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Note de lecture du livre de Michela Pasquali

Reading report of Michela Pasquali's book

18/07/2010

Résumé

Compte rendu du livre de Michela Pasquali : Loisaida. NYC Community Gardens.

Texte

Loisaida. NYC Community Gardens
Michela Pasquali
Préface de Franco La Cecla et postface de Mario Maffi et Massimo Venturi Ferriolo
Milano, A+MBookstore, 2006, p. 142 ;  I giardini di Manhattan. Storie di guerrilla gardens, Milano, Bollati Boringhieri, 2008.


L'auteur

Michela Pasquali, paysagiste et botaniste, a réalisé le projet de plusieurs jardins aux États Unis et en Italie. Elle a également collaboré à la réalisation de l'Environmental Film Festival de Turin. En 2000, elle a publié I giardini della diplomazia. Ambasciate e Accademie a Roma pour la maison d'édition milanaise Electa.

L'auteur de la préface

Franco La Cecla est professeur d'anthropologie culturelle à l'université Vita-Salute San Raffaele à Milan. Il a enseigné à l'université de Bologne (DAMS), à l'université de Venise, à l'École des hautes études en sciences sociales de Paris, à l'Universidad Politecnica de Barcelona, à l'École polytechnique de Lausanne (EPFL). Il a un contrat de consultant chez le Renzo Piano Building Workshop. Il est fondateur de l'Architecture Social Impact Assessment de Londre, pour l'évaluation de l'impact social des ouvrages d'architecture et d'urbanisme.

Les auteurs de la postface

Mario Maffi est professeur de Culture anglo-américaine à l'université de Milan.
Massimo Venturi Ferriolo, philosophe, est professeur d'esthétique au Politecnico de Milan.

Le sujet du livre

Ce livre nous amène à l'intérieur des community gardens newyorkais, espaces urbains arrachés aux spéculations immobilières et transformés en jardins éphémères, marginaux, vernaculaires. Comme Franco de la Cecla le souligne, dans ces jardins l'inconscient collectif de la ville remonte à la surface, à côté d'un « conscient » créé par les projets des architectes, des urbanistes et des administrateurs. Ces espaces résiduels, occupés par la population du quartier, sont le résultat d'une activité intense, spontanée et continue en marge de la ville « normalisée » : des actes d'insubordination, comme les définit Mario Maffi, contre la spéculation immobilière, les plans d'urbanisme, les rythmes citadins.

Le livre s'ouvre avec une brève histoire des community gardens aux États Unis, à partir de la fin du XIXe siècle. À cette époque, les institutions gouvernementales, locales ou fédérales, assignaient des lots de terrain vacants aux classes les plus défavorisées afin qu'elles puissent se procurer le nécessaire pour vivre. Les zones urbaines et suburbaines abandonnées étaient ainsi transformées en potagers dans les périodes de crise économique. L'auteur énumère les nombreux programmes lancés, à partir du Potato Patches (1894-1917) développé par la volonté du maire de Detroit pendant la crise économique commencée en 1893. Sur l'exemple de Detroit, d'autres programmes similaires furent développés à New York, Chicago, Baltimore et Philadelphie. Quelques-uns naquirent avec des objectifs pédagogiques précis, comme les School Gardens (1900-1920), d'autres furent liés aux nécessités des guerres : la propagande patriotique poussa beaucoup de gens à travailler dans les Liberty Gardens (1917-1920) et les Victory Gardens (1941-1945).
Dans les années 1970, dans le sillage des mouvements écologistes et de l'activisme politique, le plus grand mouvement urbain de community gardens des États-Unis vit le jour. À la différence des programmes gouvernementaux, les citoyens prirent l'initiative en occupant les lots vacants et en créant des espaces verts.

