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Grenoble entre natures et cultures : exemple de la valorisation de l'agriculture périurbaine grenobloise

Grenoble between nature and culture : an example of the value of peri-urban agriculture Grenoble
04/01/2012

Résumé

À Grenoble, les montagnes ont une influence sur les demandes, les attentes et les pratiques citadines de nature. De plus, les activités de plein air rendent compte d'une volonté croissante de pratiquer les loisirs dans les montagnes et les campagnes en périphérie de la ville. En ce sens, ces loisirs sont l'occasion de relations privilégiées à la nature. Les institutions d'aménagement et d'animation de l'agglomération grenobloise tentent de répondre aux demandes et aux attentes citadines de nature, en maintenant et en développant l'agriculture périurbaine. Répondre aux demandes et aux attentes citadines en qualité de produits et de paysages constitue le nouveau défi de l'agriculture périurbaine. Ces réponses représentent un atout social et économique qui tend à valoriser la profession. La prise en compte de la demande sociale de nature, comme paramètre des systèmes d'exploitation, permet donc d'enrichir la réflexion agricole, à travers le rôle dévolu à l'agriculture périurbaine. L'agriculture voit donc réaffirmer sa multifonctionnalité, par une nouvelle culture périurbaine et un lien à la nature qui ne constituent pas nécessairement un retour à la vie des champs. L'agriculture doit veiller à la qualité de ses produits, des territoires et des paysages ruraux en tant que lieux de production, mais aussi en tant que lieux de vie, de loisirs et d'identité.
In Grenoble, the mountains have an influence on the demands, expectations and practices of urban nature. In addition, the outdoor activities, reflect a growing willingness to do recreational activites in the mountains and the countryside on the outskirts of the city. Basically, these activities are an opportunity to create a relationship to nature. The institutions for town planning and the development of the recreation areas of Grenoble try to meet the demands and expectations of urban natures, maintaining and developing peri-urban agriculture. Meeting the urban demands and expectations in terms of products and landscapes is the new challenge of the peri-urban agriculture. Taking into account the social demand for nature, as a pattern of the operating systems, allows to further develop the debate around agriculture, through the role assigned to peri-urban agriculture. Thus, agriculture claims to be multifunctional, with a new suburban culture and a return to nature that are not necessarily a return to «a job on the fields». Agriculture must not only ensure the quality of its products, territories and rural landscapes as a production unit, but also as a place for recreational activities and identity.

Texte

Dans l'agglomération grenobloise, en raison de la présence d'éléments de nature, tels que les trois imposants massifs montagneux, Belledonne, Chartreuse et Vercors qui l'entourent, lui donnant d'ailleurs le surnom de « cuvette grenobloise», en raison de la contiguïté avec 4 030 ha d'espaces périurbains agricoles et forestiers, la nature fait partie intégrante de la ville. L'agglomération grenobloise compte deux Parcs naturels régionaux (celui de la Chartreuse et celui du Vercors), cinq espaces naturels et de loisirs (le parc Hubert Debedout, le parc de l'Ovalie, le Bois français, les Vouillants, l'Île d'Amour), les franges vertes de Seyssins et les sentiers du Sipavag (Syndicat pour la protection et l'aménagement des franges vertes de l'agglomération grenobloise) qui comprennent 750 km de chemins et de sentiers ouverts à la circulation des piétons, des vététistes ou des cavaliers. De ce fait, l'essor de Grenoble répond à une nouvelle culture périurbaine qui reconnaît à l'agriculture la gestion environnementale et paysagère de l'espace. La place de l'agriculture dans le plan urbain est devenue légitime. Dans ce contexte, l'agriculture périurbaine est un outil d'aménagement et est devenue un élément de réponse des institutions face à une demande urbaine de nature.
Tout d'abord, l'évolution des rapports entre la ville et la nature sera abordée, en s'intéressant à l'essor de l'agglomération grenobloise, qui a pour particularité d'être entourée de massifs montagneux et bordée d'espaces agricoles périurbains. Puis, le rôle de la nature dans l'agglomération grenobloise sera dévoilé, au travers des discours des institutions d'aménagement et d'animation, ainsi que la place dévolue à l'agriculture périurbaine selon ces acteurs.
Le cadre de cette analyse s'articule donc autour de l'état et du rôle des éléments de nature, de campagne, d'agriculture, dans la construction et le développement de l'agglomération grenobloise. Il permet d'énoncer quelques éléments de conclusion sur le rôle de l'agriculture périurbaine et les fonctions sociales de la nature.

Des montagnes d'influence

L'agglomération grenobloise est entourée de trois massifs montagneux (cf. photo 1). Il s'agit du massif de la Chartreuse1 (situé au nord de Grenoble, qui atteint une superficie de plus de 69 000 ha, dont le point culminant est à 2 082 m), de celui du Vercors (au sud-ouest, d'une superficie d'environ 135 000 ha, et qui culmine à 2 341 m) et de la chaîne de Belledonne2 (au nord-est de Grenoble, avec une superficie de 1 800 ha, et son point culminant est à 2 977 m). Ces massifs comptent deux Parcs naturels régionaux (Chartreuse et Vercors) et cinq espaces naturels et de loisirs, constituant 600 km de chemins et de sentiers ouverts à la circulation des piétons, des vététistes ou des cavaliers.

Photo 1. Image satellite de l'agglomération grenobloise représentant « l'Y grenoblois » (la pastille bleue localise la ville de Grenoble).
Source : Planet observer (2011).


