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Le voyage des orangers

Les arbrisseaux des jardins royaux du Grand Siècle

The journey of the orange trees

The shrubs of the royal gardens of the Grand Siècle
04/01/2012

Résumé

La variété et le traitement des végétaux représentent un élément de première importance pour comprendre le projet des jardins classiques. Les fleurs et les arbrisseaux, souvent très rares et provenant de différentes latitudes, ornaient les parterres, les plates-bandes et les allées en agrémentant la palette chromatique et formelle des compositions. Cet article présente les premiers résultats d'une étude sur un sujet encore peu pratiqué par la recherche scientifique : la gestion matérielle des plantes destinées à décorer les jardins royaux de l'époque de Louis XIV. Les arbrisseaux (spécialement les orangers) constituèrent en fait l'un des éléments majeurs pour la décoration de ces jardins. Ils entraînèrent par conséquent le développement de compétences professionnelles spécifiques, à l'intérieur de la communauté des jardiniers, ainsi que la mise en place d'un réseau commercial particulièrement onéreux et ramifié pour leur repérage et leur transport jusqu'aux pépinières royales de l'Île-de-France.
The variety and the treatment of vegetables and plants are an element of a paramount importance in order to understand the classical gardens project. The flowers and the shrubs - often very rare and coming from various latitudes - used to ornate the grounds, flowerbeds and paths by embellishing the chromatic and formal palette of the compositions. This article introduces the first results of a study which has been only seldom tackled by scientific researches: the material handling of the plants aimed at decorating the royal gardens at the time of Louis XIV. The shrubs (especially the orange trees) were in fact one of the major elements for decorating these gardens. Thus, they initiated the development of specific professional skills, among the gardeners community, along with the implementation of a particularly expensive trading network; a ramified network for their spotting and their transportation to the royal plant nurseries of Ile-de-France.

Texte

L'on y rancontre aussy plusieurs beaux espaliers,
composés d'orangers, citronniers, grenadiers,
qui chargés de citrons de grenades d'oranges,
font de fleurs et de fruits, d'agréables mélanges,
[...] les arbres sont plantes comme dans la provance,
et sans caisses de bois, et sans pots de fayance,
ils sont simetriés, et tirés au cordeau,
et l'on ne peut rien voir au monde de plus beau1

Claude Denis

Les grands jardins royaux réalisés ou réaménagés à l'époque de Louis XIV sont considérés, encore aujourd'hui, comme les exemples les plus aboutis de ce modèle spécifique de jardin régulier que l'on appelle « jardin à la française » ou « jardin classique2 ».
Les tracés réguliers et symétriques des allées, la fine articulation des volumes végétaux, le dessin raffiné des parterres et des ifs taillés composaient un espace autre à l'intérieur duquel la nature, conduite à une sorte de perfection géométrique, célébrait la puissance du souverain. Aux yeux des visiteurs, les parcs qui entouraient les châteaux royaux semblaient se soustraire à toute réalité spatiale et temporelle pour devenir des lieux extraordinaires où, pour utiliser une heureuse expression de Charles Perrault (1687) « du grand univers se trouvent rassemblés les miracles divers3 ». Au-delà des grilles et des murs des jardins, les arbres, les fleurs, ainsi que les fruits et les légumes proposaient une palette de formes et de couleurs beaucoup plus riche que tout ce que l'on pouvait observer ailleurs : les tulipes, les renoncules, les jacinthes et les campanules, de différentes espèces et combinaisons de couleurs, ornaient les parterres même pendant la mauvaise saison ; les orangers étaient parfois plantés en pleine terre, comme dans les jardins de la Méditerranée ; dans les potagers les premières fraises paraissaient au mois de mars tandis que les figuiers se chargeaient de fruits deux fois par année. Investis d'une forte signification symbolique, les jardins du Grand Siècle furent conçus comme de grandes scénographies en plein air dans lesquelles on mettait en scène la toute-puissance du monarque, le pouvoir royal et divin par excellence, celui de la création4.
Pour traduire dans la réalité ces projets ambitieux, l'administration des Bâtiments du roi mit en place un réseau commercial complexe qui assurait l'approvisionnement constant des jardins en arbres, en arbrisseaux et en fleurs. Les jardiniers et les intendants allaient chercher les plantes dans toutes les provinces du royaume et même au-delà de ses frontières : en Italie, en Espagne, en Hollande, au Danemark et plus loin encore, en Orient et dans les colonies américaines. Il s'agissait d'une entreprise monumentale, d'autant plus complexe qu'il fallait régler les difficultés liées au transport et à l'acclimatation des plantes, ainsi que celles liées à la différente composition des terrains qui les auraient accueillies.
En dépit de l'importance que tous ces éléments végétaux revêtaient dans la composition des jardins du XVIIe siècle, les recherches scientifiques sur ce sujet restent encore assez rares. Si on connaît les noms des espèces et les typologies les plus utilisées et appréciées, nous ne sommes pas encore arrivés à reconstituer la disposition des plantations des différents jardins, ainsi qu'à identifier les plantes et les fleurs qui les décoraient à une époque spécifique. Le lancement (2008) - par le Centre de recherche du Château de Versailles et d'autres institutions - du projet international « Le végétal dans les grands jardins européens à l'époque moderne », destiné à la mise en place de la base de données Hortus, représente une démarche importante pour le développement des études dans ce domaine5.
À la lumière de ces considérations, cet article présente les premiers résultats d'une recherche sur le repérage et le transport des arbrisseaux pour les jardins royaux de l'époque de Louis XIV. Avec les fleurs, les arbustes (spécialement les orangers), représentèrent en fait l'un des éléments décoratifs majeurs pour l'agencement des jardins, ainsi qu'un chapitre onéreux dans les registres de dépenses de la surintendance des Bâtiments du roi.

