En forêt domaniale du Flamand

Historique d'un accès photographique (2013 à aujourd'hui)

In the Flamand National Forest

A History of Photographic Access (From 2013 to the Present Day
08/07/2017

Résumé

Comment un paysage natif peut-il devenir un paysage photographique ? Les habitudes sont-elles un poids ou, au contraire, offrent-elles une finesse d'analyse supplémentaire au photographe ? Autrement dit, cette connivence va-t-elle promouvoir ou proscrire un projet photographique ? Pour répondre à ces questions, qui suggèrent déjà un passage du pays au paysage, nous nous plaçons en forêt domaniale du Flamand, un massif forestier médocain. Après avoir montré qu'il existe une généalogie entre la Flandre, le Médoc et la notion de paysage, nous méditerons sur l'enchevêtrement des dimensions utilitaire et iconique de la forêt, à travers son emblème : le pin maritime. Nous le ferons à l'appui de notre corpus photographique. Au terme de l'exploration géohistorique et photographique, nous montrerons à quel point la beauté schématique de l'image touristique, en recouvrant le pays d'un « vernis », élude les lourds moyens techniques nécessaires pour maintenir la correspondance entre le milieu et sa représentation.
How can a native landscape become a photographic image? Do habits weigh on photographers or do they, on the contrary, make them more astute in their analyses? In other words, does such proximity promote or proscribe a photographic project? To answer these questions, which already suggest a shift from the land to the landscape, we take a look at the Flamand national forest in a woodland area of the Médoc region. After demonstrating the existence of a «geohistorical» link between Flandre, Médoc and the notion of the landscape, we reflect on the interlocking utilitarian and iconic dimensions of the forest through its emblematic maritime pine by using our photographs. Thanks to this geohistorical and photographic exploration, we show to what extent the simplistic beauty of the touristic image, by conferring on the land a «varnish», eludes the complex technical resources needed to maintain a correspondence between the environment and its representation.

Texte

Établir un lien entre Flandre, Médoc et la notion de paysage

La forêt domaniale du Flamand est un massif forestier médocain de 879 hectares, s'étirant le long du littoral entre les communes de Montalivet-les-Bains au nord et Hourtin-Plage au sud. C'est l'un de mes « paysages natifs ». Au camping où je vais encore chaque été, cette forêt on l'a toujours appelée « la zone ONF ». Petit, c'était une abstraction que je voyais ceinturée sur les plans du camping par une épaisse ligne verte biseautée, mais aussi derrière des clôtures soigneusement installées et entretenues.
En empruntant la route forestière aussi appelée « piste 200 », reliant le Pin sec à Montalivet-les-Bains, je suis peut-être passé une centaine de fois devant ces panneaux annonçant « forêt domaniale du Flamand » sans jamais me préoccuper de ce nom pourtant évocateur. Ce n'est qu'en 2013, peu après avoir entamé mes recherches doctorales en photographie et en épistémologie du paysage à Bruxelles, que je sus relier ce nom à la notion de paysage et ainsi tirer un trait d'union entre ce paysage natif et le pays de mes études : la Belgique. Avec ce texte, il s'agit de révéler les principales étapes qui me firent faire de ce paysage natif un paysage photographique. Tout au long du texte, nous porterons une attention particulière au phénomène de limites.

Figure 1. Écriteau de l'ONF en bordure de la piste 200, reliant le lieu-dit du Pin sec à Montalivet-les-Bains, juillet 2015. © Yogan Muller.