De par ses limites géographiques, Grenoble a des caractéristiques économiques qui attirent et retiennent des entreprises et des chercheurs. La conquête de l'homme sur son environnement a été accomplie avec l'exploitation de la houille blanche. La conjugaison entre montagne et Grenoblois permet aux habitants d'affirmer leur force sur eux-mêmes, et celle de la société sur elle-même. Cette réalité des rapports au milieu s'est renforcée tout au long de l'histoire. Depuis le XVIIIe siècle, des disciplines érudites se sont imposées à Grenoble. Des sciences dures, comme les mathématiques, la physique, la chimie s'inscrivent sur un terrain neuf dans le positivisme et le modernisme d'une pensée où s'impose le métier d'ingénieur. Plus récemment, d'autres disciplines de l'esprit, médecine, biologie, sciences sociales, se sont développées. Toute cette science est synonyme de progrès et se traduit en activités industrielles et technologiques (barrages hydroélectriques, centrales nucléaires...). « L'homme y a installé son savoir et a permis le développement culturel, économique et social de la ville, tout en requérant des prouesses physiques et un esprit de solidarité » (Frémont, 1987). Ainsi, la technologie et la valeur du lieu conférées par les montagnes imposent aux hommes une organisation collective, un mode de vie particulier, une relation territoire/société locale.
La montagne est par excellence le terrain de sport des Grenoblois (vélo, randonnées, escalades, skis). Pour cela il a fallu une longue histoire, à la fin du XVIIIe siècle, de conquête des premières cimes. Le passage d'une nature redoutée à un espace peu à peu identifié, au XIXe siècle, a amené l'épanouissement des sports de montagne au XXe siècle. Partie intégrante de l'imagerie grenobloise, les jeux Olympiques d'hiver de 1968, premiers à être diffusés à la télévision française, ont acquis une renommée internationale de par leur héros Jean-Claude Killy, leurs infrastructures de l'Alpe-d'Huez, les tremplins de Autrans. Pour la pratique de sports de masse et d'activités individuelles, Grenoble est en France un haut lieu attractif en raison des images associées à la montagne.
L'environnement montagnard de ces trois massifs alpins est fortement associé à l'image de Grenoble et contribue à la singularité de la ville (cf. photo 2). Cette omniprésence des montagnes alentour a donc influencé de nombreuses personnalités qui ont valorisé ce patrimoine naturel dauphinois : c'est le cas de peintres de renom, tels que Marie Laurencin, l'abbé Cales, mais aussi de célèbres écrivains, comme Stendhal, Joseph de Maistre, ou encore d'intrépides explorateurs et scientifique, tels que Lionel Terray, Haroun Tazieff, et bien d'autres. Aussi, en sciences sociales, les récits de géographes sont abondants, et nous apprennent que dans l'histoire du développement de Grenoble, économie et montagne sont liées. Dreyfus (19903), Veyret (19674), Frappat (19795) et Debarbieux (19966) définissent la naissance de Grenoble, soit comme la conquête d'une terre élue, soit comme une communauté humaine isolée de l'extérieur par les montagnes.

Photo 2. L'agglomération grenobloise bordée des trois massifs montagneux.
Source : Tropical (2011)


Grenoble occupe la place d'un ancien lac qui s'est créé pendant la fonte du glacier qui remplissait la vallée de l'Isère, il y a une dizaine de milliers d'années7. Elle est principalement bâtie dans une plaine au confluent de l'Isère avec le Drac, au centre de l'Y grenoblois. La ville qui s'est développée en arc de cercle autour du rocher de la Bastille et du seul pont existant sur l'Isère occupe aujourd'hui la totalité de son territoire, soit 1 870 hectares (cf. photo 3).

Photo 3. Panorama de l'agglomération grenobloise, permettant de distinguer le rocher de la Bastille et l'Y inversé formé par les deux fleuves.
Source : Ville de Grenoble.

   
Grenoble est « socialement rattaché à des figures émanant des représentations collectives » (Boumaza, 1997), dont la montagne est le point de départ. Des symboles et des valeurs se rapportant à la montagne ont construit le mythe de la ville, qui, par ses représentations collectives du rapport nature et culture, alimente un certain chauvinisme grenoblois. Cette configuration explique l'utilisation d'expressions contemporaines, comme « capitale des Alpes », « Y grenoblois8 », « ville la plus plate de France9 », « cuvette grenobloise10 », ou encore cette citation attribuée à tort à Stendhal : « au bout de chaque rue, une montagne11 ». Les montagnes sont donc incluses dans la ville et s'apparentent à sa nature. De plus, ces massifs montagneux, très visibles dans le paysage urbain, agissent comme une strate géologique au-dessus des toits. Après étude des représentations sociales des Grenoblois, il ressort que des personnes associent aux montagnes un sentiment d'isolement, avec des degrés variant entre le sentiment de protection contre l'extérieur, à celui d'étouffement ou, à l'opposé, celui d'une échappatoire, c'est-à-dire de renvoi vers un paysage lointain (Tchekemian, 2007).
Ainsi à Grenoble, la symbolique de la nature prend d'autant plus d'ampleur que la ville est associée aux montagnes environnantes. Cheminer dans la ville permet aussi de saisir la présence et l'influence des montagnes, que ce soit au travers des enseignes de lieux associatifs, culturels et devantures de magasins, comme La Maison de la montagne, Espace Montagne, Club alpin français, musée de Tradition des troupes de montagne, Le Téléphérique12, Montagne déco, Montagne aventures, La Glisse, Sk'Alp. Autre fait urbain, également marquant, et en lien avec les activités de montagne, est celui de leur influence sur les tenues vestimentaires des Grenoblois. Il est très fréquent de croiser dans le tramway des gens en tenues de ski, transportant leur équipement, mais aussi de constater l'importance des marques et des modèles de sport dans les tenues vestimentaires13.
   

