas de rapporter, également, des recettes de la cuisine anglaise à base de pommes.
Pendant son séjour en Angleterre, Castiglioni visite plusieurs jardins et parcs, qu'il distingue selon leur dimension : entre autres, le jardin botanique d'Oxford, le jardin du duc de Newcastle à Oatlands, le jardin du château de Blenheim du duc de Marlborough et le jardin royal de Kew Garden. Il admire l'ampleur et la façon dont les jardins anglais sont aménagés et entretenus. Dans ses descriptions, il consacre beaucoup de place aux variétés des arbres, comme le houx, le mélèze, le cèdre du Liban, le laurier qui étaient ses préférés, et les différentes façons de les cultiver.

Mots-clés

Voyage, jardins anglais, botanique, Castiglioni, Angleterre
Journey, english garden, botanic, Castiglioni, England

Bibliographie

Auteur

Nicoletta Rolla

Docteur en histoire et civilisations (université de Pise - EHESS, Paris).
Chargée de recherche à l'université de Milan - Bicocca.
Courriel : nicoletta.rolla@unimib.it

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Nicoletta Rolla
Note de lecture du livre édité par Paolo L. Bernardini et Diego Lucci
publié dans Projets de paysage le 26/06/2009

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