La mode d'agrémenter les jardins avec des plantes provenant des côtes de la Méditerranée commença à se développer en France au lendemain des campagnes italiennes de Charles VIII, à la fin du XVe siècle. Charmé par la beauté des jardins napolitains, qu'il décrit au duc Pierre de Bourbon comme des « paradis terrestres, pleins de toutes bonnes et singulières choses6 », le roi amena en France le jardinier Pacello da Mercoliano. À Amboise, ce dernier ne tarda pas à faire preuve de son savoir : il arriva à cultiver en serre des melons, des artichauts et quelques orangers amers7. Mais ce n'était qu'un début. Au fil des années de nombreux autres arbrisseaux arrivèrent pour décorer les jardins royaux : des citronniers, des lauriers, des myrtes, des grenadiers, des oléandres et des lauriers roses. Abrités pendant la saison hivernale dans les orangeries, à l'arrivée du printemps ils étaient disposés le long des parterres et des plates-bandes, ils ornaient les salons ou agrémentaient le décor des fêtes.

Figure 1. « Jardiniers à l'œuvre dans l'orangerie de Versailles », dans La Quintinie, J.-B. de, Instruction pour les jardins fruitiers et potagers, Paris, C. Barbin, 1690.
ENSP de Versailles-Marseille, tous les droits réservés.


Entre les nombreux « jardins d'orangers » des châteaux appartenant à la Couronne, celui de l'orangerie de Clagny, réalisé par Le Nôtre pour la marquise de Montespan, était l'un des plus réussis. Les dépenses pour l'achat des plantes témoignent du reste de l'important investissement de la surintendance des Bâtiments pour la mise en œuvre du projet : entre le mois de juin et le mois d'août 1675 les registres des comptes font état de l'achat de 203 orangers pour une dépense totale d'environ 20 500 livres8. Nonobstant cette profusion de moyens, le château de Clagny eut une durée de vie très courte : après avoir été progressivement délaissé, il fut transformé en couvent à l'époque de Louis XV et ensuite détruit en 1769. Une lettre de Mme de Sévigné, datée du 7 août 1675, a pourtant amené jusqu'à nous l'image éblouissante de ce lieu « enchanté » : « Nous fûmes à Clagny. Que vous dirai-je ? C'est le palais d'Armide. [...] Il y a un bois entier d'oranges dans des grandes caisses. On s'y promène ; ce sont des allées où l'on est à l'ombre. Et pour cacher les caisses, il y a des deux côtés des palissades à l'hauteur d'appui, toutes fleuries de tubéreuses, de roses, des jasmins, d'œillets ; c'est assurément la plus belle, la plus surprenante et la plus enchantée nouveauté qui se puisse imaginer. On aime fort ce bois9. »