Maintien de l'agriculture périurbaine

L'imbrication entre les territoires ruraux et urbains se situe aujourd'hui au cœur d'une demande urbaine grandissante en terme de gestion durable des espaces et des ressources naturelles. « La ville s'est peu à peu affranchie de son agriculture de proximité au fur et à mesure de l'amélioration des transports, des techniques de conservation, des caractéristiques des produits et de l'élargissement de l'aire d'approvisionnement. Tous ceux qui habitent, composent et inventent la ville, convergent vers le fait que les proches campagnes fassent partie de la ville. » (Fleury, 1999.) La ville réinvestit les espaces périphériques qu'elle avait abandonnés. L'illustration est faite par les urbanistes, les architectes, selon leurs observations ou leurs projets (ville émergente, coulée verte), et par les promoteurs dans leurs investissements immobiliers (acquisition de terres agricoles, vente de fermes).
De nouvelles formes urbaines apparaissent, dans lesquelles les parties non bâties sont des lieux de nature souhaités par les citadins. La ville émergente sollicite l'agriculture locale pour la valorisation du paysage. Les citadins apprécient la production, l'éducation et les loisirs apportés par l'agriculture périurbaine. Ces campagnes urbaines organisent les quartiers urbains dont les habitants s'approprient les espaces agricoles comme des jardins publics. L'agriculture se renouvelle du fait des besoins des citadins. Elle devient un instrument de gestion de la ville moderne. L'agriculture périurbaine est posée depuis longtemps en région Rhône-Alpes. Elle l'est d'autant plus que Grenoble apparaît aujourd'hui comme une expérience unique en France de recomposition de la profession agricole, autour d'une stratégie offensive et d'une capacité de légitimation de l'agriculture dans les orientations d'urbanisme et de politique locale. Les questions de la nature (espaces naturels et agricoles périurbains) et de son statut appartiennent maintenant au domaine public. Revenons sur les trois grandes étapes qui expliquent l'évolution et la place de l'agriculture dans l'agglomération grenobloise14.
La première étape, de 1890 à 1945, permet de comprendre que le développement de Grenoble a longtemps été entravé par l'étroite vallée dessinée par les massifs montagneux alentour et la pauvreté relative de son arrière-pays. Les massifs de la Chartreuse, du Vercors et de Belledonne enserrent les vallées étroites du Drac et de l'Isère, régulièrement dévastées par les inondations qui cantonnent l'habitat sur les cônes de déjection. La société urbaine et l'urbanisation sont cantonnées dans la ville-centre et ses nouveaux quartiers, dans les nouvelles bourgades industrielles et dans les bourgs traditionnels du Voironnais ou du Haut-Grésivaudan. L'arrière-pays est rural et fonctionne sur le système de la polyculture élevage. Au début du XX siècle, l'agriculture est omniprésente dans l'arrière-pays. Il s'agit d'une agriculture pauvre, qui se limite à l'autosubsistance. La ville achète aux paysans locaux les cultures industrielles (chanvre, betterave à sucre, soie), le vin, le lait, les fruits et légumes frais. À cette époque, trois grands types d'agriculture correspondent à trois espaces principaux :
  • le maraîchage grenoblois : dans la ville-centre de Grenoble, les maraîchers de l'Île verte, de Bajatière et de Malherbe exploitent intensivement leurs cultures  (50 hectares sur Grenoble, en 1929), qu'ils commercialisent sur les marchés de gros ou de détail. À Fontaine, Échirolles et Saint-Martin-d'Hères, maraîchers et polyculteurs complètent la production de cette petite ceinture verte ;
  • la polyculture élevage des coteaux : localisées au pied des trois massifs et dans les collines du Voironnais, ces fermes élèvent quelques vaches, cultivent malgré les crues quelques céréales en plaine pour le bétail associées aux cultures industrielles (chanvre, betterave, tabac), mais produisent surtout du vin (5 310 ha de vigne, en 1929) et des fruits, dont la noix de Grenoble15 ;
  • la polyculture et l'élevage de montagne permettent une agriculture riche et jardinée. Le lait de Belledonne est transformé sur place par les fruitières locales. Les fruitières privées et les négociants grenoblois collectent le lait des coteaux et celui des proches balcons montagnards. En montagne, comme à Saint-Martin-le-Vinoux ou à Quaix, les exploitants cultivent la vigne, élèvent quelques poules et lapins qu'ils vendent au marché du Cours Saint-André (aujourd'hui l'Estacade, au pied de l'espace vert de montagne périurbain, la Bastille).
Le paysage rural grenoblois de ce début de siècle est bien caractéristique. Il se compose de la forêt et d'herbage de montagne, de coteaux viticoles et fruitiers qui concentrent la richesse agricole, et de la plaine partagée entre les champs céréaliers, les moins inondés, et la végétation qui colonise les terres marécageuses.
Seconde étape, durant les Trente Glorieuses, de 1945 à 1970, la concentration et la modernisation industrielles comme agricoles provoquent l'essor de la consommation de masse et l'expansion de l'urbanisation qui vont profondément bouleverser les rapports entre la ville de Grenoble et ses campagnes. Grâce aux financements du plan Marshall et à l'utilisation de la technologie américaine, la région grenobloise s'affranchit des contraintes majeures de son site par l'endiguement de ses deux rivières, le Drac et l'Isère, ainsi que par l'assainissement et l'aménagement de la plaine. En moins de trente ans, Grenoble devient une agglomération industrielle et plusieurs plans d'urbanisme précéderont l'élaboration du Sdau16, approuvé en 1973. Cette urbanisation massive éloigne les maraîchers de Grenoble intra-muros dans les communes de la première couronne, puis de la seconde. Alors que la ville accueille de plus en plus d'habitants, les agriculteurs excentrés vont de moins en moins produire pour le marché local.
Après guerre, les responsables paysans, issus de la Jeunesse agricole chrétienne firent le pari d'une agriculture rénovée. Ils développent la formation, la vulgarisation technique, l'investissement et organisent les deux principales filières iséroises, le lait et les céréales. La modernisation des exploitations doit combler, selon eux, le fossé entre les conditions de vie des agriculteurs et des autres groupes sociaux. Le bassin grenoblois fut aussi le secteur pilote de l'organisation paysanne. En 1951, Albert Genin et 150 éleveurs fondent Dauphilait, première coopérative laitière du département. Maîtrisant la production, la transformation et la commercialisation, les agriculteurs se lancèrent dans l'industrie laitière. Parallèlement, ils créent la Coopérative d'utilisation de matériel agricole (Cuma) de Romanche-Isère, afin d'acheter et d'utiliser en commun les tracteurs et les moissonneuses-batteuses. Prenant la direction de la FDSEA (Fédérations départementales des syndicats d'exploitants agricoles) en 1957, et de la chambre d'agriculture en 1958, Albert Genin et les agriculteurs modernistes organisent, sur ce modèle, l'ensemble de l'agriculture iséroise.
Dans la région grenobloise, l'assainissement de la plaine de l'Isère a accentué le processus. En vingt ans, les polyculteurs des coteaux deviennent des céréaliers sur les fertiles terres limoneuses de la plaine. Certes, la crise des cours du vin, l'instauration des primes nationales d'arrachage, les orientations préjudiciables des coopératives locales se conjuguèrent avec le travail plus aisé de la culture du maïs pour marginaliser la viticulture (5 310 ha en 1929, contre 907 ha en 1970). À cela, il faut ajouter l'urbanisation des coteaux viticoles de l'agglomération. Ces trente années créèrent donc une agriculture excentrée, différenciée selon le degré de modernisation atteint et la proximité des franges urbaines. Comme la spécialisation l'emporta, trois nouveaux types dominants de systèmes de production émergèrent : le maraîchage de la première couronne, les céréaliers de la plaine, les éleveurs laitiers du Voironnais et de la montagne. Dans les années 1980, cette agriculture excentrée sera fragilisée face aux crises de surproduction et à la chute des cours nationaux, puis européens. En se retirant des coteaux, puisque la vente des parcelles à bâtir finance en partie l'assainissement de la plaine, l'agriculture grenobloise laisse place à la périurbanisation.
Troisième étape, de 1970 à nos jours, est celle du rôle de l'agriculture périurbaine, face à la pression urbaine et à la protection des espaces de nature. Perdant 46 % de ses exploitations depuis les années 1970 (moins 13 % de surface utilisée) du fait de la croissance de la région urbaine et de la crise agricole, l'Y grenoblois s'est adapté à ses nouvelles conditions périurbaines. Après les jeux Olympiques de 1968, la croissance de Grenoble, ville à l'espace naturel fortement contraint par le relief, est importante et menace l'agriculture périurbaine maraîchère. Entre 1970 et 1990, le développement urbain conquit 7 195 ha d'espaces forestiers, naturels et agricoles. Mais cela correspond aux intentions du Sdau de 1973, bien que l'augmentation de la population soit deux fois moins importante que celle attendue.
En 1999, l'agriculture périurbaine n'a pas une grande place dans l'économie grenobloise et la population agricole y est déclinante : les ménages agricoles17 ne représentent que seulement 0,42 % de ceux de la région urbaine grenobloise tandis que le nombre d'exploitants continue de diminuer18. À cette situation déclinante dans le projet de développement économique s'oppose la place importante, voir centrale, accordée à l'agriculture dans l'aménagement de la région urbaine. Le développement de l'habitat pavillonnaire a donc consommé beaucoup plus d'espaces naturels que prévu. « Cette urbanisation est le plus souvent due aux extensions urbaines et surtout économiques dans les meilleures terres agricoles de la plaine, à proximité des grands axes routiers et des échangeurs autoroutiers. Il s'agit là d'atteintes aux conséquences les plus importantes et qui engagent le plus l'avenir à la fois de l'agriculture, de l'environnement et l'organisation générale de la région urbaine. » (selon l'Agence d'urbanisme de la région grenobloise19). En fait, le développement de la région urbaine et la crise agricole obligent progressivement les exploitations grenobloises à s'adapter aux conditions périurbaines. L'agriculture grenobloise s'oriente vers de nouvelles activités, comme la diversification, le développement des circuits courts et de nouvelles fonctions, telles que l'agrotourisme, l'accueil pédagogique, l'entretien des espaces. Il s'agit donc depuis d'une agriculture en mutation qui cherche à tirer parti des atouts périurbains.