En partant de la carte de randonnée « 1 433 OT » de l'Institut géographique national (IGN) français, les limites du massif sont bel et bien fixées au Nord, à l'Est ainsi qu'au Sud, mais il s'ouvre sur la façade Atlantique sans autre limite que le trait de côte. Or, en termes techniques, il s'agit déjà d'une limite flottante puisque le trait de côte du géographe n'est pas celui de l'océanographe1. Pour les gardes forestiers de l'Office national des forêts (ONF), la limite ouest de la forêt se situe au pied de la dune. Quelle que soit la définition adoptée - et par conséquent là où on décide de faire passer le trait - cette limite est aujourd'hui rattrapée par un phénomène d'érosion. On pourrait croire qu'il est caractéristique de notre époque frappée par des phénomènes météorologiques violents et surtout plus fréquents. Mais Pierre Buffault, dans son précieux ouvrage proprement géohistorique des dunes de la Gascogne (1942) rapportait déjà l'important recul du trait de côte. Selon lui, ce phénomène pourrait même être vieux de quatorze siècles (Buffault, 1942, p. 48). Entre 1875 et 1927 dans les environs de Montalivet, en combinant analyse de « cartes exactes peu anciennes » et « observations quotidiennes », Buffault calcule une vitesse d'érosion de 0,87 m/an (ibid., p. 48). Dans un communiqué de presse daté du 5 décembre 2016, l'Observatoire Côte Aquitaine (OCA) fait, pour sa part, état d'une vitesse moyenne d'érosion de 2,50 m/an en Gironde2. Bien évidemment, il serait hasardeux de comparer telle quelle la vitesse moyenne calculée par Buffault et celle annoncée par l'OCA, tant la qualité des données peut différer et tant la distribution du phénomène d'érosion est variable, s'accentuant en remontant vers la pointe de Grave. Toutefois, en prenant Montalivet comme point de référence, l'ingénieur Nicolas Bernon de l'OCA me confiait que la vitesse d'érosion de 0,87 m/an calculée par Buffault était proche des valeurs calculées par l'Observatoire3. Et pour bien visualiser l'ampleur du phénomène dans le temps, le texte de l'OCA s'accompagne de projections aux horizons 2025 et 2050 (Observatoire de la Côte Aquitaine, 2016, p. 1). Le recul du trait de côte s'élèverait respectivement à 20 et 50 mètres.
En faisant appel aux données historiques de Buffault, nous sommes renvoyés à l'histoire de ce territoire qu'on appelle Médoc et tout particulièrement à la présence des Flamands4 (Buffault, 1942, p. 128), venus aider les autochtones à assécher le territoire marécageux bordant l'estuaire de la Gironde. Un projet, on le sait, largement poursuivi et mené à son terme par les ingénieurs Nicolas Brémontier et Jules Chambrelent5 respectivement à la fin du XVIIIe et au milieu du XIXe siècle. Aujourd'hui, dans la région, certains patronymes néerlandophones pourraient fournir la preuve de l'ancienne présence flamande dans le Médoc. Mais comme ces occurrences sont également liées au commerce du vin, dont une partie a été historiquement orchestrée par les Néerlandais (van Beek, 2009, s.p.), il serait hâtif d'associer directement la distribution de ces patronymes aux seuls ancêtres flamands, venus participer aux travaux d'assèchement.
