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Compte rendu du XXXVIe congrès national de l'Association espagnole des parcs et jardins publics (AEPJP)

Cordoue, Espagne, 21-25 avril 2009

Report of the XXXVI National Congress of The Spanish Association of Public Parks and Gardens (AEPJP)

26/06/2009

Texte

Du 21 au 25 avril 2009 s'est tenu à Cordoue (Andalousie, Espagne) le XXXVIe congrès national de l'Association espagnole des parcs et jardins publics (AEPJP). Cette association, créée en 1973, regroupe des paysagistes, des ingénieurs agricoles et forestiers ainsi que des responsables des espaces verts de différentes villes espagnoles. Elle organise tout au long de l'année des journées techniques et des formations destinées aux professionnels travaillant dans le domaine des parcs et jardins. Elle publie également une revue trimestrielle, Parjap.
Son congrès annuel se veut un lieu de discussion et d'échange de pratiques. Sous le titre « Del paraíso al paisaje urbano » (« Du paradis au paysage urbain »), cette XXXVIe édition a permis d'aborder des thèmes aussi divers que les caractéristiques des patios (cours-jardins) andalous (Inmaculada Porras), la restauration des jardins historiques (Marta Navarro), les espaces de jeux dans les parcs (Felipe Samaran) ou encore le rôle des nouvelles technologies dans l'étude des jardins historiques (Enriqueta Martin-Consuegra) ou dans la gestion des espaces verts (Luis Federico Sepulveda). Elle a aussi été l'occasion de discuter des normes de qualité appliquées aux jardins publics (Eugenio Gonzales), et de partager l'expérience d'autres pays, comme la Suède (Tobias Emilsson). Enfin, une réflexion plus générale sur les défis de la préservation de la diversité végétale (Ángel Lora González) est venue clore les conférences.
Voici le détail de trois de ces communications, qui révèlent la variété des sujets traités lors de ce congrès.

Dans son intervention, Marta Navarro, ingénieur forestier, a dressé une typologie des différents concepts qui guident la restauration des jardins historiques, à partir d'exemples issus des jardins andalous.
Le premier d'entre eux est la reconstruction d'un espace en cherchant à retrouver sa forme première, mais sans garder d'éléments originaux ou détériorés. C'est le cas du patio mudéjar de l'Alcazar de Cordoue restauré au début du XXe siècle. Ce processus est aussi appelé restauration fixe ou intégrale.
La restauration scientifique, quant à elle, prend en compte les différents ajouts qu'a connus le jardin au fil du temps.
À ces divers types de restauration s'oppose la re-création. Il s'agit de la création ex nihilo d'un nouvel espace, mais en s'inspirant d'un modèle connu. Les jardins construits par Prieto Moreno dans les années 1950 au Généralife de Grenade en sont un bon exemple. Inspirés du patio de crucero de l'Alcazar de Cordoue, ils ne se trouvent pas sur l'emplacement d'un ancien jardin existant. Il s'agit là d'une re-création totale, destinée à canaliser le flux de visiteurs qui viennent voir les jardins historiques du Généralife. Il convient toutefois de noter le danger de ce type d'intervention lorsqu'elle n'est pas accompagnée d'une explication claire pour le visiteur.
Beaucoup plus subtile et moins dangereuse que cette dernière est l'inspiration, qui peut concerner le jardin entier ou seulement certains de ses éléments (fontaines, mobilier...).
La réinterprétation est une inspiration plus élaborée. Ce qui est seulement esquissé dans le cas de l'inspiration devient plus évident. Ce n'est pas un retour au passé, mais une transposition du passé dans le présent, comme l'est le Carmen Rodriguez Acosta à Grenade, qui mêle les caractéristiques du carmen grenadin traditionnel au style moderniste d'un jardin du début du XXe siècle.
Enfin, le dernier concept abordé est celui de contamination. C'est le cas du style néo-sévillan, ou néo-andalou, qui préside à la création de nouveaux jardins au XXe, comme par exemple le jardin du peintre Sorolla dans son atelier à Madrid.