Figure 4. Les espaces agricoles et forestiers dans l'agglomération grenobloise.
Source : Communauté d'agglomération Grenoble.


Le territoire agricole de l'agglomération grenobloise se caractérise par une diversité de paysages et une grande variété de produits du terroir issus des fermes laitières, céréalières, horticoles, maraîchères, d'élevages, viticoles et apicoles. Les exploitants proposent au fil des saisons une grande variété de produits locaux. En effet, l'agriculture de l'agglomération grenobloise se caractérise par trois types d'espaces :
  • une plaine agricole riche en raison d'un sol limoneux et d'une nappe phréatique à moins de trois mètres de profondeur : la plaine représente une zone de grande culture et de maraîchage ;
  • des coteaux, notamment dans le Grésivaudan et le Voironnais, sur lesquels sont pratiqués de l'élevage, de l'arboriculture et de la viticulture ;
  • la montagne où subsistent de l'élevage et quelques petits bassins laitiers, alors que la déprise agricole a gagné le reste.

Photo 5. La plaine de Bièvre, au pied du massif du Vercors et de la Chartreuse.
Au premier plan : Saint-Paul-de-Varces, Varces, puis Grenoble ; en arrière-plan : le massif de la Chartreuse.
Source : La montagne en photo20.


Les pressions foncières et urbaines menacent les agricultures de plaine et de coteaux. De plus, l'agriculture de coteaux est également concernée par la déprise agricole. Actuellement, les espaces agricoles de l'agglomération représentent 4 030 ha (soit 13 %), 15 000 ha de forêt (50 %), 7 750 ha consacrés à l'habitat (25 %), 2 170 ha de zones d'activités (7 %) pour un territoire total de 31 000 ha, constitués de 27 communes, soit environ 400 000 habitants (1 296 hab/km²). L'agglomération grenobloise compte environ 850 agriculteurs. La majorité des exploitations est située dans la plaine, à fort potentiel, et orientée essentiellement vers le maraîchage (selon le recensement général agricole 2000). La plaine agricole abrite environ 114 exploitations de culture et de maraîchage, 75 établissements horticoles, 13 établissements d'élevage, 8 viticoles, 4 sylvicoles21. Parmi ces exploitants, 158 pratiquent la vente directe, sur les marchés ou l'accueil à la ferme (selon Grenoble-Alpes métropole22).

Photo 6. Le paysage d'openfields constitué par l'agriculture périurbaine de l'agglomération grenobloise
Source : Symbhi23.