Il semble toutefois clair que les Flamands ont été les précurseurs desdits travaux d'assèchement du territoire et de fixation des dunes. Leur contribution fut manifestement telle, que dans son Grand Dictionnaire géographique et critique, Antoine Bruzen de La Martinière situe la commune de L'Esparre6 aux portes de la « petite Flandre de Médoc7 » (Bruzen de la Martinière, 1726, p. 252). L'expression « Petite Flandre » a ensuite été reprise par de nombreux auteurs, notamment par Élisée Reclus en 1862 dans une fameuse série de textes consacrés au littoral français et publiés entre 1862 et 1864 dans la Revue des deux mondes. Le géographe soutient, toutefois avec une nouvelle confusion entre Flamands et Hollandais, que les travaux d'assèchement ont eu lieu dans « la première moitié du XVIIe siècle » (Reclus, 1862, p. 924), une hypothèse historique qui rejoint ce qu'annonce le Grand Dictionnaire de Bruzen de la Martinière. Plus proche de nous, c'est Pierre Buffault qui parlait des entrepreneurs flamands (voir supra) et l'expression « Petite Flandre » apparaît de nouveau sous la plume de Marie-José Thiney (2003, p. 105).
Les traces de l'ancienne entreprise d'assèchement du territoire se lisent bel et bien sur la carte 1 433 OT de l'IGN, elle qui révèle un vaste réseau de chenaux, de canaux et de ruisseaux complétés par des digues en bordure de l'estuaire de la Gironde. En la comparant avec celle que propose Pierre Buffault du Médoc au Moyen Âge (1897, p. 33), on peut supposer que toutes les étendues blanches de la carte 1 433 OT représentent les terres qui ont été exondées. C'est d'autant plus probable que les altitudes relevées par l'IGN y sont très faibles (oscillant entre 1 et 3 mètres) et contrastent avec celles de la « terre ferme » qui avoisinent souvent les 10 mètres. Justement l'enquête géologique menée par Jean-Pierre Tastet, Joëlle Burnouf et leurs collègues nous apprend que le Bas-Médoc est fait de « deux générations de marais poldérisés » (1996, p. 207), ce qu'on appelle localement des « mattes8 ». Là, les Flamands auraient apporté des vaches frisonnes, montrant aux agriculteurs locaux comment « mieux utiliser le lait en fabriquant du beurre frais » (Thiney, 2003, p. 105).
Tout ceci nous renvoie aux premières heures de notre paysage européen, le landschap néerlandais qu'Yves Luginbühl a traduit - à la suite du géographe belge Marc Antrop - de l'expression vette landschap, c'est-à-dire littéralement « un pays gras », un « pays d'abondance ». Cette hypothèse du paysage « pays gras » est d'ailleurs largement confirmée par l'historien néerlandais Huigen Leeflang, lorsqu'il décrit l'« environnement » d'Haarlem, foyer du paysage pictural européen (Mérot, 2009, p. 7). Par l'intermédiaire d'un récit du poète Diric Mathijsz qui visitait Haarlem autour de l'an 1400, on apprend que la ville est entourée d'une « abondante terre arable au nord ; des terres humides et des herbages à l'est, où un gras bétail, des produits laitiers et des poissons d'eau douce arrivaient jusqu'en ville [...]9 » (Leeflang, 1997, p. 58). Il est aisé de voir tout ce qui faisait de ce pays un pays d'abondance. En suivant ces hypothèses historiques, passer de land à landschap c'était donc exonder de grandes étendues pour en faire le milieu d'un essor économique. À mon sens, telle peut être l'originalité du paysage européen : il est le produit d'une « écohistoire » (Lebecq, 1996, p. 180), en l'occurrence d'une relation entre l'humain et le milieu marin.
En rassemblant l'ensemble de ces données, Médoc et Flandre se trouvaient, comme par une évidence nouvelle, reliés par une écohistoire voisine ainsi que par des étymologies d'une frappante similitude10. En Flandre comme en Médoc, il s'est agi de mettre en culture la lande, un substantif dont la racine est commune à de nombreuses langues indo-européennes, tant latines que germaniques11.