Provenant de la Provence, de l'Italie, de l'Espagne ou du Portugal, les arbrisseaux, comme les graines des fleurs, gagnaient Paris par voies terrestres et fluviales. Mais il arrivait que certains exemplaires fassent même de plus longs voyages. Ce fut le cas, par exemple, des oignons de lys blanc, des narcisses et de choux de Madère qui, le 8 janvier 1698, partirent de la Guadeloupe pour La Rochelle10. Ou encore des orangers que les jardiniers Hubert et Denis envoyèrent des colonies américaines en 168411. Une fois arrivées en France, les plantes étaient contrôlées, comptées et pesées. Elles étaient ensuite envoyées aux pépinières royales sur des chariots ou des bateaux qui remontaient le cours des fleuves et des canaux jusqu'aux ports parisiens de Saint-Paul - qui fournissait les marchés de bois du quartier Saint-Antoine - ou de Saint-Nicolas au Louvre12. Les plantes en provenance du Midi ou de l'Italie voyageaient pendant quelques semaines, à l'aide de plusieurs moyens de transport. Depuis Marseille, Hyères et Toulon, par exemple, les arbrisseaux et les graines étaient transportées à Arles. Là ils étaient chargés sur des bateaux qui remontaient le Rhône jusqu'à Lyon. Depuis Lyon un réseau très articulé de péniches et de voitures les amenait jusqu'au Roule, la grande pépinière royale13 de Paris, une espèce de pôle logistique pour la gestion des végétaux des jardins royaux. Les jardiniers parisiens sélectionnaient les exemplaires à envoyer aux différents châteaux et ceux qu'il convenait de garder dans les serres de la pépinière puisque trop endommagés par le voyage. C'est dans une page du journal de voyage du médecin et naturaliste anglais Martin Lister (1638-1712), qui visita le Roule le 22 mai 1698, que l'on peut voir l'une de ces serres baptisée l'« infirmerie des orangers » : « On a joint à cette pépinière plusieurs serres pour les plantes délicates ; & entre autre une fort grande que j'appellerois volontiers l'infirmerie des orangers. On les apporte de Gênes par mer, & on les dépose là pour les refaire. J'en vis sortir & mettre en plein air le jour où j'y étois allé, c'est-à-dire le 22 may, trois cents pieds aussi gros que ma cuisse, mais après plus de dix, pour quelques-uns de dix-sept ans de soins, ils n'avoient pas encore rattrapé des têtes assez décentes pour pouvoir paroitre à la cour14
Indépendamment de la longueur des voyages, les frais de transport étaient considérables. Souvent ils dépassaient ceux pour l'achat des marchandises. En 1693, par exemple, la surintendance des Bâtiments dépensa moins pour l'achat des plantes provenant de la Provence - environ 8 500 bulbes de tubéreuses, narcisses Totus albus - que pour leur transport, en voiture, depuis la pépinière de Toulon jusqu'à celle du Roule15.
Puisqu'il s'agissait de plantes très délicates, l'emballage demandait des soins spéciaux et était confié à des jardiniers experts qui se rendaient sur les lieux pour choisir les meilleurs exemplaires. Le Nouveau Traité des orangers et des citronniers, texte autorisé par Ballon « directeur de tous les jardins du roi » en mai 1692 et corrigé par Garnier « jardinier à la pépinière du Roule » - mais dont l'auteur, un jardinier apparemment réputé ayant travaillé dans de fameux jardins italiens, reste inconnu16 - présente les deux différentes façons de transporter ces arbrisseaux : sans ou avec la motte. Dans le premier cas le jardinier raccourcissait les branches et la tige de la plante et, une fois ôtée la terre des racines, empaquetait la motte dans des fougères ou de la mousse. Des caisses prévues à cet effet étaient ensuite utilisées pour protéger les mottes du gel. Dans le second cas on procédait à peu près de la même manière, mais on laissait des branches et des feuilles qui permettaient d'évaluer, par ailleurs, l'état de santé de la plante17. Indépendamment de la technique de transport choisie, la règle d'or pour la bonne tenue des arbrisseaux restait celle de garder les mottes toujours bien humides, comme le conseillait déjà en 1674 le fleuriste Pierre Morin dans son Instruction facile, pour connoistre toutes sortes d'orangers et cytronniers18. Les jardiniers suivaient en fait les voitures chargées des plantes tout au long de leur voyage. L'administration royale vérifiait avec attention toutes les étapes de cette opération. Avant de signer le contrat d'achat, le jardinier ou l'intendant envoyé par le roi devait vérifier l'« état de santé » des plantes. Parfois les fournisseurs étaient obligés de souscrire une assurance pour la marchandise. Si par exemple les plantes périssaient dans les deux ans - accident qui arrivait souvent surtout en ce qui concernait les arbrisseaux -, ils étaient obligés de rembourser le roi. C'est bien ce qui arriva, par exemple, aux jardiniers lyonnais Costé et Jolly en 1688 puisque seulement 120 orangers, sur les 170 qu'ils avaient livrés au roi entre 1686 et 1687, avaient survécu au climat francilien, ils durent rembourser les caisses de la surintendance de 550 livres19.