L'agriculture périurbaine grenobloise apparaît aujourd'hui comme une expérience de recomposition de la profession agricole, autour d'une stratégie offensive et d'une capacité de légitimation de l'agriculture dans les orientations d'urbanisme et de politique locale. Cependant, il convient d'étudier comment la thématique agricole est saisie par différents acteurs24. En effet, la question de la nature et de son statut appartient maintenant au domaine public. De fait, par l'impulsion d'exploitants agricoles, une défense de l'agriculture périurbaine grenobloise est organisée, confortée par une initiative novatrice dans le domaine de l'agriculture urbaine. Il s'agit, non pas d'une simple adaptation, mais d'une volonté politique partagée, d'où la création en 1984 de l'Adayg, l'Association pour le développement agricole de l'Y grenoblois. Cette association est née de l'initiative des collectivités territoriales et de partenaires souhaitant conserver et développer les activités agricoles tout en maintenant un environnement de qualité, dans l'agglomération. Depuis 1985, l'Adayg met en place une politique d'appui spécifique à l'agriculture périurbaine grenobloise, et en 1991 elle poursuit cette démarche par la préservation et la protection des espaces agricoles. L'Adayg œuvre pour que ne s'opposent plus ville et campagne, industrie et agriculture, et afin que celle-ci soit reconnue comme un réel partenaire de l'aménagement, du développement social et économique de la région urbaine. Ses nombreuses interventions ont ainsi contribué à impulser à la fois diversification, développement de la vente en circuits courts et nouvelles fonctions comme l'agrotourisme25, l'accueil pédagogique, etc.
Dans ce contexte, depuis 2002, une soixantaine d'agriculteurs de l'agglomération grenobloise se sont engagés dans une charte de qualité, intitulée « Terres d'ici ». Il s'agit d'une marque déposée et créée par l'Adayg, où seuls les agriculteurs et les distributeurs ayant signé la charte ont le droit de l'utiliser. Cette appellation identifie les produits du terroir et les fermes qui respectent un cahier des charges très strict26. De plus, un partenariat s'est mis en place avec des commerçants de l'agglomération (dont 18 détaillants ou traiteurs, 1 grossiste et 2 magasins de producteurs) qui commercialisent les produits agricoles estampillés « Terres d'ici ». De plus, une quinzaine de restaurants se sont associés à cette appellation, garante d'une agriculture locale et de qualité.
La réussite de la reconstruction de l'agriculture périurbaine grenobloise tient principalement à quatre facteurs. Le premier concerne les ventes de produits frais grâce au rapport direct entre les agriculteurs et les consommateurs. Cette vente se réalise également dans les grandes surfaces de l'agglomération, où lieux et modes de production sont devenus des nouvelles valeurs de marketing. Le second est la réintroduction de la culture agricole dans la société urbaine : comme les réseaux de fermes pédagogiques, les expositions au musée dauphinois, la valorisation des fêtes rurales... Le troisième facteur est la reconnaissance, voire la revendication, de la responsabilité de l'agriculture dans la gestion environnementale et paysagère de l'espace. Le quatrième est la légitimation de la place de l'agriculture dans le plan urbain.
Au niveau national, depuis 2000, l'Adayg avec des élus intercommunaux et des responsables agricoles, ayant travaillé sur la mise en place de politiques agricoles périurbaines sur leur territoire, se sont regroupés au sein d'une association nommée « Terres en Villes ». Cette association nationale, paritaire entre élus et responsables agricoles, regroupe 23 aires urbaines27, dont les territoires urbains et périurbains d'Île-de-France, Lyon, Toulouse, Rennes, Grenoble. Elles mettent en commun leurs expériences et savoir-faire, pour promouvoir le rôle et l'intérêt de l'agriculture périurbaine afin de favoriser le développement de politiques sur le territoire français et étranger. Les ressources de l'association se composent majoritairement de subventions accordées par les conseils généraux, régionaux, l'État et l'Union européenne.
L'Adayg se donne aussi une mission internationale puisqu'en 1995, à Pinerolo, en Italie, la Généralité de Catalogne, la Province de Turin, la Région Rhône-Alpes et l'Adayg mettent en place le réseau « Agriville Europe », dont l'objectif est de développer les activités à forte valeur ajoutée (telles que les produits de qualité, la transformation artisanale, les circuits courts), d'ouvrir et d'aménager les paysages agricoles pour les citadins, et de développer des services adaptés aux demandes de la société moderne.