Figure 2. Dune grise, Montalivet-les-Bains, juin 2016. © Yogan Muller.

Et loin de s'être arrêtée après la poldérisation, cette écohistoire s'est poursuivie silencieusement durant de longs siècles avec l'extension du landschap sur le waterschap, à quelques graves incursions aquifères près. Mais maintenant que l'eau revient, l'écriture de cette écohistoire va aller en s'intensifiant car qu'adviendrait-il du landschap si les lieux mêmes de sa naissance venaient à être repris par l'eau ?

Figure 3. Pied de dune et sous-bassement géologique au nord du Pin Sec, juin 2016. © Yogan Muller.


Photographier la fragilité des limites

Devenu terrain photographique par cette exploration géohistorique, la forêt domaniale du Flamand m'apparut comme un cas d'école : j'y rencontrais une géographie paysagère originelle, au plus proche des travaux d'ensemencement et de fixation du pays. La clé toute trouvée, j'entrais dans ce projet photographique de long terme avec acuité. Il restait néanmoins trois difficultés majeures.
La première des difficultés c'est la dimension « native », celle d'un lieu connu depuis l'enfance et par conséquent peuplé d'une foule de souvenirs. En quoi est-ce une difficulté rétorquera-t-on ? Ces souvenirs ne permettent-ils pas d'avoir une connaissance plus intime du terrain que vous vous êtes mis en tête de photographier ? Ne s'ajouteraient-ils pas à l'arrière-plan historique précédemment décrit ? Lorsqu'il y a une telle familiarité, tout se passe comme si le terrain était lavé par l'habitude, comme s'il n'y avait plus grand-chose à découvrir. Or, la découverte et l'heureuse rencontre sont deux puissants moteurs de l'activité photographique. Il fallait donc se remettre patiemment en marche, revenir sur ses pas, sortir des sentiers battus et connus, pour s'étonner soi-même.
Une deuxième difficulté se présente : éviter les évidences de ces paysages littoraux, aujourd'hui largement valorisés par leur attractivité touristique. L'exercice est délicat et les manœuvres d'évitement le sont tout autant, afin de ne pas succomber à l'image archétypale Ce sont donc d'autres postes, d'autres sentiers et surtout d'autres contingences lumineuses qu'il faut chercher.
S'ajoute une troisième difficulté : se défaire des images produites par ses pairs. Car en photographie, l'arbre a une histoire presque aussi longue que la photographie elle-même. Il en est de même pour les paysages littoraux. Or, comme l'a souligné Susan Sontag, un(e) photographe ne peut apprécier une scène, sans la voir - presque d'emblée - peuplée d'images (2008, p. 219), d'aucuns diraient de schèmes. D'où ce vœu proprement photographique de vouloir représenter les choses telles qu'elles sont (ibid., p. 167). Pour y arriver, l'effort est aussi grand que les intervalles laissés par ses prédécesseurs sont étroits. Et d'ailleurs, plus nous avons connaissance de ces innombrables précédents et plus le degré de difficulté pour s'en défaire est élevé.
Je suis tout d'abord parti d'une liste d'éléments à photographier comme les routes, les bornes, la signalétique, les arbres, la végétation, la dune, l'océan et ce, en restant le plus scrupuleusement possible dans les limites du massif forestier. Après l'été 2015, les images des nombreux éléments que j'avais listés puis photographiés me révélèrent une piste vers la fragilité du dispositif qui borne le massif. Mais comment en rendre compte par l'image photographique ? Je suis revenu travailler tout au long du mois de juin 2016, en gardant cette seule question en tête. Pour la résoudre je me suis entièrement employé à arpenter et à photographier ce massif, au sens propre (i. e. un bloc, voire un monolithe), en faisant usage de l'atomisation promise (et permise) par chaque image photographique. Atomisation en effet, car l'activité photographique est par essence une activité disruptive. Elle délie le « tout » auquel vous vous intéressez en une série d'images « libres », fruits d'« événements photographiques » distincts à la fois dans le temps et l'espace. Bref, elle rend le « tout » - pour ainsi dire - friable. Bien sûr, pour traiter du phénomène de limite, il est possible de s'intéresser aux diverses clôtures ou aux nombreux seuils tout autour de la forêt. Outre ces évidences, il faut mobiliser d'autres stratégies pour se saisir dudit phénomène, tant il est par exemple difficile de mettre en image le trait de côte, certes savamment tracé sur les cartes mais parfaitement illisible, là, sur le terrain. Parce qu'elle suggère peut-être plus qu'elle ne désigne, l'écriture photographique permet de se saisir d'une telle difficulté. Pour cela, le cadre constitue une puissante entrée en matière. Limite à lui tout seul, il extrait un petit nombre d'éléments signifiants qui, une fois ordonnés dans la composition, représentent un aspect du phénomène étudié. S'ajoutent les diagonales qui portent la structure de l'image. Elles peuvent tantôt faire écho à la géométrie du site vu dans le viseur, tantôt la subvertir en réorientant son origine et ses axes. Le tout se voit couronner par la contingence lumineuse, qui donnera plus ou moins de relief aux masses et aux textures de l'image.

Figure 4. Front de pinède au sud de Montalivet-les-Bains, juin 2016. © Yogan Muller.

Après avoir rigoureusement mis tout ceci en place, il est frappant de voir combien les échelles du proche et du lointain peuvent parfois se télescoper dans l'image. Un doute - mais un doute fécond - s'installe et traverse alors le cadre en donnant à l'image photographique son plus haut degré de suggestion. Là, les grandeurs apparentes des éléments photographiés deviennent tout aussi vagues que leurs distances mises en perspective. S'il n'est pas systématiquement possible de donner cette impression, en rechercher la piste permet de « dézoomer » et d'aborder ainsi le phénomène de limite autrement, en l'occurrence de manière plus complète. Car cherchez des limites dans la forêt domaniale du Flamand et vous en trouverez sans peine un large gradient. Empiriquement, on dira que cette forêt bordant le littoral est la somme de nombreux petits fronts. Peut-on s'en saisir d'un seul coup ? Certainement, le pouvoir descriptif de l'image photographique mise en série récupère de cette complexité tout en l'« écrivant », c'est-à-dire en soulignant, voire en accentuant, plusieurs de ses nuances.

