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Responsable éditoriale pour ce numéro : Éliane Escoubas


Il s'agira ici d'un éclairage réciproque de la notion de « paysage » et de celle de « phénoménologie » en tant que philosophie du XXe siècle, initiée par Husserl et dont le fil conducteur s'exprime dans la formule du « retour aux choses mêmes ». Ce « retour aux choses mêmes » implique le refus de tout « arrière-monde » et la mise en œuvre, au contraire, de l'investigation du « phénomène » (terme qui vient du grec phainesthai, apparaître), de l'investigation donc de « l'apparaître » de ce qui apparaît. Les thèmes et les concepts de la phénoménologie peuvent-ils aider à la compréhension de la notion de paysage dans son amplitude géographique, historique, culturelle et existentielle ?
« Paysage » est un terme où convergent et s'entrecroisent de multiples thématiques. En effet, « paysage » ne donne-t-il pas tout d'abord à penser nature, espace, volume ? Mais aussi : temps, perception, structure, terre, cosmos, lieu, habiter, forme, mouvement, rythme, visible/invisible ? Penser le paysage, ce n'est pas représenter un ensemble d'objets juxtaposés ou accumulés, qu'on verrait en surplomb, en survol ou en face, comme un spectacle. Le paysage est antinomique au spectacle ; au contraire, la « traversée » est nécessaire pour qu'il y ait « paysage ». Le paysage est ce qu'on traverse par la marche ou par le regard. Le paysage est ce qui nous enveloppe, ce qu'on « habite » :  on « y est», comme l'écrit le phénoménologue Henri Maldiney. De l'ordre du « vécu », du « ressenti », du «sentir », le paysage est « sensible » et libère des affects. Traverser, habiter, sentir, le paysage exclut la représentation, il est de l'ordre de la « présence », de la « rencontre ».
Pourtant le paysage n'est pas quelque chose d'originaire, ni de spontané. Il est « construit », il «résulte». Il résulte de quoi ? Il résulte de l'existence humaine, historique, pragmatique, individuelle. Il résulte du proche et du lointain, de l'immensité ou du rétrécissement. Il résulte du temps qu'il fait, de la pluie et du beau temps. Il résulte de la lumière, cette grande pourvoyeuse de paysages.
Et si la peinture est sans doute la forme d'art où la notion de « paysage » semble bien avoir sa résidence privilégiée, l'architecture en est aussi partie prenante.
Des textes rassemblés dans ce dossier, deux d'entre eux (Françoise Dastur et Joël Bouderlique) présentent superbement les « fondamentaux » de la phénoménologie dans son ouverture au paysage, dans sa rencontre avec le paysage - en assumant la conjonction et la différence d'un « sentir » occidental et d'un « sentir » oriental. Deux autres textes (Jean-Marc Pinet, Eliane Escoubas) qualifient certaines particularités du « paysage » en tant que formation de « l'œil paysagiste ». La peinture s'y associe avec force et puissance (Marcia Cavalcante Schuback et Eliane Escoubas). Enfin, la lumière clôt le dossier avec magnificence (Claude Montserrat-Cals).

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