En conclusion : les rôles de l'agriculture périurbaine

L'histoire moderne de Grenoble est indissociable de l'investissement social engendré par la montagne. « Grenoble ne cesse de produire du sens dans la confrontation entre le fait urbain et son environnement naturel. Le mythe grenoblois s'alimente de cette relation qui trouve son origine dans l'exploration et la conquête progressive de la montagne. » (Boumaza, 1995.) Cette conquête s'exprime aujourd'hui, auprès du grand public, dans la place occupée par les loisirs de montagne et dans l'image dominante de la ville. Ces frontières géologiques sont avant tout une matérialité économique, sociale et culturelle. Cette matérialité se concrétise par les emplois (les flux saisonniers et annuels de personnes), les activités sportives et de loisirs, les animations culturelles (manifestations, expositions) liées à la montagne. Les rapports de Grenoble avec les trois massifs alentour alimentent l'opposition idéologique entre ville et nature. Dans les discours, l'évocation des plaisirs de l'évasion dans la nature « sauvage » (les montagnes) y est fréquemment redoublée par celle de l'habiter. Elle contribue à produire un doublet paradoxal de valorisation et de dévalorisation de la ville. « Les pratiques résidentielles, sportives et de loisir développées en montagne opposent la ville à la montagne. Elles participent à la constitution d'un continuum d'espaces hiérarchisés depuis la ville vers la montagne. » (Boumaza, 1995).
L'image de ville sportive attribuée à Grenoble participe, depuis le milieu des années 1980, à la modernisation du mythe grenoblois. Constituée à la suite des jeux Olympiques d'hiver de 1968, la valorisation des montagnes s'est faite en termes de commerce et de promotion touristique, avec la politique municipale du maire Hubert Dubedout (1965 à 1983). La crise du modèle de croissance industrielle et la résistance des populations et des cultures montagnardes ont convergé avec les idéologies post-soixante-huitardes. Au fil des années, cela a généré une culture localisée de défense de la nature, que la Frapna28 de Grenoble a traduite en actions collectives. Il s'agit donc d'une forme de dépassement de la dichotomie ancienne entre ville et nature, exploitée économiquement dans la promotion touristique et immobilière, sous forme d'opposition entre espaces de liberté (lieux de nature, campagne, pratiques de loisirs) et d'aliénation (la ville, le travail).
La fin de cette dichotomie, ville-nature, tient d'abord à celle du paradigme ville-campagne énoncé par Friedmann (195329) ou Dugrand (1963), et remplacé par celui de l'urbanisation généralisée30. Un continuum s'est organisé entre des modes de vie inégalement rythmés sur des territoires structurés par les circulations résidentielles, professionnelles et culturelles. La modernisation des campagnes qui résulte de cette généralisation des modes de vie urbains constitue une remise en cause des milieux urbains du point de vue de la qualité de leur environnement. Elle signifie la valorisation de la nature urbanisée et la diversification croissante des types d'espaces résidentiels selon des « principes de ségrégation sociospatiale » (Boumaza, 1995). La liberté de choisir son espace de résidence et les possibilités d'accès à un environnement de qualité sont les formes dominantes de la différentiation sociale et de la domination culturelle. De ce point de vue, la « ville nature » (Chalas, 200531) tend donc à proposer un modèle résidentiel auquel ne peuvent accéder les classes sociales défavorisées et que les classes moyennes remettent en cause.
Pour autant, l'agriculture est tantôt mise en cause pour son impact négatif sur l'environnement, tantôt louée, sinon indemnisée, pour les bienfaits qu'on lui reconnaît dans ce domaine. Peut-on dans ce cas parler de services, et comment les analyser ? Au sens strict, un service est un acte délibéré et utile. Dans la relation agriculture-environnement, cette définition est étendue aux effets externes positifs, non intentionnels. « Le critère de l'utilité est discriminant, il se traduit par une demande, dont l'analyse économique des services environnementaux doit s'y référer. Si la demande est suffisamment explicite, si elle est satisfaite, l'effet n'est plus externe. » (Thiebaut, 1992.) Il faut donc commencer par préciser la demande : qui sont les bénéficiaires finaux de la pratique agricole ? Ils sont d'abord déterminés par le besoin satisfait par cette pratique : besoin culturel, de paysage, d'activité nature. Le besoin peut être satisfait par plusieurs objets et, même, par plusieurs types de prestations. Le besoin peut être ressenti par le bénéficiaire final, le citadin. Souvent en matière d'environnement, il l'est par une minorité ou il est décrété par les pouvoirs publics, d'où l'importance de préciser les agents ou institutions qui expriment la demande (collectivité locale, société concessionnaire de services publics, maisons des jeunes, associations sportives). Ensuite, il faut déterminer la contrepartie de cette demande, à défaut de quantifier un consentement à payer, du moins repérer ce qui est dépensé (du temps ou une autre utilité).
Répondre aux demandes de qualité et de quantité des produits et entretiens des territoires représente le défi des prochaines années pour l'agriculture française. Il s'agit d'un atout social et économique à valoriser. Pour cela, toute valeur socialement ou économiquement reconnue (paysage, qualité des produits, etc.) doit revenir à ceux qui la produisent. La prise en compte de la demande sociale de nature, comme paramètre des systèmes d'exploitation, permet d'enrichir la réflexion agricole. Les entretiens avec des institutions de l'agglomération grenobloise font apparaître une double demande qualitative. Les citadins attendent de l'agriculture une qualité gustative des produits et une sécurité alimentaire. Mais aussi, ils demandent une qualité des espaces naturels, en tant qu'espaces de production, cadres de vie récréatifs et lieux d'identité. Cette double demande rétablit le lien entre ville et campagne.
La recherche de qualité et d'authenticité des produits agricoles prend de plus en plus d'importance. Elle est à la fois gustative et sanitaire. Le changement du sens de l'expression « sécurité alimentaire » montre bien l'évolution des préoccupations nutritionnelles. Les derniers scandales alimentaires, fortement médiatisés, accroissent cette inquiétude (dioxine, hormones, listériose, vache folle, grippe aviaire, fièvre aphteuse, peste porcine, salmonellose, Escherichia coli). Les échanges avec les exploitants, notamment lors de ventes et de cueillettes à la ferme, rassurent les consommateurs et répondent à leur recherche de critères de qualité, par le contact avec les producteurs (renseignements sur l'origine du produit, type d'agriculture, etc.). L'achat de produits à la ferme permet aussi aux citadins une approche du monde agricole et ainsi un contact avec la nature (cueillette des produits, découverte des outils, des techniques et des animaux), ce qui répond à une recherche d'authenticité des produits consommés et rétablit ainsi le lien au territoire.
La « coupure verte » que constitue l'agriculture dans le paysage périurbain est une fonction passive comme l'est l'occupation agricole des zones inondables ou d'autres espaces dangereux pour l'habitat, tels que les cônes d'envol des aérodromes, les couloirs des lignes à haute tension. « Les fonctions passives paraissent et peuvent être prises en compte dans les documents d'urbanisme qui en protègent le support. Le problème réside dans la durée de cette protection liée au rythme de révision des documents et dans l'harmonisation entre la protection de l'espace ouvert comme bien collectif et la protection de l'outil foncier de production privée. Il s'agit de compenser l'écart entre la valeur de rendement de la terre agricole et la valeur vénale potentielle du terrain à bâtir, ce qui peut se faire par le remembrement-aménagement ou par la fiscalité. » (Renard, 1989.) Les services actifs que peut rendre l'agriculture périurbaine pour diversifier l'offre de produits, de services et d'entretien des paysages ont été imaginés depuis longtemps, allant jusqu'à faire de « l'agriculteur périurbain un animateur-éducateur » (CRU, 198032). Mais, dans la législation, cette distinction est floue et impose des services marchands payés par la collectivité, comme l'aide à la restauration et l'entretien du patrimoine agricole (vielle ferme, moulin, four à pain). En matière de biodiversité, comme de culture des variétés agricoles anciennes (types solanacés et cucurbitacés), l'agriculture périurbaine, par la demande citadine, est un formidable atout pour l'éducation, mais aussi la conservation et la transmission des variétés végétales et animales33 à faible effectif aux générations futures.