Un degré de naturalité élevé

Chemin faisant, ces excursions historiques et photographiques me permirent de comprendre bien plus rapidement le document technique de l'ONF concernant le massif forestier du Flamand. En première page, il est indiqué, en un paragraphe d'une poignée de lignes, que le nom de la forêt provient de l'ancien « atelier du Flamand » lié aux reboisements de 1806 à 1855. La notion d'atelier fait ici référence à une aire trapézoïdale d'ensemencement des dunes avec pour but principal de les fixer12.

Figure 5. Schéma d'un atelier d'ensemencement d'après Buffault.

Figure 6. Dune grise et front de pinède, juillet 2015.© Yogan Muller.

Si la généalogie flamande est désormais établie, évoquons brièvement le contexte dans lequel les initiatives de reboisement ont pris pied au début du XIXe siècle. Elles le firent dans un contexte général de doute en Europe, un doute climatique (Bonneuil et Fressoz, 2016, p. 203), principalement lié aux conséquences délétères, voire irréversibles, de la déforestation13 brutale pour ne pas dire massive14. « La déforestation, écrivent Bonneuil et Fressoz, est conçue comme une rupture dans l'ordre naturel et providentiel équilibrant les cycles de matière entre terre et atmosphère » (ibid.). En conséquence, le projet « homéostatique » d'une économie dite « naturelle » (proprement circulaire), qui entend « boucler les cycles de matière » (Bonneuil et Fressoz, 2016, p. 213), était rompu. Au milieu du XIXe siècle, l'homme « protecteur » succède à l'homme « propriétaire-exploitant » (Godin, 2012, p. 94 et sq.). Incarné par des figures comme Élisée Reclus ou George Perkins Marsh, il se fait « conscience de la terre » et assume « une part de responsabilité dans l'harmonie et la beauté de la nature environnante » (Reclus, 2002, p. 33). Il se met au travail « dans une vue intelligente de culture, de salubrité et de civilisation » (Audier, 2017, p. 617). Alors certes, dans les Landes de Gascogne, nous ne sommes pas face à d'aussi graves problèmes. Toutefois, comme il s'agissait d'un « pays encore inculte et désert » mais également « insalubre », comme le martèle l'ingénieur Chambrelent tout au long de son rapport de 1887, on retrouve la bienveillance de l'homme protecteur, lui qui intervient « pour l'assainissement et la mise en valeur des Landes » (Chambrelent, 1887, p. 17).
Aujourd'hui, comme dans le reste de la forêt des Landes de Gascogne, la forêt domaniale du Flamand est essentiellement peuplée par le pin maritime (pinus pinaster). À ses côtés, le chêne pédonculé ainsi que des oyats, bruyères, genêts, ronces, lichens, immortelles des sables composent l'habitat d'une abondante faune15. Il faut ici rappeler l'indigénat du pin maritime, une essence « de toute antiquité » comme l'a écrit Buffault (1942, p. 68) et par conséquent qu'il n'est pas le seul fait des travaux d'assèchement et de fixation. Dans les différents massifs forestiers landais, y compris celui du Flamand, on le fait croître d'une manière haute et verticale mais il peut également pousser de façon tortueuse et ne jamais s'élever véritablement du sol. C'est notamment le cas entre la dune dite « grise » et le front de la pinède, une zone intermédiaire où le catalogue des formes anémomorphosées pourrait s'étendre indéfiniment16.

Figure 7. Pin tordu, juin 2016. © Yogan Muller.