Une fois les procédures d'emballage terminées, un sceau de cire était posé au pied de chaque plante, les mottes étaient enveloppées dans des coussins et les tiges étaient bien armées. Ensuite on chargeait les plantes sur des bateaux ou des voitures et on les envoyait à Paris. Les Archives nationales conservent quelques mémoires assez détaillées sur ces voyages. Ces documents nous permettent d'entrevoir, de manière très vivante, la réalité matérielle non seulement des jardins de l'époque, mais également des déplacements des personnes et des choses à l'époque moderne. Pour amener à Marseille les 300 orangers qu'il avait achetés à Nervi en 1687, Étienne Cameron « receveur des droits du roi et des gabelles », « commis à la conduite des orangers de Sa Majesté », dut par exemple faire de nombreuses allées et venues entre la France et l'Italie afin de se procurer les matériaux pour l'emballage et le transport des plantes, pour trouver la main-d'œuvre qualifiée, choisir les meilleurs exemplaires, etc. Une fois toutes ces opérations terminées, il expédia ses achats en France par quatre navires qui, partis de Gênes entre le 26 février et le 13 mars, mirent une dizaine de jours pour arriver en France. Avant le départ, les capitaines s'engagèrent, avec un document dûment daté et signé, à consigner « les marchandises sèches, entières et en bon état20 ».
Exception faite pour ces quelques dossiers bien documentés, les témoignages d'archives nous renseignent principalement sur les temps et les coûts des transactions concernant l'achat des arbrisseaux. En revanche, nous avons une connaissance très modeste des techniques concernant le transport en mer des plantes au XVIIe siècle. Le premier ouvrage à ce sujet parut en 1752, quand deux officiers de la marine, Henry-Louis Duhamel du Monceau et Roland-Michel Barrin de La Galissonnière publièrent leur Avis pour le transport par mer des arbres, des plantes vivaces, des semences, des animaux et des différents autres morceaux d'histoire naturelle21. Grâce aux cinquante pages qui composent l'Avis, nous apprenons que les plantes plus rares étaient mises dans des caisses de sapin ou de chêne - similaires à celles utilisées dans les orangeries - et réparées par une sorte de cage cylindrique qui entourait, sans les toucher, le tronc et les branches. Des filets à mailles serrées en fil de laiton protégeaient les racines des souris22. Pour protéger les plantes du vent et de la pluie, on les couvrait ensuite avec un capuchon en toile, imperméabilisé avec des vernis à l'huile. Si la saison le permettait, les plantes voyageaient sur le pont du bateau, sinon elles étaient abritées sous le pont et arrosées périodiquement avec de l'eau de pluie. Les bulbes et les graines étaient transportées dans des caisses ou des tonneaux remplis de mousse séchée ou de paille.
Le plus souvent le transport par la mer avait lieu en hiver de façon que les arbres, arrivés en France au début du printemps, puissent jouir d'un climat doux et être immédiatement exposés en plein air.
L'identification exacte des espèces et de la quantité des plantes était un facteur de grande importance pour pouvoir parer aux dégâts causés par le transport. Duhamel du Monceau et La Galissonnière conseillaient, à ce sujet, d'accrocher des plaquettes à toutes les caisses, aux troncs, aux cages et aux capuchons. Ainsi, les jardiniers qui accueillaient les plantes dans les ports ou les pépinières pouvaient les transplanter rapidement dans un terrain approprié. Parfois les étiquettes étaient des cartes de jeux repliées à l'intérieur desquelles on notait le nom de la plante et son numéro d'inventaire. Mais le plus souvent, et spécialement pour les végétaux qui devaient faire de longues traversées en bateaux, on préférait utiliser des plaquettes en ardoise ou en plomb, plus résistantes à l'eau et à l'humidité.
Les documents concernant la pépinière royale de Toulon, un jardin réalisé en 1680 pour faire face aux grandes commandes royales de jacinthes, de narcisses, de tubéreuses et de jonquilles témoignent des soins portés à l'emballage des bulbes et des graines. Périodiquement le directeur « des plants et arbres des avenues et parcs des maisons royales », Gilles Ballon, envoyait à Toulon tout le matériel nécessaire pour le transport. Il s'agissait d'une opération à exécuter avec la plus grande attention car, une fois arrivées à destination, les caisses étaient contrôlées par les jardiniers du Roule ou de Versailles. Si ces derniers constataient que les végétaux étaient de mauvaise qualité ou de quantité inférieure à celle déclarée, le jardinier Gairand, directeur de la pépinière de Toulouse, se voyait appliquer une amende.