Mots-clés

Grenoble, ville, nature, montagne, agriculture périurbaine, institutions
Grenoble, city, nature, mountain, peri-urban agriculture, institutions

Bibliographie

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Auteur

Anthony Tchékémian

Enseignant chercheur au département de géographie de l'Université de Lorraine et rattaché au Centre d'études et de recherches sur les Paysages (Cerpa) à Nancy. Titulaire d'une thèse de doctorat sur les impacts de la politique agricole commune sur  les acteurs ruraux et agricoles dans les territoires français, soutenue à l'Institut de géographie alpine.
Courriel : anthony.tchekemian@univ-nancy2.fr
http://geonancy2.wordpress.com/enseignants-geographes/anthony-tchekemian

Pour référencer cet article

Anthony Tchékémian
Grenoble entre natures et cultures : exemple de la valorisation de l'agriculture périurbaine grenobloise
publié dans Projets de paysage le 04/01/2012

URL : http://www.projetsdepaysage.fr/fr/grenoble_entre_natures_et_cultures_exemple_de_la_valorisation_de_l_agriculture_periurbaine_grenobloise

  1. Le massif de la Chartreuse a donné son nom au monastère de la Grande Chartreuse. Il s'agit du premier monastère et de la maison mère de l'ordre des Chartreux. Il est situé sur la commune de Saint-Pierre-de-Chartreuse dans l'Isère au pied du Grand Som, quatrième plus haut sommet du massif de la Chartreuse.
  2. L'une des quatre versions sur l'étymologie du nom « Belledonne » serait d'origine gauloise, elle proviendrait de bello-dunon qui signifierait « la grande muraille » (bello : puissant, imposant ; dunon : forteresse, muraille), d'après « Belledonne38 », URL : http://www.belledonne38.com/Massif/Massif.html.
  3. D'après Dreyfus (1990), « les montagnes sont le berceau de la Résistance durant la Seconde Guerre mondiale [...] Elles ont permis le développement d'un dynamisme économique ».
  4. Veyret (1967) intitule son ouvrage : Grenoble, capitale alpine.
  5. Selon Frappat (1979) « depuis les années 60, l'image positive de la ville est celle des jeux Olympiques d'hiver en 1968 ».
  6. Des années 1918 à 1925, Debarbieux (1996) note que « les représentations collectives à Grenoble déclassent les montagnes. L'image véhiculée depuis le XVIe siècle d'une ville sauvage entourée de montagnes s'est effacée. Dès le XIXe siècle apparaît une image plutôt dynamique, celle des hommes dominant la nature. L'image des montagnes est supplantée par celle du génie humain, puis celle des J. O. d'hiver où la référence à la montagne est devenue artificielle. La montagne est réduite à un support permettant de mettre en valeur une activité utile. La ville est déconnectée de la montagne ».
  7. La fonte du glacier de l'Isère, il y a environ 25 000 ans, entraîne la présence d'un lac pendant plus de 10 000 ans, avec ses alluvions lacustres würmiennes. D'après Beaudevin, C. (2010) : « Utilisation de l'analyse morphologique glaciaire pour la détermination de l'altitude atteinte par les glaciers anterissiens dans les Alpes », communication présentée aux Journées de la section glaciologie - Nivologie de la Société hydrotechnique de France, le 31 mars 2010, URL : http://www.paysagesglaciaires.net/site_source/glaciations_anciennes_des_alpes/1_generalites_epaulements.html ; et le site personnel de C. Beaudevin « Les grands lacs quaternaires : les lacs de Grenoble », URL : http://paysagesglaciaires.net/site_source/Photos_complementaires/lacs_quaternaires.html.
  8. L'Y grenoblois est un territoire qui doit son nom à la figure en forme de Y que dessinent les vallées urbanisées de l'Isère, du Drac et du Grésivaudan.
  9. Voir sites Internet dédiés à Grenoble : « les 538 raisons permettant de dire que Grenoble c'est mieux », URL : http://www.grenoblecmieux.com/Ville-la-plus-plate-de-France.html ; « les bonnes raisons pour vous y rendre », URL : http://www.petitfute.com/tourisme/28-grenoble ; site de la société commerciale « Guide touristique pour la ville de Grenoble », URL : http://www.grenoble-france.com/.
  10. Grenoble est qualifié de « cuvette » en raison des trois massifs montagneux, de Chartreuse, de Belledonne et du Vercors, dont les sommets s'élèvent à plus de 2 000 m d'altitude, qui entourent la vallée singulièrement plate et d'origine glaciaire. Cette expression populaire tend aussi à désigner l'aspect étouffant qui peut être ressenti en ville, lors de fortes chaleurs estivales, souvent accompagnées d'un manque de circulation d'air (du fait de la présence des montagnes environnantes) et d'un pic de pollution atmosphérique, mais cela est à relativiser, car il est fréquent dans la plupart des grandes agglomérations françaises. Sur ce dernier point, voir le site de l'Ascoparg (Association pour le contrôle et la préservation de l'air en région Grenobloise), URL : http://www.atmo-rhonealpes.org/site/accueil/monaccueil/all.
  11. De nombreux guides touristiques et sites internet utilisent cette citation pour illustrer le caractère dominant des montagnes à Grenoble et beaucoup d'entre eux attribuent, à tort, cette expression à Stendhal. Selon les conservateurs du musée Stendhal de Grenoble, « cette citation ne figure dans aucun écrit de l'auteur dauphinois et serait l'œuvre d'un anonyme ».