Droit et haut, le pin maritime fait partie intégrante de l'iconicité de la région. D'ailleurs, rares sont les images touristiques qui ne mettent pas en avant une pinède joliment éclaircie et accessible. Or, aujourd'hui, sur de nombreuses parcelles, les pins ont visiblement atteint leur pleine maturité. Ceci annonce la fin du cycle de leur exploitation avec la coupe rase, celle-ci intervenant après une soixantaine d'années. On voit alors surgir un problème d'agenda, puisque la saisonnalité de la gestion et de l'exploitation forestières n'est pas celle de l'industrie touristique. Si la première suit le rythme de tranches sexennale, la seconde est d'abord réglée sur les temps de congés annuels, en particulier pendant l'été où la fréquentation des sites de villégiature est maximale. Et ce n'est pas tout car l'industrie touristique s'appuie sur une forme très spécifique de fixation du pays : elle le fait par l'image et par l'usage d'un petit nombre de mots-clés comme « l'exception nature », « plages de sable fin », « forêts » et « marais»17. En se joignant à l'image, ces derniers transforment un petit nombre d'aspects du pays en paysage. On voit ici poindre l'épineuse question des schèmes de représentation afférents à la forêt et, plus généralement, à cet écosystème côtier valorisé comme paysage par l'image. Car il est ici question de la correspondance que l'on souhaite établir - mais aussi maintenir - entre l'image et le territoire qu'elle représente. On le pressent, l'interférence est d'autant plus probable que les dimensions utilitaire et iconique de la pinède sont imbriquées. Ainsi, qu'adviendra-t-il quand il faudra procéder à la coupe rase d'une vaste parcelle de pins, à proximité immédiate de lieux de villégiature ou de loisir ? Comment justifier de la suppression de cet élément caractéristique du paysage ? Plus largement, comment une image peut-elle fixer l'aspect d'un territoire continûment modelé par le vent, l'eau et les visiteurs ? Suffira-t-il de créer de nouvelles images ? Autrement dit, quelle stratégie adopter lorsque nous ne pourrons plus fournir d'images suffisamment attractives, c'est-à-dire quand nous nous approcherons des limites du représentable ?
Pour éviter une interférence brutale, un compromis peut certainement être trouvé avec la « conservation dans un degré de naturalité élevé ». Tel est l'objectif affiché sur un écriteau de l'ONF dans l'enceinte du Centre Hélio-Marin (CHM) de Montalivet. En plus d'être une attitude caractéristique de l'homme protecteur dont il a précédemment été question, cette conservation assure l'homogénéité des milieux dans le temps. La correspondance entre l'image et le pays qu'elle représente est alors non seulement possible mais aussi et surtout maintenue. Le dispositif exige que par-delà les clôtures, la présence humaine soit exclue, ce que de nombreux écriteaux martèlent. Nonobstant, de nombreuses traces humaines - en particulier de pas - sont visibles et l'on sait que de lourdes interventions y ont lieu tout au long de l'année18.

Figure 8. Travaux d'extension de la forêt de protection, domaine du CHM de Montalivet, juin 2016. © Yogan Muller.

Parmi ces opérations, il en est une autrement drastique pour prendre soin des avant-postes de la forêt. C'est ce qu'on appelle le « profilage » de la plage, c'est-à-dire le remodelage du versant ouest de la dune. Si d'ordinaire le profilage sert d'abord à créer une dune dite haute, à l'arrière de laquelle le vent d'ouest « décroche » (Mares, 1963, p. 379), ce qui favorise la croissance verticale des pins de la forêt pour la bonne protection des cultures et des peuplements, le profilage semble aujourd'hui répondre à des impératifs principalement liés à l'économie touristique19. Soigneusement organisés en dehors de la saison estivale, les ballets de pelleteuses et autres camions-bennes de carrière s'ordonnent en rotations continues20, tant que la marée basse le permet et que son coefficient est suffisamment grand pour aller chercher du sable le plus loin possible de la plage à rengraisser.

Figure 9. Site de prélèvement de sable au sud de Montalivet-les-Bains, juin 2016. © Yogan Muller.

Il faut dire qu'au cours de l'hiver 2013-2014, le littoral médocain a été durement touché par un cortège de tempêtes. À Montalivet, l'OCA estime que le trait de côte a reculé respectivement de 9,5 mètres au nord et de 17,2 mètres au sud entre 2013 et 2014 (Bultaut et. al., 2014, p. 48). Pour sa part, le magazine municipal annonce que 32 mètres de plage ont été emportés (commune de Vendays-Montalivet, 2014, p. 11). Il a alors fallu déplacer « 55 000 mètres cubes de sable » (ibid.) pour redonner à la plage sa splendeur et, comme le dit le magazine municipal, « revenir au naturel ».

Figure 10. Résultat du profilage de la plage sud de Montalivet-les-Bains, juin 2016. © Yogan Muller.

