Index des articles

Les articles


Note de lecture du livre de Patrice de Moncan

Reading report of Patrice de Moncan's book

18/07/2010

Résumé

Compte rendu du livre de Patrice de Moncan : Paris. Les jardins d'Hausmann.

Texte

Paris. Les jardins d'Haussmann
Patrice de Moncan
Paris, Les Editions du Mécène,  2009, 143 p.


L'auteur

Docteur ès sciences économiques et historien, Patrice de Moncan a publié plusieurs livres consacrés à l'histoire de Paris. Concernant la période haussmanniennes, nous signalons Le Paris du baron Haussmann : Paris sous le Second Empire (1991), Baltard, les Halles de Paris (1993), Le Paris d'Haussmann (2002), Villes haussmanniennes : Bordeaux, Lille, Lyon, Marseille (2003).

Le livre

La réalisation du réseau des espaces verts parisiens au Second Empire représente encore aujourd'hui un sujet d'étude assez rarement abordé par la production scientifique, exception faite d'un article de Françoise Choay, publié en 19751, qui fait encore autorité, et des recherches soit générales sur le cycle haussmannien soit monographique2. Il manquait un ouvrage qui analyse, d'une manière critique, l'ensemble du projet, les compétences professionnelles employées, les outils théoriques et techniques qui l'ont soutenu. Pour toutes ces raisons, le livre de Patrice de Moncan se configure comme une contribution particulièrement intéressante non seulement pour dresser un état synthétique des connaissances dont nous disposons, mais aussi pour le développement des recherches futures. Paris. Les jardins d'Haussmann est en fait un ouvrage qui, bien que conçu sur la base d'un riche apparat de sources historiques, est destiné à un public plus large que celui des historiens des jardins et de la ville. Il vise, en reprenant les mots de l'auteur, à faire mieux connaître l'ampleur du projet dirigé par Haussmann et aussi l'investissement personnel du baron, considéré par une certaine tradition historiographique comme l'« homme des immeubles en pierre de taille et des longues avenues rectilignes » (p. 20), dans la réalisation d'une large partie des espaces verts qui encore aujourd'hui agrémentent la ville de Paris.

Le volume se compose de douze petits chapitres qui présentent le projet des « espaces verdoyants » parisiens - ainsi que les appelle le baron Haussmann dans ses mémoires3 - selon plusieurs angles de vue. Sur la base des objets traités, nous pourrions également diviser l'ouvrage en quatre parties. Dans la première partie (chapitres II et III), nous abordons brièvement, par le biais des témoignages littéraires et des descriptions de l'époque, l'état lamentable de cette « capitale moribonde » (p. 13) qui était Paris à la veille du Second Empire. Ruelles étroites et malsaines, conditions hygiéniques déplorables, absence d'un système capillaire et organisé pour la distribution de l'eau potable et la collecte des eaux des égouts, manque presque totale - exception faite pour les anciens jardins royaux - d'espaces verts publiques et de promenades. Le programme mis en place par l'administration haussmannienne visa à résoudre l'ensemble de ces problèmes au travers d'un programme d'assainissement de la ville, pensée pour la première fois comme un organisme global, organisé autour des réseaux infrastructurels. À l'intérieur de ce programme, la création d'un Service des promenades et plantations dirigé par une équipe de techniciens de premier rang - les ingénieurs Eugène Belgrad et Charles-Adolphe Alphand, le jardinier Jean-Pierre Barillet-Deschamps et l'architecte Gabriel Davioud - joua un rôle de premier plan.
La deuxième partie (chapitres IV-V-VI) est consacrée au rapport des Parisiens avec la nature et à sa représentation/construction/mise en scène dans les jardins et les promenades réalisés par le Service dirigé par Alphand. En partant des observations de Luisa Limido - dont les recherches doctorales ont mis en lumière non seulement l'apport de Barillet-Deschamps au projet commun mais également les pratiques sociales des Parisiens en ce qui concerne la fréquentation de la campagne et des espaces verts de la ville et leurs représentations culturelles - une large partie de ces chapitres est consacrée aux témoignages, autant des techniciens que des écrivains. De Moncan présente les éléments et les techniques qui garantissaient la tenue de ces petits paysages artificiels destinés à agrémenter la vie quotidienne des Parisiens, mais également à leur donner des aperçus sommaires et didactiques du monde au-delà des frontières de la France et de l'Europe : les fleurs et les plantes précieuses provenant des latitudes lointaines, les pépinières et les serres pour les cultiver avant de les envoyer décorer les jardins et les squares, les animaux rares et les oiseaux exotiques, les fabriques qui reproduisaient des chalets suisses, des pagodes orientales, etc... 
Dans la troisième partie (chapitres VII-VIII-IX-X) l'auteur détaille les différentes typologies des réalisations. Ces « jardins magnifiques » selon les uns, lieux d'une « nature rendue mesquine » - parce que maîtrisée au-delà du bon sens - selon les autres, sont déclinés selon leur taille et leurs finalités (suivant la « classification » déjà opérée par Alphand dans Les Promenades de Paris) : les deux « bois » (Boulogne et Vincennes), les « parcs » (Monceau, Montsouris, Buttes-Chaumont, Luxembourg), les « squares », les « jardins » (Champs-Élysées, Trocadéro) et les « avenues » (avenue de l'Impératrice). Une page est consacrée également aux plantations d'alignement, avec leurs originales techniques de réalisation : tranchées de quatre mètres tout au long du boulevard, ensuite remplies de terre végétale.
Le volume se conclut avec une dernière partie dédiée aux modifications de la vie sociale des Parisiens suite à l'ouverture des promenades plantées et des nouveaux jardins. Se promener, pratique hygiénique conseillée par les médecins de l'époque, devint aussi une activité à la mode, l'occasion pour pouvoir se rencontrer, se montrer, mettre en scène son statut social. Et à côté de la promenade, d'autres activités de plein air furent en vogue : le patin à glace, grâce à la création d'une patinoire dans le bois de Boulogne fréquenté par l'empereur et l'impératrice ; l'équitation, qui donna lieu à l'ouverture de manèges et d'un grand nombre de pistes destinées aux cavaliers ; les courses, grâce à la construction des hippodromes de Longchamp et de Vincennes, etc.