  12. Le Téléphérique est un restaurant situé sur le fort de la Bastille, à 260 m d'altitude, offrant une vue panoramique de Grenoble. Il doit son nom au « téléphérique de Grenoble Bastille » (selon l'intitulé au greffe du tribunal de commerce de la régie gestionnaire du téléphérique), qui compte parmi les premiers téléphériques urbains au monde, puisqu'il a été inauguré le 29 septembre 1934 et relie le centre-ville de Grenoble à la colline de la Bastille (qui compte parmi les espaces verts de la ville) sur une dénivelée de 266 m.
  13. À ce propos, les Grenoblois sont surnommés, par leurs voisins lyonnais, les « anoraks » en raison de la dominance sportive dans leur tenue vestimentaires, URL : http://www.linternaute.com/ville/ville/temoignage/435/6/grenoble.shtml.
  14. Pour ce point historique, nous nous sommes inspirés des informations du site de l'Adayg, URL: http://www.adayg.org/3242-histoire-de-l-agriculture.htm.
  15. La noix de Grenoble est la seule à bénéficier d'une Appellation d'origine contrôlée, depuis 17 juin 1938.
  16. Le Schéma directeur d'aménagement et d'urbanisme (Sdau) était un document d'urbanisme français, composant les règles locales d'urbanisme supracommunales. Institués par la loi d'orientation foncière n° 67-1253 du 30 décembre 1967 (LOF), les Sdau ont été remplacés par les Schémas directeurs lors de la loi du 7 janvier 1983 (décentralisation du droit de l'urbanisme), qui ont ensuite été remplacés par les Schémas de cohérence territoriale (Scot), instaurés par la loi relative à la solidarité et au renouvellement Urbains (SRU), du 13 décembre 2000.
  17. Ménages dont la personne de référence est agriculteur exploitant.
  18. Selon le RGP Insee 1999.
  19. Après l'année 2000 marquée par la fin de l'élaboration et par l'approbation du Schéma directeur de la région urbaine grenobloise, sa mise en œuvre et son suivi ont commencé en 2001. L'Agence d'urbanisme assiste le Syndicat mixte avec de nombreux partenaires tels que l'Adayg, pour mettre en place des dispositifs de partage d'analyses et de décisions et des outils d'innovation. Aujourd'hui l'Agence d'urbanisme accompagne le Schéma directeur pour la transformation de ce dernier en Scot.
  20. Site Internet de « La montagne en photo », URL : http://alpesregisphotos.canalblog.com/archives/2011/05/22/21204037.html.
  21. Selon le recensement général agricole 2000.
  22. Selon le site Internet de la Ccommunauté d'agglomération Grenoble-Alpes métropole, URL : http://www.lametro.fr/397-la-metro-en-chiffres.html.
  23. Site Internet du Symbhi (Syndicat mixte des bassins hydrauliques de l'Isère), URL : http://www.symbhi.fr/10116-paysages.htm#par90684.
  24. Cette analyse reprend une série de résultats présentés dans la Revue de géographie alpine, par Bertrand, Rousier (2003), suite à une contribution au contrat de recherche « Les dynamiques territoriales périurbaines et les nouvelles fonctionnalités de l'agriculture » (Tchékémian, 2002).
  25. Comme les « Goûters à la ferme » qui accueillent des familles les après-midi ; les « Fermes buissonnières », visites adaptées aux programmes pédagogiques des enfants et les « Sentiers verts », circuits de découverte du patrimoine rural.
  26. Selon le site Internet de l'Adayg, « les quatre engagements essentiels sont : le respect de l'environnement, la garantie de l'origine "Y grenoblois", la qualité de l'accueil, l'information et les services, la transparence de la démarche », URL : http://www.adayg.org/3215-une-marque-terres-d-ici-.html.
  27. Les 23 aires urbaines adhérentes à « Terres en Villes » sont : Aix-en-Provence, Amiens, Angers, Aubagne, Besançon, Caen, Chambéry, Grenoble, Île-de-France, Le Mans, Lille, Lorient, Lyon, Nancy, Nantes, Perpignan, Poitiers, Rennes, Saint-Étienne, Saint-Nazaire, Strasbourg, Toulon, Toulouse.
  28. La Frapna de Grenoble organise des animations d'éducation à l'environnement et de découverte de la nature urbaine.
  29. Friedmann, G., Villes et Campagnes. Civilisation urbaine et civilisation rurale en France, Paris, Armand Colin, 1953, 481 p.
  30. Le phénomène urbain est en opposition par rapport à la campagne. Dans l'idéologie allemande, Marx montre que cette opposition ville/campagne constitue une dynamique fondamentale de l'histoire et qu'elle est un reflet de la lutte des classes. Cette opposition reflète celle du travail matériel face au travail spirituel. Des chercheurs comme Halbwachs, Friedmann (1963), George (1964) l'ont reprise. Or, cette dynamique n'a pas été prise en compte par l'École de Chicago : la civilisation américaine ne repose pas sur la campagne, mais sur l'urbanisation première. La campagne correspond à la conquête de la nature à l'état sauvage. Cette opposition ville/campagne est typiquement européenne : Lefevre (1970) évoque l'idée d'une urbanisation complète de la société et reprend le thème de la révolution urbaine. Il développe le concept de société urbaine qu'il oppose à société postindustrielle ou société postmoderne. Il remet en cause, avec Ledrut, Mendras et Duby, cette opposition ville/campagne. Lefevre constate en fait que l'originalité de la période traversée réside dans l'effacement de la dichotomie ville/campagne.
  31. Chalas, Y., « La ville-nature contemporaine : une demande habitante au-delà des villes nouvelles. L'exemple de l'Isle d'Abeau », Les Annales de la recherche urbaine, n° 98, 2005, p. 43-49.
  32. Centre de recherche d'urbanisme, Espace verts et qualité de la vie, Paris, ministère de l'Environnement et du Cadre de vie, ministère de l'Agriculture, Paris, 1980, 285 p.
  33. Voir sur ce point Marchenay, P., 1987, À la recherche des variétés locales de plantes cultivées (1987).