En juin 2016, tandis que j'assistais à ces opérations, l'un des conducteurs, voyant mon intérêt à photographier son travail, m'invitait déjà à revenir l'année prochaine. Heureux de lever un peu le pied et de pouvoir s'exprimer autrement que par coups de klaxon interposés, il me confiait qu'il faudra probablement s'appliquer à la même besogne, avant la prochaine saison estivale, car la mer et le vent auront repris le sable pendant l'hiver. Or, qui se doute que c'est à ce prix que l'on maintient la correspondance entre, d'une part, un milieu frappé par l'érosion (voir supra 1er partie) et, d'autre part, la belle image touristique (archétypale) que l'on veut offrir chaque année ? Car sans cette logistique coûteuse, bruyante, nauséabonde, nous ne trouverions qu'une plage bordée par des falaises de sable, des socles d'alios et des nappes affleurantes d'eau marron ferrugineuse. Comment séduire des touristes ainsi ?

Figure 11. Pied de dune au sud de Montalivet-les-Bains, juin 2016. © Yogan Muller.

Autrement dit, sans la puissance de notre technique et une énergie bon marché, pourrions-nous encore fixer l'image de ces milieux ?

Figure 12. Extrémité sud du périmètre du profilage de la plage de Montalivet-les-Bains, juin 2016. © Yogan Muller.

Arrivés aux avant-postes de la forêt domaniale du Flamand, nous touchons aux limites de la théorie d'artialisation. Au terme de ce parcours, je me risquerai même à dire que, dans de telles situations et en matière de paysage, il n'y a probablement rien de plus pernicieux que les schèmes de représentation sur laquelle cette théorie repose. La raison est somme toute simple : en recouvrant le pays d'un vernis, comme sur la figure 12 ci-dessus, la beauté schématique de l'image élude les lourds moyens techniques pourtant nécessaires afin de maintenir la correspondance, entre le pays et sa représentation. Or, avec les projections de l'OCA et la finitude des ressources énergétiques, rien ne dit qu'ici nous pourrons continuer de maintenir « gratuitement » ladite correspondance. Car maintenant que nous sommes rattrapés par l'érosion de nos littoraux et que poignent les limites du représentable, il sera certainement difficile de faire tourner en roue libre la fabrique des schèmes visuels à laquelle on adosse souvent notre notion de paysage, et grâce à laquelle nous espérons chaque fois, sur nos plages et forêts, « revenir au naturel ».

Mots-clés

Pinède, Flandre, géohistoire, paysage, photographie, marche
Pinewood, Flandre, geohistory, landscape, photography, walk

Bibliographie

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Auteur

Yogan Muller

Chercheur au centre HABITER de la faculté d'architecture La Cambre-Horta, il termine un doctorat en art et sciences de l'art, un programme de recherche qui réunit l'École nationale supérieure des arts visuels (ENSAV) de La Cambre et l'Université libre de Bruxelles en Belgique. Il se spécialise en épistémologie et photographie du paysage. Il est récipiendaire du fonds Alice et David van Buuren.
Courriel : contact@yogan-muller.com

Pour référencer cet article

Yogan Muller
En forêt domaniale du Flamand
publié dans Projets de paysage le 08/07/2017