Tobias Emilsson, de la Swedish University of Agricultural Sciences, a montré le rôle des technologies vertes, notamment les toits végétaux, dans l'amélioration de la qualité de vie en ville, que ce soit d'un point de vue esthétique, ludique ou encore environnemental.
Il existe deux catégories de toits végétaux :
  • Les toits-verts extensifs : ce sont les plus communs. Leur poids et leur épaisseur sont limités. Ils sont faciles d'entretien et peuvent être installés sur des édifices déjà existants. Les plantes n'y sont pas considérées individuellement, mais comme partie d'une couverture végétale.
  • Les toits-verts intensifs, ou toits-jardins, au dessin plus élaboré. Les plantes y sont traitées et entretenues comme dans un jardin classique. Leur superficie plus étendue permet des activités récréatives (jeux pour enfants) ou écologiques (contrôle de l'eau de pluie, réserve d'espèces animales ou végétales).
Cette intervention a passé en revue plusieurs exemples réalisés à Malmö, troisième ville suédoise, qui abrite l'un des plus grands toits végétaux du monde, celui du jardin botanique Augustenborg, d'une superficie de 9 500 mètres carrés, inauguré en 1999. C'est aussi un centre de recherche scientifique, qui a donné lieu à plusieurs publications universitaires, ainsi qu'à des expositions à destination du grand public. 
Voir http://www.greenroof.se.

Ángel Lora González, sous-directeur du service environnement de la mairie de Cordoue, a proposé, pour clore ce congrès, une réflexion plus générale sur la place de la nature en ville, à l'heure de l'urbanisation croissante du monde.
Déplorant la simplification actuelle des espaces verts urbains en termes de diversité botanique, Ángel Lora González a d'abord rappelé la variété des espèces végétales présentes autrefois dans les jardins, citant à l'appui les œuvres de botanistes célèbres, tels Columelle, Ibn al-‘Awwan ou encore Gregorio de Los Rios.
Selon lui, cette perte de la richesse végétale est due à la technicité de plus en plus grande des projets de jardins publics. Ceux-ci sont soumis à des critères très stricts en termes de coûts de production et de normes à respecter, au détriment des plantes, qui devraient pourtant constituer l'essence même du projet. Cela va de pair avec la baisse du rôle personnel du paysagiste dans le dessin de ces jardins.
Angel Lora Ángel González en appelle donc à une prise en compte de cette diversité végétale en train de disparaître de nos villes, ainsi qu'à une revalorisation de la figure du paysagiste.

Des visites de terrains très variées se sont ajoutées aux conférences : le Palacio de Viana, palais cordouan du XVIIe siècle qui possède douze patios aux ambiances différentes ; le site archéologique de Medinat al-Zahra, ancienne ville palatiale du Xe siècle, construite pour le calife omeyyade Abd  al-Rahman III, située à huit kilomètres de Cordoue ;  les jardin de Moratalla, jardins privés dont une partie du tracé est due à Jean Claude Nicolas Forestier dans les années 1910, notamment les huit terrasses successives ponctuées de bassins géométriques qui forment la perspective principale ; ou encore la découverte de plusieurs patios privés de la ville de Cordoue, qui accueille chaque année le festival des patios fleuris au mois de mai.

Enfin, ce congrès a été l'occasion de décerner le XIVe prix de l'Association espagnole des parcs et jardins publics. Ce prix annuel récompense le projet d'une municipalité, ayant trait à l'aménagement, la création ou la gestion de parcs et jardins. Cette année, le prix a été remis au projet : « Un alcorque un árbol, plataforma de comunicación y participación ciudadana », de la mairie de Madrid. Il s'agit d'un site Internet qui permet aux citoyens de mieux connaître leur environnement végétal. Le site met en effet à la disposition des habitants un inventaire de tous les arbres de Madrid (avec photos, localisations, dimensions, espèces, noms scientifiques, années de plantation...). En retour, ces derniers peuvent adresser à l'administration des demandes d'action sur tel ou tel arbre. Le site est accessible à cette adresse : http://www.unalcorqueunarbol.es.

Le prochain congrès de l'Association aura lieu à Alcorcón (communauté de Madrid) en 2010.

Mots-clés

Espagne, Andalousie, congrès, paysagisme, jardins
Spain, Andalucia, conference, landscape, gardens

Bibliographie

Auteur

Agnès Juvanon du Vachat

Doctorante en sciences et architecture du Paysage, à l'École nationale supérieure du paysage de Versailles
Courriel : agnecita@gmail.com

Pour référencer cet article

Agnès Juvanon du Vachat
Compte rendu du XXXVIe congrès national de l'Association espagnole des parcs et jardins publics (AEPJP)
publié dans Projets de paysage le 26/06/2009

URL : http://www.projetsdepaysage.fr/fr/compte_rendu_du_xxxvie_congr_s_national_de_l_association_espagnole_des_parcs_et_jardins_publics_aepjp_