Doté d'un corpus iconographique riche et varié, à l'intérieur duquel les tableaux des plus grands peintres de l'époque côtoient les photos qui documentent sur l'état des rues parisiennes avant le commencement des travaux, les estampes, les vues, les vignettes, les plans et les dessins techniques tirés des Promenades de Paris, le volume de Patrice de Moncan a le mérite de donner un tableau, certes synthétique, mais néanmoins bien référencé du grand chantier pour la construction des espaces verdoyants parisiens. Il ouvre également autant de pistes de recherche - concernant notamment les formations des techniciens, la gestion des chantiers, les savoirs horticoles employés, la représentation culturelle des espaces, etc. à qui devraient être ultérieurement développées pour  apporter de nouveaux éclaircissements sur la mise en place théorique et technique du projet de paysage au XIXe siècle.

Mots-clés

Parcs et jardins, Haussmann, Alphand, Paris, Service des promenades et plantations
Parks and gardens, Haussmann, Alphand, Paris, Department of walkways and plantations

Bibliographie


Auteur

Chiara Santini

Historienne des jardins et du paysage.
Docteur en histoire et civilisations de l'Europe.
Ingénieur d'études à l'École nationale supérieure du paysage de Versailles-Marseille (ENSP)
Courriel : c.santini@versailles.ecole-paysage.fr

Pour référencer cet article

Chiara Santini
Note de lecture du livre de Patrice de Moncan
publié dans Projets de paysage le 18/07/2010

URL : http://www.projetsdepaysage.fr/fr/note_de_lecture_du_livre_de_patrice_de_moncan

  1. Choay, F., « Haussmann et le système des espaces verts parisiens », Revue de l'art, 1975, p. 83-99.
  2. Cf. Cars, J. des, Pinon, P. (sous la dir. de), Paris-Haussmann. Le pari d'Haussmann, catalogue de l'exposition inaugurée le 19 septembre 1991 au Pavillon de l'Arsenal à Paris, Éditions du Pavillon de l'Arsenal, Paris, 1991 ; Pinon P., Altas du Paris haussmannien. La ville en héritage du Second Empire à nos jours, Paris, Parigramme, 2002 ; Limido, L., L'Art des jardins sous le Second Empire : Jean-Pierre Barillet Deschamps (1824-1873), Seyssel, Champ Vallon, 2002, Komara, A. E., « Measure and Map. Alphand's Contours of Construction et the Parc des Buttes Chaumont », Paris 1867 » , Landscape Journal, n°1, 2009, vol. 28, p. 22-39.
  3. Haussmann, G., Mémoires du baron Haussmann, édition établie par F. Choay, Paris, Éditions du Seuil, 2000, p. 896.