URL : http://www.projetsdepaysage.fr/fr/en_for_t_domaniale_du_flamand

  1. La définition qu'en donne l'Observatoire de la Côte Aquitaine reflète cette amplitude : le trait de côte « représente le plus souvent la limite des plus hautes mers, mais la définition de cette locution peut varier selon l'usage : zéro hydrographique, zéro NGF, pied de dune, berme... ». URL : http://littoral.aquitaine.fr/+-Trait-de-cote-+.html.
  2. Cette valeur moyenne a été calculée à partir de l'analyse de neuf traits de côte historiques couvrant la période 1985-2015. Je remercie Mme Pauline Douillac et M. Nicolas Bernon de l'Observatoire Côte Aquitaine pour leur disponibilité et toutes les précisions qu'ils m'ont apporté dans la rédaction de cette partie technique.
  3. Dans le rapport complet, une carte de l'OCA fait état d'un taux d'érosion désormais compris entre 1 et 2m/an dans le secteur de Montalivet.
  4. Buffault écrit : « Le nom même du Flamand ou des Flamands, [...], rappelle la nationalité d'entrepreneurs ou d'ouvriers ayant travaillé aux premiers semis de pins de ce canton. »
  5. Dans son rapport, Chambrelent parle des « Hollandais venus au siècle dernier effectuer des dessèchements » (1887, p. 36).
  6. Aujourd'hui orthographiée Lesparre.
  7. La citation complète étant : « Le milieu du Pays est gâté par un Marais inculte que coupe dans sa longueur une Rivière qui se perd dans la Garonne à Mapon. Une partie considérable de ce qui est au Nord du Bourg de l'Esparre consiste en des terres marécageuses dessechées de la même manière qu'en Hollande. On appelle ce Canton la petite Flandre de Médoc. Toute la partie Occidentale est mal peuplée, pleine de bois et d'Etangs. »
  8. Un substantif dont l'origine nous rapproche toujours plus du paysage « pays gras ». En effet, en 1877 on parle de matte pour désigner une « terre d'alluvion ». Le substantif renvoyant, en gascon, à une « île formée par des alluvions ». L'autre sens donné à matte apparaît dans la deuxième moitié du XVè siècle (période du landschap néerlandais) et signifie « lait caillé ». Voir Le Trésor de la langue française informatisé aux deux entrées « matte ».
  9. Traduit par l'auteur.
  10. Flandre proviendrait d'une forme anglo-frisonne flâm dérivant de l'ancien germanique flauma signifiant « inondation », d'où « endroit inondé » (Devos et al., 2013, p. 104). Et Vlaanderen (littéralement Flandres) désignerait des éminences naturelles au milieu de palus, aussi des schorres (du néerlandais schor) sur lesquelles se maintenir au-dessus de l'eau, ce que les terpen ont ensuite bel et bien matérialisé en mer du Nord. Quant à Médoc, le mot dérive du nom de Médule, nom d'un ancien peuple local et serait d'origine hydronymique. L'une des hypothèses étymologiques le rapprocherait de l'expression latine In medio aquæ signifiant « au milieu des eaux ». Voir Bernard Hennequin (1994, p. 196).
  11. Pour comprendre la richesse étymologique et historique du mot « lande », voir par exemple Le Trésor de la langue française informatisé.
  12. La littérature technique n'indique pas de dimensions précises, celles-ci variant indubitablement avec la topologie du terrain à fixer. Même les ouvrages de Buffault, pourtant d'une grande précision technique, ne font mention d'aucune dimension. Seul l'inspecteur des Eaux et Forêts Henri Perrin donne une idée de la surface d'un atelier, celle-ci variant d'une dizaine jusqu'à quelques milliers d'hectares (Perrin, 1928, p. 241).
  13. Sur ce point précis : « [...] Le plus grand nombre des essais entrepris pour remplacer d'anciennes forêts n'ont réussi qu'à constater la nécessité des conditions primitives géologiques et climatologiques. » C'est ce qu'écrit Ramón de la Sagra dans un article de 1850 titré « Le problème des forêts au double point de vue physique et social ». Il est ici cité par Serge Audier (2017, p. 617).
  14. À tel point qu'à la fin du XIXe siècle en Allemagne, on a parlé de Waldsterben (i.e. de mort de la forêt), comme Bonneuil et Fressoz (2016, p. 226) nous le font observer.
  15. À propos, la forêt est protégée par le dispositif européen Natura 2000. Sur les cartes, on remarquera que le périmètre de la zone ainsi classée suit le tracé de la zone ONF. Son flanc ouest s'étend loin du rivage.
  16. L'agent responsable de cette croissance anarchique, c'est le vent d'ouest et non pas le sable ou les embruns marins qu'il emporte avec lui (Buffault, 1897, p. 232).
  17. Si tant est que l'on suive la théorie d'Alain Roger, selon laquelle le pays ne devient paysage qu'au prix de son artialisation. Ici elle se fait par les mots et l'image.
  18. Les travaux les plus lourds ont lieu en dehors de la saison touristique.
  19. En effet, les opérations de profilage auxquelles je pus assister à Montalivet-les-Bains se cantonnaient aux limites administratives de la commune, donc là où le tissu dunaire et forestier est le moins dense.
  20. Je pus assister et photographier ces opérations début juin 2016 sur la plage de Montalivet-les-bains.