Figure 2. « Jardiniers à l'œuvre dans un jardin », dans La Quintinie, J.-B. de, Instruction pour les jardins fruitiers et potagers, Paris, C. Barbin, 1690.
ENSP de Versailles-Marseille, tous les droits réservés.


Seulement une partie des plantes qui arrivait à la pépinière du Roule était ensuite envoyée aux jardins royaux. Pour les exemplaires très endommagés, le voyage s'achevait dans les serres de la pépinière parisienne. Les autres, en revanche, poursuivaient leur chemin jusqu'aux jardins du roi, qu'elles décoraient parfois le temps d'une floraison. Pour ne pas gâcher la scène ordonnée des jardins, les plantes endommagées ou fanées étaient promptement remplacées par des exemplaires en meilleur état. Parfois il ne s'agissait même pas d'une question de « bonne apparence », mais simplement du goût du jardinier ou d'un changement dans le programme de floraison. En janvier 1688, par exemple, Olivier, jardinier au Trianon, refuse les 25 « orangers et arbustes rares » qui lui ont été proposés par le sieur Cottereau, fournisseur des jardins royaux. Olivier les signale par ailleurs au jardinier en chef de l'Orangerie, Dupuis, « afin d'avoir des espèces pour greffer ». Il s'agit en fait d'exemplaires tellement rares que Cottereau même se refuse d'en dévoiler tout de suite le prix. Entre autres, deux orangers « qui ont la feuille dentelée large de quatre doigts », deux autres orangers « portant leurs fruits plus gros que les portugales », deux citronniers doux « portant le fruit extraordinairement gros et plat » et trois différents types de palmiers (coûtant entre 10 et 20 livres la pièce)23.
En dépit de la durée des voyages et des importants frais de transport, la permanence des arbrisseaux dans les jardins du roi - de la même manière que tout autre élément décoratif - pouvait parfois se révéler très éphémère.

Mots-clés

Jardins, arbrisseaux, orangers, voyages, techniques
Gardens, shrubs, oranges, travels, techniques

Bibliographie

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Nouveau traité des orangers et des citronniers contenant la maniére de connoître, les façons qu'il leur fait faire pour les bien cultiver, & la vraie methode qu'on doit garder pour les conserver (éd. par Garnier et Ballon, jardiniers du roi ?), Paris, Charles de Sercy, 1692.

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Sevigné M. de Rabutin-Chantal, marquise de, Correspondance (éd. par R. Duchêne), Paris, Gallimard, 1972-1978, 3 vol.