Dans le deuxième chapitre, l'auteur analyse les vicissitudes historiques et la situation socio-économique du petit quartier newyorkais de Loisaida, dans le Lower East Side de Manhattan. Ici le mouvement des community gardens à été très actif, comme en témoigne la grande concentration, présente aujourd'hui encore, de ce type de jardins. Depuis la fin du XIXe siècle, le quartier à été peuplé essentiellement par des immigrés : d'abord  des Irlandais, des Allemands et des Italiens, ensuite, à partir des années 1950, par des Portoricains. Dès que le nombre des nouveaux arrivés augmentait le quartier devenait l'objet d'une action de renouvellement. La construction de nouveaux bâtiments fut interrompue par la crise économique des années 1920 et, plus tard, dans les années 1970 par l'appauvrissement progressif de la communauté portoricaine. Pendant ces deux périodes, l'abandon et la destruction de plusieurs bâtiments laissaient la place à des lots vacants. Dans les années 1980, une partie du quartier à connu un processus de gentrification, avec l'arrivée d'une middle class toujours plus nombreuse.
Le mouvement des community gardens à Loisaida commença au début des années 1970, quand un groupe d'amis, qui se définissait Peace Corps-types from Post-flower Power Generation, occupa abusivement un lot vacant et créa un jardin, le Liz Christy Garden (du nom de la principale activiste du groupe). En 1973, les Peace Corps-types fondèrent l'association Green Guerillas pour soutenir la récupération et la mise en culture des lots vacants du quartier. Quelques années plus tard, en 1978, avec la création de l'agence gouvernementale Operation Green Thumb, chargée de louer les lots vacants publics, les initiatives des Green Guerrillas sortirent de l'illégalité. Les lots étaient mis en location temporaire pour une année, renouvelable, au prix symbolique d'un dollar. Les années suivantes, les community gardens se multiplièrent, soutenus aussi par l'administration publique. Cependant, la croissance économique et la gentrification des années 1980 favorisèrent le développement immobilier du quartier au détriment des community gardens. Si beaucoup de ces jardins ont été détruits, les associations comme Green Guerrillas et Trust for Public Land ont contribué à en préserver beaucoup d'autres.

Le troisième chapitre est dédié à la description des caractères principaux des community gardens de Loisaida. Le premier aspect mis en évidence est l'inadéquation des canons esthétiques et architecturaux traditionnels pour classifier et décrire ces jardins, qui se sont développés spontanément, sans un projet prédéfini. Ils représentent des visions de la nature libres des méthodologies des projets architecturaux, des recherches esthétiques et des études botaniques sur les associations des végétaux selon les couleurs ou les périodes de la floraison. Au contraire, ils sont des lieux où la quotidienneté, l'appropriation physique et symbolique de l'espace s'identifient avec le choix et la disposition des plantes et des objets. Les community gardens se caractérisent par la pauvreté des matériaux employés, souvent de récupération, et par leur existence éphémère. La grammaire de ces jardins est constituée par l'instabilité et le mélange de différents langages. Les variétés des plantes les plus pauvres côtoient des arbres fruitiers, des petits potagers pour la culture des légumes typiques de la tradition culinaire portoricaine, des vasques construites avec des matériaux de récupération, des statues et des jeux d'enfants. Parmi les éléments décoratifs, nous retrouvons les sculptures réalisées par les ateliers et les laboratoires d'art contemporain qui ont animé ces jardins depuis leur naissance.

Le dernier chapitre décrit la vie du quartier qui se déroule autour de ces jardins, lieux de rencontre, sièges de manifestations culturelles et prétextes pour initier les enfants au contact avec la nature. La vie sociale se déroule avant tout autour de la culture du jardin, souvent subdivisé en petits lots assignés à chaque membre de la communauté qui est en même temps responsable de l'entretien des espaces en commun. Dans certains jardins est lisible un caractère prévalent, un thème qui en a inspiré la réalisation, comme la récupération de matériaux recyclés dans le Lower East Side Ecology Center. Beaucoup de community gardens sont des points de référence pour l'activité pédagogique des écoles du quartier : le L.E.S Community High School à été construit grâce à la collaboration des élèves de la Junior High School et il est le siège des classes de science, d'informatique, d'anglais et de beaux-arts. D'autres jardins sont devenus des centres culturels, qui proposent des concerts, des expositions, des représentations théâtrales ; le Plaza Cultural Garden s'est développé sur plusieurs années grâce à la collaboration d'artistes, d'architectes, de peintres.

Le livre est enrichi de nombreuses photos prises par l'auteur pendant son long séjour à New York. Elles sont le témoignage précieux de ces jardins éphémères et précaires, dont l'existence est continuellement menacée par la spéculation immobilière.     

Mots-clés

Jardins partagés, Manhattan, Green guerrillas, Loisaida
Community gardens, jardins partagés, Manhattan, Green guerrillas, Loisaida

Bibliographie


Auteur

Nicoletta Rolla

Docteur en histoire et civilisations (université de Pise - EHESS, Paris).
Chargée de recherche à l'université de Milan - Bicocca.
Courriel : nicoletta.rolla@unimib.it

Pour référencer cet article

Nicoletta Rolla
Note de lecture du livre de Michela Pasquali
publié dans Projets de paysage le 18/07/2010

URL : http://www.projetsdepaysage.fr/fr/note_de_lecture_du_livre_de_michela_pasquali