Auteur

Chiara Santini

Historienne des jardins et des paysages et ingénieur de recherche à l'École nationale supérieure du paysage de Versailles-Marseille (ENSP).
Courriel : c.santini@versailles.ecole-paysage.fr

Pour référencer cet article

Chiara Santini
Le voyage des orangers
publié dans Projets de paysage le 04/01/2012

URL : http://www.projetsdepaysage.fr/fr/le_voyage_des_orangers

  1. Denis, C., Explication de tuttes les Grotes, Rochers et fontaines de Versailles, Chasteau Royal de Versailles, Maison du Soleil, et de la Menagerie, En vers heroique, manuscrit sans date (XVIIe siècle), BNF, Manuscrits français, 2348, p. 53.
  2. « Le jardin à la française (jardins classique à la française, jardin français) est un jardin régulier composé de couverts et de découverts, issu d'une composition géométrique et spatiale dans laquelle les effets de la perspective jouent un rôle important », M.-H. Bénetière (éd. par), Jardin. Vocabulaire typologique et technique, 2000, p. 48.
  3. Perrault, C., Le Siècle de Louis le Grand (1687), passage cité dans E. Pommier, « Versailles, l'image du souverain », Les lieux de Mémoire, 1986, vol. II, p. 193.
  4. Grimal, P., « Jardins des Hommes, jardins des Rois », Traverses, V/VI, 1976, p. 70-71.
  5. Pour plus d'informations sur ce projet, cliquez ici
  6. Pélicier, P., Mandrot, B. de (éd. par), Lettres de Charles VIII roi de France, Paris, Librairie Renouard, 1898-1905, vol. V, p. 185-186.
  7. Sur ce sujet voir : Lesueur, P., « Pacello de Mercoliano et les jardins d'Amboise, de Blois et de Gaillon », Bulletin de la Société de l'histoire de l'art français, 1935, p. 90-117.
  8. Guiffrey, J. (éd. par), Comptes des Bâtiments du Roi sous le règne de Louis XIV, 1664-1715, 1881-1901, tome II, p. 846.
  9. Sevigné, marquise de (M. de Rabutin-Chantal), Correspondance, Paris, Gallimard, 1972-1978, vol. II, p. 38.
  10. Archives nationales de France, O1, 2102, 1, 4, doc. 15 et 16.
  11. Guiffrey, J. (éd. par), Comptes des Bâtiments du Roi sous le règne de Louis XIV, 1664-1715, op. cit., p. 563.
  12. Sur ce sujet voir Lalandre, A., Histoire des ports de Paris et de l'Île-de-France, Rennes, Éditions Ouest-France, 2004, p. 12-21.
  13. La pépinière royale du Roule était aussi une école pour jardiniers dans laquelle les jeunes apprentis apprenaient à cultiver et à acclimater les plantes dans les serres ainsi que les fondamentaux des mathématiques et de la géométrie pour arriver à dessiner les parterres et à y disposer les fleurs.
  14. Lister, M., Voyage de Lister à Paris en 1698, 1873,  p. 194.
  15. Archives nationales de France, O1, 2102, 1, 4, 13, « Mémoire des oignons de fleurs qui sont envoyez chaque année à Paris du Jardin du Roy a Toulon ».
  16. Même si le traité est accompagné par une présentation du « Libraire au lecteur » dans laquelle on déduit que ni Ballon ni Garnier sont les auteurs du texte, le catalogue général de la Bibliothèque nationale de France leur attribue la paternité de l'ouvrage.
  17. Nouveau Traité des orangers et des citronniers (éd. par Garnier et Ballon, jardiniers du roi ?), 1692, p. 33-34.
  18. Morin, P., Instruction facile, pour connoistre toutes sortes d'orangers et cytronniers, 1674, p. 49.
  19. Archives nationales de France, O1, 2102, 1, 4, papier sans côte.
  20. Archives nationales de France, O1, 2102, 1, 5, 8.
  21. Cf. Allain, Y.-M., Voyages et survie des plantes au temps de la voile, 2000, p. 13-15. La littérature spécialisée sur le transport des plantes et leur acclimatation se développa au milieu du XVIIIe siècle avec la fondation des premières écoles de botanique et la diffusion en France du modèle du « jardin pittoresque ».
  22. Cf. Duhamel du Monceau, H.-L., Barrin de La Galissonnière, R.-M. , Avis pour le transport par mer des arbres, des plantes vivaces, des semences, des animaux et des differens autres morceaux d'histoire naturelle, 1752, p. 6-14.
  23. Archives nationales de France, O1, 2102, 1, 7, 1, « Extrait de l'estat presenté à Monseigneur par le Sieur Cottereau des plantes et oignons de fleurs qu'il offre fournir pour les jardins des Maisons Royalles ».